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Arrivée en Chine du christianisme au 16e siècle - une chronologie

dimanche 9 mars 2014 par Phap

XVIe siècle au XVIIIe siècle siècle : le quiproquo entre christianisme et confucianisme  [1]


1583 Matteo Ricci 利瑪竇 Lì Mǎdòu (1552-1610), jésuite, arrive en Chine avec Michele Ruggieri. Ils se présentent d’abord en bonzes rasés 和尚 hé​shang pendant 12 ans
1595 Ricci écrit le Traité de l’amitié 《交友论》 jiāo​yǒu lùn. Il s’habille en lettré et fonde une "académie" 書院 shū-yuàn. Il est le "lettré d’Occident" 泰西儒士 Tài​xī Rú​shì
1600 Valignano, supérieur des jésuites pour la région, approuve les termes utilisés par Ricci dans ses traductions en chinois : en particulier, la traduction de "Dieu" par "Maître du Ciel" 天主 Tiān​zhǔ
1601 Ricci est le premier européen admis à la cour impériale à Pékin, sous l’empereur Ming Wanli (万历, 1563-1620). Il y présente une mappemonde, deux horloges à sonnerie, une épinette
1603 Ricci écrit La Vraie doctrine du Seigneur du Ciel 天主実義 tianzhu shiyi. Il s’agit d’un "pré-catéchisme", les mystères chrétiens étant réservés aux catéchumènes  [2]
1610 L’empereur permet que le « lettré d’Occident » 泰西儒士Tài​xī Rú​shì soit enterré à Pékin.
 ?? Le P. Niccolo Longobardo (1559-1654) écrit le Traité sur quelques points de la religion des Chinois, où il désapprouve les traductions de Ricci en chinois du mot "Dieu".  [3]
1617 première persécution, lancée par le vice-ministre des Rites de Nankin, Shen Que : elle est motivée par la constitution à Nankin d’une association populaire de la doctrine du Maître du Ciel par les PP. Semedo et Vagnone : expulsion des missionnaires à Macao
1622 Le pape Grégoire XV crée la Congrégation de la Propagande de la Foi par la bulle Incrustabili
1624 Alexandre de Rhodes et les Jésuites débarquent en Cochinchine puis au Tonkin
1625 découverte d’une stèle en chinois et syriaque à Xi an, chrétienne nestorienne, gravée en 781
1628 discussion entre les pro-Ricci et les pro-Longobardi, avec affrontements jusqu’en 1742.
21 missionnaires et quatre convertis se réunirent à Jiading (près de Shanghai) et conviennent de proscrire l’emploi des termes 天 tian (‘Ciel’) et 上帝 shangdi (‘Seigneur d’en haut’) et de n’utiliser que 天主 tianzhu (‘Seigneur du ciel’)
1631 arrivée de missionnaires franciscains et dominicains en Chine
1633 à 1639 Au Japon, mise en place de la politique d’isolement du pays sakoku 鎖国, avec édit de ban sur le commerce maritime : Hǎi Jìn 海禁 kaikin (en japonais)
1644 conquête de la Chine par les Mandchous. Les Chinois doivent porter la tresse, sous peine de mort.
1648 Éclaircissement sur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius & aux Morts, par le P. Charles Le Gobien de la Compagnie de Jésus : l’auteur veut montrer que certains de ces rites sont purement civils et peuvent donc être pratiqués sans danger par les nouveaux chrétiens chinois
23/3/1656 décret du pape Alexandre VII tolérant les cérémonies publiques en Chine, suite au rapport du P. Martini
1659 Instructions de la Propaganda Fide aux missionnaires. Elles demandent d’autoriser rites et coutumes des pays du moment qu’elles ne sont contraires ni à la foi ni aux mœurs. "Quoi de plus absurde que d’imposer la Gaulle, l’Hispanie, ou quelque autre partie de l’Europe à la Chine ?".  [4]
1660 Premiers départs de missionnaires des MEP (Missions étrangères de Paris) fondées en 1658, en tant que vicaires apostoliques, c’est-à-dire, évêques dépendant directement de Rome.  [5]
1665 mort de Johan-Adam Schall 湯若望 (1592- 1666 ou 15/8/1665 selon Gobien), missionnaire jésuite en Chine depuis 1622. Il a été Directeur de l’Observatoire impérial et du Tribunal des mathématiques
1676 – 1679 Le dominicain Domingo Navarette publie le texte de Logonbardo dans son Tratados historicos, politicos, ethicos de la monarchia de China   [6]
1684 Arrivée des premiers MEP en Chine, dont le futur Vicaire apostolique du Fo-Kien, Mgr Maigrot
11/3/1688 Mort de A. P. Ferdinand Verbiest, sj (1623 1688) : il a emporté le débat entre astronomie chinoise et européenne et a été nommé Président du tribunal des Mathématiques avec le soutien de l’empereur Kang xi 康熙 (1654-1722)
1692 décret impérial garantissant la liberté religieuse des chrétiens sous Kang xi : « édit de tolérance ». L’empereur donne en signe de protection une calligraphie de sa main jìng tiān 敬天, « Respectez le Ciel », que les jésuites reproduiront dans les églises
26/3/1693 Vicaire apostolique du Fo-Kien, Mgr Maigrot émet un « mandement dans lequel 1° il ordonnait de se servir, pour signifier Dieu, du mot Tien Chu, Seigneur du ciel, et défendait les mots Tien et Chamti, Ciel et Empereur 2° il défendait d’exposer dans les églises le tableau avec ces mots Kieng Tien, « adorez le ciel » demandé par l’empereur (...)  [7]
1701 Les MEP publient la traduction française du texte de Longobardo, contre la position jésuite
1704 décret de la Congrégation de la Propagande déclarant les cérémonies chinoises superstitieuses et interdisant les mots tian et chamti, à cause de leur sens dans la « secte des lettrés chinois » (ciel matériel ou vertu infuse)  [8]
1707 le légat Charles Maillard de Tournon, arrivé en Chine comme légat en 1705, interdit aux missionnaires de prêter le serment imposé par l’empereur
1715 Bulle Ex illa die du pape Clément XI qui prescrit l’exécution entière du décret de 1704 et exige un serment des missionnaires
1721 Le légat, Mgr Mezzabarba, trouve sa constitution annotée en rouge par l’empereur Kanghi lui-même :


« Cet espèce de décret ne regarde que de vils Européens ; comment y déciderait-on quelque chose sur la grande doctrine des Chinois, dont ces gens d’Europe n’entendent pas même la langue ? Il paraît assez par cet acte, qu’il y a beaucoup de ressemblance entre leur secte et les impiétés des bonzes et des Tao-Sse  [9], qui ont avec eux des disputes si violentes. Il faut donc défendre à ces Européens de prêcher leur loi en Chine ; c’est le moyen de prévenir les événements fâcheux. 

1724 proscription du christianisme ; seuls les Jésuites savants de Pékin peuvent rester
1732 Expulsion des Européens de Chine
11/7/1742 (datée du) Benoît XIV rédige la bulle Ex quo singulari qui clôt le débat sur la querelle des rites.
1746 premiers martyrs chinois
1773 Suppression des Jésuites par Clément XIV, l’ordre ne sera rétabli qu’en 1814
1779 Yi Byok / Byuk Lee’, 이벽/李蘗 (1754-1785) se joint à un groupe des disciples de Yi Ik, le lettré fameux de l’école Silhak , dans le temple bouddhiste Chon Jin Am Cheonchinam, 천진암/天眞岩 à Chueosa, 주어사/ 走魚寺  [10]. Ils étudient le livre La Vraie doctrine du Seigneur du Ciel, 『天主実義』 Chonju sirui, 천주실의/天主實義, de Matteo Ricci, 마태오 리치 신부, introduit en Corée en 1603
1784 Yi Sung-Hoon / Seunghoon Lee (이승훈 / 李承薰) (1756-1801) est baptisé par le prêtre jésuite Louis de Grammont à Pékin : c’est le premier baptisé coréen. De retour en Corée, Lee baptise le lettré Yi Byok (이벽, 李檗, 1754 1786) : c’est le premier baptême en Corée. Yi Byok et ses amis construisent alors un lieu de culte dont Yi Byok est le prêtre : période dite des prêtres auto-désignés, entre 1784 et 1791 ’The Period of Self-Appointed Priests’ (가성직 시대, 假聖職時代)  [11]
1790 une lettre de l’évêque de Pékin, Alexandre de Gouvea, leur apprend que les rituels commémoratifs des ancêtres Chesa, 제사/祭祀 sont interdits par l’Église. Les chrétiens coréens apparaissent alors comme sans piété filiale et leur doctrine comme un danger pour l’intégrité du tissu social. Les dénominations « frère » et « sœur » nivelaient la société compartimentée coréenne et semblaient menacer la stabilité sociale.
1791 Paul Jichoong Youn, 윤지충/尹持忠 (1759-1791) et Jacques Sangyoun Kwon, 권상연/權尙然 (1751-1791), ont demandé des funérailles selon le rite chrétien ; ils sont mis à mort
1794 un prêtre chinois, le père Chu Mun-mo, Moonmo Ju, 주문모/周文謨 leur est affecté clandestinement.
1801 la régente, la reine Chongsun, décrète une persécution générale des catholiques : le prêtre Chu et quelque 300 catholiques coréens sont martyrisés
1837 arrivée en Corée de deux prêtres des Missions étrangères de Paris (MEP), et de l’évêque Laurent Marie Joseph Imbert. Ils seront décapités en 1839.
1839 1° grande persécution en Corée de la Sohak, la doctrine de l’Occident
1845 premier prêtre coréen, André Kim Tae-gon, exécuté en 1846 lors de son retour en Corée
1845 Encyclique Neminem Perfecto sur la formation du clergé local.
1846 2° grande persécution en Corée
1866 3° grande persécution en Corée
1886 traité du roi Kojong, 고종/高宗 avec la France mettant fin à la persécution en Corée
1900 Xǔ Jǐngchéng 許景澄, ambassadeur à Saint-Petersboug (Russie) est décapité pour satisfaire aux révoltés Boxers, sous l’impératrice douairière Ci Xi 慈禧. Il avait conseillé à Lou Tseng-Tsiang 陸徵祥 (1871-1949), le futur père Abbé Pierre-Célestin, d’aller étudier le christianisme, en qui il voyait l’origine de la puissance occidentale.
1912 Proclamation de la République chinoise. Lou sert Sun Yat-Sen comme ministre des affaires étrangères
1927 Lou entre au monastère bénédictin de Saint André de Brugges (Belgique)
4/12/1939 L’interdiction des rites est levée par le pape Pie XII
1945 Lou publie Souvenirs et pensées : le christianisme parachève le confucianisme
15/1/1949 mort du père Abbé Pierre-Célestin, de l’abbaye Saint André de Brugges (Belgique)
1984 canonisation de 103 martyrs coréens par Jean Paul II à Séoul (Corée)

© esperer-isshoni.fr, avril 2012

[1Nous nous sommes appuyés sur le livre de Jacques Gernet, Chine et Christianisme, Action et réaction.
Jacques Gernet nous semble soutenir la thèse d’un Mattéo Ricci roué, qui aurait tenté un hold-up chrétien sur le confucianisme. Même si sa thèse est critiquable, elle est étayée par des documents intéressants

[2Citation de Gernet traduisant Ricci :

« ceux qui suivaient leurs désirs (yu) étaient de jour en jour plus nombreux et ceux qui obéissaient au principe d’ordre universel (li) étaient de jour en jour plus rares. Alors, le Maître du Ciel émit une grande pensée de compassion et vint en personne sauver le monde afin d’éveiller partout les êtres ».

[3Ce traité, désavoué par les jésuites, est récupéré par le dominicain Domingo Navarette et est imprimé en France par les Missions Étrangères de Paris en 1701. Il sert alors d’arme contre les jésuites dans la "querelle des rites"

[4"a nullum ftudium ponite, nullaque ratione fuadere illis populis ut ritus fuos, confuetudines & mores mutent, modo ne fint apertiffime religioni & bonis moribus contraria. Quid enim abfurdius quàm Galliam, Hifpaniam,auc Italiam, vel aliam Europae partem in Sinas invehere ? non haec, fed fidem importate, quae nullius gentis ritus aut confuetudines, quae modo prava non fint, aut refpuit, aut laedit, imo vero farta tefta effe vult. " cité par Gobien

[5Ils peuvent ainsi ordonner des prêtres du pays, et permettre à la chrétienté locale de survivre aux persécutions

[6Hostile à la politique d’accommodation des jésuites, il se serait rallié à eux le 29/9/1669, avant de changer encore une fois d’avis ensuite.

[7col 1016 dans Jean Paul Migne Troisième et dernière Encyclopédie théologique, Volume 53

[8Jean Paul Migne Troisième et dernière Encyclopédie théologique, Volume 53

[9les taoïstes


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