Franck GUYEN

Lettre d’un directeur régional du pèlerinage du Rosaire sur le départ

dimanche 10 février 2019 par Phap


Aux pèlerins du Rosaire à Lourdes de la région d’Isle-de-France


Table des matières

  1. La Belle Dame
  2. L’Angelus
  3. Le sas d’entrée et de sortie
  4. Tous pèlerins
  5. La spiritualité du service
  6. La bienveillance mutuelle
  7. L’effet Lourdes
  8. Répondre à la Belle Dame
    Merci

Après huit années comme directeur du pèlerinage du Rosaire pour la région d’Isle-de-France, je me permets de partager avec vous mes observations et aussi quelques convictions.


— 1. À propos de l’appellation de la « Belle Dame », le responsable des brancardiers, me faisait remarquer que je l’utilisais souvent.

Cela tient à une découverte que j’ai faite en lisant la vie de Bernadette Soubirous : jusqu’à la seizième apparition le 25 mars 1858 à l’Annonciation, Bernadette ne sait pas qui est la jeune fille qui lui apparaît ; faute de mieux, elle l’appelle la dame ou « cela » aquero. C’est seulement vers la fin que la Belle dame révèle son identité à Bernadette qui ne s’était pourtant pas fait faute de la lui demander. Et encore : "Que soy era l’immaculada Concepciou", « je suis l’immaculée Conception » n’était pas spécialement compréhensible pour la jeune béarnaise de quatorze ans et il faudra que de plus instruits qu’elle l’éclairent sur cette mystérieuse déclaration.

Pour moi, ce long silence sur son identité correspond au temps qu’a pris la Vierge pour apprivoiser Bernadette, mais aussi sa famille et les notables ecclésiastiques, civils et politiques de l’époque : sans doute le Ciel tient-il compte de l’esprit étroit et du cœur endurci des hommes, trop attachés aux côtés superficiels des miracles pour percevoir la véritable merveille à laquelle ils renvoient : la venue en puissance du Règne de Dieu dans la personne de Jésus le Christ [1]

Et nous aussi, me semble-t-il, nous avons à nous laisser apprivoiser par la Belle dame : voilà pourquoi, comme Bernadette, nous retournons année après année à la grotte de Massabielle, : il s’y passe quelque chose, nous ne savons pas quoi, mais c’est quelque chose qui nous attire. Voilà pourquoi j’aime employer l’expression de « la Belle dame », l’appellation des commencements pour Bernadette et aussi pour nous : elle dit le temps long de l’apprivoisement.


L’Angelus de Jean-François Millet (1857-1859)

— 2. Je crois que la spiritualité mariale inspire et transforme ses adeptes.

Personnellement, grâce au Rosaire j’ai découvert la prière de l’Angelus : le matin, le midi et le soir, arrêter nos occupations pour faire de la place à Dieu :

  1. prier le mystère de l’Incarnation : « L’Ange apporta l’annonce à Marie, et elle conçut du Saint-Esprit », « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole  », « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous »
  2. avant de demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous «  Priez pour nous, sainte Mère de Dieu, afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ » et
  3. terminer en priant le Père par le Fils « Daignez, Seigneur, emplir nos cœurs de votre grâce afin qu’ayant connu par l’Ange l’incarnation de votre Fils Jésus Christ, nous puissions parvenir, par sa passion et par sa mort, à la gloire de sa résurrection. Par ce même Jésus-Christ Notre Seigneur. Amen. ».

C’est une prière qu’on peut connaître par cœur et qui nous aide dans des situations difficiles.


— 3. Cela fait maintenant plusieurs années que nous tirons parti du temps de trajet entre Paris et Lourdes dans le TGV affrété spécialement pour notre association.
Pendant le trajet, l’équipe en charge a conçu l’animation comme un sas de préparation  :

  • à l’aller, l’animation prépare le pèlerin à entrer dans la parenthèse enchantée du pèlerinage, et
  • au retour, elle le prépare à retrouver le monde de tous les jours.

Cet objectif a été atteint, merci à la déléguée des pèlerins et son adjointe.


— 4. C’est l’occasion pour moi de réaffirmer la conviction que nous sommes tous d’abord pèlerins, que nous soyons en service ou non. Simplement, l’hospitalier, le commissaire, l’hôtesse et le choriste, vit son pèlerinage dans le service, telle une Marthe qui a retenu la leçon de Jésus.

Les pèlerins en civil et les pèlerins en uniforme viennent ensemble se présenter devant la Belle dame à la grotte, c’est ensemble qu’ils rendent grâce, qu’ils célèbrent la gloire de Dieu, qu’ils intercèdent pour leurs proches, qu’ils pleurent leurs manquements à l’amour et qu’ils demandent pardon.


— 5. Précisons toutefois, que si nous sommes tous pèlerins, Il y a une spiritualité spécifique du service du malade  : le Christ déclare qu’Il s’identifie au frère ou à la sœur malade et que celui qui sert l’un sert l’Autre.
Les pèlerins hospitaliers le disent bien : en servant ils reçoivent plus qu’ils ne donnent. Je dirai qu’ils apprennent à voir dans le pèlerin en Accueil la personne au-delà de son handicap ou sa maladie ; à son contact, ils apprennent la force de l’espérance et aussi ce qui compte réellement dans une vie : l’amour.

Ne l’oublions pas, ce sont les pèlerins hospitaliers qui permettent aux pèlerins manquant d’autonomie de se présenter à Lourdes à la Belle Dame : merci à eux, merci à leur générosité qui leur font consacrer du temps et de l’argent [2] aux pèlerins les plus faibles – et de fait, il s’agit bien d’une consécration.

Merci aux pèlerins hospitaliers, merci à vous qui revenez prendre votre part du service année après année, merci à vous, qui vous engagez comme auxiliaires et comme titulaires, merci à vous quand vous acceptez d’assumer des responsabilités de coordination, d’encadrement [3].

Merci à tous ceux qui assument leur rôle, aussi petit soit-il, et qui permettent ainsi aux pèlerins de vivre leur pèlerinage tranquillement et sereinement.

N’oublions dans nos remerciements le travail de la Fédération nationale du Rosaire et des branches qui en dépendent, l’Hospitalité nationale, les Commissaires, les Choristes et les Hôtesses et le Service Jeune.
Notre région fait partie d’un tout plus vaste, nos 1 200 pèlerins viennent rejoindre la vingtaine de milliers de pèlerins issus de toutes les régions. Nous nous réjouissons en particulier que des bénévoles nous quittent pour servir au niveau national – en espérant les retrouver en région à la fin de leur mandat.


— 6. Il y a quelque chose de beau que l’on ressent à Lourdes, je veux parler de cette bienveillance mutuelle qui règne dans le sanctuaire : nous avons nos différences de région reflétées par la couleur de nos foulards, nos différences de parcours, de situations, d’âges, mais elles sont intégrées dans une sorte d’unanimité des cœurs devenus capables d’accepter et plus même, d’apprécier ces différences.

À Lourdes, les pèlerins ne constituent pas une foule inconsistante d’individus anonymes, chacun dans sa bulle et insouciant des autres. Non, il y règne une attention, un respect mutuels qui nous disent ce que pourrait être une humanité réconciliée avec elle-même et avec le Ciel – comme un avant-goût de ce que Jésus appelle le Royaume de Dieu.


— 7. Il y a un effet Lourdes qui se dissipe petit à petit au retour, mais on y prend goût parce que cela nous fait du bien, alors on repart en pèlerinage l’année d’après et encore l’année d’après. Petit à petit notre cœur s’imbibe de douceur, de patience, il apprend à s’ouvrir à des personnes qui ne font pas partie de son cercle en dépassant les préjugés, il se remet à faire confiance, à espérer, à aimer.

Cet effet Lourdes, je le vois dans le pas vif des pèlerins au retour à la gare de Montparnasse, dans leur regard qui est celui des découvreurs de trésor ;
je le trouve dans ces pèlerins – un tiers des pèlerins à mon avis - qui vont partager leur chambre avec quelqu’un qu’ils ne connaissent pas – et ils font confiance ;
je le trouve dans la lettre de cette pèlerine qui annule son pèlerinage parce que son mari est tombé malade et qui nous demande d’affecter son règlement à une personne qui a du mal à financer son pèlerinage ;
je le trouve dans cette pèlerine en Accueil, au regard inquiet, au visage tiré le premier jour, et que je retrouve le lendemain au repas de midi, transformée, bien coiffée, rayonnante, souriant aux autres ;
je le trouve dans l’équipe de bénévoles qui prépare le pèlerinage : alors que la pression monte et que tout s’accélère, alors que l’on pourrait s’énerver des différences de tempérament et de façon de travailler, tout le monde tire dans le même sens, porté par le souci commun du meilleur service rendu aux pèlerins les plus faibles ;
l’effet Lourdes enfin, je le trouve dans l’engagement de notre secrétaire, qui est bien plus qu’une salariée pour l’association .


— 8. Je le disais il y a huit ans en prenant mes fonctions et je le redis maintenant en les quittant : notre association n’est pas une agence de voyage, même si notre activité nous amène à y ressembler. Nous ne sommes pas non plus une association humanitaire, même si nous mettons au cœur de ce que nous faisons l’homme, et spécialement l’homme en situation de faiblesse : notre visée n’est pas seulement horizontale, elle n’est pas l’homme pour l’homme.

Avant tout, nous voulons répondre à la Belle dame mystérieusement apparue à une jeune fille pauvre et qui lui a demandé avec délicatesse que l’on vienne en procession à la grotte.
Et c’est ce que nous faisons, les riches aidant les pauvres, les gens en bonne santé aidant les gens malades, les jeunes aidant les vieux, les habiles mettant leur habilité au service des malhabiles, les forts mettant leur force au service des faibles, et ainsi de suite. Nous le faisons depuis plus de 150 ans maintenant, et nous nous en portons bien.

Et cela va continuer grâce à nos efforts, notre générosité en temps et en argent, mais aussi d’abord et surtout grâce à la Belle dame qui savait ce qu’elle faisait quand, ce jeudi 11 février de l’an de grâce 1858, elle apparaissait pour la première fois à Bernadette dans le creux d’une grotte.


En conclusion, je dirai que j’ai été heureux d’être avec vous et pour vous le directeur de l’association du pèlerinage du Rosaire d’Isle-de-France. Portez-vous bien, amis du Rosaire, et que la bénédiction de Dieu vous accompagne tous les jours de votre vie avec la Belle Dame de Lourdes.

Fr. Franck Guyen o.p.
Directeur régional d’Isle-de-France

[1La rencontre avec sœur Bernadette Moriau le samedi 13 avril 2019 matin au couvent des dominicains de l’Annonciation au 222 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e peut aider à comprendre la vraie signification des miracles et comment ils peuvent être vécus simplement

[2Je me rappelle la question d’un « banlieusard » qui croisait un brancardier sur le quai de la gare Montparnasse et qui lui demandait s’il était payé pour cela.

[3je pense à la responsable de la salle à manger et la décoratrice des lieux, aux responsables d’unité de vie dans les Accueils, à la responsable des dossiers malades, aux responsables infirmiers et docteurs, à la responsable régionale du voiturage hôtel (VH), sans parler des responsables régionaux brancardier et hospitalière et du président de l’association


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