Franck GUYEN

prédication - Thomas d’Aquin (1225-1274) : l’équilibre entre une foi et une raison magnifiques.

dimanche 28 janvier 2018 par Phap

- En ce lendemain de la fête de Thomas d’Aquin (1225-1274) [1], je voudrais dire ma dette envers ce frère prêcheur : deux figures m’ont attiré dans l’Ordre des frères prêcheurs, le frère angélique Fra Angelico et le docteur angélique Thomas d’Aquin. J’avais en effet admiré leur façon d’exprimer la foi de manière claire et lumineuse, chacun dans son langage propre, plastique ou conceptuel.

[Pour la petite histoire, c’est en lisant un livre sur les Annonciations que j’ai découvert ces deux frères prêcheurs : il s‘agissait du livre de Michel FEUILLET, Fra Angelico le Maître de l’Annonciation [2]. Dans ce livre, Michel Feuillet s’appuyait sur les retables d’autel de Fra Angelico et sur le commentaire de la salutation angélique (l’Ave Maria) de Thomas d’Aquin.]


- J’ai aimé chez Thomas sa capacité à écouter son adversaire jusqu’au bout, au point même de pouvoir aller plus loin que lui dans sa logique. Thomas n’avait pas peur de rendre compte de sa foi en raison, car il savait que la raison ne peut conclure ni pour ni contre la foi : elle ne peut donner que des raisons de convenance pour croire, par contre elle peut démonter le raisonneur qui entendrait prouver la fausseté de la foi.

- Cette confiance de Thomas d’Aquin en la raison ressort de la confiance plus générale des dominicains dans la bonté de la création, une bonté entamée par la faute des hommes mais que personne ne peut lui enlever, sauf à l’anéantir.
Thomas a repris à son compte l’adage : « Gratia non tollitur naturam sed perficit  » [3]. Dieu ne sauve pas en faisant table rase du monde, mais en reprenant et en accomplissant par la grâce les potentialités de bonté et de beauté inscrites en lui.
Cela permet un regard bienveillant – mais non naïf – sur la création, sur ceux qui ne croient pas comme nous ou même qui s’opposent à notre foi [4].


- Ainsi Thomas n’a pas eu peur d’entrer dans la cohérence de la doctrine d’Aristote, un philosophe grec du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il a reconnu la beauté, la profondeur de cette pensée "païenne" et il a infusé en elle le gène chrétien, la baptisant pour ainsi dire.
« Vous dénaturez le vin de la sagesse avec l’eau du savoir profane » lui aurait alors dit le franciscain Bonaventure, ce à quoi Thomas aurait répondu : « non, je transforme l’eau en vin ».

- Les oppositions n’ont certes pas manqué à la nouveauté de la pensée thomasienne, au point que 3 ans après la mort de Thomas, en 1277, l’archevêque de Paris, Etienne Tempier, avait censuré 219 propositions attribuées à Thomas. Cela n’empêchera pas sa canonisation le 18 juillet 1323 par le pape Jean XXII.

Plus tard, ses héritiers en viendront à ériger ce qu’on appelle le thomisme comme étalon immuable et obligatoire de la théologie chrétienne. C’était sans doute lui faire trop d’honneur.


De mon côté, je continue d’admirer l’honnêteté intellectuelle, la largeur de vue et l’équilibre de la pensée de Thomas : il reste pour moi le modèle du théologien qui cherche à rendre compte de sa foi en raison : fides quaerens intellectum, "la foi en quête d’intelligence", mais sans jamais confondre les deux ni se tromper sur l’ordre de préséance, ce qui n’est pas si facile.

Aussi aujourd’hui, je m’incline respectueusement devant lui.


© fr. Franck Guyen op, janvier 2018

[1homélie donnée le lundi 29 janvier 2018, lendemain de la fête de Thomas d’Aquin. Le dimanche a primé sur elle

[2dans la collection "Un autre regard" aux éditions Mame, publié en 1995 et faisant 119 pages

[3Somme Théologique I,1,8 ad 2

[4d’autres facteurs ont amené des dominicains à se comporter en inquisiteurs intolérants.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 115 / 130813

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Prédication - Preaching   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License