Franck GUYEN

Figures dominicaines – Catherine de Sienne (1347-1380)

jeudi 15 février 2018 par Phap

Version numérisée de :

  • Sainte Catherine de Sienne. Du Tiers Ordre de St Dominique, Patronne de Rome. Par le R. P. D-.A. MORTIER des Frères-Prêcheurs - Société Saint-Augustin – Desclée, De Brouwer et Cie, Imprimeurs des Facultés Catholiques de Lille - 1895 [30 p., 93 mm x 144 mm]

Les illustrations n’ont pas été reprises


En guise d’avertissement


Table des matières


Sainte Catherine de Sienne.


I. — ENFANCE DE CATHERINE.

JACQUES Benincasa et sa femme Lapa Piacenti étaient d’humbles artisans en teinturerie, jouissant d’une honnête aisance, fruit de leur labeur. Leur atelier se trouvait situé au fond d’un de ces ravins dont la tombée rapide donne à la ville de Sienne son cachet pittoresque. En haut, sur la croupe des trois collines, les palais, les églises, les monuments ; à mi-côte et au bas, les habitations du petit peuple. La maison des Benincasa était proche de la Fontebranda, célèbre fontaine abritée sous un portail élevé dont les créneaux sont ornés de fleurs et de feuillage. Au-dessus du ravin, à gauche et à droite, deux silhouettes se détachent dans le ciel bleu : le dôme, de Sienne, étincelant de blancheur, et, par contraste, l’église de Saint-Dominique, sombre monument à l’aspect de forteresse. Le 24 mars 1347, naquit, chez les Benincasa, une enfant qui devait être la gloire de sa patrie et le rempart de l’Eglise. On lui donna le nom de Catherine. Les premiers battements de son cœur, comme ses premières paroles, furent pour DIEU. Elle lui appartient, et, comme une mère, il entoure son berceau de divines tendresses. Les anges veillent sur l’enfant bien-aimée : quand, toute petite, Catherine récite l’Ave Maria en gravissant l’escalier de la maison, ils la prennent sur leurs ailes et d’un vol rapide la portent en haut.

Un soir d’été, Catherine, qui avait six ans, revenait à la maison paternelle en compagnie de son frère Etienne, et traversait le vallon de Fontebranda. Au-dessus, en face d’elle, se dressait l’église de Saint-Dominique ; l’enfant lève les yeux et s’arrête, ravie : « Viens donc, lui crie Etienne, que fais-tu à regarder ainsi ? » — « Ah ! répond Catherine, si tu voyais ce quelle vois, tu ne me troublerais pas ! » Au-dessus de l’église de Saint-Dominique, JESUS-CHRIST lui était apparu, revêtu d’ornements pontificaux, couronné d’une tiare ; à ses côtés se tenaient les apôtres Pierre, Paul et Jean- Et le Seigneur, sou[p.4]riant à l’enfant, la bénissait. Cette vision est prophétique : la bénédiction du Sauveur consacre la mission future de Catherine vis-à-vis de la Papauté !

Son âme naïve se prend alors d’un grand désir de perfection. On lui a raconté la vie des premiers solitaires, elle veut les imiter, et, un beau matin, elle part à la recherche d’un désert. Sortie des murs de la ville, elle entre dans un bois de chênes verts, et ne voyant et n’entendant personne, elle se croit arrivée dans la plus profonde solitude. A coup sûr, c’était la Thébaïde ! Catherine se met en prière, mais bientôt, effrayée du silence qui l’entoure, elle se décide à rentrer à la maison paternelle. La pauvre solitaire, tout apeurée, s’égare dans le bois, et, à sa prière, les anges la portent jusqu’à la Fontebranda. Elle eut ensuite une meilleure inspiration. Ne sachant qu’offrir au Maître divin, elle s’offrit elle-même en faisant vœu de virginité. Sa bonne mère Lapa, chrétienne sincère, mais peu mystique, tout en rendant grâces à DIEU des heureuses dispositions de sa fille, n’entendait pas en faire une religieuse. Catherine était belle ; une alliance de choix pouvait ramener dans la famille une aisance que des malheurs successifs avaient compromise. Sa sœur Bonaventure fut chargée de l’initier à la coquetterie. L’innocente enfant se laissait faire. On lui teignait les paupières ; on semait des paillettes d’or sur sa chevelure blonde ; on la revêtait d’une tunique de couleur, sur laquelle on jetait un manteau drapé à la romaine. Notre-Seigneur en fit des reproches à Catherine. Aussi, sur le conseil du Père Thomas della Fonte, homme pieux et instruit, de l’Ordre de Saint-Dominique, son confesseur, elle résolut d’en finir avec le monde et coupa sa soyeuse chevelure. Le jour même, en famille, on parla de son mariage. Catherine fut inébranlable. « Si je mets la main dans tes cheveux, lui dit Lapa, irritée, j’en prendrai plus de sept. » — « Prenez, lui répondit Catherine, si vous le pouvez ; et elle laissa tomber son voile. Sa mère fut atterrée, sa famille également. Dès lors, la pauvre enfant n’eut plus un moment de repos, elle devint la servante de la maison. Préparer la nourriture, laver le linge, raccommoder les vêtements, porter au grenier les charges les plus lourdes, fut son travail de tous les jours, sans une parole amie, sans un sourire de bonté : le cœur des siens s’était fermé pour elle. On voulait vaincre sa résistance et la [p.5] forcer au mariage. Ce fut elle qui, par sa douceur, sa patience, sa bonne humeur et son dévouement, força tout le monde à accepter sa volonté.


II- LA TERTIAIRE DOMINICAINE.

Un mystérieux attrait poussait Catherine vers l’Ordre de Saint-Dominique. Elle avait 15 ans. Robuste de tempérament, énergique de volonté, active à la besogne, elle aimait, dans l’Ordre des Prêcheurs, l’ardeur de la vie apostolique. Elle aurait voulu, disait-elle, être un homme pour prêcher. DIEU le lui rappellera un jour. Ne pouvant se faire Prêcheur, Catherine résolut de s’allier à l’Ordre pour participer à sa vie. Saint Dominique avait fondé, en dehors du cloître, une association ou Milice de Jésus- Christ, étroitement unie à son Ordre, dont le but était de se sanctifier dans la famille par une pratique plus sérieuse de la vertu. Cette milice était ouverte à tous, hommes et femmes, et les hommes, en plus de leurs autres obligations, devaient, au besoin, combattre les ennemis de la foi. Pas de vœux, mais des prières spéciales, des jeûnes et des abstinences supplémentaires, des réunions périodiques, sous la présidence du Prieur ou de la Prieure de la Fraternité. C’était l’ombre de la vie religieuse s’étendant jusqu’au foyer domestique pour le sanctifier. La plupart des Sœurs de la Pénitence, comme on appelait ces Tertiaires, portaient, à cette époque, l’habit de l’Ordre dans leur famille. Catherine désirait ardemment s’en revêtir. Un jour, fortifiée par une apparition de saint Dominique, qui l’avait appelée « sa douce fille, » elle réunit sa famille et lui révèle qu’elle a fait vœu de virginité. C’était couper court à tout projet de mariage. Son père, vaincu par tous les actes de vertu dont il avait été témoin, imposa silence aux récriminations de sa femme et de ses fils et prononça ces belles paroles : « Laissez-la servir son Epoux et l’implorer pour nous ; devons-nous donc nous plaindre si, au lieu de s’allier à un homme, notre famille s’allie à DIEU ? »

Catherine avait fait un grand pas. Dès lors, plus libre dans ses aspirations vers DIEU, elle se livre à son aise aux mortifications les plus rigoureuses, couche par terre ou sur une [p.6] planche dans l’étroite cellule qu’elle s’est réservée, se revêt d’un cilice et se frappe sans pitié d’une dure discipline. Lapa était au désespoir : quand elle l’entendait se flageller, elle se lamentait et la suppliait de cesser. Ce fut encore pis quand sa fille la pria de demander pour elle l’habit de Saint-Dominique. Elle n’osa refuser et se rendit à la Fraternité, espérant plaider la cause de telle façon qu’elle rapporterait un refus. En effet, la Prieure du Tiers-Ordre trouva que Catherine était trop jeune. Lapa revint triomphante. Elle eut à peine le temps de se réjouir, car Catherine fut atteinte de la petite vérole et bientôt en danger de mort : « Ma douce mère, disait la malade, si vous voulez que je guérisse, il faut que j’aie l’habit des Sœurs. » Cette fois, Lapa est vaincue ; pour sauver sa fille, elle est prête à tout ; elle court chez les Sœurs, supplie, importune à ce point que la Prieure lui dit enfin : « Si votre enfant n’est pas trop belle, nous l’accepterons. » Des Sœurs sont déléguées pour voir Catherine, dont : le visage ravagé par la maladie était méconnaissable. Elle fut acceptée. Sa guérison fut rapide et un dimanche, vers la fin de l’hiver de 1363, elle montait joyeusement à l’église de Saint-Dominique pour y recevoir l’habit de Tertiaire. Les Sœurs de la Pénitence n’eurent pas à se repentir de l’avoir acceptée, quoique DIEU lui eût rendu sa première beauté.

Un jour, elle descendait avec une Tertiaire les marches de la chapelle dette Volte, où se réunissait la Fraternité ; un jeune homme, couvert de haillons, lui demande un vêtement. Catherine remonte dans la chapelle, tire une robe de dessous et l’offre à ce pauvre. « C’est bien, répond-il, mais il me faudrait du linge. » Catherine l’emmène chez elle et lui en donne. « J’ai un compagnon à l’hôpital, reprend le pauvre, donnez-moi un vêtement pour lui. » Catherine est embarrassée, elle a tout donné sauf la robe qu’elle porte : « Voyez, lui dit-elle, je n’ai plus rien. » L’inconnu se retira. La nuit suivante, elle veillait et priait, quand Notre-Seigneur lui apparut sous la figure de ce mendiant, revêtu des vêtements qu’elle lui avait donnés : « Connais-tu cette robe ? » lui dit-il. « Oui, mon DIEU, répond l’humble fille, mais-elle n’était pas belle quand je vous l’ai donnée ! » — « Hier, reprit le Seigneur, tu m’as couvert quand j’avais froid, maintenant je te couvrirai d’un vêtement qui protégera ton âme et ton [p.7] corps, jusqu’à ce qu’ils soient revêtus de l’éternelle gloire. » Et à ces mots, dans la plaie béante de son côté, N.-S. prend comme une forme de vêtement lumineux dont il couvre Catherine. C’était l’armure dont elle avait besoin pour combattre, car l’épreuve allait la saisir. DIEU permit, pour asseoir solidement son trône dans cette âme, que l’ennemi fût déchaîné contre elle. De toutes parts, les tentations l’assaillirent : sa foi fut battue en brèche, ses sens se révoltèrent, son corps regimba contre la souffrance, il n’y avait plus de repos pour elle. Catherine supporta si vaillamment la lutte, s’accusant, s’humiliant sans cesse, comme si elle était coupable des attentats les plus criminels, que Notre-Seigneur, satisfait de sa fidélité, lui apparut pour la consoler. « O doux JÉSUS, s’écria-t-elle,- où étiez-vous quand j’avais l’âme, si affligée ? » — Dans ton cœur, répondit le Maître ; je ne quitte ma créature que lorsqu’elle se sépare de moi par le péché mortel. »

Une vie toute céleste commence pour Catherine ; son humble cellule devient un Paradis. Notre-Seigneur y venait très souvent et s’entretenait avec Catherine. Parfois les saints se joignaient au Sauveur : la Vierge Marie, saint Dominique, saint Thomas d’Aquin, sainte Madeleine, et les colloques divins duraient longtemps, jusqu’à ce que le Maître dît : « Ma fille, va dormir. »

C’est dans cette causerie intime, renouvelée tous les jours, que Catherine reçut, de la bouche même de JESUS-CHRIST, la doctrine admirable de simplicité et de profondeur qu’elle a laissée aux âmes qui aspirent à la perfection. Le Maître enseignait, Catherine retenait dans son esprit et reproduisait dans ses actes la divine parole. Avec un tel guide, elle monta rapidement la pente lumineuse qui de la créature va jusqu’aux hauteurs inaccessibles de la Divinité, marchant de clarté ,en clarté, toujours en avant.

Un jour, pendant les fêtes du Carnaval, Catherine, fuyant les réunions brillantes qui avaient lieu chez les siens, s’était retirée dans sa cellule. JESUS lui apparut et lui dit : « Ma douce fille, puisque tu as fui les plaisirs du monde, et mis en moi tout ton amour, aujourd’hui je t’épouserai. » A ces mots la Vierge Marie, saint Jean, saint Paul et saint Domi[p.8]nique entrent dans le pauvre réduit, inondé de lumière. La Mère de DIEU prend la main de Catherine et la met dans celle de son Fils : « Moi, ton Créateur et ton Sauveur, dit le CHRIST, en passant au doigt de la jeune fille un anneau magnifique, je t’épouse dans la foi. Tu vaincras le monde. Agis avec courage, tu triompheras de tes ennemis. » L’anneau divin resta toujours visible aux yeux de Catherine. Épouse de JESUS, elle lui gardera une fidélité inaltérable et un dévoûment [sic] sans borne.


III. — MISSION PUBLIQUE DE CATHERINE.

LE bruit des extases de l’humble fille se répandit bientôt dans la ville de Sienne. DIEU, du reste, qui la préparait à une vocation d’apôtre, ne réservait pas ses faveurs pour le secret de sa cellule, et souvent, en public, sa main la saisissait, et on la voyait s’élever dans les airs, le visage illuminé de joie, ou s’affaisser sur les dalles de l’église, fondant en larmes, comme accablée par la grâce divine. Ainsi la vit un jour le célèbre peintre André Vanni qui, ravi d’un tel spectacle, esquissa à la hâte sur les murs de la chapelle les traits béatifiés de la jeune Tertiaire. Peu à peu, attirées par l’Esprit de DIEU, les âmes venaient à elle pour lui demander lumière, courage et consolation. Ses révélations intimes, car son regard lisait au fond des cœurs, sa parole pleine de douceur, et surtout l’ardeur de sa prière, avaient raison des pécheurs les plus endurcis, des volontés les plus rebelles… « Seigneur, s’écriait-elle, quand elle implorait la conversion d’une âme, Seigneur, je ne quitterai pas votre présence tant qu’il ne vous plaira pas de faire ce que je veux ! » Ce que je veux ! ainsi parlait à DIEU cette pauvre fille, qui ne savait ni lire, ni écrire ; mais elle avait la grande science de conformer en tout sa volonté à celle de DIEU. En retour, ce qu’elle voulait, le Tout-Puissant le voulait lui-même.

Sa famille, la première à la source de tant de grâces, fut aussi la première à en éprouver les heureuses influences. Lapa elle-même, après la mort de son mari, demanda l’habit du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, sans toutefois, malgré cet [p9] accès de ferveur, se détacher au gré de sa fille des choses de la terre. Les troubles incessants de la politique siennoise ruinèrent sa maison, et sa désolation fut telle qu’elle tomba malade à mourir. Catherine, voyant sa fin prochaine, l’exhorta doucement à recevoir les sacrements. Lapa ne voulait pas mourir et refusa net. « Ma fille ferait bien mieux, disait-elle, de me guérir. » Elle mourut. Catherine se plaignit amèrement à Notre-Seigneur. Avoir vu sa mère mourir dans des dispositions si mauvaises ! c’était trop pour son cœur. « Seigneur, s’écria-t-elle, non ! je ne quitterai pas ce lieu que vous ne m’ayez rendu ma mère vivante ! » Déjà on ensevelissait Lapa, froide et raidie par la mort, quand soudain, à la prière de Catherine, le cadavre ouvre les yeux... Sa mère était ressuscitée et parfaitement-guérie.

Cet apostolat domestique n’était qu’un prélude. Ce sont les essais de l’Esprit Divin qui, doucement, accorde sa lyre, tant il traite les âmes avec respect et les dispose, avec suavité, aux plus grandes entreprises. Jusqu’ici, l’humble servante de DIEU ressemble à Marie-Magdeleine assise aux pieds de JESUS, le regardant, l’écoutant et jouissant à loisir, sans distraction du dehors, des enseignements et des consolations du Maître bien-aimé. Son trésor de lumières et de grâces s’accumule de jour en jour, et si elle en communique quelque chose aux âmes, c’est que le vase est trop plein et déborde de lui-même. Les âmes viennent à Catherine, elle ne va pas à elles. Elle a vingt ans et déjà elle a gravi tous les degrés de l’échelle mystique. DIEU a eu pour elle les tendresses les plus délicates ; il a dévoilé à ses yeux les mystères les plus profonds, et ces faveurs inouïes dureront jusqu’au dernier soupir de Catherine. Extases, ravissements, colloques divins, révélations prophétiques, puissance miraculeuse vont se succéder sans interruption et répandre sur cette vie toutes les splendeurs du Ciel. Mais, chose plus étrange, cette humble femme va devenir l’apôtre de DIEU, son ambassadeur sur terre auprès des papes, des rois et des républiques. Elle quittera sa cellule, elle s’en ira par le monde, sans peur, hardie même au besoin, ne reculant jamais, parlant le front haut aux dignitaires de l’Eglise et aux Docteurs les plus savants comme aux chefs d’Etat. Rien ne l’arrête, elle va, car elle est la parole de DIEU qui marche. Cette alliance merveilleuse de la vie mystique la plus élevée [p.10] et la plus tendre avec la vie apostolique la plus zélée et la plus répandue, donne à la physionomie de sainte Catherine de Sienne son trait caractéristique. Elle n’est pas une sainte privée, elle a une mission de la Providence pour l’Eglise universelle.

Un jour, Notre-Seigneur eut avec elle une étrange conversation : « Ma fille, lui dit-il, tu demandais jadis à prendre l’habit de saint Dominique afin d’aller dans de lointains pays évangéliser les hommes ; te plaindras-tu si je te conduis où tu désirais aller ? — Mais, Seigneur, répondit Catherine, je ne suis qu’une pauvre femme ! — Je souffle mon esprit où je veux, reprit le Maître ; va, ne t’inquiète pas des moyens... » Catherine s’inclina : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Elle le sut bientôt. Les Dominicains, qui surveillaient les opérations divines dans l’âme de leur jeune Tertiaire, devaient, sans les entraver, éprouver la sincérité de sa vertu. Ils ne lui ménageaient point les occasions de s’humilier et d’obéir. Le Prieur défendit un jour à ses religieux de lui donner la communion. La pauvre fille s’en allait d’autel en autel, partout le même refus. Elle se soumit humblement quoique l’épreuve fût dure. Elle sortait de l’église, quand tout à coup, ravie en extase, elle se trouva en face de la Sainte Trinité. Une main de feu tenait une hostie : « ma fille, dit une voix mystérieuse, je veux te communier, au milieu même de l’incompréhensible lumière de la Trinité. » La voix prononça les paroles de la consécration telles que le prêtre les dit à la messe, puis la main de feu plaça l’hostie sur les lèvres de Catherine, rayonnante de joie et le corps soulevé de terre. Elle ne sut jamais comment elle était rentrée dans sa cellule. Revenue à elle-même, elle se trouva à genoux devant son crucifix, mais tellement inondée de joie, tellement envahie par l’amour de DIEU, « plus fort que toute force », que son cœur de chair éclata. Catherine était morte. On accourut près d’elle. Sa mère, les Tertiaires, les Dominicains, prévenus à la hâte, entouraient son corps inanimé, gisant sur le plancher de sa cellule. « La fille de Lapa est morte, » criait-on dans les rues, et en un clin d’œil la ville de Sienne se précipita pour voir et vénérer la sainte. Un Frère convers dominicain, suffoqué par ses sanglots, se rompt une veine dans la poitrine ; le sang s’échappait à flots de ses lèvres ; saisissant [p.12] la main glacée de Catherine, il la pose sur lui, le sang s’arrête, il est guéri. La foule crie au miracle. Le Père dei Dominiez, confesseur de Catherine, s’approche du cadavre pour prier ; soudain la morte ouvre les yeux et s’écrie : « O ma pauvre âme ! » Tout le monde, effrayé, s’enfuit. Intrigué par cette scène étrange, le confesseur demande à Catherine si vraiment elle était morte ; elle répond d’une voix ferme : « Mon âme a réellement quitté mon corps. » Notre-Seigneur daigna expliquer lui-même le sens profond de cette mort mystérieuse. Apparaissant à Catherine, il lui dit : « Ma fille bien-aimée, je t’ai ressuscitée pour te donner une vie nouvelle. Ma grâce débordant sur ton corps rendra son mode d’existence extraordinaire et opérera de singuliers prodiges.... Ton langage sera docte, ton esprit éclairé. Tu voyageras, tu vivras avec la multitude, j’enverrai les uns vers toi, je t’enverrai aux autres. Tu porteras mon nom aux Clercs et aux Pontifes. Tu gouverneras le peuple chrétien, afin que ta faiblesse confonde les orgueilleux. Par toi je sauverai beaucoup d’âmes. Ne crains rien, je suis avec toi. » L’humble fille répondit : « Voici la servante du Seigneur, que sa volonté soit faite ! »

Catherine connaît maintenant sa mission. Comme les apôtres, elle est illuminée par le CHRIST, envoyée par Lui, soutenue par Lui ; ce n’est plus une femme, c’est l’apôtre de DIEU.


IV. — APOSTOLAT DANS SIENNE.

LA servante de DIEU se mit immédiatement à l’œuvre. Tertiaire dominicaine, elle suivait ses Sœurs dans les prisons, les hôpitaux et les maisons privées où elles exerçaient leur charité. Chaque matin, au lieu de s’oublier aux pieds de Notre-Seigneur, elle visitait les malades. Un jour, en arrivant à l’hospice de la Miséricorde, on lui apprend qu’une maison voisine, habitée par une Tertiaire, s’est écroulée et a enseveli la malheureuse sous ses décombres. Catherine y court et la trouve horriblement meurtrie. Elle touche les contusions, les plaies, les fractures, et la blessée se relève guérie, souriante, disant à haute voix : « La fille de Lapa m’a guérie. »

Pendant l’été de 1374 la peste éclata dans Sienne avec une extrême violence. L’effroi régnait partout. Les malades étaient abandonnés : parents, amis, tous fuyaient, car en deux jours de souffrances affreuses la mort faisait son œuvre. Catherine [p.13] n’hésita pas. La première partout, elle allait d’hôpital en hôpital, de maison en maison, soignant les malades, exhortant les mourants, ensevelissant les morts. La nuit même n’interrompait pas son travail de dévouement : une lanterne d’une main, un bâton de l’autre, elle parcourait les rues les plus écartées, relevait les corps tombés frappés de l’horrible mal, s’assurait qu’ils ne donnaient plus signe de vie et les ensevelissait. Sa famille fut cruellement éprouvée : neuf tombes se refermèrent sur les siens. Les Dominicains mouraient l’un après l’autre, victimes de leur dévouement, et bientôt Catherine se demanda s’il en resterait un seul pour bénir et ensevelir les derniers morts. Son nouveau confesseur, Raymond de Capoue, à qui le Maître général de l’Ordre avait confié son âme et qu’elle vénérait comme un père, suffisait à peine à absoudre les mourants. Il tomba épuisé de fatigue et frappé de la peste. Il eut la force de se traîner jusqu’à la cellule de sa pénitente. Catherine était sortie. On courut la chercher à la hâte et la sainte, plaçant sa main sur le front du malade comme pour le bénir, fut ravie en extase. Au même instant, il sentit en lui-même une commotion violente, c’était la guérison. « Allez, lui dit-elle, allez travailler au salut des âmes. » Mais un jour Catherine fut atteinte à son tour ; sa joie de mourir était grande. La Sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Catherine, ma fille, vois-tu cette multitude d’âmes qui me suit ? Si tu consens à vivre, mon Fils te les donnera toutes, choisis. — La volonté de DIEU est la mienne, » répondit l’héroïque Tertiaire, et, guérie à l’instant, elle reprit sa place d’honneur au chevet des pestiférés !

L’humble fille n’exerçait pas seulement l’apostolat de la charité, ses vertus avaient attiré et groupé autour d’elle des âmes généreuses que la Providence lui amenait de divers côtés : âmes pures ou pénitentes qui la regardaient et l’écoutaient comme une mère. C’étaient quelques Tertiaires dominicaines, des membres de sa famille, de simples artisans et des nobles siennois, des religieux et des prêtres. On accourait à sa cellule pour y entendre les paroles de vie, et cette petite femme, qui n’avait pas étudié dans les livres, parlait des choses divines comme un docteur. Elle lisait dans le fond des cœurs, mettait doucement la main sur la plaie morale qu’il fallait guérir, encourageait les faibles, éclairait les ignorants, [p.14] et, au besoin, d’un mot, d’un regard, domptait les volontés les plus rebelles. C’est ainsi qu’elle s’attache un jeune Toscan, Néri dei Pagliareni, qui devient son secrétaire. A son tour, il amène à ses pieds la noblesse siennoise : Gabriel Piccolomini, Nigi entrent hardiment dans la voie de la perfection. Un autre, le plus tendre ami de Néri, François dei Malavolti, lui résiste davantage. II ne voulait même pas rendre visite à la sainte. Sur les instances de Néri, François se décide : « Après tout, se dit-il, une visite à la fille de Lapa n’engage à rien, » et il entre dans la cellule de Catherine. Elle lève les yeux et sourit. François, interdit, s’arrête ; ce regard dominateur le fascinait, il était vaincu. Catherine lui adressa quelques paroles, et le jeune homme sortit, alla droit à l’église et s’y confessa. Ses anciens compagnons de plaisir le raillaient de se laisser diriger par la fille d’un teinturier. « Allez la voir ! » répondait-il. Deux des plus libertins tentèrent l’aventure par pure plaisanterie et pour rire aux dépens de Catherine. A peine entrés dans sa cellule, ils ne purent dire un mot, saisis de respect. Catherine leur reprocha leur conduite et leurs mauvais propos à son égard. Emus et touchés jusqu’au fond de l’âme, ces jeunes gens se convertirent et prirent place dans les rangs de ses disciples. Une autre fois, c’est un Siennois mêlé aux affaires du gouvernement, Pierre Ventura dei Borgognoni, qui lui est amené, le cœur plein de haines implacables. « Pierre, lui dit Catherine, je prends sur moi tous tes péchés, je ferai pénitence à ta place, mais accorde-moi une grâce, confesse-toi. — Je viens de me confesser dernièrement, répond le Siennois. — Ce n’est pas vrai, dit la Voyante, il y a sept ans que tu ne t’es confessé, » et une à une elle lui énumère toutes les fautes de sa vie. Stupéfait, Pierre s’avoue coupable, se repent de ses fautes et pardonne à ses ennemis. Cette promesse que fait Catherine à Pierre Ventura de prendre ses fautes sur elle et de les expier, n’est point une manière de parler, mais la plus stricte réalité. Pour lui, pour beaucoup de pécheurs, vivants et morts, elle s’offre à DIEU comme victime. DIEU la prend au mot et, avec la plus rigoureuse justice, il exige de sa servante l’expiation par la souffrance. Son âme et son corps sont mis sous le pressoir, et on dirait que toutes les créatures sont appelées, comme pour le Sauveur, à venger sur elle l’honneur de Dieu !
[p.16]


V. — L’ÉPREUVE

QUAND DIEU veut éprouver une âme, tout lui est bon ; il tire la souffrance du bien comme du mal. Les actes les plus héroïques deviennent dans ses mains des sources de douleur.

Catherine soignait avec tendresse une malade nommée Cecca, atteinte de la lèpre. C’était une femme de mauvaise vie. Loin d’être reconnaissante, elle répandait sur sa bienfaitrice les plus outrageantes calomnies. Si Catherine arrivait en retard dans son taudis, elle se moquait d’elle : « Bonjour, madame la reine de Fontebranda, criait-elle, votre majesté est bien glorieuse parce qu’elle a perdu sa journée à l’église des Prêcheurs. Vous ne serez jamais rassasiée de vos moines. » Elle mourut, mais ses propos malveillants avaient circulé, et fait leur trouée dans certains esprits jaloux des louanges que l’on prodiguait à Catherine. Quelques Tertiaires furent prises au piège et l’une d’elles, Palmerina, qui avait donné aux pauvres d’immenses richesses, en vint aux outrages publics. Catherine laissa faire, attendant l’heure de se venger noblement. Palmerina fut subitement atteinte d’une maladie dangereuse ; Catherine offrit ses services, qui furent grossièrement refusés. L’humble fille eut pitié de cette âme. Trois jours et trois nuits, elle batailla contre la justice divine, suppliant avec larmes, s’offrant comme victime pour obtenir miséricorde. Pendant cette lutte avec DIEU, Palmerina agonisante ne pouvait ni vivre ni mourir ; il semblait que son âme était comme suspendue entre le temps et l’éternité ! Tout à coup, elle se ranima, reçut Catherine, et mourut en paix. C’était le triomphe de l’amour sur la justice. Mois à quel prix !

La calomnie continuait son œuvre. Une autre Tertiaire, Andrée Méi, récompensait par de nouveaux outrages le dévouement de Catherine. Cette femme était dévorée par un cancer. La plaie hideuse répugnait tellement à la servante de DIEU qu’un jour, pour vaincre ce mouvement de la nature, elle la baisa. La malade, bien loin d’être édifiée de cet acte de vertu, l’accusa d’orgueilleuse prétention. La Prieure de la Fraternité prêta l’oreille à ces bruits malveillants et vint [p.17] interroger Andrée Méi. Celle-ci eut le triste courage de porter atteinte à l’honneur virginal de Catherine. On la fit comparaître comme une accusée devant la Fraternité ; on lui posa les questions les plus cruelles, et l’humble fille se contenta de répondre : « Je suis une vierge consacrée à DIEU. » La mère Lapa n’était pas si endurante et voulait la forcer à abandonner cette malade. Catherine s’en garda bien. Cependant, l’attaque était si infamante qu’elle s’en plaignit doucement à Notre-Seigneur. Il lui apparut tenant en mains deux couronnes, l’une d’or, l’autre d’épines : « Ma fille, dit-il, choisis ! » Catherine saisit à deux mains la couronne sanglante et s’enfonça les épines dans la tête. Sa patience et son humilité triomphèrent d’Andrée Méi. Un jour, s’approchant de son lit, elle fut environnée de lumière, comme resplendissante de gloire : « Pardon ! » s’écria la coupable. Catherine se jeta à son cou et leurs larmes se mêlèrent.

Quelques jours après, Catherine, continuant le pansement du cancer, éprouva une telle répugnance qu’instinctivement elle recula, : « Vive DIEU ! » s’écria-t-elle, et, prenant l’eau dont elle s’était servie pour laver l’horrible plaie, elle la but d’un trait. JESUS la récompensa de son courage. Il apparut à sa fille bien-aimée, lui fit approcher ses lèvres de la plaie de son côté et dit : « —Bois, ma douce fille, ton âme sera remplie d’une joie qui débordera sur le corps que tu as mortifié. » Longuement la sainte se désaltéra à la source de vie, et dès lors elle n’eut plus besoin d’aucune nourriture. Son estomac ne pouvait plus rien supporter. Ce fut une nouvelle épreuve. Sa mère, ses amis, ses disciples même la pressaient de manger pour éviter la singularité : son confesseur voulut l’y contraindre, mais des tortures insupportables obligèrent Catherine à cesser. Elle fut privée de l’Eucharistie. Rien ne pouvait lui être plus sensible et l’on vit cette âme, ordinairement si sereine, défaillir dans l’angoisse et la douleur. Autour d’elle, on épiait ses actes. Si elle entrait en extase dans sa cellule, on l’accusait de perdre son temps ; si la main de DIEU la saisissait dans l‘église, on lui reprochait de troubler l’office divin. Ses sœurs la forçaient de sortir immédiatement après la messe, en la frappant pour s’assurer qu’elle ne jouait pas la comédie. A ces épreuves du dehors vinrent s’ajouter les souffrances intérieures, ces délaissements surnaturels qui plongent l’âme dans [p.18] le vide et lui donnent la sensation de l’abîme. Sa foi lui- semblait hésitante, sa volonté engourdie, et elle s’accusait de toutes les fautes qu’on lui reprochait injustement, toujours humble, toujours soumise au bon plaisir de DIEU. Catherine obtint enfin, après plusieurs mois de combat, de pouvoir prendre quelque nourriture, et mérita la plus extraordinaire et la plus douce consolation. JÉSUS lui apparut, lui ouvrit le côté et, prenant son cœur de chair, il l’emporta. Catherine mit la main sur sa poitrine, rien ne battait plus. « Vraiment, dit-elle à-son confesseur, je n’ai plus de cœur. » JESUS revint : « Ma fille bien-aimée, lui dit-il, j’ai pris ton cœur, je te donne le mien, c’est par lui que tu vivras. » Qui osera expliquer ce changement merveilleux, inouï dans les annales de la sainteté ! DIEU seul connaît les secrets de son amour. Catherine se sentit comme animée d’une vie nouvelle. Ce cœur qu’elle portait dans sa poitrine était une flamme dévorante : « Mon DIEU, s’écriait-elle, je vous recommande votre cœur ! » Sienne ne suffisait plus à son ardeur apostolique, il lui fallait le monde.


VI. — LA CROISADE.

LA tourmente que Catherine venait de traverser avait I | développé son influence, loin de l’amoindrir. Le spectacle de sa vertu, de sa patience, des faveurs singulières dont elle était l’objet de la part de DIEU, des miracles qu’elle semait sur ses pas, attirait la vénération de ses concitoyens. Son nom était célèbre dans toute l’Italie et jusqu’à la cour pontificale d’Avignon. A ce point que Grégoire XI, qui occupait alors le siège de saint Pierre, ayant eu connaissance des nombreuses conversions que Catherine opérait, lui avait accordé la faveur de se faire assister par trois prêtres pour absoudre les pécheurs, même des cas réservés aux Evêques.

A cette époque (1375), la chrétienté se voyait menacée par la puissance croissante des Turcs. Amurat, leur chef, convoitait Constantinople et la Hongrie. C’étaient les premiers |pas vers Rome. Au lieu de s’unir contre l’ennemi commun, les princes chrétiens, divisés entre eux, n’avaient aucune résistance à lui opposer. La France et l’Angleterre s’épuisaient [p.19] dans une lutte sans merci ; en Espagne, les divers royaumes se tenaient sur le pied de guerre ; les républiques italiennes, n’écoutant que de mesquines rivalités, activaient entre elles des haines implacables, et, pour comble de malheur, les Papes, fuyant les périls d’un séjour à Rome afin de jouir en paix de leur pouvoir sous le doux et riant climat de la Provence, avaient perdu l’autorité morale capable de faire cesser ces divisions, et de jeter l’Europe comme un seul homme sur l’adversaire du nom chrétien. Grégoire XI, dès 1371, avait envoyé des bulles à tous les princes chrétiens pour les inviter à la Croisade ; ses légats parcouraient les royaumes : tout était inutile. Catherine se sentit inspirée de DIEU pour prêcher elle-même la Croisade. Elle, s’en ouvrit à son confesseur Raymond de Capoue, dont l’âme généreuse, quoique timide, était digne de la comprendre. Il l’approuva. La Providence se chargea de préparer la voie.

Le seigneur de la république de Pise, Pierre Gambacorti, désireux de procurer à sa patrie la visite de la sainte siennoise, la pria de se rendre à Pise. Par ses relations avec l’Orient, la république de Pise parut à Catherine être appelée à jouer un rôle glorieux dans la Croisade. Elle accepta l’invitation. Raymond de Capoue, le Père dei Dominici, Dominicains tous deux, le Père Jean Tautucci, Augustin, ses amis et ses disciples, l’accompagnèrent. Son entrée à Pise fut un triomphe. L’archevêque, le clergé, les premiers citoyens vinrent à sa rencontre. La foule encombrait les rues, s’inclinait sur son passage et demandait sa bénédiction. A pied, simple d’allure, Catherine, absorbée par la pensée de la gloire de DIEU, ne songeait nullement à la sienne. Les âmes venaient à elle, elle les recevait de la main de DIEU. Un signe éclatant vint marquer le début de sa prédication et consacrer officiellement sa mission rédemptrice. Le quatrième dimanche de Carême, Catherine, assistant à la messe dans la petite église de sainte Christine, fut soudain ravie en extase devant une image de Jésus en croix. La foule se pressait autour d’elle, haletante d’émotion, et la contemplait en silence. Tout à coup, on la vit se redresser, s’agenouiller et étendre les bras, le visage rayonnant de splendeur, puis s’affaisser sur les dalles, comme frappée d’une mortelle blessure. Elle reprît ses sens, et au Père Raymond accouru près d’elle, elle dit à [p.20] voix basse : « Par la miséricorde de JESUS-CHRIST, je porte ses stigmates. Le Seigneur m’est apparu ; de ses plaies sacrées, cinq rayons sanglants se dirigèrent sur mes membres. J’ai demandé à mon Maître de rendre les cicatrices invisibles, il m’a exaucé, et avant de pénétrer mes mains, mes pieds et mon côté, les rayons sanglants sont devenus lumineux. Si DIEU ne me guérit, je mourrai, car une douleur intense me déchire. » Pendant plusieurs jours, Catherine resta agonisante. Ses disciples l’entouraient en larmes, la suppliant de ne pas mourir. Le soir du samedi suivant, elle leur dit : « Consolez- vous, vous serez contents, le Seigneur vous exauce ! » Le lendemain, une longue extase suivit sa communion, puis elle s’endormit profondément. C’était la guérison. Les cicatrices sacrées, selon son humble prière, restaient invisibles, mais elle était marquée sur sa chair du sceau du Rédempteur : croisée d’une façon divine, elle pouvait hardiment prêcher aux autres la Croisade contre les Turcs.

Autour d’elle sa parole enflammée excitait l’enthousiasme, mais la république de Pise ne pouvait à elle seule entreprendre une pareille expédition. Catherine s’adresse à tous les Princes chrétiens. Elle commence ce commerce de lettres avec les Papes, les Cardinaux, les Rois, les Princes, les amis dont elle est éloignée, lettres où l’on ne sait qu’admirer le plus, de sa connaissance précise de l’état de l’Eglise, de son zèle énergique, de sa charité ardente, de la profondeur de sa doctrine spirituelle ou de son génie littéraire, qui fait de cette femme sans instruction, ne sachant lire et écrire que par miracle, un des premiers maîtres de la langue italienne.

« Levez l’étendard sacré, disait-elle, unissez votre volonté à la puissance du Souverain-Pontife, afin que les guerres fratricides des chrétiens se tournent contre les infidèles. Payez de votre vie la Terre-Sainte, l’honneur, la gloire de l’Eglise, lai participation des infidèles au sang divin ; mais préparez-vous ; à la Croisade comme à la mort par une confession générale. Sachez vous vaincre vous-mêmes, autrement vous ne vaincrez point. » La sainte fille écrivait ainsi à tous, prêtres et laïcs et résumait sa pensée pat ce cri jeté aux chevaliers de Rhodes placés à l’avant-garde de la chrétienté : « L’amour pour DIEU, voilà l’arme la plus forte ! »

Pour Catherine, la Croisade avait un double but : sauver le [p.22] tombeau du CHRIST, et mettre la paix en Europe en jetant sur l’Orient les armées qui ne servaient qu’à satisfaire les haines et les ambitions des Princes. C’était une pensée de génie politique. Elle écrit à Jeanne I, reine de Naples, à Élisabeth de Pologne, veuve du dernier roi de Hongrie ; elle écrit à ’ Marian IV, juge de Sardaigne, à la république de Gênes, même à Barnabé Visconti, seigneur de Milan, alors en pleine révolte contre l’Église, lui reprochant ses crimes et lui montrant le pardon au prix de la Croisade ; elle écrit à un chef célèbre de Condottieri, bandes mercenaires qui se livraient tantôt à un Prince, tantôt à un autre, combattant sous tous les drapeaux, soutenant toutes les causes, et, entre deux batailles, exerçant partout le plus affreux brigandage. Ses lettres sont honorablement reçues ; on entre en pourparler, on manifeste des velléités d’armement, et finalement-les haines et les intérêts privés font échouer l’entreprise. Le monde n’était pas digne d’être sauvé par les prières et les larmes de Catherine.


VII.—AMBASSADE PRÈS DE GRÉGOIRE XI

LA situation de l’Église en Italie était déplorable. Les Papes, résidant à Avignon, gouvernaient leurs État par des légats, dont la gestion mécontentait les peuples. La seigneurie de Florence profita du mouvement de rébellions qui s’éveillait autour d’elle, pour organiser contre le Saint-Siège, accusé de vouloir opprimer la Toscane, la fameuse Ligue des Villes. Ses messagers allaient de ville en ville solliciter des adhésions. Grégoire s’émut de-cette coalition qui ne tendait à rien moins, sous prétexte de se mettre sur la défensive, qu’à le dépouiller de ses Etats. Catherine de Sienne fut chargée par le Pontife de s’opposer à cette ligue révolutionnaire. Elle eut ordre de se rendre à Lucques, puis de nouveau à Pise, pour empêcher ces républiques de s’unir aux Florentins. Elle obéit à l’instant, sans s’étonner d’une pareille commission. Elle allait au nom du CHRIST, c’était tout. A Lucques, à Pise, elle réussit à maintenir les seigneurs dans la paix avec l’Eglise. Mais elle profita.de son succès et de ses rapports officiels avec le Pape pour lui parler en toute sincérité. Rarement les grands de ce monde entendent la vérité, [p.23] tant les membres de leur cour sont attentifs à la dissimuler si elle leur est nuisible. Grégoire XI l’apprit tout entière de la bouche de Catherine, qui, protestant de son respect et de sa bassesse, n’hésita pas à lui dire ce que DIEU exigeait de lui. Elle lui écrivit une lettre admirable : « Si jusqu’ici vous n’avez pas été ferme, en vérité, je le veux et je vous en prie agissez virilement,… .donnez vos soins aux affaires spirituelles, mettez de bons pasteurs dans les villes... Revenez ! ne tardez plus... » Revenez ! c’est la parole qui se trouve à chaque page-sous la plume de Catherine. Revenez ! car le retour du Pape-à Rome sera le salut de l’Eglise.

Pendant que les lettres de Catherine, accueillies avec respect à Avignon, consolaient et fortifiaient Grégoire XI dans ses bonnes intentions, Florence commençait sa révolte contre le Saint-Siège par les plus odieux attentats. Les envoyés du Pape furent massacrés, le Nonce écorché vif. C’en était trop. Grégoire excommunia les Florentins. Or, à cette époque, l’excommunication avait les effets les plus terribles. Il devenait licite au premier venu de s’emparer des richesses, des territoires et des personnes de l’Etat excommunié. Florence eut peur pour son commerce et sa liberté, et, sans vouloir demander sincèrement pardon, elle essaya de gagner du temps en entrant en pourparlers avec le Pontife. C’est à Catherine de Sienne que l’astucieuse seigneurie s’adresse. Elle lui écrit pour lui demander d’envoyer au Pape son confesseur, avec une lettre de sa main, puis de venir elle-même à Florence. A cette demande, Catherine n’éprouve ni surprise ni hésitation. Sur-le-champ elle envoie le Père Raymond et quelques disciples à Grégoire XI. Ils étaient porteurs d’une lettre : « Vous qui gouvernez l’Eglise, écrivait-elle, sachez que votre puissance doit se manifester.de trois manières : Réformez le clergé en chassant des temples ceux qui vivent dans l’excès des jouissances... Levez l’étendard de la Sainte Croix... Revenez à. Rome, où l’Esprit-Saint vous appelle ! Ne soyez donc plus, très doux Père, un trembleur, mais un homme. Moi, je ne puis plus attendre ; vivante, je meurs. » Et au Père Raymond, l’excitant à la fermeté, elle écrivait : « Dites au CHRIST de la terre (le Pape,) qu’il ne faut plus attendre. Alors, comme le doux vieillard Siméon, je chanterai mon Nunc dimittis ! » « Oh ! s’il faut des martyrs, s’écriait-elle, me voici, que mon [p.24] sang se répande sur la sainte Eglise ! » Ses envoyés étant en route vers la Provence, Catherine se rendit à Florence. Elle entra dans la ville avec son cortège de disciples, et sans s’arrêter nulle part, elle alla droit au Palais de la seigneurie. Ils y étaient tous réunis : le Prieur des Arts, les Gonfalonniers, les Huit de la Guerre, tous ces hommes de gouvernement, haineux les uns contre les autres, ne s’accordant que sur un point : la lutte contre le Saint-Siège. Catherine, pâle de visage, exténuée par ses mortifications, mais calme et majestueuse dans sa simplicité, parla d’une voix vibrante. C’était la voix du Juge souverain flétrissant les crimes de Florence, indiquant le devoir, promettant le pardon. Tous écoutaient dans la stupeur. Le Légat qui aurait tenu pareil langage ne serait pas sorti vivant du Palais, mais cette femme parlait avec une autorité tellement surnaturelle qu’elle pouvait tout dire. Quand elle eut fini, Catherine se retira, laissant la seigneurie à ses réflexions. Les uns, sincèrement émus et repentants, les autres, par calcul et fourberie, se réunirent dans une même pensée : envoyer Catherine en ambassade à Grégoire XI. Les convertis voulaient implorer le pardon, les fourbes gagner du temps : tous étaient guidés par l’esprit de DIEU qui dirigeait Catherine vers le Pape pour remplir une mission autrement importante que celle dont la chargeaient les Florentins. Elle accepta : « Messeigneurs, leur dit-elle, si vous voulez vous soumettre comme des morts au Pape, j’irai plaider votre cause, sinon je ne m’en’ chargerai point. » Les Florentins, qu’une parole d’honneur n’embarrassait jamais, promirent tout ce qu’elle voulut, et l’Ambassadrice quitta Florence aux acclamations populaires.


VIII. - RETOUR DU PAPE A ROME.

LE 18 juin 1376, vers le soir, Catherine arrivait à Avignon. Elle avait 29 ans. Une foule considérable se porta à sa rencontre, car la renommée de sa vertu l’y avait précédée, et la solennelle mission qui lui était confiée, malgré son sexe et son âge, par l’altière république de Florence, la désignait à tôt les regards. C’était une multitude cosmopolite attirée par la présence du Pape : Cardinaux, Evêques, Prélats, religieux, fonctionnaires, soldats et étudiants de tous-pays. Et de voir [p..26] cette femme, jeune encore, au visage émacié, mais comme illuminé d’un reflet surnaturel, traverser les rues humblement, sans embarras comme sans-ostentation, pour se rendre au Palais pontifical, était chose nouvelle et touchante. Grégoire reçut l’ambassadrice en plein consistoire, au milieu des Cardinaux et des Prélats de sa Cour. Catherine se jeta à ses pieds. Le Pontife, l’accueillant avec une douceur paternelle, la releva après l’avoir bénie. Debout devant le Pape, son regard fit le tour de l’assemblée, simple mais sans peur, quoiqu’elle vit tous les fronts assombris et les lèvres dédaigneuses. Pour les Cardinaux français qui ne voulaient à aucun prix aller à Rome, Catherine était une ennemie. Elle parla, demandant la paix pour les Florentins. Grégoire, convaincu de leur duplicité, l’écouta longuement, et quand elle eut fini, lui dit : « Afin de vous prouver que je veux la paix, je remets la négociation entre vos mains, seulement ayez soin de l’honneur de l’Eglise. » D’ambassadrice, Catherine devenait arbitre : le Pape lui confiait sa propre cause. Grégoire eut avec elle des entretiens intimes où la sainte lui dit la vérité toute nue sur la mollesse de sa politique, le mauvais choix de ses Légats, la conduite licencieuse de sa Cour. Cette vérité, le Pontife était capable de l’entendre, car il avait le désir sincère du bien et de l’honneur de l’Eglise. Catherine le savait. Tout fut mis en œuvre par les cardinaux et les gens de leur parti pour la discréditer auprès du Pape, mais sans succès. On l’interrogea perfidement sur sa doctrine, sur des passages obscurs de l’Ecriture, sur ses extases ; elle eut réponse à tout, et réponse tellement victorieuse, que les plus hostiles de ses détracteurs étaient confondus. Comme Grégoire XI l’avait prévu, les Florentins ne voulurent accepter aucune des conditions de paix proposées par leur sainte ambassadrice, qu’ils eurent même l’audace de renier et de désavouer. C’était un échec. Mais qu’importait à Catherine la vaine gloire de ce monde ? Elle avait échoué comme ambassadrice des Florentins, elle espérait réussir comme ambassadrice de DIEU. Ce qu’elle voulait surtout, ce pourquoi elle aurait versé son sang, c’était le retour du Pape Rome. Elle pressait, elle suppliait le Pontife ; mais, autour de lui, les Cardinaux et tous les intéressés à la présence de la Cour pontificale à Avignon, faisaient à la sainte une terrible opposition. Catherine tenait tête à l’orage. « Les [p.27] démons incarnés, les conseillers pervers vous disent : On vous tuera ! moi, je vous dis de la part du CHRIST crucifié : Ne craignez rien. » Si le Pape retourne à Rome, disait-on partout, les Romains l’assassineront. Et Grégoire, d’un caractère irrésolu, tremblait et reculait toujours. A bout de conseils et de prières, la sainte fille demanda congé. Il en fut atterré ; tourmenté dans sa conscience, il lui dit enfin : « Je ne vous demande plus des avis, je vous demande de me faire connaître la volonté de DIEU. » Catherine, baissant la tête, répondit doucement : « La volonté de DIEU ! qui la connaît mieux que votre Sainteté, qui s’est engagée par un vœu à retourner à. Rome ! » Or, Grégoire, en acceptant le Pontificat, avait fait, dans le plus grand secret, le serment de retourner à Rome. DIEU seul savait ce secret, c’est lui qui parlait par la bouche de Catherine. II n’hésita plus. La date du départ fut fixée, et le même jour, 13 septembre 1376, à la même heure, Grégoire et Catherine quittaient Avignon. Grégoire, escorté de toute sa Cour, gagna Marseille, et Catherine, en plus modeste équipage, son bâton à la main et sa besace sur l’épaule, joignit Toulon. Son confesseur, Raymond de Capoue, et ses disciples raccompagnaient. Le Pontife et la sainte se rencontrèrent à Gênes, pendant que Grégoire faisait à Rome son entrée solennelle, tous les regards cherchaient vainement la grande héroïne qui l’y avait ramené. La sainte s’était dérobée et priait à Sienne, dans son humble cellule. Son œuvre était faite, sa mission providentielle remplie : la Jeanne d’Arc de la Papauté n’avait plus qu’à mourir.


IX. — MORT DE SAINTE CATHERINE.

CATHERINE devait encore passer trois années sur cette terre ; ce furent trois années de martyre. Déjà elle avait bien souffert dans son âme et dans son corps, mais quand Notre-Seigneur élève une créature à un tel degré d’intimité avec lui, il la fait participer en proportion au calice de ses douleurs. Catherine avait gravi à sa suite la Voie douloureuse, l’immolation était proche. Les Florentins, ces perfides et hypocrites ennemis de l’Eglise, furent pour elle l’occasion de nouveaux labeurs et de nouvelles angoisses. Envoyée par Grégoire à la seigneurie pour essayer un accommodement, elle [p. 28]ne recula pas devant l’entreprise. A Florence, elle avait des amis, toute une famille de disciples qu’elle soutenait à distance par ses lettres ; mais la masse lui était contraire. Un jour même, pendant une émeute, elle faillit périr. Réfugiée avec ses compagnes dans un jardin, elle attendait la mort. Des hommes armés s’y précipitent : « Catherine, où est Cathetherine [sic] de Sienne ? » hurlent-ils. Catherine se présente : « Au nom du Tout-Puissant, dit-elle, je vous ordonne de ne toucher à aucun des miens. » Puis, elle tombe à genoux devant un de ces furieux qui brandissait une épée : « C’est moi, dit-elle, qui suis Catherine, faites ce que DIEU VOUS permet. » L’assassin recule : « Retirez-vous ! » murmure-t-il.— « Pourquoi fuir ? reprend la sainte, je veux souffrir pour DIEU- et pour l’Eglise : j’ai trouvé ce que je cherchais, agissez sans crainte. » Et devant cette douce victime les émeutiers, comme terrifiés, s’enfuient. Catherine est sauvée. « Seigneur, dit-elle en se plaignant à son Maître bien-aimé, Vous m’avez grandement raillée ! » Tant de vertu et d’héroïsme méritèrent à Catherine le succès de sa mission : Florence revint au Pape et implora son pardon.

Ce n’est point à Grégoire XI que l’ambassadrice en envoie la bonne nouvelle, ce Pontife était mort, mais à son successeur, Urbain VI. Avec Urbain, l’Eglise entre dans une ère de calamités qu’elle n’avait jamais connue : le grand schisme d’Occident commence. Après la mort de Grégoire, les Romains, entourant le conclave, demandèrent à grands cris un Pape italien, de crainte qu’un Français ne retournât à Avignon.

Les Cardinaux, « qui aimaient mieux mourir confesseurs que martyrs, » saisis de terreur, élurent Barthélemy Prignano, qui prit le nom d’Urbain VI. Catherine fut la première à se réjouir de ce choix. Quelques mois après, plusieurs Cardinaux, réunis à Anagni, protestèrent contre l’élection d’Urbain, arrachée par la violence, disaient-ils, et proclamèrent Pape Robert de Genève sous le nom de Clément V. Le schisme était consommé. Catherine fut consternée, et son premier mouvement fut de s’offrir à DIEU comme victime expiatoire. « Je voudrais verser mon sang, écrit-elle à Urbain VI, je voudrais donner ma vie. » Intrépide cependant jusqu’à la dernière heure, la sainte, sur un appel du Pontife, se rend à Rome.

C’est la première fois qu’elle entre dans la Ville Éternelle, [p.29] elle n’en sortira plus. Elle voit Urbain, parle devant les Cardinaux, traçant à chacun sa ligne de conduite avec une telle clairvoyance, avec une telle autorité, que le Pontife se lève et dit : « Voyez, mes frères, notre pusillanimité : une faible femme nous confond ! » Catherine écrit lettre sur lettre aux Cardinaux schismatiques, aux Princes chrétiens, affirmant à tous qu’Urbain VI est le vrai Pape. Elle envoie au roi de France le Père Raymond, l’encourage à lutter jusqu’à la mort, quoique ce départ lui déchire le cœur. La Voyante sait que c’est le dernier adieu. Elle accompagne son confesseur, devenu depuis longtemps son disciple le plus aimé, jusqu’à Ostie, et là, sur le bord de la mer, elle le bénit : « Vous ne reverrez plus votre Mère ! » lui dit-elle, et elle rentre à Rome.

Ses disciples, ses amies, sa mère, la vieille Lapa, l’avaient suivie, et tous ensemble ils formaient une communauté de saints, réunis dans une maison près de l’église de la Minerve, desservie par les Dominicains. C’est là, entourée des siens, près du tombeau de saint Pierre, que Catherine va mourir. Elle a offert sa vie pour le salut de l’Eglise, DIEU la prend au mot. Son corps, déjà exténué, fut dévoré par la fièvre ; son âme, livrée à toutes les angoisses. Ses enfants l’entouraient en pleurant : « Aimez-vous les uns les autres, disait-elle, votre amour sera ma gloire. » Le dimanche 29 avril 1380, dans le silence de la nuit, elle reçut le Saint Viatique et l’Extrême-Onction. Une lutte terrible s’engagea entre elle et le démon. Catherine priait, elle pleurait, elle écoutait, le visage plein de mépris ou d’indignation ; tout à coup, comme répondant à une accusation, elle s’écrie : « Non ! jamais la vaine gloire, mais la vraie gloire et l’honneur de DIEU ! » L’ennemi était vaincu. Alors, devant tous les siens éplorés, elle s’accuse de toutes les fautes de sa vie. Voyant sa vieille mère en larmes près de son lit : « Ma mère, dit-elle, bénissez-moi ! » Puis, les yeux à demi fermés, Catherine leva sa main pour bénir une dernière fois ses disciples et traça sur leurs fronts inclinés le signe de la croix. Le Père Raymond eut sa suprême pensée : « Dites-lui qu’il ne faiblisse jamais, je serai avec lui dans tous les périls ! » Soudain ses yeux s’ouvrirent joyeux, il était midi ; les cloches de la Minerve sonnaient l’Ave Maria, elle s’écria : « Seigneur, vous m’appelez, je viens à vous, non [p.30] par mes mérites, mais grâce au Sang de votre Fils. O Sang ! Mon Père, je remets en vos mains mon âme et mon esprit ! » et Catherine expira.

Canonisée solennellement par son compatriote Pie II, elle repose maintenant sous le maître-autel de la Minerve. Dès avant sa canonisation, le Père Raymond, à la demande des Siennois, leur avait envoyé la tête de la sainte, et l’on put voir derrière le dais qui ombrageait cette insigne relique, au milieu d’une foule innombrable, une vieille femme, cassée par l’âge, rayonnante de joie : c’était Lapa qui suivait le cortège triomphal de sa fille.

Catherine, qui avait vécu et était morte pour l’Eglise et le Pape, a été déclarée par Pie IX Patronne de la ville de Rome.


APPROBATION DE L’ORDRE.

Nous avons lu par ordre du T. R. Père Provincial la notice intitulée : Sainte Catherine de Sienne du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, Patronne de Rome, composée par le R. P. A. MORTIER. Nous l’avons jugée digne de l’impression.

  • Fr. A. GARDEIL, des Fr. Prêc., Régent des Études.
  • Fr. A MATHIEU des . Fr. Prêc., Prédicat, général

IMPRIMATUR.
Fr. R. BOULANGER, Ord. Præd., Prior Provinc.


fr. Franck Guyen op, février 2018


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