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Année de la Miséricorde - Mois M+8 - Miséricorde aussi pour les animaux ?

dimanche 4 septembre 2016 par Phap

Chronique de la miséricorde mois par mois

M Un événement oublié ?
M+1 Une mère et son adolescente de fille
M+2 Miséricordieux comme le Père ?
M+3 Quand Jésus s’émeut de la misère des hommes
M+4 Entre justice et miséricorde, il faudrait choisir ?
M+5 La miséricorde aussi envers soi-même ?
M+6 Enseigner, une œuvre de miséricorde
M+7 Rien (pause estivale)
M+8 Miséricorde aussi pour les animaux ?
M+10 La fermeture annoncée de la Porte sainte

Dans les bénédictions de table, j’aime à bénir les « animaux dont nous avons pris la vie » : le bon poulet ou le bon poisson que nous mangeons a été vivant avant d’être tué et sans doute tenait-il à la vie comme n’importe quel être vivant, aussi cela me semble juste de les inclure dans le benedicite.

Je crois que les animaux sont plus que des biens de production consommables et jetables à merci : ils sont nos compagnons dans ce monde que Dieu a confié à l’homme pour le cultiver. À preuve les liens d’affection qui unissent entre eux une famille et l’animal de compagnie qui vit sous leur toit.


Dans le livre de la Genèse, Dieu trouve que la création - dont les animaux - est bonne, et ce avant que l’homme apparaisse. Dieu trouve les animaux bons pour eux-mêmes, sans considération d’utilité ni de comestibilité. Il leur adresse même la parole quand il les bénit avec la fécondité : « Soyez prolifiques… ».

Ensuite, Dieu couronne son œuvre en créant l’être humain. Il le dote d’une grâce spéciale qui le met à part, au-dessus de tous les animaux. Avec l’être humain, la création passe au cran supérieur, elle devient « très bonne » et non plus simplement « bonne ».

Nous, les êtres humains, nous pouvons en tirer une légitime fierté à condition qu’elle soit bien placée : ce qui est très bon, c’est la création tout entière avec l’homme comme clé de voûte, et non pas l’homme tout seul. Une voûte ne tient pas sans sa clé, mais la clé toute seule ne sert à rien, elle a besoin des pierres qu’elle couronne. De même, notre grandeur provient du service que nous rendons à Dieu dans la création : nous, les êtres humains, nous sommes les intendants de Dieu sur terre et nous avons à lui rendre compte de notre gestion, en particulier celle des créatures inférieures.


Alors oui, je crois que nous avons à nous montrer miséricordieux envers les animaux :

  • comme nous, ils partagent la condition de créatures, comme nous ils doivent rendre grâce – à leur manière - au Dieu créateur qui a fait toutes choses bonnes [1] ;
  • comme nous, ils participent d’un ordre dégradé depuis la faute d’Adam et Ève et comme nous, ils souffrent et meurent contre leur volonté ; comme nous, à leur manière, ils attendent la libération du voile de mort qui enveloppe la création [2].
    [Il est d’ailleurs probable que l’absence de miséricorde envers les animaux et celle envers les hommes soient liées [3] : les exécutants des massacres programmés traitaient leurs victimes de « porcs », « chiens », « cafards » avant de les tuer.]

Le propos du pape François dans l’encyclique « Laudato si » du 24 mai 2015 me semble une bonne conclusion :

« [..] il ne suffit pas de penser aux différentes espèces seulement comme à d’éventuelles “ressources” exploitables, en oubliant qu’elles ont une valeur en elles-mêmes. Chaque année, disparaissent des milliers d’espèces végétales et animales que nous ne pourrons plus connaître, que nos enfants ne pourront pas voir, perdues pour toujours.

L’immense majorité disparaît pour des raisons qui tiennent à une action humaine. À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit. »


(à suivre)


© Fr. Franck Guyen o.p., septembre 2016.

[1Cf. Thomas d’Aquin, Somme theologique, II IIae, question 26 article 3 :

toute créature aime Dieu à sa manière, c’est-à-dire : ou d’un amour intellectuel (les anges), ou raisonnable (les hommes), ou animal (les animaux), ou à tout le moins naturel, comme les pierres et les autres êtres privés de connaissance.

[2cf. la lettre de Paul aux Romains 8,20-21

[3Cf. encylique « Laudato Si  » au n°92.

Par conséquent, il est vrai aussi que l’indifférence ou la cruauté envers les autres créatures de ce monde finissent toujours par s’étendre, d’une manière ou d’une autre, au traitement que nous réservons aux autres êtres humains. Le cœur est unique, et la même misère qui nous porte à maltraiter un animal ne tarde pas à se manifester dans la relation avec les autres personnes. Toute cruauté sur une quelconque créature « est contraire à la dignité humaine » [n° 2418 du Catéchisme de l’Église Catholique].


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