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La doctrine bouddhiste de l’absence de "Soi" anatman : un équilibre entre deux extrêmes

lundi 24 février 2014 par Phap

Comment exposer la doctrine bouddhiste de l’anatman, du "non Soi", du "sans Soi"(a privatif, atman pouvant se traduire par Soi).

On peut partir des 5 agrégats qui sont chacun "sans Soi", et qui, en s’agrégeant, donnent l’impression qu’il y a un "Soi" . L’argumentation est bouddhiste. Mais la façon de l’exposer peut sembler abrupte.

Afin d’adoucir l’exposé, on peut s’appuyer sur le sutra S.N. 44.10 [1].

  • Nous partirons du silence du Bouddha Sakyamuni face à Vacchagotta qui lui pose une question abrupte : "y-a-t-il un Soi ? N’y a-t-il pas de Soi ?".
  • Silence du Bouddha Sakyamuni
  • après le départ de Vachagotta sans doute dépité et déçu, le Bouddha Sakyamuni explique la raison de son silence. Il entend garder un équilibre entre deux positions extrêmes ;
    • celle qui dit qu’il y a un principe d’individualisation permanent dans le temps (la position éternaliste de son temps qui postule un atman éternel) et
    • la position qui affirme que rien ne subsiste après la mort, et qu’il n’y a aucune continuité entre une vie et la vie suivante (position annihilationniste).

Équilibre fin, difficile à mettre en mots.
De fait, la doctrine bouddhiste apparaît comme un exercice permanent d’équilibre - mais est-ce si étonnant pour une doctrine qui se décrit elle-même comme "voie du milieu" ?

Après ce bref commentaire  [2], passons au texte.


Ananda Sutta - A Ananda

Alors le vagabond paribbājako Vacchagotta alla voir le Bienheureux bhagavā et, en arrivant, échangea de courtoises salutations avec lui. 419. Atha kho vacchagotto paribbājako yena bhagavā tenupasaṅkami ; upasaṅkamitvā bhagavatā saddhiṃ sammodi. Then the wanderer Vacchagotta went to the Blessed One and, on arrival, exchanged courteous greetings with him.
Après un échange d’amicales salutations et courtoisies, il s’assit de côté. Assis là, il demanda au Bienheureux : Sammodanīyaṃ kathaṃ sāraṇīyaṃ vītisāretvā ekamantaṃ nisīdi. Ekamantaṃ nisinno kho vacchagotto paribbājako bhagavantaṃ etadavoca After an exchange of friendly greetings & courtesies, he sat to one side . As he was sitting there he asked the Blessed One :
"Alors, Vénérable Gautama, y a-t-il un soi atthattā’’ti  ?" – ‘‘kiṃ nu kho, bho gotama, atthattā’’ti ? "Now then, Venerable Gotama, is there a self ?"
Cela ayant été dit, le Bienheureux garda le silence. Evaṃ vutte, bhagavā tuṇhī ahosi. When this was said, the Blessed One was silent
"Alors, c’est qu’il n’y a pas de soi natthattā  ?" ‘‘Kiṃ pana, bho gotama, natthattā’’ti ? "Then is there no self ?"
Une seconde fois, le Bienheureux garda le silence. Dutiyampi kho bhagavā tuṇhī ahosi. A second time, the Blessed One was silent.
Alors Vacchagotta le vagabond se leva de son siège et partit. Atha kho vacchagotto paribbājako uṭṭhāyāsanā pakkāmi. Then Vacchagotta the wanderer got up from his seat and left.
Puis, peu de temps après le départ de Vacchagotta, le Vén. Ananda dit au Bienheureux : Atha kho āyasmā ānando acirapakkante vacchagotte paribbājake bhagavantaṃ etadavoca Then, not long after Vacchagotta the wanderer had left, Ven. Ananda said to the Blessed One,
"Pourquoi, seigneur bhante, est-ce que le Bienheureux n’a pas répondu à la question de Vacchagotta le vagabond ? – ‘‘kiṃ nu kho, bhante, bhagavā vacchagottassa paribbājakassa pañhaṃ puṭṭho na byākāsī’’ti ? ‘‘ "Why, lord, did the Blessed One not answer when asked a question by Vacchagotta the wanderer ?"
— Ananda, si moi, Vacchagotta le vagabond m’ayant demandé s’il y avait un soi, j’avais dû lui répondre qu’il y a un soi, c’eût été conforme à ce que disent ces prêtres et contemplatifs samaṇabrāhmaṇā qui sont des partisans de l’éternalisme. ‘Ahañcānanda, vacchagottassa paribbājakassa ‘atthattā’ti puṭṭho samāno ‘atthattā’ti byākareyyaṃ, ye te, ānanda, samaṇabrāhmaṇā sassatavādā tesametaṃ saddhiṃ [tesametaṃ laddhi (sī.)] abhavissa. "Ananda, if I — being asked by Vacchagotta the wanderer if there is a self — were to answer that there is a self, that would be conforming with those priests & contemplatives who are exponents of eternalism 
Si moi, Vacchagotta le vagabond m’ayant demandé s’il y avait un soi, j’avais dû lui répondre qu’il n’y a pas de soi, c’eût été conforme à ce que disent ces prêtres et contemplatifs samaṇabrāhmaṇā qui sont des partisans de l’annihilationnisme. Ahañcānanda, vacchagottassa paribbājakassa ‘natthattā’ti puṭṭho samāno ‘natthattā’ti byākareyyaṃ, ye te, ānanda, samaṇabrāhmaṇā ucchedavādā tesametaṃ saddhiṃ abhavissa. If I — being asked by Vacchagotta the wanderer if there is no self — were to answer that there is no self, that would be conforming with those priests & contemplatives who are exponents of annihilationism
Si moi, Vacchagotta le vagabond m’ayant demandé s’il y avait un soi, j’avais dû lui répondre qu’il y a un soi, avait dû répondre qu’il y a un soi, eût-ce été conforme avec la prise de connaissance de ce que tous les phénomènes dhammā sont non-soi anattā’’i ? Ahañcānanda, vacchagottassa paribbājakassa ‘atthattā’ti puṭṭho samāno ‘atthattā’ti byākareyyaṃ, api nu me taṃ, ānanda, anulomaṃ abhavissa ñāṇassa uppādāya – ‘sabbe dhammā anattā’’’ti ? If I - being asked by Vacchagotta the wanderer if there is a self - were to answer that there is a self, would that be in keeping with the arising of knowledge that all phenomena are not-self ?"
— Non, seigneur. ‘No hetaṃ, bhante’’. "No, lord."
— Et si moi, Vacchagotta le vagabond m’ayant demandé s’il n’y avait pas de soi, j’avais dû lui répondre qu’il n’y a pas de soi, Vacchagotta, pour perplexe qu’il était, le serait devenu encore plus : ’Est-ce que le soi que je connaissais n’existerait plus ?’ " ‘Ahañcānanda, vacchagottassa paribbājakassa ‘natthattā’ti puṭṭho samāno ‘natthattā’ti byākareyyaṃ , sammūḷhassa, ānanda, vacchagottassa paribbājakassa bhiyyo sammohāya abhavissa – ‘ahuvā me nūna pubbe attā, so etarahi natthī’’’ti. "And if I — being asked by Vacchagotta the wanderer if there is no self — were to answer that there is no self, the bewildered Vacchagotta would become even more bewildered : ’Does the self I used to have now not exist ?’

esperer-isshoni, avril 2010

[1Samyutta Nikaya qui fait partie de la "corbeille des sutra" sutrapitaka

[2Voir l’introduction en anglais de Thanissaro, qui éclaire l’enjeu du sutra


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