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Lire les Évangiles de Matthieu, Marc et Luc en parallèle

vendredi 21 mars 2014 par Phap

Table des matières

1. Une trame narrative commune
2. Un exemple de rapprochement des trois Évangiles synoptiques : le baptême de Jésus
3. Deux questions à propos du baptême de Jésus


Le canon du Nouveau testament comporte quatre Évangiles, abrégés en Matthieu (Mt), Marc (Mc), Luc (Lc) et Jean (Jn).
Les trois premiers évangiles comportent la même trame narrative, ce qui fait qu’on peut les mettre en parallèle sur trois colonnes (d’où leur appellation d’ « Évangiles synoptiques » du grec « syn  », « ensemble », « avec » et « optique  », « voir » : « voir ensemble »).


1. Une trame narrative commune.

Matthieu et Luc débutent par l’enfance de Jésus, alors que Marc commence avec le baptême de Jésus par Jean. Dans Matthieu, nous trouvons une annonce à Joseph, l’époux de Marie, tandis que Luc privilégie une annonce à Marie : l’annonce de la conception d’un fils sous l’intervention de l’Esprit saint.

Les deux évangiles, Matthieu et Luc, rejoignent ensuite Marc dans le déroulement de la vie publique de Jésus, déroulement qui est commun aux trois et qui comporte 5 moments bien marqués géographiquement :

  1. le moment du baptême de Jésus par Jean le Baptiste sur la rive du Jourdain ;
  2. la descente de Jésus vers la Galilée suite à l’arrestation de Jean le Baptiste ;
  3. le séjour de Jésus en Galilée : Jésus inaugure son ministère public en Galilée. Il étonne les foules par ses actes de puissance : il guérit des malades, exorcise des possédés, domine les flots du lac de Tibériade, multiplie pain et poissons. Il étonne aussi la foule par son enseignement de la Torah qu’il interprète de manière très personnelle, au point de fâcher les autorités religieuses qui ont entendu parler de son succès auprès des foules. Aux yeux des autorités religieuses juives, Jésus semble prendre trop de liberté par rapport aux commandements de la Torah, comme s’il était au-dessus d’elle. Jésus forme autour de lui une « garde rapprochée » composée de douze disciples qui partagent son intimité et qui bénéficient d’enseignements en privé.
  4. la montée de Jésus vers Jérusalem pour célébrer la Pâque. L’événement déclencheur qui fait partir Jésus de Galilée est ici la confession de Simon-Pierrre, l’un des douze, qui a reconnu en lui le « Christ », le « Fils de Dieu ». Selon notre interprétation, Jésus estime que ses disciples sont suffisamment entrés dans son mystère et qu’ils sont maintenant prêts à affronter ce qui va se passer à Jérusalem, traditionnellement appelé « la Passion et la Résurrection » : Jésus annonce par trois fois que le « Fils de l’homme » va être arrêté, battu, condamné à mort, exécuté par crucifixion et être relevé d’entre les morts (« ressuscité ») le troisième jour. Trois des disciples bénéficient d’une vision extraordinaire lors de la transfiguration de Jésus sur une montagne : Jésus reçoit devant eux la confirmation qu’il est l’élu de Dieu pour la fin des temps : confirmation par les grandes figures de la Torah (Moïse) et des prophètes (Élie), confirmation par Dieu lui-même dans une théophanie visuelle et auditive ;
  5. le séjour à Jérusalem : là, Jésus trouble l’ordre public à plusieurs reprises par son entrée triomphale à Jérusalem, l’expulsion des marchands sur le parvis du Temple. Trahi par l’un des douze, Judas l’Iscariote, il est arrêté et condamné à mort par les autorités religieuses juives (pour elles, il a blasphémé en prétendant être le Christ, le Fils de Dieu) et les autorités politiques romaines (pour elles, il a commis un crime d’usurpation en prétendant être le roi des Juifs sans l’aval du César, de l’Empereur romain). Exécuté sur la croix, son cadavre est mis dans un caveau la veille du Sabbat. L’histoire relève ensuite d’un autre régime, avec un corps introuvable et des disciples qui proclament avoir bénéficié d’apparitions de Jésus relevé d’entre les morts et vivant d’une vie à la fois semblable à celle d’avant et différente en même temps : son corps est bien le même qu’avant, il est marqué par les clous, et différent en même temps.

L’itinéraire géographique linéaire, la progression de l’histoire (« story  » avant d’être « history  ») donnent une très grande lisibilité aux trois Évangiles synoptiques et les rendent faciles à exposer.
Rappelons qu’ils sont composés par des croyants pour amener les auditeurs et les lecteurs à la foi en Jésus-Christ : l’historien en quête d’history devra donc démêler ce qui relève du régime confessant et ce qui peut relever du fait historique.


2. Un exemple de rapprochement des trois synoptiques : le baptême de Jésus

- Les traductions ci-dessous proviennent de la Traduction œcuménique biblique (TOB). -

Le baptême de Jésus par Jean le Baptiste inaugure la vie publique de Jésus dans les trois synoptiques. Nous allons travailler sur la lecture en parallèle de cet épisode dans les trois Évangiles :

Matthieu 3,13 –17 Marc 1,9-11 Luc 3,21-22
13 Alors paraît Jésus, venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour se faire baptiser par lui. 9 Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. 21 Or comme tout le peuple était baptisé,
14 Jean voulut s’y opposer : « C’est moi, disait-il, qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » 15 Mais Jésus lui répliqua : « Laisse faire maintenant : c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. » Alors, il le laisse faire.
16 Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. 10 À l’instant où il remontait de l’eau, Jésus, baptisé lui aussi, priait ;
Voici que les cieux s’ouvrirent il vit les cieux se déchirer alors le ciel s’ouvrit ;
et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. 22 l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe,
17 Et voici qu’une voix venant des cieux disait : 11 Et des cieux vint une voix : et une voix vint du ciel :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. » « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

Les trois Évangiles relatent un événement de manifestation divine (« théophanie »)centré sur Jésus : le ciel s’ouvre au dessus de Jésus, la colombe descend sur Jésus et la voix désigne Jésus comme l’élu [1].
Dans tous les cas, on peut lire cet événement théophanique comme le rétablissement de la communication entre Dieu et sa création, rétablissement symbolisé par l’ouverture du ciel, ouverture par laquelle peut descendre l’Esprit saint (symbolisé par la colombe). Cette communication par laquelle Dieu va pouvoir communiquer (quoi ? sa volonté d’établir son règne sur sa création) passe par son envoyé, celui qu’il a choisi, Jésus.


3. Deux questions à propos du baptême de Jésus

S’agit-il d’une manifestation divine publique ou privée ?

  • Dans Marc, l’événement peut être vu comme un fait purement subjectif : Jésus, et Jésus seulement, aurait vu le ciel s’ouvrir, la colombe descendre (« Jésus vit.. ») et lui seul aurait entendu la voix (« Jésus entendit ») qui s’adresse directement à lui (« tu es mon Fils »). On serait alors dans une expérience purement personnelle de Jésus, dont personne d’autre n’aurait été le témoin.
  • Luc et Matthieu autorisent une lecture autre : le phénomène auditif semble destiné au public dans Matthieu (« celui-ci est mon Fils » dit la voix comme si elle s’adressait non pas à Jésus mais aux personnes présentes) ? Luc laisse ouverte la question de savoir si le phénomène visuel a été perçu seulement par Jésus ou non en présentant les faits comme objectifs (les cieux s’ouvrirent, la forme corporelle descendit) ; Luc effectue le même traitement pour le phénomène auditif qui semble objectif, même si la désignation est ici en « tu » et non en « celui-ci » comme en Matthieu.

Ne donnons pas trop d’importance à cette question : la théophanie visuelle et auditive se reproduira lors de la « Transfiguration » de Jésus et il s’agira d’une manifestation certes réservée à quelques uns, mais qui n’est pas réservée à Jésus seulement. La désignation est celle chez Matthieu : « Celui-ci ». La voix s’adresse non à Jésus mais à ceux qui l’entourent.

Mt 17,5 Mc 9,7 Lc 9,35
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. Écoutez-le ! » « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le ! »

[Voir aussi l’écho de la « Transfiguration » dans 2 P 1,16-18 [2].]

Plus important que de savoir qui a assisté à la théophanie, on peut se demander quelle est la portée de cette théophanie. Rappelons que c’est elle qui déclenche l’activité publique de Jésus de Nazareth.
Avant, il n’est qu’un homme, un Juif pieux qui a le souci comme ses frères du sort d’Israël occupé par l’armée étrangère. Peut-être Jésus a-t-il encore plus le souci de l’honneur de son Dieu qui est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob : cet honneur n’est-il pas bafoué par les autorités religieuses juives de Jérusalem qui semblent s’accommoder de l’occupant romain « païen » ? L’autorité politique juive des territoires autour de la Judée ne se compromet-elle pas avec les nations « païennes » ?

En ce temps troublé, le peuple juif est traversé par divers courants qui s’opposent entre eux et sans doute cette ambiance favorise l’attente d’un « Messie » (mot hébreu traduit en grec par « Christ »), un homme élu de Dieu, un homme qui a été investi par Dieu pour faire connaître la volonté divine et la réaliser sur la terre – pour établir le « Règne de Dieu ».
La Bible décrivait l’investiture divine sous la forme d’une onction d’huile par laquelle Dieu conférait son autorité à son Messie (son « Oint » littéralement) : après l’onction, l’oint était rempli de l’esprit divin et pouvait prophétiser, c’est-à-dire parler et agir au nom de Dieu. Le peuple juif d’alors attendait le Messie de la fin des temps, celui qui établirait définitivement le droit de Dieu sur toutes les nations – et il l’attendait pour bientôt.

Dans ce contexte, que peut signifier cette théophanie centrée sur Jésus ? Quoi d’autre sinon qu’il est le Messie, le Christ, l’Oint de la fin des temps ? En lui, par lui, avec lui, le ciel s’ouvre au-dessus de la terre, autrement dit, Jésus est le médiateur entre Dieu et la création, il est le medium par lequel Dieu communique sa volonté qui est celle d’un père selon Jésus (« Notre père qui es aux cieux, que ta volonté soit faite.. »). Sa consécration est rendue par la descente de l’Esprit sur lui qui fait de lui un « homme rempli de l’Esprit saint ».

Question suivante : s’agit-il d’une révélation pour Jésus qui aurait alors appris au moment de son baptême qu’il était choisi comme l’élu, comme le Fils ?

  • Un courant de pensée a soutenu que Dieu aurait « adopté » Jésus à ce moment-là. Jésus serait donc un homme comme les autres – en particulier il aurait été conçu de Joseph et Marie – qui aurait été choisi par Dieu pour accomplir sa volonté un peu après son baptême par Jean.
  • La grande Église soutient que ce qui s’est manifesté lors du baptême, dans le temps humain donc, ne fait que révéler ce qui a été de toujours à toujours, et même avant la création : la personne qui s’appelle Jésus est le Verbe de Dieu, la deuxième personne de la Trinité, qui s’est fait chair pour accomplir la volonté de Dieu et sauver les hommes (et la création avec eux). Fils de Dieu, elle l’a toujours été et dès avant le temps. L’élection n’a pas commencé au baptême par Jean le Baptiste, elle a été de toujours à toujours.

© esperer-isshoni, mars 2014

[1Matthieu fait bande à part en indiquant la réaction de Jean le Baptiste, sinon tout le reste est commun

[2En effet, ce n’est pas en nous mettant à la traîne de fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la venue puissante de notre Seigneur Jésus Christ, mais pour l’avoir vu de nos yeux dans tout son éclat. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, quand la voix venue de la splendeur magnifique de Dieu lui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte.


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