Esperer-isshoni.info

Écritures confucéennes – Mencius (372-289 b.c.) - Florilège n°1 - (français - English – 中文)

mercredi 26 février 2014 par Phap

Table des matières (1)


Le livre de Mencius fait partie du canon néo-confucéen des "4 écrits et 5 classiques" (四書五經, 四书五经, Sìshūwǔjīng).
Il est émouvant de penser que des générations d’étudiants chinois ont étudié ce texte dans le cadre des examens de recrutement de l’administration impériale chinoise pendant presque un millénaire.


pour une traduction récente en français :

  • Le livre de Mencius, traduit du chinois par André Lévy, Rivages Poche n°615, 2008, 304 pages

Sites internet utilisés pour cet article :


孟子曰:「人皆有不忍人之心。先王有不忍人之心,斯有不忍人之政矣。 [1] II.I.6. Meng tzeu dit : Tous les hommes ont un cœur compatissant. Les anciens empereurs avaient un cœur compatissant, et par suite leur gouvernement était plein de commisération. Mencius said, ’All men have a mind which cannot bear to see the sufferings of others. ’The ancient kings had this commiserating mind, and they, as a matter of course, had likewise a commiserating government.
以不忍人之心,行不忍人之政,治天下可運之掌上。 Parce qu’ils suivaient l’impulsion d’un cœur compatissant, et que leur administration était très compatissante, ils auraient pu faire tourner l’empire sur la main. When with a commiserating mind was practised a commiserating government, to rule the kingdom was as easy a matter as to make anything go round in the palm.
所以謂人皆有不忍人之心者,今人乍見孺子將入於井,皆有怵惕惻隱之心。 Voici un exemple qui prouve ce que j’avance, à savoir, que tous les hommes ont un cœur compatissant. Supposons qu’un groupe d’hommes aperçoive soudain un enfant qui va tomber dans un puits.Ils éprouveront tous un sentiment de crainte et de compassion. When I say that all men have a mind which cannot bear to see the sufferings of others, my meaning may be illustrated thus : even now-a-days, if men suddenly see a child about to fall into a well, they will without exception experience a feeling of alarm and distress.
非所以內交於孺子之父母也,非所以要譽於鄉黨朋友也,非惡其聲而然也。 S’ils manifestent cette crainte et cette compassion, ce n’est pas pour se concilier l’amitié des parents de l’enfant, ni pour s’attirer des éloges de la part de leurs compatriotes et de leurs amis, ni pour ne pas se faire une réputation d’hommes sans cœur. They will feel so, not as a ground on which they may gain the favour of the child’s parents, nor as a ground on which they may seek the praise of their neighbours and friends, nor from a dislike to the reputation of having been unmoved by such a thing.
由是觀之,無惻隱之心,非人也; « Cet exemple nous montre que celui-là ne serait pas homme dont le cœur ne connaîtrait pas la compassion, From this case we may perceive that the feeling of commiseration is essential to man,
無羞惡之心,非人也; ou n’aurait pas honte [羞 xiù] [de ses fautes] et horreur [des fautes d’autrui], that the feeling of shame and dislike is essential to man,
無辭讓之心,非人也; ou ne saurait rien refuser pour soi et rien céder à autrui, that the feeling of modesty and complaisance is essential to man,
無是非之心,非人也。 ou ne mettrait aucune différence entre le bien et le mal and that the feeling of approving and disapproving is essential to man.
惻隱之心,仁之端也; La compassion est le principe de la bienfaisance ; The feeling of commiseration is the principle of benevolence.
羞惡之心,義之端也; la honte et l’horreur du mal sont le principe de la justice ; The feeling of shame and dislike is the principle of righteousness.
辭讓之心,禮之端也; la volonté de refuser pour soi et de céder à autrui est le principe de l’urbanité ; The feeling of modesty and complaisance is the principle of propriety.
是非之心,智之端也。 l’inclination à approuver le bien et à réprouver le mal, est le principe de la sagesse. The feeling of approving and disapproving is the principle of knowledge.
人之有是四端也,猶其有四體也。 Tout homme a naturellement ces quatre principes, comme il a quatre membres. Men have these four principles just as they have their four limbs.
有是四端而自謂不能者,自賊者也; Celui qui, doué de ces quatre principes, prétend ne pouvoir les développer pleinement, se nuit gravement à lui-même [4]. When men, having these four principles, yet say of themselves that they cannot develop them, they play the thief with themselves,
謂其君不能者,賊其君者也。 Celui qui dit que son prince ne peut les développer en soi, nuit gravement à son prince [5]. and he who says of his prince that he cannot develop them plays the thief with his prince.
凡有四端於我者,知皆擴而充之矣,若火之始然,泉之始達。 Si nous savions développer pleinement ces quatre principes qui sont en chacun de nous, ils seraient comme un feu qui commence à briller, comme une source qui commence à jaillir [6]. Since all men have these four principles in themselves, let them know to give them all their development and completion, and the issue will be like that of fire which has begun to burn, or that of a spring which has begun to find vent.
苟能充之,足以保四海; Celui qui saurait les développer pleinement pourrait gouverner l’empire. Let them have their complete development, and they will suffice to love and protect all within the four seas.
苟不充之,不足以事父母。」 Celui qui ne les développe pas, n’est pas même capable de remplir ses devoirs envers ses pareils. Let them be denied that development, and they will not suffice for a man to serve his parents with.’


孟子之平陸。謂其大夫曰: [7] II.II.4. Meng tzeu étant allé à P’ing lou [8], dit au grand préfet [9] qui gouvernait cette ville : Mencius having gone to Ping Lu, addressed the governor of it, saying,
子之持戟之士,一日而三失伍,則去之否乎?」 — Si l’un de vos petits officiers qui commandent cinq hommes, abandonnait ses soldats trois fois en un jour, le puniriez‑vous de mort ? ’If one of your spearmen should lose his place in the ranks three times in one day, would you, Sir, put him to death or not ?’
曰:「不待三。」 K’oung Kin sir répondit : — Je n’attendrais pas qu’il eût abandonné ses hommes trois fois. ’I would not wait for three times to do so,’ was the reply.
「然則子之失伍也亦多矣。凶年饑歲,子之民,老羸轉於溝壑,壯者散而之四方者,幾千人矣。」 — Mais vous, dit Meng tzeu, vous avez abandonné ceux qui vous sont confiés, et cela bien des fois.. Dans les années de calamité, dans les années de disette, des milliers de personnes âgées ou faibles se roulent et meurent dans les canaux et les fosses ; des milliers d’hommes robustes se dispersent et s’en vont aux quatre extrémités de l’empire. Mencius said, ’Well then, you, Sir, have likewise lost your place in the ranks many times. In bad calamitous years, and years of famine, the old and feeble of your people, who have been found lying in the ditches and water-channels, and the able-bodied, who have been scattered about to the four quarters, have amounted to several thousand.’
曰:「此非距心之所得為也。」 — C’est un mal auquel je ╓390 ne puis remédier dit K’oung Kin sin. [10]. » 曰:「此非距心之所得為也。」
曰:「今有受人之牛羊而為之牧之者,則必為之求牧與芻矣。求牧與芻而不得,則反諸其人乎?抑亦立而視其死與?」 — Supposons, dit Meng tzeu, qu’un homme soit chargé de nourrir les bœufs ou les brebis d’un autre ; il cherchera des pâturages et du foin. S’il n’en trouve pas, reconduira‑t‑il les bœufs ou les brebis à leur propriétaire, ou bien les regarderait‑il mourir ? [11]. ’Here,’ said Mencius, ’is a man who receives charge of the cattle and sheep of another, and undertakes to feed them for him - of course he must search for pasture-ground and grass for them. If, after searching for those, he cannot find them, will he return his charge to the owner ? or will he stand by and see them die ?’
曰:「此則距心之罪也。」 Koung Kin sin répondit : — En cela je suis coupable. Herein,’ said the officer, ’I am guilty.’
他日,見於王曰:「王之為都者,臣知五人焉。知其罪者,惟孔距心。為王誦之。」 Un autre jour, Meng tzeu se présentant devant le roi, lui dit : — Je connais cinq des officiers chargés par vous de gouverner les préfectures où les anciens princes ont des temples. K’oung Kin sin est le seul qui reconnaisse ses fautes. Another day, Mencius had an audience of the king, and said to him, ’Of the governors of your Majesty’s cities I am acquainted with five, but the only one of them who knows his faults is Kong Ju Xin.’
王曰:「此則寡人之罪也。」 Puis il rapporta au roi son entretien avec Kin sin. Le roi dit : — [12], c’est ma faute. [13]. He then repeated the conversation to the king, who said, ’In this matter, I am the guilty one.’


人之有道也,飽食、煖衣、逸居而無教,則近於禽獸。 [14] « L’homme a la loi naturelle gravée dans son cœur ; mais s’il est bien nourri et bien vêtu, s’il demeure dans l’oisiveté et ne reçoit aucune instruction, il se rapproche de la bête. . But men possess a moral nature ; and if they are well fed, warmly clad, and comfortably lodged, without being taught at the same time, they become almost like the beasts.
聖人有憂之,使契為司徒,教以人倫: Les très sages empereurs [15] eurent à cœur l’instruction du peuple. Ils nommèrent Sie ministre de l’instruction, et le chargèrent d’enseigner les devoirs mutuels, afin qu’il y eût This was a subject of anxious solicitude to the sage Shun, and he appointed Xie to be the Minister of Instruction, to teach the relations of humanity :
父子有親, affection entre le père et le fils, how, between father and son, there should be affection ;
君臣有義, justice entre le prince et le ╓425 sujet, between sovereign and minister, righteousness ;
夫婦有別, distinction entre le mari et la femme, between husband and wife, attention to their separate functions ;
長幼有序, gradation entre les personnes de différents âges, between old and young, a proper order ;
朋友有信。 fidélité entre les amis. » [16]. and between friends, fidelity.


孟子曰: [17] IV.I.2. Meng tzeu dit : Mencius said,
「規矩,方員之至也; Le compas et l’équerre servent à tracer des cercles et des carrés parfaits. ’The compass and square produce perfect circles and squares.
聖人,人倫之至也。, De même, les grands sages sont les plus parfaits modèles des cinq vertus [倫lún relations humaines]que les hommes doivent ╓465 pratiquer les uns envers les autres. By the sages, the human relations are perfectly exhibited.
欲為君盡君道,欲為臣盡臣道二者皆法堯舜而已矣。 Le prince qui veut remplir parfaitement ses devoirs de prince, et le sujet qui veut remplir parfaitement ses devoirs de sujet, n’ont qu’à imiter Iao et Chouenn. He who as a sovereign would perfectly discharge the duties of a sovereign, and he who as a minister would perfectly discharge the duties of a minister, have only to imitate - the one Yao, and the other Shun.
不以舜之所以事堯事君,不敬其君者也; Celui qui ne sert pas son prince comme Chouenn a servi Iao, n’est pas dévoué à son prince. He who does not serve his sovereign as Shun served Yao, does not respect his sovereign ;
不以堯之所以治民治民,賊其民者也。 Celui qui ne gouverne pas comme Iao, nuit gravement à son peuple. and he who does not rule his people as Yao ruled his, injures his people.


孟子曰: IV.I.3. Meng tzeu dit : Mencius said,
「三代之得天下也以仁,其失天下也以不仁。 Les trois dynasties ont obtenu l’empire grâce à la bienfaisance [18] ; elles l’ont perdu à cause de l’inhumanité [19]. ’It was by benevolence that the three dynasties gained the throne, and by not being benevolent that they lost it.
國之所以廢興存亡者亦然。 C’est aussi de la même manière que les principautés des tchou heou deviennent prospères ou tombent en décadence, se conservent ou disparaissent. It is by the same means that the decaying and flourishing, the preservation and perishing, of States are determined.
天子不仁,不保四海; Un empereur inhumain perd le pouvoir impérial ; If the sovereign be not benevolent, be cannot preserve the throne from passing from him.
諸侯不仁,不保社稷; un prince inhumain perd avec ses États le droit de sacrifier aux esprits tutélaires de la terre et des grains. If the Head of a State be not benevolent, he cannot preserve his rule.
卿大夫不仁,不保宗廟; Un ministre d’État ou un grand préfet inhumain perd avec sa dignité le droit de faire des offrandes solennelles à ses ancêtres. If a high noble or great officer be not benevolent, he cannot preserve his ancestral temple.
士庶人不仁,不保四體。 Un lettré ou un homme du peuple qui est inhumain, périt de mort violente. If a scholar or common man be not benevolent, be cannot preserve his four limbs.
今惡死亡而樂不仁,是猶惡醉而強酒。」 A présent, les hommes craignent la mort, et se plaisent à traiter les autres avec inhumanité ; c’est comme s’ils craignaient l’ivresse, et buvaient le plus possible. Now they hate death and ruin, and yet delight in being not benevolent - this is like hating to be drunk, and yet being strong to drink wine !’


告子曰 [20]: VI.I.1. Kao tzeu dit : The philosopher Gao said,
「性,猶杞柳也;義,猶桮棬也。 La nature 性 peut être comparée à l’osier, et la justice [21] peut être comparée à une coupe ou à une autre écuelle d’osier. ’Man’s nature is like the qi-willow , and righteousness is like a cup or a bowl.
以人性為仁義,猶以杞柳為桮棬。」 La nature humaine reçoit les dispositions à la bienfaisance et à la justice, comme l’osier reçoit la forme d’une coupe ou d’une autre écuelle. The fashioning benevolence and righteousness out of man’s nature is like the making cups and bowls from the qi-willow.’
孟子曰: Meng tzeu dit : Mencius replied, ’
「子能順杞柳之性而以為桮棬乎?將戕賊杞柳而後以為桮棬也? Pouvez‑vous faire une coupe ou une autre écuelle avec de l’osier sans contrarier les tendances de sa nature ? Vous ne le pouvez ; vous devez couper et maltraiter l’osier. Can you, leaving untouched the nature of the willow, make with it cups and bowls ? You must do violence and injury to the willow, before you can make cups and bowls with it.
如將戕賊杞柳而以為桮棬,則亦將戕賊人以為仁義與? Si vous coupez et maltraitez l’osier pour en faire une écuelle, irez‑vous aussi léser et maltraiter la nature humaine pour lui donner des dispositions à la bienfaisance et à la justice ? If you must do violence and injury to the willow in order to make cups and bowls with it, on your principles you must in the same way do violence and injury to humanity in order to fashion from it benevolence and righteousness !
率天下之人而禍仁義者,必子之言夫!」 S’il est une doctrine capable de porter les hommes à rejeter comme nuisibles la bienveillance et la justice, c’est certainement la vôtre. Your words, alas ! would certainly lead all men on to reckon benevolence and righteousness to be calamities.’


告子曰:「性猶湍水也,決諸東方則東流,決諸西方則西流。 VI.I.2. ╓558 Kao tzeu dit : La nature est comme une eau qui tourbillonne. Qu’on lui ouvre une voie vers l’orient, elle coulera vers l’orient ; qu’on lui ouvre une voie vers l’occident, elle coulera vers l’occident. The philosopher Gao said, ’Man’s nature is like water whirling round in a corner. Open a passage for it to the east, and it will flow to the east ; open a passage for it to the west, and it will flow to the west.
人性之無分於善不善也,猶水之無分於東西也。」 La nature humaine ne discerne pas le bien du mal, de même que l’eau ne discerne pas l’orient de l’occident. Man’s nature is indifferent to good and evil, just as the water is indifferent to the east and west.’
孟子曰:「水信無分於東西。無分於上下乎? Meng tzeu dit : L’eau ne met aucune différence, il est vrai, entre l’orient et l’occident ; mais n’en met‑elle pas entre le haut et le bas ? Mencius replied, ’Water indeed will flow indifferently to the east or west, but will it flow indifferently up or down ?
人性之善也,猶水之就下也。人無有不善,水無有不下。 La nature de l’homme tend au bien, comme l’eau tend en bas. Tout homme est bon comme l’eau tend toujours à descendre. The tendency of man’s nature to good is like the tendency of water to flow downwards. There are none but have this tendency to good, just as all water flows downwards.
今夫水,搏而躍之,可使過顙;激而行之,可使在山。 « Cependant, si en frappant sur l’eau vous la faites jaillir, elle pourra dépasser la hauteur de votre front ; si vous l’arrêtez dans son cours et la refoulez, vous pourrez la faire demeurer sur une montagne. Now by striking water and causing it to leap up, you may make it go over your forehead, and, by damming and leading it you may force it up a hill -
是豈水之性哉?其勢則然也。 En cela obéira‑t‑elle à sa tendance naturelle ? Elle obéira à la force. but are such movements according to the nature of water ? It is the force applied which causes them.
人之可使為不善,其性亦猶是也。」 L’homme peut se déterminer à faire le mal ; alors sa nature souffre violence. When men are made to do what is not good, their nature is dealt with in this way.’


公都子曰: VI.I.6. ■ □ Koung tou tzeu dit à Meng tzeu : The disciple Gong Du said,
「告子曰:『性無善無不善也。』 Kao tzeu dit : « La nature de l’homme n’est ni bonne ni mauvaise. » ’The philosopher Gao says, "Man’s nature is neither good nor bad."
或曰:『性可以為善,可以為不善;是故文武興,則民好善;幽厲興,則民好暴。』 Quelques-uns disent : « La nature peut servir à faire le bien ou à faire le mal. Ainsi au temps de Wenn wang et de Ou wang, le peuple aima la vertu ; sous les règnes de Iou wang et de Li wang, le peuple fut enclin au mal. » Some say, "Man’s nature may be made to practise good, and it may be made to practise evil, and accordingly, under Wen and Wu, the people loved what was good, while under Yu and Li, they loved what was cruel."
或曰:『有性善,有性不善;是故以堯為君而有象,以瞽瞍為父而有舜;以紂為兄之子且以為君,而有微子啟、王子比干。』 D’autres disent : « Les hommes sont, les uns naturellement bons, les autres naturellement mauvais. Ainsi, sous un prince excellent comme Iao, il y eut un homme méchant comme Siang ; d’un père détestable comme Keou seou naquit un grand sage comme Chouenn ; avec un neveu et un souverain comme Tcheou, il y eut des hommes vertueux comme K’i, prince de Wei, et Pi kan, fils d’un empereur. » Some say, "The nature of some is good, and the nature of others is bad. Hence it was that under such a sovereign as Yao there yet appeared Xiang ; that with such a father as Gu Sou there yet appeared Shun ; and that with Zhou for their sovereign, and the son of their elder brother besides, there were found Qi, the viscount of Wei, and the prince Bi Gan.
今曰『性善』,然則彼皆非與?」 Vous dites que la nature de l’homme est bonne. Kao tzeu et tous les autres sont donc dans l’erreur. And now you say, "The nature is good." Then are all those wrong ?’
孟子曰:「乃若其情,則可以為善矣,乃所謂善也。 ╓564 Meng tzeu répondit : — Les tendances de notre nature peuvent toutes servir à faire le bien ; voilà pourquoi je dis que la nature est bonne. Mencius said, ’From the feelings proper to it, it is constituted for the practice of what is good. This is what I mean in saying that the nature is good.
若夫為不善,非才之罪也。 Si l’homme fait le mal, on ne doit pas en attribuer la faute à ses facultés naturelles. If men do what is not good, the blame cannot be imputed to their natural powers.
惻隱之心,人皆有之; « Tout homme a des sentiments de compassion pour les malheureux, The feeling of commiseration belongs to all men ;
羞惡之心,人皆有之; de pudeur et d’aversion pour le mal, so does that of shame and dislike ;
恭敬之心,人皆有之; de déférence et de respect pour les autres hommes. and that of reverence and respect ;
是非之心,人皆有之。 Il sait discerner le vrai du faux et le bien du mal. and that of approving and disapproving.
惻隱之心,仁也; La commisération, c’est la bienveillance. The feeling of commiseration implies the principle of benevolence ;
羞惡之心,義也; La honte et l’horreur du mal, c’est la justice [22]. that of shame and dislike, the principle of righteousness ;
恭敬之心,禮也; La déférence et le respect constituent l’urbanité. that of reverence and respect, the principle of propriety ;
是非之心,智也。 La vertu par laquelle nous discernons le vrai du faux et le bien du mal, c’est la prudence. and that of approving and disapproving, the principle of knowledge.
仁義禮智,非由外鑠我也,我固有之也,弗思耳矣。 La bienveillance, la justice, l’urbanité, la prudence ne nous viennent pas du dehors, comme un métal fondu qu’on verse dans un moule. La nature les a mises en nous. [23] n’y font pas attention. Benevolence, righteousness, propriety, and knowledge are not infused into us from without. We are certainly furnished with them. And a different view is simply owing to want of reflection.
故曰:『求則得之,舍則失之。』 Aussi dit‑on : « Si vous les cherchez, vous les trouverez ; si vous les négligez, vous les perdrez. Hence it is said, "Seek and you will find them. Neglect and you will lose them."
或相倍蓰而無算者,不能盡其才者也。 Parmi les hommes, les uns sont deux fois, cinq fois, un ╓565 nombre indéfini de fois meilleurs ou pires que les autres, parce que la plupart n’arrivent pas à user pleinement de leurs facultés naturelles pour faire le bien. Men differ from one another in regard to them - some as much again as others, some five times as much, and some to an incalculable amount - it is because they cannot carry out fully their natural powers.
《詩》曰:『天生蒸民,有物有則。民之秉夷,好是懿德。』 « Il est dit dans le Cheu King : Le Ciel donne à tous les hommes avec l’existence les principes constitutifs de leur être et la loi morale. Les hommes, grâce à cette loi, aiment et cultivent la vertu. It is said in the Book of Poetry, "Heaven in producing mankind, Gave them their various faculties and relations with their specific laws. These are the invariable rules of nature for all to hold, And all love this admirable virtue."
孔子曰:『為此詩者,其知道乎!故有物必有則,民之秉夷也,故好是懿德。』」 Confucius dit : « L’auteur de cette ode ne connaissait‑il pas la voie de la vertu ? » Ainsi l’homme reçoit toujours, avec les principes constitutifs de son être, la loi morale ; et parce qu’il a cette loi, il aime et cultive la vertu. Confucius said, "The maker of this ode knew indeed the principle of our nature !" We may thus see that every faculty and relation must have its law, and since there are invariable rules for all to hold, they consequently love this admirable virtue.’


口之於味,有同耆也。 [Meng tzeu dit : ../..]« Tous les hommes jugent des saveurs ╓567 de la même manière. So with the mouth and flavours - all mouths have the same relishes.
易牙先得我口之所耆者也。如使口之於味也,其性與人殊,若犬馬之與我不同類也,則天下何耆皆從易牙之於味也?至於味,天下期於易牙, I Ia a discerné avant moi ce qui est agréable à mon palais. Si le palais de I Ia n’avait pas eu naturellement les mêmes goûts que celui des autres hommes, ce qui a lieu pour les chiens et les chevaux, qui forment des espèces différentes de la nôtre ; comment tous les hommes s’accorderaient-ils avec I Ia au sujet des saveurs ? Tous les hommes jugent des saveurs comme I Ia, parce que le palais est semblable chez tous les hommes. Yi Ya only apprehended before me what my mouth relishes. Suppose that his mouth in its relish for flavours differed from that of other men, as is the case with dogs or horses which are not the same in kind with us, why should all men be found following Yi Ya in their relishes ? In the matter of tastes all the people model themselves after Yi Ya ; that is, the mouths of all men are like one another.
是天下之口相似也惟耳亦然。 « Il en est de même pour l’oreille. And so also it is with the ear. In the matter of sounds, the whole people model themselves after the music-master Kuang ; that is, the ears of all men are like one another.
至於聲,天下期於師曠,是天下之耳相似也。惟目亦然。至於子都,天下莫不知其姣也。不知子都之姣者,無目者也。 Tous les hommes jugent des sons comme le musicien K’ouang ; c’est que l’oreille est semblable chez tous les hommes. Il en est aussi de même pour l’œil. Il n’y avait personne qui ne reconnût la beauté de Tzeu tou. Celui qui n’aurait pas reconnu que Tzeu tou était beau, n’aurait pas eu d’yeux. And so also it is with the eye. In the case of Zi Du, there is no man but would recognise that he was beautiful. Any one who would not recognise the beauty of Zi Du must have no eyes.
故曰:口之於味也,有同耆焉;耳之於聲也,有同聽焉;目之於色也,有同美焉。 « Pour cette raison, je dis que, chez tous les hommes, le palais apprécie de même les saveurs, l’oreille les sons, et l’œil les couleurs. Therefore I say, Men’s mouths agree in having the same relishes ; their ears agree in enjoying the same sounds ; their eyes agree in recognising the same beauty
至於心,獨無所同然乎?心之所同然者何也? L’esprit serait‑il le ╓568 seul qui ne portât pas sur certaines choses les mêmes jugements chez tous les hommes ? Quelles sont ces choses sur lesquelles tous les hommes portent les mêmes jugements ? - shall their minds alone be without that which the similarly approve ? What is it then of which they similarly approve ?
謂理也,義也。 Je dis que ce sont les premiers principes et leurs applications. [24]. It is, I say, the principles of our nature, and the determinations of righteousness.
聖人先得我心之所同然耳。故理義之悅我心,猶芻豢之悅我口。」 Les plus grands sages ont trouvé avant nous ce que notre esprit approuve généralement. L’esprit de l’homme agrée les principes de la raison et leurs applications, comme son palais agrée la chair des animaux qui se nourrissent d’herbe ou de grain. The sages only apprehended before me that of which my mind approves along with other men. Therefore the principles of our nature and the determinations of righteousness are agreeable to my mind, just as the flesh of grass and grain-fed animals is agreeable to my mouth.’


孟子曰:「魚,我所欲也;熊掌,亦我所欲也,二者不可得兼,舍魚而取熊掌者也。 [25] VI.I.10. Meng tzeu dit : - J’aime le poisson, et j’aime les pattes d’ours. [26]. Si je ne puis avoir les deux à la fois, je laisserai le poisson, et je prendrai une patte ╓572 d’ours. Mencius said, ’I like fish, and I also like bear’s paws. If I cannot have the two together, I will let the fish go, and take the bear’s paws.
生,亦我所欲也;義,亦我所欲也,二者不可得兼,舍生而取義者也。 J’aime la vie, et j’aime aussi la justice. Si je ne puis garder les deux à la fois, je sacrifierai ma vie, et je garderai la justice. So, I like life, and I also like righteousness. If I cannot keep the two together, I will let life go, and choose righteousness.
生亦我所欲,所欲有甚於生者,故不為苟得也; Sans doute j’aime la vie ; mais parce qu’il est d’autres choses que j’aime plus que 1a vie, je n’emploierai pas indistinctement tous les moyens pour la conserver. I like life indeed, but there is that which I like more than life, and therefore, I will not seek to possess it by any improper ways.
死亦我所惡,所惡有甚於死者,故患有所不辟也。 Je crains la mort ; mais parce qu’il est d’autres choses que je crains plus que la mort, il est des maux que je ne chercherai pas à éviter [27]. I dislike death indeed, but there is that which I dislike more than death, and therefore there are occasions when I will not avoid danger.
使人之所惡莫甚於死者,則凡可以辟患者,何不為也?如使人之所欲莫甚於生,則凡可以得生者,何不用也? « Si l’homme n’aimait rien plus que la vie, n’emploierait‑il pas tous les moyens pour la conserver ? S’il ne craignait rien plus que la mort, ne ferait‑il pas tout pour éviter un malheur ? If among the things which man likes there were nothing which he liked more than life, why should he not use every means by which he could preserve it ? If among the things which man dislikes there were nothing which he disliked more than death, why should he not do everything by which he could avoid danger ?
由是則生而有不用也,由是則可以辟患而有不為也。是故所欲有甚於生者,所惡有甚於死者, « [28], il est des moyens qu’il ne voudra pas employer pour conserver sa vie. [29], il est des choses qu’il ne voudra pas faire pour conjurer un malheur. There are cases when men by a certain course might preserve life, and they do not employ it ; when by certain things they might avoid danger, and they will not do them. Therefore, men have that which they like more than life, and that which they dislike more than death.
非獨賢者有是心也,人皆有之,賢者能勿喪耳。 Ce ne sont pas seulement les sages, qui aiment certaines choses plus que la vie, ╓573 et en craignent d’autres plus que la mort ; tous les hommes ont [30] les mêmes sentiments. Les sages [31] les conservent. They are not men of distinguished talents and virtue only who have this mental nature. All men have it ; what belongs to such men is simply that they do not lose it.
一簞食,一豆羹,得之則生,弗得則死。嘑爾而與之,行道之人弗受;蹴爾而與之,乞人不屑也。 « Je suppose qu’un homme soit dans une telle extrémité que, s’il peut avoir une écuelle de riz, une tasse de bouillon, il conservera la vie ; s’il ne les a pas, il mourra. On les lui offre en criant d’une manière impolie ; fût‑il voyageur, il ne les acceptera pas. On les lui offre en les foulant du pied ; fût‑il mendiant, il les dédaignera. Here are a small basket of rice and a platter of soup, and the case is one in which the getting them will preserve life, and the want of them will be death ; if they are offered with an insulting voice, even a tramper will not receive them, or if you first tread upon them, even a beggar will not stoop to take them.
萬鍾則不辨禮義而受之。萬鍾於我何加焉?為宮室之美、妻妾之奉、所識窮乏者得我與? On m’offrirait dix mille tchoung de grain ; et je les accepterais, sans examiner si les convenances et la justice me le permettent ! Que me feraient, à moi, dix mille tchoung de grain ? [32] pour avoir une maison et des appartements magnifiques, pour me procurer les services d’une femme et de plusieurs concubines, pour me rendre agréable aux pauvres, aux indigents qui m’entourent ? [33] And yet a man will accept of ten thousand zhong, without any consideration of propriety or righteousness. What can the ten thousand chung add to him ? When he takes them, is it not that he may obtain beautiful mansions, that he may secure the services of wives and concubines, or that the poor and needy of his acquaintance may be helped by him ?
鄉為身死而不受,今為宮室之美為之;鄉為身死而不受,今為妻妾之奉為之;鄉為身死而不受,今為所識窮乏者得我而為之, ╓574 Précédemment, je n’ai rien accepté, même pour échapper à la mort ; accepterai-je à présent quelque chose, pour avoir une maison et des appartements magnifiques ? Précédemment, je n’ai rien accepté, même pour échapper à la mort ; accepterai-je à présent quelque chose pour me procurer les services d’une femme et de plusieurs concubines ? Précédemment, je n’ai rien accepté, même pour échapper à la mort ; accepterai-je à présent quelque chose pour me rendre agréable aux pauvres qui m’entourent ? In the former case the offered bounty was not received, though it would have saved from death, and now the emolument is taken for the sake of beautiful mansions. The bounty that would have preserved from death was not received, and the emolument is taken to get the service of wives and concubines. The bounty that would have saved from death was not received, and the emolument is taken that one’s poor and needy acquaintance may be helped by him.
是亦不可以已乎?此之謂失其本心。」 Ces trois avantages doivent‑ils me déterminer à accepter ? [34], cela s’appelle étouffer ses bons sentiments naturels. [失shī perdre, manquer] Was it then not possible likewise to decline this ? This is a case of what is called "Losing the proper nature of one’s mind."’

esperer-isshoni.fr, mars 2013


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 495 / 85427

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand l’Asie sinisée parle l’homme  Suivre la vie du site Le confucianisme   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License