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Le nouveau confucianisme : Mou Zongsan 牟宗三 (1909-1995)

mercredi 26 mars 2014 par Phap

Nous faisons part du livre suivant :

  • Mou Zongsan - Spécificités de la philosophie chinoise Traduit du chinois par MM. Ivan P. Kamenarovic et Jean Claude Pastor ; Introduction de Joël Thoraval, Paris, Éd. du Cerf, col1. « Patrimoines Confucianisme », 2003, 256 p.

Voir aussi la recension dans la revue La vie spirituelle, n°753, juillet 2004, « Mou Zongsan, spécificités de la philosophie chinoise », p. 373-375


Le livre Spécificités de la philosophie chinoise contient la traduction de douze conférences prononcées en 1973 à Hong Kong par Mou Zongsan, mort en 1995.

Mou Zongsan y met en valeur la pensée confucéenne, qu’il présente comme une caractéristique de la pensée chinoise. Cette tentative constitue l’aspect le plus intéressant de ce livre ; un autre intérêt, secondaire celui-là, réside dans le fait que Mou Zongsan confronte la pensée confucéenne à la pensée philosophique, mais aussi et surtout religieuse, de l’Occident ; nous pouvons ainsi percevoir comment un intellectuel asiatique parle de la religion chrétienne, en sachant cependant que, si l’auteur manifeste un profond respect envers la figure du Christ, sa présentation du christianisme n’en reste pas moins fort discutable.

Pour Mou Zongsan, l’Occident a développé une ligne de pensée objective à travers la philosophie, qui vent rendre compte des objets de la nature au moyen de discours logiques, (cosmologique, logique, ontologique, épistémologique). Cette ligne de pensée, dont le fruit est la science moderne, se meut dans l’immanence et ne prend pas en compte la subjectivité humaine comme telle.

En parallèle, toujours selon notre auteur, l’Occident a développé une conception religieuse fondée sur la transcendance. Dieu en constitue le centre inaccessible, unique, sublime — et effrayant ; à l’homme, il est seulement demandé de prier ; l’homme doit attendre sa grâce de l’extérieur, avec la conséquence qu’il ne cherche pas à s’améliorer par lui-même ; dans cette conception religieuse où la patrie est au Ciel, et où le véritable Père est celui des Cieux, il est demandé à l’homme de se désolidariser des liens terrestres qui l’unissent à sa parenté et à sa nation, il lui est demandé de se nier lui-même pour entrer au Ciel. Autrement dit, le croyant est angoissé par le péché, et il demande à être hissé au niveau de la divinité, en abandonnant sa nature humaine pécheresse.

À la dichotomie de la pensée occidentale entre religion et philosophie, l’auteur oppose l’unité de la pensée confucéenne, qui allie l’immanence et la transcendance dans une « philosophie de la vie de l’homme ».

L’école confucéenne assigne à l’homme la tâche immanente de se perfectionner lui-même, de développer ses facultés propres. Ce développement personnel a pour but de réaliser la figure du Sage, figure qui est proposée à tout homme et que I’ « étude « réalise. Cette étude conjugue la méditation sur la « Nature foncière « de l’homme et sa mise en pratique : l’homme a à devenir soi-même par lui-même, il réalise sa propre nature dans un agir humain. L’homme doit faire preuve de créativité dans son agir, il doit exercer sa volonté sous la lumière de la morale pour parvenir à l’homme sage.

Selon l’école confucéenne, l’homme naît avec quatre principes moraux innés :

  1. la compassion, entendue comme la conscience de la capacité de souffrance des autres êtres, dont l’opposé est l’indifférence ;
  2. la déférence, qui se traduit par le respect des autres dans la bienséance, dans la civilité, et dans les rites ;
  3. la honte du mal, et son pendant, la recherche de la justice ;
  4. le sens du vrai et du faux, qui permet le discernement, à la lumière duquel l’homme voit se révéler le mal qui est en lui.

Que l’un de ces quatre principes vienne à manquer, et l’homme cesse d’être un homme.

Par l’exercice moral, l’homme peut se purifier, il peut travailler à éliminer le mal en lui, en l’attaquant à la racine. Ce mal, Mou Zongsan l’identifie à l’égoïsme enténébrant. L’intérieur de l’homme étant ainsi purifié, illuminé, l’homme manifeste alors extérieurement ce qu’il est devenu, dans une rectitude qui ne dissimule rien, où toute l’existence est devenue lumineuse. Le Sage, en conservant les liens de solidarité qui l’unissent aux autres êtres, les fait participer à la Sagesse qu’il rayonne.

Après avoir montré l’immanence de la pensée confucéenne, Mou Zongsan passe ensuite à la référence transcendante contenue dans cette pensée.
Pour ce faire, il reprend l’adage confucéen

« La Nature foncière, c’est le Mandat céleste. »

Autrement dit, l’homme, en réalisant sa nature propre — aspect immanent —, répond à l’injonction au fond de lui même que lui adresse le Ciel — aspect transcendant.

Le Mandat céleste assure la médiation entre l‘homme et le Ciel. En descendant en l‘homme, le Mandat céleste devient la nature foncière de l’homme, et cela n’est donné qu’à l’homme entre les dix mille êtres : lui seul peut ainsi s’imprégner de la Voie céleste, lui seul peut ainsi faire descendre le Ciel en lui, par un mouvement d’intériorisation. La crainte de l’homme sera alors de se voir retirer le Mandat céleste par défaut d’étude, et le Sage se définit maintenant comme celui qui sait conserver le Mandat céleste.
Accomplissant sa Nature foncière, autrement dit conservant le Mandat céleste, l’homme devient le partenaire du Ciel et de la Terre, il constitue avec eux une triade, et il les aide dans leur activité, qui est celle de l’engendrement et de la transformation incessants. Il est alors devenu un avec l’univers, les dix mille êtres sont en lui, et ses vertus sont en harmonie avec celles du Ciel et de la Terre.

Mou Zongsan conclura en disant que le centre de la pensée chinoise, telle qu’elle s’exprime dans l’école confucéenne, consiste dans la réalisation de la Voie céleste en l’homme. Ce programme conjoint immanence et transcendance dans l’homme, cet être unique parmi les dix mille êtres.


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