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Le shintô 神道 - de la restauration impériale de 1868 à nos jours

dimanche 4 mai 2014 par Phap

État au 18/8/2015 1/8/2015 18/09/2014


  1. Le shintô 神道 - des origines à la fin de l’ère Heian (1185)
  2. Le shintô 神道 - pendant la période des guerriers (1185-1867)
  3. Le shintô 神道 - de la restauration impériale de 1868 à nos jours

Découpage de la période

1868-1912 Ère Meiji 明治
1912-1926  Ère Taishô 大正
1926-1989 Ère Shôwa 昭和
1989-.... Ère Heisei 平成


1868 - 1912 : Ère Meiji 明治,

entendu comme une restauration 維新 ishin du 122e empereur Mutsu Hito 睦仁 (nom posthume : Empereur Meij 明治天皇 Meiji Tennô)

1868 (février) édit de séparation du shintô et du bouddhisme shinbutsu bunri (神仏分離, suspendu en 1873.
On enlève les images et les objets bouddhistes des sanctuaires shintô,
on démantèle dans les temples bouddhistes les sanctuaires shintô dédiés aux kami locaux et aux kami protecteurs - jinushi no kami 地主の神 et garanjin 伽藍神 ;
- Cet édit encouragera le mouvement anti-bouddhiste du Haibutsu kishaku 廃仏毀釈 "ruiner le bouddhisme, détruire Sakyamuni"
1868-1869 guerre civile entre les partisans du shôgun 将軍
et ceux de l’empereur lors de la « guerre de boshin » boshinsenzô 戊辰戦争
1868 (6 ou 7 avril) "Serment écrit en 5 articles" 五箇条の御誓文 gokajô no goseimon. Il sera repris et adapté dans la constitution de juin 1868. L’empereur Shôwa reprendra intégralement le Serment de Meiji après la défaite japonaise dans l’édit impérial du 1e du 1e mois de la 21e année Shôwa (1/1/1946), décret communément intitulé "déclaration d’humanité".
Le serment promet une rupture avec les mauvaises habitudes du passé et une ouverture sur le monde. La consolidation du régime impérial apparaît comme un des objectifs à poursuivre ; le couple (Souverain - Sujets) n’apparaît pas ici. [1]
1869 Sur décision de l’empereur Meiji, érection du sanctuaire Tôkyô shôkonsha 東京招魂社 (littéralement, le sanctuaire de l’invitation des « âmes » de la capitale de l’Est) pour accueillir et honorer les « âmes » des morts pendant la guerre de Boshin.
Ce sanctuaire deviendra en 1879 le yasukunijinja 靖国神社 (littéralement le "sanctuaire de l’apaisement du pays"). Les défunts y sont vénérés comme 英霊 ei rei, "âmes héroïques"
1871 ? Gestion des sanctuaires et des rituels impériaux confiés au jingikan 神祇官 [2].
Division entre sanctuaires officiels et les sanctuaires non officiels.
La charge de prêtre shintô (shinshoku 神職 kannushi 神主) cesse d’être héréditaire.
1871 Décret intitulé « Proclamation de la grande doctrine » daikyô senpu 「大教宣布」pour propager le shintô
1871 Le gouvernement Meiji confisque des terres de temples bouddhistes, entraînant ceux-ci dans une crise financière
1871-1873 "Mission Iwakura", 岩倉使節団 Iwakura Shisetsudan, du nom du plénipotentiaire qui la conduit.
La mission parcourt l’Europe et l’Amérique afin de renégocier les "contrats inégaux" et d’étudier les pays occidentaux dans le but de moderniser le Japon.
La mission comprend Nakae Chômin 中江 兆民 (1847-1901) et Itô Hirobumi 伊藤 博文 (1841-1909).
1873 Décision de fixer au 11 février l’anniversaire de l’intronisation du premier Empereur du Japon, Jinmu tennô 神武天皇 en -660 avant J.C. - Cet anniversaire est appelé 紀元節 kigensetsu .
1874 Kato Hiroyuki 加藤 弘之 (1836-1916) développe une "nouvelle théorie de la politique nationale" 国体新論 kokutai shinron en se fondant sur les notions occidentales de droit naturel et de gouvernement de type constitutionnel. Il remet en cause la supériorité du kokutai japonais.
1875 Fukuzawa Yukichi 福澤 諭吉 (1835–1901) écrit le Bunmeiron no Gairyaku 文明論の概略 "Esquisse d’une théorie de la civilisation".
Tout en respectant l’institution impériale japonaise, il ne recevait pas les mythes shintô de sa fondation ; par ailleurs, il estimait que tout pays, et pas seulement le Japon, pouvait disposer d’un kokutai, d’une politique nationale [3]
1877 Deuxième guerre civile de l’ère Meiji, dite guerre de Seinan 西南戦争 : elle oppose l’armée impériale à une faction du clan Satsuma 薩摩藩 emmenée par Saigô Takamori 西郷 隆盛. L’année d’après, Ôkubo Toshimichi 大久保 利通 lui aussi de Satsuma et qui s’était opposé à Saigô, est assassiné (14/5/1878)
1879 Le Ryükyü est incorporé au Japon et prend le nom de préfecture d’Okinawa 沖縄県
1879 le temple dédié aux morts Tôkyô shôkonsha 東京招魂社 de 1869 est renommé yasukunijinja 靖国神社
1881 "Crise politique de l’an 14 de Meiji" 明治十四年の政変 Meiji jûyônen ni sei hen dûe à la pression du "Mouvement pour la liberté et les droits du peuple" 自由民権運動 Jiyū Minken Undō.
L’oligarchie Meiji emmenée par Itô Hirobumi 伊藤 博文(1841 – 1909) du Chôshû 長州藩 Chôshû han s’engage à établir une constitution dans les 9 ans tout en faisant renvoyer du gouvernement le 11 octobre Ôkuma Shigeru 大隈 重信 et ses options libérales avancées.[Ce dernier fondera la future université privée de Waseda 早稲田大学 l’année suivante.]
1882 Décret distinguant le shintô des autres religions.
1884 (4 décembre) Échec du coup d’état des réformateurs coréens en Corée. Le réformateur Kim Ok-kyun échappe à l’arrestation en se réfugiant au Japon.
1885 Publication de l’article datsua ron 『脱亜論』 "Se dégager de l’Asie" dans le jiji shinpô 『時事新報』, le 16 mars.
L’article, attribué à Fukuzawa Yukuchi 福澤諭吉, part du constat d’une avancée inexorable de la "civilisation moderne occidentale" 西洋近時の文明. D’après l’article, le Japon doit se moderniser sinon il perdra son indépendance.
Positivement, cette modernisation lui permettra de bénéficier des aspects positifs de la modernité. "Se dégager de l’Asie" 脱亞 datsua signifie donc d’abord se dégager des anciennes coutumes de l’Asie.
"Se dégager de l’Asie" signifie aussi que, sur le plan géo-stratégique, le Japon se désolidarise de ses voisins qui refusent obstinément la modernisation, à savoir la Chine et la Corée (支那 shina et 朝鮮 chôsen respectivement dans l’article).
L’article se termine sur une note qui peut sembler menaçante : le Japon n’a pas de raison de ménager ses voisins attardés, il les traitera comme le font les Occidentaux.
1889 (11 février) L’empereur Meiji promulgue la « Constitution de l’empire du grand Japon » dainihon teikoku kempô 大日本帝国憲法 inspirée du modèle prussien, sous la direction d’Itô Hirobumi 伊藤 博文 (1841-1909), le premier des « pères fondateurs » du Japon moderne.
L’empereur possède de son propre droit l’autorité absolue, du fait qu’il descend de Amaterasu oomikami selon une lignée ininterrompue et de son lien spécial avec ses sujets [4].
L’Empereur dispose du 統帥権 tôsuiken qui lui donne autorité sur l’armée : le premier ministre ne contrôle pas le haut commandement militaire qui dépend directement de l’Empereur.
L’article 28 garantit la liberté religieuse :


« Les sujets japonais bénéficient de la liberté de croyance dans la limite où celle-ci n’entrave pas la paix et l’ordre public et n’est pas contraire à leurs devoirs de sujets ».
日本臣民は公共の秩序及び臣民の義務に背かない範囲にて信教の自由を有する。 [5]

Des idéologues du pouvoir absolu de l’Empereur (on peut parler de "tennoïsme") développent la théorie du koku tai 国体 , le corps de la nation, unique, identifié à l’Empereur. On fait circuler le concept mystique de arahitogami 現人神, littéralement "kami-divinité manifestée comme être humain", appliqué à la personne de l’Empereur.
1889 (12 février) Décès de Mori Arinori 森有礼 (1847–1889) des suites de l’attentat perpétré contre lui la veille par un ultra-nationaliste (présenté aussi comme un shintôiste fanatique [6]), Nishino Buntarô 西野 文太郎. Lors d’une visite au sanctuaire d’Ise en 1887, Mori Arinori aurait soulevé de la pointe de sa canne un voile recouvrant un objet sacré : c’est "l’affaire du manque de respect au sanctuaire d’Ise" 伊勢神宮不敬事件 Ise jingû fukei jiken. Ministre de l’éducation, il avait séjourné en Angleterre, aux États-Unis et en Chine
1890 sanctuaire kashihara jingu 橿原神宮pour accueillir l’empereur Jinmu et son impératrice (préfecture de Nara)
1890 Décret impérial sur l’éducation 教育ニ関スル勅語 Kyôiku ni Kansuru Chokugo. Il demande « qu’en cas d’urgence, vous offriez votre personne à l’État, conservant ainsi la prospérité de Notre trône impérial aussi éternel que le ciel et la terre » [7].
Les deux principaux auteurs en sont Inoue Kowashi 井上 毅 (1843-1895), partisan d’une idéologie moderne centrée sur l’Empereur, et le conservateur confucéen Motoda Nagazane (ou Eifu) 元田 永孚 (1818-1891). Le décret combine la tradition shintô de l’origine divine de la dynastie impériale avec l’idéologie confucéenne des obligations du sujet vis-à-vis de son prince, avec en sous-bassement l’idée moderne d’un État-nation :


"Nos Ancêtres Impériaux ont fondé Notre Empire sur un socle large et éternel, et ils ont profondément et solidement enraciné la vertu, ce qu’illustre avec beauté de générations en générations la loyauté et la piété filiale de Nos Sujets. Telle est le caractère fondamental glorieux de Notre Empire (kokutai), et là se trouve la source de Notre Éducation" [8]

1892 Fondation de l’Ômotokyô 大本教 (Doctrine de la grande origine) par Deguchi Nao
1894 Assassinat à Shanghai (Chine) du réformiste coréen Kim Ok-kyun le 28 mars. Il avait rencontré Fukuzawa Yukichi en mars 1882 et ce dernier l’avait soutenu. Son assassinat suivi de la dégradation de sa dépouille en Corée provoqueront une grande émotion au Japon.
1894-1895 Guerre sino-japonaise nisshin sensô 日清戦争. Le traité de Shimonoseki cède Taïwan au Japon.
1895 (15 décembre) Cérémonie aux morts de la guerre sino-japonaise au Yasukuni. L’empereur Meiji y assiste le deuxième jour.
1898 En Chine, échec de la tentative de réforme du jeune empereur Guangxu 光緒帝 (1871-1908)
1904-1905 Guerre russo-japonaise nichiro sensô 日露戦争
1910 En l’an 43 de l’ère Meiji, annexion de la Corée au Japon (en japonais, 韓国併合 kankoku heigô actuellement, mais à l’époque "fusion du Japon et la Corée" 日韓併合 nikkan heigô)
1910 La police déjoue un complot gauchiste d’assassinat de l’Empereur (’"incident de haute trahison" 大逆事件 Taigyaku Jiken).
L’anarchiste socialiste 幸徳 秋水 Kōtoku Shūsui fait partie des douze accusés qui seront condamnés à mort et exécutés, douze autres condamnés à mort ayant vu leur peine changée en prison à vie par grâce impériale.
1912 Décès (hôgyo 崩御utilisation réservée) de l’empereur Meiji 明治天皇.Le général Nogi Maresuke 乃木 希典 se suicide avec sa femme.


1912-1926 : Ère Taishô 大正

1920 (10 janvier) entrée en vigueur de la Charte de la Société des nations, élaboré lors de la Conférence de la paix à Paris de 1919 [9]. La délégation japonaise [10], a tenté en vain d’insérer la "proposition de l’égalité des races", Racial Equality Proposal, 人種的差別撤廃提案 jinshuteki sabetsu teppai teian. La proposition a été combattue en particulier par le premier ministre Billy Hughes, au nom de la « White Australia Policy » ("politique pour une Australie blanche") [11].
1920 érection du sanctuaire de Meiji, Meiji jingu 明治神宮, pour accueillir et honorer l’empereur Meiji et l’impératrice Shôken 昭憲
1925 (12 mai) En l’an 14 de Taishô, la loi sur la « protection de la sûreté publique » 治安維持法 chian iji hō est promulguée contre les mouvements politiques de gauche (socialistes, communistes et anarchistes). L’instigateur de cette loi est Hiranuma Kiichirō 平沼 騏一郎 (1867 – 1952) [12].
L’article 1 déclare : « Quiconque aura formé une association ayant pour objet de révolutionner [変革 hen kaku] le « système politique » / l’« essence nationale » [deux traductions du même mot japonais, 国体 kokutai ] - ou de nier le système de la propriété privée, et quiconque aura adhéré à cette association en ayant une entière connaissance de son objet, sera passible de prison accompagnée ou non de travail forcé pour une durée ne devant pas dépasser 10 ans. » [13]


1926-1989 : Ère Shôwa 昭和

1931 (18 septembre) Ishiwara Kanji 石原 莞爾 (1889 – 1949) et Itagaki Seishirô 板垣征四郎 (1885-23/12/1948) montent un pseudo attentat chinois lors de l’ « incident de Mukden » 満州事変 manchû jihen. Ce coup monté - décidé sur le terrain sans l’aval de l’autorité militaire du Japon [14] - permet à l’armée du Kwantung 関東軍 kantô gun (armée impériale japonaise stationnée en Mandchourie) d’envahir le pays et de mettre les autorités militaires et civiles de l’Archipel devant le fait accompli. [15]
1932 (15 mai) Lors de "l’incident du 15 mai" 五・一五事件 goichigo jiken, des officiers de la Marine assassinent le Premier ministre Inukai Tsuyoshi 犬養 毅 (1855-1932) qui avait tenté de contrôler l’armée déjà en roue libre en Chine [16]. Les assaillants reçurent des peines mineures conformément aux attentes de l’opinion publique. Une autre tentative de coup d’état aura lieu en 1936.
1935-1937 Purge dans l’enseignement et l’administration des « libéraux » qui soutenaient la souveraineté de l’État et non de l’Empereur.
L’affaire dit de « l’Empereur comme organe de l’État » tennô kikan setsu 天皇機関説 éclate à cette époque. Elle vise Minobe Tatsukichi 美濃部 達吉 (1873-1948), un juriste de la faculté de droit de l’université de Tôkyô et membre de la Chambre des pairs. - source Kodansha.
1936 (26 février) Des officiers de l’Armée impériale japonaise tentent un coup d’État ("incident du 26 février 二・二六事件 Niniroku Jiken). Il s’agit pour eux de restaurer l’autorité de l’Empereur face à un pouvoir économique et politique contraire à l’ "essence nationale" 国体 kokutai [17]. Les principaux accusés seront condamnés à mort et fusillés.
1937 Début de la seconde guerre sino-japonaise
1939 (11/5 au 16/9) Défaite de l’armée japonaise face à l’armée soviétique commandée par Georgy Konstantinovich Zhukov (1896-1974) à Khalkhyn Gol, près de la frontière entre Mongolie et le Manchukuo japonais 満州国 manshû koku. Connue au Japon comme l’ « affaire de Nomonhan »ノモンハン事件 Nomonhan jiken
1940 Des travaux de l’historien Tsuda Sôkichi 津田 左右吉 (1873-1961) sont interdits tandis que lui-même sera condamné à la prison 2 ans plus tard, au motif qu’il a remis en question l’origine divine de la lignée impériale
1941 S.16 (13/4) Conclusion du Pacte de neutralité soviéto japonais 日ソ中立条約 Nisso Chūritsu Jōyaku entre Vyacheslav Mikhailovich Molotov (1890-1986), commissaire du peuple aux affaires étrangères de l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) et Matsuoka Yôsuke 松岡 洋右 (1880-1946), ministre japonais des affaires étrangères et Tatekawa Yoshitsugu 建川 美次 (1880-1945), ambassadeur en Union Soviétique
1941 (7 décembre) attaque de Pearl Harbour 真珠湾攻撃 shijûwan kôgeki par le Japon. Début de la guerre du Pacifique 太平洋戦争 taiheiyô sensô
1944 (20 octobre) Création des "Forces d’attaque spéciales des vents divins" 神風特別攻撃隊 Shinpû tokubetsu kôgekitai abrégé en 特攻隊 Tokkôtai pour des opérations appelées "Vents divins" 神風 shinpû ou kamikaze, par Ônishi Takijirô 大西 瀧治郎 (1891-1945), vice-amiral de la marine 海軍中将 kaigun chûjô [18].
1945 S.20 (5 avril ) dénonciation du Pacte de neutralité soviéto-japonais de 1941 qui devait durer cinq ans. Le commissaire du peuple aux affaires étrangères de l’URSS, Molotov en informe l’ambassadeur japonais, Satô Naotake 佐藤 尚武 (1882-1971). La raison donnée en est le changement de la situation internationale depuis la signature du Pacte, le Japon étant devenu l’allié de l’Allemagne en guerre avec l’Union soviétique et étant entré en guerre avec les États-Unis alliés de l’Union soviétique par ailleurs.
1945 (6 et 9 août) Bombardement atomique sur Hiroshima puis Nagasaki
1945 (9 août [19] Déclaration de guerre de l’URSS à l’Empire du Japon, en violation de l’article 3 du Pacte de 1941 qui stipule une durée de validité de cinq ans.
Le sud de l’île de Sakhaline ( en japonais 樺太 Karafu tô, devenu japonais suite au traité de Portsmouth de 1905) et le sud des îles Kourile (千島列島 Chishima rettō en japonais) sont incorporés à l’Union soviétique, entraînant le « problème des territoires du Nord » 北方領土問題 Hoppō Ryōdo Mondai [20]
1945 (15 août) Diffusion radiophonique de l’enregistrement dans lequel l’Empereur déclare accepter les termes de la capitulation du traité de Potsdam [21].
1945 (2 septembre) capitulation sans conditions du Japon signée officiellement en présence du général Douglas Mac Arthur. Le Japon a perdu plus de 2 millions de soldats.
1945 (15 décembre) Le GHQ (General Headquarters) du commandant suprême des forces alliées, le général Douglas Mac Arthur, (SCAP, Supreme Commander of the Allied Powers) [22] publie la « directive sur le Shintô » shintô shirei 「神道指令」 [23] séparant le shintô et l’État.
1946 (1 janvier) L’Empereur publie un décret sans titre dont un passage sera interprété en Occident comme la renonciation officielle de la part de l’Empereur du Japon à un quelconque statut divin, d’où le titre non officiel de « proclamation d’humanité » [de l’Empereur] ningen sengen 人間宣言.
Le passage est le suivant :


« Les liens qui Nous unissent à Notre peuple ont toujours reposé sur une confiance et une affection mutuelle. Ils ne dépendent pas de pures légendes et de mythes. Ils ne sont pas l’expression de la fausse conception selon laquelle l’Empereur serait divin et le peuple japonais, supérieur aux autres nations, serait destiné à dominer le monde » [24]


Le texte complet du décret commence par la citation du "Serment écrit en 5 articles" d’avril 1868, alors que l’ère Meiji commençait.

1946 (3 février) Création de l’Association des sanctuaires jinja honchô 神社本庁 qui regroupe la majorité des 80 000 sanctuaires du Japon (entre autres, le Yaskuni jinja n’en fait pas partie [25].
L’Association des sanctuaires jinja honchô 神社本庁 recrute ordinairement ses prêtres shintô dans les diplômés de la faculté des études de shintô de l’université Kokugakuin ( 國學院大學の神道文化学部 ou de la branche Shintô de la faculté de litterature de l’université Kogakkan de la préfecture de Mie 三重県の皇學館大學の文学部神道学科 mieken no kôgakkan daigau no bungakubu shintô gakka. Le nombre de prêtres shintô s’élève à environ 22 000.
1946 l’empereur devient un « monarque constitutionnel » et cesse d’être l’ « empereur souverain » de la constitution de 1889
1947 (3 mai) Entrée en vigueur de la nouvelle « constitution du Japon » Nihon koku kempô 日本国憲法 [26].
L’Empereur est « le symbole de l’État et de l’unité du peuple ; sa place découle de la volonté du peuple en qui réside le pouvoir souverain » (art. 1 chap. 1 de la constitution)
 [27]
En matière religieuse, noter les articles 20 et 89 qui traitent de la liberté religieuse, de la séparation de l’État et de la religion [28]
1948 Procès de Tôkyô : le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient - 極東国際軍事裁判 kyokutô kokusai gunji saiban, The International Military Tribunal for the Far East - condamne 7 personnes à mort par pendaison pour « crime contre la paix » [29]. Le juge indien Radhabinod Pal (1886-1967) y a plaidé contre la légitimité du procès.
1951 (8 septembre) Signature à San Francisco du Traité de paix avec le Japon 日本国との平和条約 Nihon-koku tono heiwa-jôyaku. Le même jour est signé bilatéralement le Traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon 日本国とアメリカ合衆国との間の安全保障条約 Nipponkoku to Amerikagasshūkoku to no aida no anzen hoshōjōyaku.
Le premier ministre Yoshida Shigeru 吉田茂 (1878-1967) du Parti libéral démocrate 自民党 jimintô représente le Japon.
1952 (28 avril) entrée en vigueur du traité bilatéral de défense nippo-américain de San Francisco (USA) ainsi que du traité de paix multilatéral avec le Japon.
Le général Matthew Ridgway, qui remplace le général Mac Arthur relevé de ses fonctions par le président des États-Unis Harry S. Truman le 11 avril 1951, prononce la dissolution du SCAP.
1966 Restauration par le Premier ministre 佐藤栄作 Satô Eisaku de la fête nationale du 11 février. Cette fête avait été instaurée en 1873 par l’empereur Meiji sous le nom de "fête de l’origine impériale" 紀元節 kigensetsu . Elle avait été supprimée après la défaite japonaise de la Seconde guerre mondiale. Le 11 février est désormais appelé le "jour de commémoration de la fondation " 「建国記念の日」 kenkoku kinen no hi
1969 Le PLD (Parti libéral démocrate) soumet un projet de loi pour que le sanctuaire du Yasukuni passe sous administration de l’État (le projet se verra rejeté cinq fois de 1969 à 1974) [30]
1969 Formation de la "Ligue politique shintô" 神道政治連盟 shintô seiji renmei abrégée en 神政連 shin sei ren. Elle entend promouvoir un "Japon fier" 誇る日本
hokoru nihon [31] - sous-entendu contre une tendance auto-dénigrante, "masochiste" 自虐 jigiaku.
L’année d’après, le 11e jour du 5e mois de la 45e annéé Shôwa 昭和45年5月11日, la "Conférence des membres de la Diète de la Ligue politique shintô" 神道政治連盟 国会議員懇談会 Shintou seiji renmei kokkai giin kondankai est créée
1975 Le Premier ministre Miki Takeo 三木 武夫 visite à titre privé le sanctuaire Yasukuni 靖国神社. La même année, l’Empereur Shôwa visite le sanctuaire - ce sera sa dernière visite
1977 (13 juillet) L’an 52 de Shôwa, la Cour suprème de justice du Japon 最高裁判所, saikō-saibansho juge que la cérémonie shintô "du premier coup de pioche" 地鎮祭 ji chin sai [32], organisée lors de la construction d’un gymnase municipal par la municipalité de la ville de Tsu 津市 tsu shi dans la préfecture de Mie 三重 mie ken et financée par elle, ne viole pas le principe de séparation de l’Église et de l’État 政教分離 sei kyô bunri qui est inscrit en particulier dans l’article 20 de la Constitution du Japon [33]
1978 (17 octobre) 14 personnes condamnées comme crimininels de guerre de catégorie A (dont les 7 condamnés à mort du « procès de Tôkyô ») sont célébrés au Yasukuni jinja 靖国神社. Les condamnés à mort des catégories B et C (crimes de guerre et crimes contre l’humanité) avaient déjà été ajoutés à la célébration commune du Yasukuni avant 1970.
1979 (7 février) Des Taïwanais demandent que les noms de leurs parents enrôlés dans l’armée impériale japonaise soient retirés de la célébration au Yasukuni.
1981 Brevet de prêtre shintôkannushi accordé par maître Motohisa Yamakage à un non-japonais
1985 (15 août) Lors du 40e anniversaire de la reddition du Japon, le premier ministre Nakasone Yasuhiro 中曽根 康弘 rend hommage aux morts dans le Yasukuni jinja 靖国神社. Il effectuait sa visite à titre officiel, avec des fleurs financées par le gouvernement alors que le sanctuaire contenait depuis 1978 les noms de 14 condamnés comme criminels de guerre de classe A. La conjonction de ces trois facteurs a rendu provoquante cette visite aux yeux des pays voisins (Chine et Corées).
1989 Mort de l’empereur Shôwa 昭和– nom postume de l’empereur Hiro Hito 裕仁 (né en 1921, règne : 1926-1989), 124e empereur du Japon


1989-... Ère Heisei 平成

1989 (8 janvier) Intronisation de l’empereur actuel, Akihito 明仁, 125e empereur, appelé respectueusement "Sa Majesté l’Empereur" 天皇陛下 tennô heika sans préciser son nom personnel
1995 (20 mars) Attentats au gaz sarin dans le métro de Tôkyô, connus sous le nom de l"Incident du sarin dans le métro" 地下鉄サリン事件, Chikatetsu sarin jiken au Japon. Ils sont déclenchés par des membres de la secte religieuse Aum Shinrikyô オウム真理教 Ômu shinrikyô
1995 (15 août) Lors du 50e anniversaire de la fin de la guerre, le premier ministre Murayama Tomiichi 村山 富市 du Parti social-démocrate (ex. Parti socialiste) 社会民主党 Shakai Minshu-tō prononce une déclaration de "regret" qui servira de référence par la suite. Il y présente des "excuses du fond du coeur" 心からのお詫び kokoro kara no owabi pour une politique dévoyée de colonialisme 植民地支配 shoku minchi shihai et d’agression 侵略 shiryaku [34].
1997 (2 avril) La Cour suprême du Japon juge inconstitutionnelle l’offrande versée par la préfecture d’Ehime au sanctuaire du Yasukuni pour un tamagushi( 愛媛県靖国神社玉串訴訟 Ehime ken Yasukuni jinja tamagushi soshô)
2000 (15 mai) Yoshirō Mori 森 喜朗, alors Premier ministre, décrit le Japon comme "le pays des kami [divinités] avec en son cœur l’Empereur" 「日本は天皇を中心とした神の国」. Ses propos tenus lors d’une réunion de la Conférence des membres de la Diète de la Ligue politique shintô 神道政治連盟 国会議員懇談会, provoquent un scandale car ils semblent réactiver l’idéologie impériale d’avant la Seconde guerre mondiale [35].
2001 (13 août) Le premier ministre Koizumi Jun.ichirô rend hommage aux morts dans le yasukuni jinja. Il répéte ce geste chaque année jusqu’en 2006, provoquant ainsi l’émoi en Chine et dans les deux Corées.
2004 le tribunal d’Ôsaka rejette la plainte de 236 Taïwanais qui avaient demandé que les cendres de leur parent enrôlé dans l’armée impériale japonaise ne soient pas honorées au Yasukuni.
2006 (juillet) Le journal économique Nikkei révèle l’existence des "Notes Tomita" 富田メモ Tomita memo, du nom du directeur de l’Agence Impériale, Tomita Asahiko 富田朝彦. Le memo rapporte que l’Empereur Shôwa a cessé ses pèlerinages au sanctuaire Yasukuni 靖国神社 après que le responsable du sanctuaire ait inclus 合祀 dans le sanctuaire les criminels de guerre japonais de classe A A級戦犯 en 1978 sans tenir compte de la recherche de la paix. [36]

© Esperer-isshoni.fr, octobre 2012
© Esperer-isshoni.fr, septembre 2013
© Esperer-isshoni.info, mai 2014
© Esperer-isshoni.info, août 2014

[1Voir une étude critique dans l’article en anglais : "The Intent of the Charter Oath" de Robert M. Spaulding jr., publié par Studies in Japanese history and politics.- Ann Arbor : Univ. of Michigan Pr.. - 1967, p. 3-36 et disponible sur Internet.

Le texte est le suivant :

一 広ク会議ヲ興シ万機公論ニ決スヘシ Deliberative assemblies shall be widely established and all matters decided by public discussion. Des assemblées délibératives [singulier possible] seront largement établies et les affaires seront décidées par débat public [« public » ou « ouvert »].
一 上下心ヲ一ニシテ盛ニ経綸ヲ行フヘシ All classes, high and low, shall be united in vigorously carrying out the administration of affairs of state. Les classes dirigeantes et dirigées s’uniront pour mener à terme sans relâche les affaires de l’administration [ou les affaires économiques].
一 官武一途庶民ニ至ル迄各其志ヲ遂ケ人心ヲシテ倦マサラシメン事ヲ要ス The common people, no less than the civil and military officials, shall all be allowed to pursue their own calling so that there may be no discontent. Les officiers civils et militaires, jusqu’aux gens du commun, suivront leurs objectifs propres, de sorte que le peuple ne se décourage pas.
一 旧来ノ陋習ヲ破リ天地ノ公道ニ基クヘシ Evil customs of the past shall be broken off and everything based upon the just laws of Nature. Les coutumes anciennes mauvaises seront abolies et les actions seront fondées sur la voie commune de Ciel et Terre [traduit par « justes lois de la nature » en Occident, ou bien par « lois internationales »].
一 智識ヲ世界ニ求メ大ニ皇基ヲ振起スヘシ Knowledge shall be sought throughout the world so as to strengthen the foundation of imperial rule. On cherchera le savoir à travers le monde, de sorte que soit renforcée la fondation impériale.

- Le texte japonais provient de l’article 五箇条の御誓文 de Wikipedia
- La traduction anglaise provient de : Sources of Japanese Tradition, Compiled by Ryusaku Tsunoda, Wm. Theodore de Bary, Donald Keene, Columbia University Press, New York, first printing 1958, Second printing 1959, 928 p., p. 644. Bary précise sa source : [From Meiji Boshin, pp.81-82]
- La traduction française est de notre fait. Voir une autre traduction dans : Mutel, Jacques, 1. La fin du shôgunat et le Japon de Meiji 1853-1912, Hatier Université, Paris, 1970, 222 p., p.49

[2avant d’être intégrée dans le naimushô 内務省 (Ministère des affaires intérieures de l’époque)

[4Voir la traduction en anglais
Voir http://dic.nicovideo.jp/a pour la version japonaise originale et en japonais moderne. Nous faisons figurer le texte en japonais moderne.
Pour une version synoptique du texte original, voir http://www.aozora.gr.jp/

La Constitution de l’Empire du Japon

Chap. I. L’Empereur.

大日本帝国は万世一系の天皇が公平に治める。 a.1 : La lignée impériale ininterrompue depuis des temps éternels règnera et gouvernera sur l’Empire du Japon.
天皇の皇位は皇室典範の定めるところにより、天皇の男系子孫がこれを継承する。 a.2 : Le trône impérial sera occupé par les descendants mâles de la lignée impériale, selon les règles de la Loi de la Maison Impériale.
天皇は汚れ無き存在なので一切の政治的責任を押しつけてはならない。 a.3. L’Empereur est sacré et inviolable.
天皇は国の元首であり統治権を取り纏めて持つが憲法の条規に従わなければならない。 a.4 : L’Empereur est la tête de l’Empire. Il joint en Sa personne les droits de la souveraineté, et il les exerce en accord avec la présente Constitution.
天皇は国会の協賛を得られなければ立法権を行使できない。 a.5 : L’Empereur exerce le pouvoir législatif avec l’accord de la Diète de l’Empire.

(Nous avons traduit le français de l’anglais)

[6Voir : http://shinto.enacademic.com/ ainsi que l’article "Mori Arinori" dans l’encyclopédie Kodansha

[8Encyclopédie Kodansha art. kokutai
Pour le texte en japonais :
我カ皇祖皇宗国ヲ肇ムルコト宏遠ニ徳ヲ樹ツルコト深厚ナリ
我カ臣民克ク忠ニ克ク孝ニ億兆心ヲ一ニシテ世々蕨ノ美ヲ済セルハ
此レ我カ国体ノ精華ニシテ
教育ノ淵源亦実ニ此二存ス
Pour voir le texte complet : Décret impérial sur l’éducation (30/10/1890) - The Imperial Rescript on Education - 教育ニ関スル勅語

[9du 18/1/1919 au 21/1/1920

[10dont le comte 伯爵 haku shaku Makino Nobuaki 牧野 伸顕 (1861-1949) et le futur comte Chinda Sutemi 珍田 捨巳 (1857 - 1929)

[11Voir articles dans Wikipedia en anglais, français et japonais
Ajouté le 1/8/2015

[12Hiranuma sera condamné à la fin de la guerre du Pacifique 太平洋戦争 taiheiyô sensô par le Tribunal de Tôkyô à la prison à vie comme criminel de guerre de classe A - il sera libéré sur parole en 1952, peu de temps avant de mourir

[13Nous traduisons d’après la version anglaise dans l’article "Peace Preservation Law of 1925" de l’encyclopédie Kodansha.
Le texte original japonais dans l’article 治安維持法 dans Wikipedia dit :

「国体ヲ変革シ又ハ私有財産制度ヲ否認スルコトヲ目的トシテ結社ヲ組織シ又ハ情ヲ知リテ之ニ加入シタル者ハ十年以下ノ懲役又ハ禁錮ニ処ス」

L’auteur dans Kodansha commente ainsi le texte de loi : "En utilisant le terme kokutai, hautement énigmatique et chargé d’émotion – là savoir le système politique du Japon considéré comme unique au monde, un système incarné dans la lignée impériale et ses institutions – la clique d’Hiranuma continuait une tradition mêlant à la fois la politique et la morale et transformait toute expression de désaccord en une question à la fois éthique et juridique ; de plus, elle sapait les interprétations libérales de la Constitution de l’Empire du Japon" [notre traduction]

[14et qui fait suite à un autre coup de force organisé sans l’accord des échelons supérieurs, "l’incident de l’assassinat de Zhang Zuolin" 張作霖爆殺事件 chôsakurin bakusatsu jiken le 4 juin 1928 (an 3 de Shôwa).

[15Itagaki sera condamné à mort comme criminel de guerre par le "Tribunal de Tôkyô" (Tribunal militaire international pour l’Extrême Orient 極東国際軍事裁判 kyoku tôkoku saigunji saiban) et exécuté le 23/12/1948.

[16Inoukai aurait dit au moment de son assassinat : "si je peux parler, vous comprendrez" : 話せば分かる hanaseba wakaru ; les assassins auraient répondu : "Inutile de discuter" 問答無用 mondō muyō [ article Inukai Tsuyoshi dans Wikipedia

[17Voir leur déclaration en anglais et en japonaisdans l’article de Wikipedia citant Chaen Yoshio (2001). Zusetsu Ni Niroku Jiken. Nihon Tosho Center, p.27.

[18Voir sur les kamikazes :

  • Ohnuki-Tierney, Emiko, Kamikazes Fleurs de cerisiers et nationalismes, - La militarisation de l’esthétique dans l’histoire du Japon, traduit de l’anglais par Livane Pinet Thélot – revue par Xavier Marie, Herman, 2013, 580 p.

Le 16 août 1945, au lendemain de la radiodiffusion de la déclaration impériale, Ônishi Takijirô s’ouvre le ventre selon le rituel du seppuku 切腹, mais sans l’assistant pour le coup de grâce 介錯人 kaishaku nin . Ônishi laisse le mot suivant :

特攻隊の英霊に曰す Je m’adresse aux esprits des héros [英霊 eilei] des forces d’attaque spéciales [特攻隊 tokkôtai, les « kamikazes »] I tell the spirits of the tokkotai (kamikazes).
善く戦ひたり深謝す Je vous remercie du fond du coeur pour vos belles attaques I thank you from my heart for your brave fights.
最後の勝利を信じつゝ肉彈として散華せり然れ
共其の信念は遂に達成し得ざるに至れり
Vous aviez confiance dans la victoire ultime, vous êtes tombés comme des fleurs [散華 sange], et ce que vous croyiez ne s’est pas accompli. Even though you believe the final victory (of Japan) and Died gracefully like [cherry blossoms, ] flowers, Your faith has never been accomplished.
吾死を以て旧部下の英霊と其の遺族に謝せんとす Par ma mort, je présente mes excuses [謝] envers les esprits des héros et leurs familles endeuillées. I apologize to the spirits of my men and their bereaved families With my death.
次に一般青壮年に告ぐ我が死にして軽挙は利敵行為なるを思ひ
聖旨に副ひ奉り自重忍苦するを誡とも
Maintenant, je m’adresse à tous les jeunes gens par delà ma mort. Pensez qu’agir de manière impulsive ne fera que profiter à nos ennemis.
Obéissez aux directives sacrées [聖旨 seishi, sous-entendu de l’Empereur] qui vous commande de supporter avec patience [忍苦 ninku]
Next, I bid all the in Japan. It would be bliss if all of you realize that acting rashly, Throwing your life would only profit your enemy, and decide with Faith to follow the sacred order of the Emperor his majesty, and endure the pain.
ならば幸なり
隠忍するとも日本人た
るの衿持を失ふ勿
Quand vous endurez patiemment [隠忍 innin], vous ne devez pas perdre de vue que vous avez le bonheur d’être des Japonais. While enduring your pain, do not forget the pride to be Japanese.
諸子は國の寶なり Messieurs, vous êtes le bien précieux du pays. You all are the treasure of the country.
平時に處し猶ほ克く特攻精神を堅持し
日本民族の福祉と世界人類の和平の為
最善を盡せよ
En temps de paix, restez attachés avec un cœur ferme à l’esprit des « attaques spéciales » [特攻 tokkô, « kamikazes »] en travaillant du mieux que vous pouvez pour la prospérité du peuple japonais et pour la paix mondiale de l’humanité. Yet in the time of the peace, adhere the spirit of kamikaze and do your best for the welfare of the Japanese race and for the Peace of the people around the world.
海軍中将大西瀧治郎 ÔNISHI Takijirô 大西瀧治郎, Vice-amiral de la Marine. Lieutenant General of the Navy Takijiro Onishi

Texte ajouté le 9/8/2015

[19ou 8 août pour le fuseau horaire russe

[20Le Japon revendique les groupes d’îles suivantes de la chaîne des îles Kouriles :

  • 歯舞群島 Habomai guntô (îles Habomai)
  • 色丹島 shikotan tô (Shikotan)
  • 国後島 Kunashiri tô (Kunashir)
  • 択捉島 Etorofu tô (Iturup)

[22sous la responsabilité du chef of the Religious and Cultural Resources Division, Dr William Kenneth Bunce

[23La référence du document est : SCAPIN-448 (Supreme Command for Allied Powers Instruction Note 448 )
Le titre exact en est : "Abolition of Governmental Sponsorship, Support, Perpetuation, Control, and Dissemination of State Shinto (Kokka Shinto, Jinja Shinto)" soit en français : « Abolition du parrainage, du soutien, de la continuation, du contrôle et de la diffusion gouvernemental du shintoïsme d’État (Kokka Shinto, jinja shinto)< ou en japonais : 「国家神道、神社神道ニ対スル政府ノ保証、支援、保全、監督並ニ弘布ノ廃止ニ関スル件」 .

La directive s’attaque au "shintô d’État", accusé d’avoir servi l’idéologie militariste ultra-nationaliste du Japon. Elle le définit de la manière suivante :

c.The term State Shinto within the meaning of this directive will refer to that branch of Shinto (Kokka Shinto or Jinja Shinto) which by official acts of the Japanese Government has been differentiated from the religion of Sect Shinto (Shuha Shinto or Kyoha Shinto) and has been classified a non-religious cult commonly known as State Shinto, National Shinto, or Shrine Shinto. (ハ)本指令ノ中ニテ意味スル国家神道ナル用語ハ、日本政府ノ法令ニ依テ宗派神道或ハ教派神道ト区別セラレタル神道ノ一派即チ国家神道乃至神社神道トシテ一般ニ知ラレタル非宗教的ナル国家的祭祀トシテ類別セラレタル神道ノ一派(国家神道或ハ神社神道)ヲ指スモノデアル c. L’appellation "shintô d’État désigne ici cette branche du shintô (Kokka Shintô or Jinja Shintô) que le gouvernement japonais a distingué du "shintô des sectes"(Shûha Shintô or Kyôha Shintô) et qu’il a classée comme un culte non religieux communément connu sous le nom de "shintô d’État", "shintô national" ou "shintô des sanctuaires"

(traduction en français de notre fait).

La directive dénonce l’idéologie militariste ultra-nationaliste d’un Japon ayant reçu une mission unique de dominer ses voisins sinon le monde, idéologie qui s’appuyait sur des doctrines comme celles-ci :

(1) The doctrine that the Emperor of Japan is superior to the heads of other states because of ancestry, descent, or special origin. (1)日本ノ天皇ハソノ家系、血統或ハ特殊ナル起源ノ故ニ他国ノ元首ニ優ルトスル主義 (1) L’Empereur du Japon est supérieur aux chefs des autres États de par ses ancêtres, sa descendance ou son origine spéciale
(2) The doctrine that the people of Japan are superior to the people of other lands because of ancestry, descent, or special origin. (2)日本ノ国民ハソノ家系、血統或ハ特殊ナル起源ノ故ニ他国民ニ優ルトスル主義 (2) Le peuple du Japon est supérieur aux peuples des autres pays de par ses ancêtres, sa descendance ou son origine spéciale
(3) The doctrine that the islands ot Japan are superior to other lands because of divine or special origin. (3)日本ノ諸島ハ神ニ起源ヲ発スルガ故ニ或ハ特殊ナル起源ヲ有スルガ故ニ他国ニ優ルトスル主義 (3) Les îles du Japon sont supèrieures aux autres pays de par leurs ancêtres, leur descendance ou leur origine spéciale
(4) Any other doctrine which tends to delude the Japanese people into embarking upon wars of aggression or to glorify the use of force as an instrument for the settlement of disputes with other peoples. (4)ソノ他日本国民ヲ欺キ侵略戦争ヘ駆リ出サシメ或ハ他国民ノ論争ノ解決ノ手段トシテ武力ノ行使ヲ謳歌セシメルニ至ラシメルガ如キ主義 (4) Tout ce tend à illusionner le peuple japonais pour l’embarquer dans des guerres d’agression ou à glorifier l’usage de la force comme moyen de régler les disputes avec les autres peuples

(traduction en français de notre fait).

L’interprétation de cette directive donne lieu à des controverses, en particulier sur le concept de "shintô d’État" et sur son adéquation au contexte japonais. Le sujet est sensible et nous nous garderons d’abonder trop facilement dans un sens ou l’autre.

[24Nous traduisons : ’The ties between Us and Our people have always stood upon mutual trust and affection. They do not depend upon mere legends and myths. They are not predicated on the false conception that the Emperor is divine and that the Japanese people are superior to other races and fated to rule the world’ – source Kodansha.
D’après Otis Cary, l’auteur de l’article dans Kodansha, cette déclaration surtout destinée à l’Occident n’aurait pas été le fruit d’une demande du général Douglas Mac Arthur.
Le texte japonais est le suivant :
朕ト爾等国民トノ間ノ紐帯ハ、終始相互ノ信頼ト敬愛トニ依リテ結バレ、単ナル神話ト伝説トニ依リテ生ゼルモノニ非ズ。
天皇ヲ以テ現御神トシ、且日本国民ヲ以テ他ノ民族ニ優越セル民族ニシテ、延テ世界ヲ支配スベキ運命ヲ有ストノ架空ナル観念ニ基クモノニモ非ズ
citation dans l’article 人間宣言 dans Wikipedia
Voir le texte complet du décret en japonais sur le site de la Bibliothèque nationale de la Diète du Japon

[25Ses principes sont décrits dans les « Principes généraux d’une vie [vouée] à la vénération des kami » keishin seikatsu no kôlyô 「敬神生活の綱領」.
Le site internet de l’Association des sanctuaires dit dans son préambule que le shintô des sanctuaires n’a pas de commandements à la différence des autres religions, mais qu’il a des principes généraux pour guider sa pratique, puis il cite trois principes généraux :

1神の恵みと祖先の恩とに感謝し、明き清きまことを以て祭祀にいそしむこと 1. Rendre grâce pour les bénédictions des kamis et les faveurs des ancêtres, en étant empressé dans les rituels [shintô] en les accomplissant avec clarté, limpidité et sincérité. (1) To be grateful for the blessings of kami and the benefits of ancestors, and to be diligent in the observance of Shinto rituals with a bright, pure and sincere mind.
2世のため人のために奉仕し、神のみこともちとして世をつくり固め成すこと。 2. Rendre service au monde et aux hommes, fortifier le monde comme porteurs de la volonté du (des) kami(s) (2) To be helpful to society and others through deeds of service without thought of rewards, and to improve and consolidate society as divine messengers.
3大御心(おおみこころ)をいただきてむつび和(やわ)らぎ、国の隆昌(りゅうしょう)と世界の共存共栄とを祈ること。 3. s’unir humblement au grand coeur / esprit [de l’empereur ?], puis, par une attitude pacifique, prier pour la prospérité du pays et pour la coprospérité commune du monde. (3) To identify our minds with the Emperors mind, to be friendly and gentle with one another, and to pray for prosperity of the country as well as coexistence and co-prosperity of the world."

Sa version anglaise rappelle l’histoire de sa fondation :

"Avant [février 1946 et la fondation de l’Association], les sanctuaires shintô étaient légalement définis comme les lieux où le Japonais devait manifester son respect [civil semble-t-il], indépendamment de sa religion. Néanmoins, après la fin de la Seconde guerre mondiale, la loi a séparé les sanctuaires shintô de l’État et ont dû être redéfinis comme une association non gouvernementale. Dans ces circonstances, l’Association des sanctuaires a été créée afin de préserver la tradition religieuse japonaise."
(Notre traduction à partir de l’anglais du site : « Prior to this, Shinto shrines were legally defined as places where Japanese people were obliged to pay their respects, regardless of religion. However, following the end of World WarⅡ, Shinto shrines were legally separated from the State and were forced to be re-established as a non-governmental association. Under these circumstances, Jinja Honcho was established in order to preserve Japanese religious tradition. »

[26Noter l’absence du caractère 帝 renvoyant à la dignité impériale, caractère qui était présent dans la constitution 日本帝国憲法 de 1889

[27第一条 天皇は、日本国の象徴であり日本国民統合の象徴であつて、この地位は、主権の存する日本国民の総意に基く。 Voir la traduction en anglais

[28En japonais, français et anglais :
Article 20 :

第二十条 信教の自由は、何人に対してもこれを保障する。いかなる宗教団体も、国から特権を受け、又は政治上の権力を行使してはならない。 a.20 Est garantie à tous la liberté de religion. Aucune organisation religieuse ne doit recevoir de privilèges de l’État, ni exercer aucune autorité politique. Article 20. Freedom of religion is guaranteed to all. No religious organization shall receive any privileges from the State, nor exercise any political authority.
何人も、宗教上の行為、祝典、儀式又は行事に参加することを強制されない。 Nul ne peut être contraint de participer à des actes, célébrations, rites ou pratiques à caractère religieux No person shall be compelled to take part in any religious act, celebration, rite or practice.
国及びその機関は、宗教教育その他いかなる宗教的活動もしてはならない。 L’État et ses organes se gardera d’éduquer à une religion ainsi que de toute autre activité religieuse The State and its organs shall refrain from religious education or any other religious activity.

Article 89 :

第八十九条 公金その他の公の財産は、宗教上の組織若しくは団体の使用、便益若しくは維持のため、又は公の支配に属しない慈善、教育若しくは博愛の事業に対し、これを支出し、又はその利用に供してはならない。 a.89 : Aucun argent ou autre bien public ne peut être donné ou alloué à l’usage, au bénéfice ou à l’entretien d’institutions ou d’associations religieuses ou à des organisations caritatives, éducatives ou de bienfaisance qui ne sont pas sous le contrôle des autorités publiques. Article 89. No public money or other property shall be expended or appropriated for the use, benefit or maintenance of any religious institution or association, or for any charitable, educational or benevolent enterprises not under the control of public authority.

Nous avons utilisé l’article « Shintoïsme d’État » dans Wikipedia, lui-même traduit de l’article correspondant en espagnol.
Voir aussi une version japonaise de la constitution

[29les sept personnes exécutées le 23/12/1948 sont :

  1. 土肥原 賢二 Doihara Kenji
  2. 広田 弘毅 Hirota Koki
  3. 木村 兵太郎 Kimura Heitaro
  4. 板垣 征四郎 Itagaki Seishiro
  5. 松井 石根 Matsui Iwane
  6. 武藤 章 Muto Akira
  7. 東條 英機 Tōjō Hideki

[30D’après le quotidien Asahi shinbun du 15 août 2014.
Nous traduisons du japonais : 69年 自民党が靖国神社を国家管理とする法案を提出
(74年までに5回廃案)

[32littéralement la cérémonie qui apaise le [génie du] sol". Il s’agit d’obtenir du "génie" du lieu, de la divinité tutelaire du lieu 鎮守 chin ju, son accord et sa protection pendant les travaux de construction

[33Voir la traduction anglaise de la décisionsur le site de la Cour suprême du Japon.
La version originale japonaise figure sur le même site.

- Le jugement comporte une récapitulation en trois points. Nous rapportons sous forme d’une synopse japonais - anglais - français le point n°3.

三、市が主催し神式に則り挙行された市体育館の起工式は、宗教とかかわり合いをもつものであることを否定することはできないが、 3. A city-sponsored groundbreaking ceremony for a municipal gymnasium conducted under Shinto rites is undeniably connected to religion. 3. Une cérémonie de pose de la première pierre d’un gymnase qui se déroule à la manière shintô avec la ville comme sponsor est indéniablement reliée à la religion.
その目的が建築着工に際し 土地の平安堅固、工事の無事安全を願い、社会の一般的慣習に従つた儀礼を行うという専ら世俗的なものと認められ、 1 However, when the totality of circumstances as stated in the judgment is considered, the ceremony is deemed to have the wholly secular purpose of marking the start of construction by a rite performed in accordance with general social custom to pray for a stable foundation for the building and accident-free construction work, Néanmoins, nous reconnaissons comme entièrement séculier un rite obéissant aux coutumes générales de la société, rite qui a pour but de souhaiter au début de la construction un terrain stable et des travaux qui se déroulent sans accident.
その効果が神道を援助、助長、促進し又は 他の宗教に圧迫、干渉を加えるものとは認められない判示の事情のもとにおいては、憲法二〇条三項にいう宗教的活動にあたらない。 and its effects are not deemed to subsidize or promote Shinto, or, conversely, to suppress or interfere with any other religion, and does not constitute "religious activity" in the meaning of Article 20, Paragraph 3 of the Constitution. Nous ne lui reconnaissons pas d’avoir pour effet d’aider, de promouvoir ou de répandre le shintô, ni inversement de donner lieu à des pressions ou des ingérences par rapport aux autres religions, et en ce sens, il ne constitue donc pas une « activité relgieuse » telle que l’entend le paragraphe 2 de l’article 20 de la constitution.

La traduction française est de notre fait. Nous ne la garantissons pas.

[34Cette déclaration de "regret" fait partie d’une série qui a commencé avant Murayama : cf. l’article en anglais dans Wikipedia : "List of war apology statements issued by Japan.
La "déclaration Murayama" figure intégralement sur le site du Ministère japonais des affaires étrangères (MOFA) en anglais et en japonais

[35Pour une analyse détaillée, voir : Guthmann, Thierry, Shintô et politique dans le Japon contemporain, L’Harmattan, 2012, 202 p.


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