Esperer-isshoni.info

Le tournant de la "conversion écologique" - une lecture en 11 points de l’encyclique Laudato si

dimanche 24 juillet 2016 par Phap

retoilettage de l’article en juillet 2017


Table des matières


1§. L’encyclique Laudato si du pape François a été publiée le 24 mai 2015, jour de la solennité de la Pentecôte en la troisième année de son pontificat. L’histoire de sa réception reste à faire.
Le présent article fait suite aux échanges oraux de la journée d’étude du dimanche 12 juin 2016 avec les Instituts séculiers dominicains de France.
Il propose un parcours de lecture en 11 points sans prétendre à l’exhaustivité. Il ne prétend pas non plus représenter une interprétation fiable de l’encyclique. Les éventuelles erreurs de lecture n’engagent que nous.

Après ces précisions, commençons.

2§. La diversité des sources citées par l’encyclique nous semble remarquable.

  • Laudato si cite des conférences épiscopales du monde entier, de la Nouvelle-Zélande à la Bolivie en passant par l’Europe. Les conférences épiscopales d’Amérique Latine, fortement représentées, apportent un accent inédit.
  • L’encyclique cite positivement d’autres confessions et d’autres religions [1].
  • L’encyclique reprend des travaux non confessionnels sur l’écologie [2].

3§. L’encyclique cite en particulier l’appel adressé aux chrétiens du patriarche Bartholomée 1er, surnommé le « patriarche vert » en raison de son engagement écologique :

« accepter le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain à une échelle globale. C’est notre humble conviction que le divin et l’humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l’infime grain de poussière de notre planète » [3].

4§. L’encyclique mentionne le document non confessionnel de la Charte de la Terre du 29 juin 2000 [4].
Il peut être intéressant de citer le préambule de la Charte  :

Nous nous trouvons à un moment déterminant de l’histoire de la Terre, le moment où l’humanité doit décider de son avenir. Dans un monde de plus en plus interdépendant et fragile, le futur est à la fois très inquiétant et très prometteur.
Pour évoluer, nous devons reconnaître qu’au milieu d’une grande diversité de cultures et de formes de vie nous formons une seule humanité et une seule communauté sur Terre partageant une destinée commune.
Nous devons unir nos efforts pour donner naissance à une société mondiale durable, fondée sur

  • le respect de la nature,
  • les droits universels de l’être humain,
  • la justice économique et
  • une culture de la paix.

Dans ce but, il est impératif que nous, habitants de la Terre, déclarions notre responsabilité les uns envers les autres, envers la communauté de la vie ainsi qu’envers les générations futures.

5§. La conclusion de la Charte intitulée « La Voie de l’Avenir » est reprise dans le n°207 de l’encyclique Laudato si :

Comme jamais auparavant dans l’histoire, notre destin commun nous invite à chercher un nouveau commencement. […]
Faisons en sorte que notre époque soit reconnue dans l’histoire comme celle de l’éveil d’une nouvelle forme d’hommage à la vie, d’une ferme résolution d’atteindre la durabilité, de l’accélération de la lutte pour la justice et la paix et de l’heureuse célébration de la vie.

6§. L’encyclique fait écho à la Charte à partir d’une position de foi en Jésus Christ qui l’en démarque en lui donnant une dimension supplémentaire. C’est ce que nous allons voir maintenant.


1. L’emploi du mot « écologie »

7§. L’encyclique Laudato si met un accent inédit sur la protection de la création.
Pour la première fois, une encyclique parle du salut de l’homme dans son milieu. Le pape parle d’écologie humaine, sans doute pour rappeler la place centrale de l’être humain dans le tissu d’interactions constitué par la création [5].

8§. L’encyclique conserve l’anthropocentrisme chrétien traditionnel, en l’intégrant dans une vision élargie à l’ensemble des vivants et à la terre. Elle reprend l’appel traditionnel à la conversion en lui adjoignant l’adjectif « écologique », créant une association inédite [6].

9§. L’encyclique propose une vision « holiste » du monde à quatre niveaux [7] :

  1. niveau interne avec soi-même,
  2. niveau de solidarité avec les autres êtres humains,
  3. niveau naturel avec tous les êtres vivants,
  4. niveau spirituel avec Dieu.

Cette écologie à quatre niveaux peut interpeller les non-croyants [8] qui ne sont pas forcément habitués à la présence du spirituel (niveau 4 et peut-être aussi le niveau 1) ou à la prise en compte de la totalité des êtres vivants (niveau 3 pour les croyants [9]).

10§. De fait, l’encyclique propose aux croyants peu sensibilisés à la dimension écologique [quote]

11§. Reprenant une tradition remontant aux Pères de l’Église et à Paul, l’encyclique rappelle la dimension cosmique du salut déployé par le Christ, avec lui et en lui. L’événement de salut, incarnation, passion et résurrection, concerne l’ensemble de la création et pas seulement l’être humain.

[Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement dans la logique biblique ?
Tout ce qui concerne l’homme, en bien comme en mal, influe directement sur la création du fait de la position centrale de l’être humain dans la création. La geste d’Adam et Eve et celle du nouvel Adam et de la nouvelle Eve ont, dans la foi chrétienne, des conséquences à l’échelle de l’univers.]

12§. L’encyclique parlera en ce sens de l’Incarnation et du sacrement de l’Eucharistie, « en soi un acte d’amour cosmique » [10]

13§. Au non-croyant, l’encyclique rappelle les enjeux d’une ouverture à la transcendance que le document appelle « Dieu ». À exclure la dimension religieuse verticale, l’homme ne risque-t-il pas d’atrophier une composante essentielle de lui-même ? ne va-t-il pas tomber dans un orgueil démesuré, dans une volonté de domination méprisant les autres, le mépris de l’Autre se monnayant en mépris des autres [11] ?
Une réflexion purement écologique qui n’intégrerait pas une dimension anthropologique avec sa composante religieuse serait alors déficiente ?


2. Une spiritualité en temps d’urgence

14§. J’apprécie personnellement la spiritualité du document qui sous-tend le document.
Peut-être découle-t-elle du titre même de l’encyclique, « Laudato si », reprenant le cantique de François d’Assise (1181 ou 1182 – 1226), qui embrasse l’ensemble des êtres (élan horizontal) dans une louange au Très-Haut (élan vertical).

Si nous l’avons bien comprise, elle est une spiritualité qui nous situe à la fois dans et en face de la création :

  • la création nous est confiée pour que nous la fassions fructifier afin de la rendre encore plus belle, encore meilleure (engagement, action qui amène à la regarder de l’extérieur pour ainsi dire)
  • en même temps nous avons à toujours plus nous sentir solidaires d’elle, à l’accueillir, à lui être présents, à communier avec elle dans la gratitude envers notre Créateur commun (contemplation, immersion, car nous faisons partie de la création).

15§. La création n’est pas seulement objet d’un travail à faire, d’une gestion avisée et responsable devant Dieu, sa beauté demande à être goûtée, admirée pour soi, indépendamment de son utilité.
La spiritualité proposée par l’encyclique suppose de développer une capacité à accueillir le moment présent et ce qui donne à sentir par le corps à ce moment-là.

16§. En second lieu, je suis frappé par l’urgence qui se dégage de l’encyclique : urgence d’une prise de conscience, urgence de la conversion.

Il se dégage deux tonalités opposées et complémentaires du document :

  • une mise en garde sévère par rapport à des dangers graves, mais aussi
  • une espérance, une confiance et une joie.

17§. L’encyclique analyse le déploiement de forces économiques nourries par des visions destructrices de l’homme selon le pape : la maison commune est menacée de destruction.
Le pape écrit à ce sujet des passages très forts avec une dénonciation sans complaisance de la situation actuelle et de ses acteurs [12].

18§. L’analyse macro-économique s’accompagne d’une réflexion sur la vision dominante actuelle d’un l’homme individualiste et « auto-référentiel ».
Selon l’encyclique, cette anthropologie détruit la conscience de l’interdépendance, de la solidarité des hommes entre eux et avec le monde ; elle réduit le monde et l’homme à une pure horizontalité sans profondeur, instrumentalisable et exploitable à merci ; elle induit « la joyeuse superficialité », le cynisme, l’indifférence aux autres si ce n’est même la violence et la cruauté envers eux [13]

19§. L’encyclique considère que l’économie mondiale n’a pas su se réformer malgré la crise financière de 2007-2008. Selon elle, les mêmes « critères obsolètes « continuent à régir le monde » [14]

20§. Elle décrit une terre possédée par la volonté de pouvoir, avec une minorité toujours plus riche et toujours plus restreinte, tandis que les pauvres toujours plus nombreux continuent leur descente dans la misère. L’idéal de consommation ne pouvant être réalisé que par une minorité, cette situation ne peut que déboucher sur la violence.

21§. En même temps, le pape nous offre des pages pleines d’espérance et de joie lorsqu’il nous propose une vision de l’homme capable de s’ouvrir à la transcendance, de créer du beau, du bien qu’il fait appel aux capacités constructives de l’homme. Il y emploie un lyrisme poétique [15].

22§. L’encyclique Laudato si constitue finalement un appel ardent à la conversion, car sans cette conversion, nous allons au gouffre, semble-t-il dire [16]


3. La « main invisible » du marché

23§.

24§. L’écologie humaine demande de prendre en charge les exclus [17]

25§. Pour nous en Occident, les exclus sont les mendiants que nous voyons en bas de l’escalier ou dans nos rames de métro. Ils constituent une minorité vivant à la marge de la société.
Le pape nous ouvre à l’horizon plus large du monde, où les exclus sont au contraire la majorité.

26§. Les personnes qui reviennent de certains pays d’Afrique ou d’Asie sont sensibles au décalage de niveau de vie entre les pays riches et les pays pauvres, et elles nous reprochent de "pleurer la bouche pleine".
De fait, nous sommes tentés de limiter notre monde à notre cocon sans voir ce qui se passe à l’extérieur, sans avoir conscience de ce qui se vit de l’autre côté de la Méditerranée par exemple. Mais après tout, qu’avons-nous de commun avec eux ? Eux, c’est eux, nous, c’est nous, non ? Non.

27§. Les tenants de la main invisible considèrent que chaque individu, en ne visant que ses intérêts, contribue sans le savoir au progrès commun, l’interaction d’ensemble des initiatives privées individuelles convergeant en vertu d’une régulation interne au jeu global des acteurs.
Chacun est égoïste et au final le système sera altruiste, chacun va lutter pour améliorer son sort et au final la société profite de cette lutte.

28§. Avec cette posture, on peut tenir des propos du genre : « Oui, c’est bien regrettable que des gens meurent de faim, mais il faut en passer par là pour que la croissance donne ses fruits, pour que le progrès atteigne ces pauvres gens dans ces pauvres pays. Il faut laisser faire le marché ».

29§. L’encyclique considère que ce discours libéral d’auto-justification constitue un mythe [18] et qu’en laissant faire la soi-disant « main invisible », on aboutit à toujours plus d’injustice, de pauvreté et de chaos : non, si on laisse le marché à lui-même, les pauvres le seront encore plus [19].

30§. De fait, on peut entendre un discours prônant la croissance économique mondiale, avec par un supposé effet de trickle down, des retombées en bas au bout d’un certain temps.
Il est demandé aux gens en bas de la pyramide de faire preuve de patience et d’attendre des retombées positives garanties par le modèle [20]

31§. L’image est celle d’une pyramide de flutes de champagne qu’on remplit en commençant par le haut : quand le niveau supérieur est rempli, le champagne déborde et coule dans les flutes du niveau inférieur qui supportent celles du niveau supérieur. Ce dispositif suppose que la bouteille de champagne est suffisamment grande pour remplir l’ensemble des verres, que toute la bouteille est vidée et que l’opération ne prend pas trop de temps.

32§. Les critiques de cette image diront qu’aucune de ces conditions n’est vérifiée :

  • pas assez de champagne pour tous les niveaux,
  • trop de temps pour remplir les flutes du haut
  • et même à l’extrême, les flutes du haut s’avèrent impossibles à remplir car leurs bords ne cessent de monter.

Au final, la pyramide risque de s’effondrer sous le poids des flutes du haut.


4. Enfermé dans un cocon [21] qui étouffe les bruits de l’extérieur et insensibilise

33§. Si nous comprenons bien, le pape estime que les effets bénéfiques de la croissance n’atteindront le bas que s’il y a des instances régulatrices contraignantes car le marché par lui-même est incapable de corriger les injustices et les déséquilibres.

34§. Çà fait bien de parler de l’écologie, de la pauvreté donc on en parle dans les sommets, mais que cela débouche sur des réformes. Ainsi tel président d’un pays africain parlera des sociétés pétrolières et de ce qu’elles pourront faire dans le domaine écologique, mais sans mentionner les exclus de la prospérité, comment les pauvres pourront émerger de leur situation de pauvreté.

35§ On peut aller dans des pays où se trouvent de beaux quartiers, gardés par des postes de sécurité, où n’entrent que les happy few et leurs employés. S’il n’y avait pas ces barrières, ces gardes, les pauvres viendraient se servir sans doute ?
Des pays possèdent des richesses minières ou pétrolières importantes, mais la richesse reste dans les strates supérieures sans arriver en bas.
Des infirmiers occidentaux témoignent qu’en retournant dans d’anciennes colonies après vingt ans, ils y retrouvent les mêmes salles d’opération – sans doute ceux qui en ont les moyens ne vont pas dans ces endroits pour se faire soigner.

36§. Il y a une sorte de cécité ou de myopie de ceux qui ont – les autres mais aussi nous.
Nous avons l’exemple de personnes à des niveaux de pouvoir et de richesse tels qu’ils sont isolés de la réalité quotidienne.

37§. Attention à ne pas se dédouaner non plus : à mon niveau, j’ignore les difficultés que vit le sans-abri au jour le jour, la somme d’efforts que cela représente de rester propre par exemple, ou de se payer une baguette de pain.
Plus loin de moi, j’ignore ce que vit le migrant qui a traversé le Sahara et maintenant essaie de traverser la Méditerranée pour atteindre ce qu’il croit être le pays de Cocagne de l’Europe.

38§. Peut-être même que je ne veux pas le savoir, et je me retrouve dans la position du riche qui vit à côté de Lazare dans l’Évangile. Le riche n’est pas méchant, simplement il ne fait pas attention qu’un homme est en train de mourir de faim à sa porte.
Il ne fait pas attention parce qu’il ne veut pas faire attention ? N’a-t-il pas été averti ?
Il y aura un jugement, et tu devras rendre compte de la façon dont tu as géré tes biens terrestres. Le riche n’a pas voulu écouter et cela a des conséquences pour lui dans le futur.

39§. Le pape nous avertit : nous aussi, à notre niveau, nous sommes le riche de la parabole. Il ne s’agit pas de nous culpabiliser à mon avis, mais de nous appeler à la conversion, en particulier la conversion du regard pour voir – pour vouloir voir – ce qui se passe.

40§. En même temps, on ne regarde pas parce qu’on veut peut-être se protéger. Cette misère est insoutenable, non ? si j’accepte de l’accueillir dans mon cœur, je vais devenir désespéré donc je mets une barrière car je n’ai pas les moyens de faire quelque chose.

Le rôle du pape est peut-être ici de dire que nous pouvons faire quelque chose à notre niveau, une petite chose. Par exemple, le regard, qui permet à l’autre par terre de se sentir reconnu comme un être humain.
Le regard échangé va changer le cœur du "riche" petit à petit, et si on est plusieurs à le faire, à un moment donné se mettra en place une dynamique.

41§. Le pape donne à chaque fois une petite chose à faire : il fait froid, j’ajoute une couverture plutôt que d’augmenter le chauffage. Par ce petit geste, tu commences quelque chose dans ton cœur qui commence à prendre en compte autre chose que moi, à savoir le monde

42§. La désintégration [22] des villes peut renvoyer à la destruction du tissu social avec des quartiers fragmentés entre ville du haut et ville du bas, centre ville et périphérie, ou même quartiers de riches sécurisés et quartiers pauvres où règne la pègre et la violence [23].
La tranquillité fausse de la conscience renvoie à l’anesthésie qui empêche de ressentir la souffrance de l’autre, d’éprouver de la compassion.

43§. Respect de l’environnement et respect de l’homme vont ensemble : le président africain qui parle de la pollution des lacs devrait aussi parler des pécheurs sur ces lacs empêchés de pécher de poisson à cause des canalisations de pétrole qui fuient dans le lac, pécheurs qui vont rejoindre d’autres déclassés dans les bidonvilles, quittant leurs terres où ils habitaient depuis des générations.

44§. La reine de France, Marie Antoinette, aurait dit : "s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent des brioches".
Il semblerait que les agitateurs révolutionnaires aient inventé ce mot afin de déchaîner la fureur du peuple. Cela dit, ce propos illustre l’enfermement des élites dans une bulle : ceux qui sont dans des situations favorables y sont tellement enfermés qu’ils ne perçoivent plus l’extérieur, ils ne se rendent pas compte des difficultés de ceux qui vivent dehors.


5. Entendre les cris

45§. « J’ai entendu les cris de mon peuple opprimé par Pharaon » dit Dieu dans le livre de l’Exode.

46§. Dieu n’est pas insensible aux cris de son peuple accablé de misère ; Dieu n’est pas insensible à la cause du pauvre, de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger.

  • « Si tu opprimes le pauvre sur la terre que je t’ai donnée, cela va mal se passer pour toi car moi, j’entends. Toi peut-être tu n’entends pas, mais moi, j’entends et je vais agir. ».
  • Je vais agir contre Pharaon, mais aussi contre toi, peuple d’Israël dont les juges corrompus se laissent acheter pour rendre un jugement favorable au puissant, à l’encontre du droit du petit.

47§. Les prophètes ont lu dans les désastres du peuple juif sous les coups des Assyriens et des Babyloniens la punition divine des injustices du peuple. On est puni d’avoir été injuste envers les pauvres, disent les prophètes de l’Ancien testament [24].

48§. Ces propos durs des prophètes reflètent la colère de Dieu qui se dit : « mais que font-ils à mon peuple ? »
Il y a quelqu’un là-haut qui écoute et voit, et qui n’approuve pas ce qui est en train de se passer. Faites attention.

49§. Toujours les deux, tout est lié : ce que je fais de mal à la terre, je le fais au pauvre, ce que je fais de mal au pauvre, je le fais aussi à la terre.
Si je me comporte mal vis-à-vis des hommes, je me comporte mal vis-à-vis de la terre et réciproquement.

50§. L’injustice commise par l’homme contre le frère rejaillit sur l’ordre naturel dès le début de la Bible : l’injustice de Caen qui tue son frère Abel par jalousie rend stérile le sol : parce que tu as versé le sang de ton frère sur la terre et qu’elle a été forcée d’absorber ce qu’elle n’aurait pas dû absorber, elle t’en voudra [25]

51§. Plus haut dans le temps, la rupture de confiance entre Dieu et le couple originel humain (relation verticale) rejaillit sur les relations entre l’homme et la femme, l’homme et les animaux, l’homme et la terre (relations horizontales) [26]


6. Interconnexion du vivant

52§. L’action de l’homme a un impact sur l’ensemble de la terre, puisque l’homme dans la Bible est la clé de voûte de la création. La dégradation de la relation à Dieu retentit sur la relation entre les hommes d’une part, entre eux et le reste de la création d’autre part.
Tout est lié, tout est tissé ensemble, la rupture du péché s’étend à tout. Le pape parle aussi d’entrelacements [27], un fil coupé va jouer sur tout le tissu.

53§. Le pasteur baptiste américain, Martin Luther King, a écrit dans la lettre écrite de la prison de Birmingham (Alabama, USA) le 16 avril 1963, un chef d’œuvre à lire absolument :

"L’injustice commise n’importe où constitue une menace pour la justice partout. Nous sommes insérés dans un réseau de dépendances mutuelles inévitables, nous sommes pris dans un seul et même tissu filé par le destin. Tout ce qui atteint directement quelqu’un atteint tout le monde indirectement [28].

54§. Nous sommes insérés dans un entrelacs reliant toutes les choses entre elles. Quand on fait du mal quelque part, cela affecte directement ou indirectement l’ensemble de la création. Et réciproquement si on fait du bien [29].

55§. Je ne peux pas dire : « cela se passe ailleurs, cela ne me concerne pas ». Il y a l’idée d’une interdépendance, d’une interconnexion de tout l’univers, de toute la création en régime biblique.

56§. Il s’agit de l’injustice faite à un être humain, mais aussi l’injustice faite à nos frères animaux : en tant qu’être sensible qui veut vivre, qui a peur de la mort et qui veut éviter la douleur, l’animal a des droits lui aussi, la maltraitance constitue donc une injustice.
57§. Les tenants des droits des animaux font remarquer que les massacres d’êtres humains sont précédés d’une déshumanisation verbale par leurs bourreaux qui les traitent de cafards, de cancrelats, de porcs, de singes ou de chiens. La maltraitance envers les êtres humains et celle envers les animaux semblent liées [30].

58§. De même pour nous, si nous ne jouons pas notre rôle de bons intendants de la création, si nous en faisons n’importe quoi sans la respecter, nous serons vomis par elle [31].

59§. Voilà pourquoi je parlais d’une tonalité apocalyptique, de jugement dernier à propos de l’encyclique.


7. Le riche sensé et le riche insensé

60§. Ainsi les riches « sensés » qui partagent leurs biens : Bill Gates qui utilise son patrimoine pour soutenir des actions caritatives, ou d’autres multimillionnaires qui se montrent soucieux de justice sociale, de promotion sociale.
Nous croyants, nous disons au riche « insensé » : tu vas descendre tout nu dans le royaume des morts et tu n’emporteras pas tes richesses dans la tombe, alors pourquoi cette frénésie d’accumuler ?

61§. Le riche « insensé » répondra sans doute qu’il n’y a rien après la mort, il n’a pas l’idée de la transcendance, il est peut-être dans la dynamique dénoncée par le pape du « moi, moi, moi », ce qui compte c’est moi, je suis la valeur absolue unique autour de laquelle le reste du monde doit graviter.

62§. Ce sont des hommes dont le cœur est malade [32]. Tant qu’ils ne se tournent pas vers Dieu, ils sont malades de pouvoir, de possession, de crainte de la mort, cette mort qu’ils veulent nier en recherchant avidement l’argent, le pouvoir, le sexe, la consommation effrénée de biens matériels et immatériels.

63§. Le riche « insensé » n’est jamais satisfait, il ne s’arrête pas dans sa démarche d’acquisition, d’accaparement, il n’a pas l’idée de se restreindre pour donner ou au moins pour laisser à d’autres. Le propriétaire terrien et ses centaines de milliers d’hectares veut la petite parcelle supplémentaire adjascente à son domaine – et il enverra ses hommes de main terroriser la famille qui y habite. Son cœur est malade.

64§. Évidemment, le pauvre peut lui aussi exploiter plus pauvre que lui : dans un village de "roms", tout ce qui entre dans le village doit passer par le chef, et il choisit à qui donner.
Certes, on a tous le cœur malade, et chacun à notre niveau, nous sommes appelés à la conversion. Ce ne doit pas être une raison pour se dédouaner : à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé.

65§. Il nous est facile de dénoncer le propriétaire terrien, et il est juste de le faire. Mais ne nous voilons pas la face, nous participons nous aussi de cet ordre où nous trouvons notre bien. Il y a en nous ce désir d’appropriation, de possession, d’où l’appel à la conversion du pape.

Si Dieu est venu parmi nous pour nous, c’est aussi pour nous donner la force de redresser notre cœur tordu – car nous n’arrivons pas à nous amender nous-mêmes, ni personnellement ni communautairement.


8. La relation gratuite

66§. À l’expérience, on se rend compte combien le détachement peut être difficile – et aussi combien on est heureux et libre quand on l’a fait. « Pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt ? » se demande-t-on après. De fait, la vie dans des pays pauvres nous apprend ce qui est essentiel.
Ce qui nous libère, c’est d’avoir une hiérarchie dans les valeurs : la relation avec Dieu, en premier, la vie ensuite.

67§. Ce qui est bon, ce qui est à privilégier absolument en premier par rapport à tout le reste. Le plus important, ce sont les relations avec les gens, les relations de respect, d’affection que tu noues. La relation de recherche incontrôlable de pouvoir, de domination, d’accaparement ne vaut rien et en plus, elle te détruit, elle te déshumanise en même temps qu’elle abime les autres. Ta capacité d’admiration, d’émerveillement, de louange, d’action de grâce en est abîmée.

Je crois que quelqu’un qui ne croit pas au Dieu de la Bible pourrait dire cela car nous sommes dans l’ordre de l’anthropologiqe.
Le croyant reprendra cette position anthropologique en y surimprimant l’image de la structure relationnelle de la Trinité [33]

68§. Entendons-nous bien, le non-croyant peut déployer les mêmes ressources de bonté qu’un croyant - et aussi quelquefois plus -, comme on peut le voir dans le milieu médical où le personnel soignant sait se montrer d’une délicatesse remarquable envers les malades.

Le croyant dira que cette bonté vient de plus loin que l’homme, non pour diminuer ni récupérer ce que vit le non-croyant, mais pour le louer et louer celui qui est à l’origine de toute bonté.


9. Une régulation nationale et internationale

50 Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes.

69§. Peut-être s’agit-il d’une référence à la théorie qui prétend que si les pauvres faisaient moins d’enfants, ils s’en trouveraient mieux. Ce type d’argument permet aux pays riches de se décharger de leur part de responsabilité et de ne pas se poser la question de l’origine structurelle éventuelle des inégalités économiques entre les pays.

70§. Il est aussi entendu que les pays pauvres doivent aussi se prendre en main pour sortir de leur misère. Un peuple nourrissant une mentalité de victime perpétuelle, d’assisté, risque de ne pas trouver le ressort pour changer son sort [34].
Quand les conditions sont en place, la créativité humaine naturelle s’exprime à plein dans un cercle vertueux.

71§. On dit que si la Chine avait le même niveau de consommation que les États-Unis, (climatisation, une voiture par personne, etc…), la terre exploserait. Autrement dit, le niveau de vie américain n’est pas généralisable à l’ensemble de la planète car les ressources planétaires n’y suffiraient pas [35].
Le document envisage non pas la question des ressources mais des déchets produits à une telle échelle que la planète ne peut plus les recycler [36]

72§. Nous trouvons chez nous des exemples de nourriture gaspillée. Cela pose question par rapport aux personnes ailleurs qui souffrent de la faim, cela pose question par rapport aux animaux qui ont connu l’angoisse sans que leur mort ait eu du sens.

73§. La législation impose des règles pour protéger contre des aliments toxiques, mais elles amènent les sociétés de restauration à jeter l’excès de nourriture.

74§. Les régulations contre le gaspillage alimentaire sont en train d’être mises en place par la Commission européenne : le bon sens ici est relayé par des instances internationales pouvant imposer des normes contraignantes aux acteurs économiques, ceux-ci n’étant pas capables par eux-mêmes de réguler leurs activités dans le cadre du bien commun [37] – L’encyclique rappelle la définition du bien commun comme « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ». [38]

75§. L’encyclique, dans l’autre sens, insiste pour que les régulations internationales, nécessaires, soient prises en concertation avec le niveau local, dans un processus participatif de prise de décision [39]


10. Cycle vertueux ou cercle vicieux ?

76§. Une statistique fait le tour de la planète : en 2016, 1% de la population mondiale possède plus de patrimoine que les 99% restant [40]. Ce chiffre est connu mondialement. Y a-t-il une limite à la capacité d’accumulation de certains aux dépens des autres ?

77§. Dans le modèle du trickle down déjà vu plus haut, un modèle de la prospérité qui ruisselle à partir du haut vers le bas, il y a un effet d’entraînement de la croissance : le riche en achetant une Rolls Royce donnera du travail aux fabricants.
Les économistes discutent de savoir s’il s’agit d’un mythe. Les opposants considèrent que la prospérité ne redescend pas.

78§. Les partisans du trickle down raisonnent en valeur absolue plutôt qu’en pourcentage :
Pour une base actuelle de 100 avec 1% de la population possédant 45 % du patrimoine, cela veut dire qu’1% de la population détient 100*45 % = 45 unités de patrimoine et le reste de la population 65 unités.
Si les 1% détiennent dans le futur 50% du patrimoine, cela veut dire qu’en pourcentage les 99 % autres ont perdu – mais pas forcément en absolu : si le patrimoine passe de 100 à 140 entre temps, les 99% autres détiennent en fait 140 x 50% = 70 unités, contre 65 unités auparavant.

Autrement dit, dans le cas où l’enrichissement s’accompagne d’une augmentation significative de la production, tout le monde y gagne, comme l’indique le tableau suivant :

Hypothèses sur le patrimoine Maintenant : 100 $ Demain : 100 $ Demain : 130 $ Demain : 140 $
1% de la pop. détenant  : 45% du patrimoine – 45 $ 50 % - 50 $ : gain de 5 $ 50 % - 65 $ - gain de 20 $ 50% - 70 $ :
Gain de 25 $
99% de la pop. possédant le reste soit  : 65% du patrimoine - 65 $ 50% - 50 $ - perte de 15 $ 50 % - 65 $ - situation inchangée 50% - 70 $ :
Gain de 5 $


79§. Pour le dire simplement : si les riches prennent une part plus importante du gâteau, mais si, ce faisant, le gâteau a augmenté, les moins riches peuvent y gagner aussi quand l’augmentation dépasse un certain niveau. Cela rejoint aussi le discours positif sur la croissance : si le gâteau croît, d’une manière ou d’une autre, mécaniquement tout le monde en profitera (cercle vertueux).

80§. Cette image séduisante se réalise-t-elle dans la réalité ? Les opposants peuvent considérer que ceux qui gagnent déjà plus gagneront encore plus (l’argent va à l’argent) et ceux qui gagnent moins gagneront encore moins, autrement dit les différences (interprétées en termes de déséquilibres) ne peuvent mécaniquement que s’accroître (cycle vicieux), sauf intervention d’instances régulatrices contraignantes pour les riches afin de restreindre les contraintes sur les moins riches.

81§. Les opposants ne sont pas convaincus que l’augmentation de la richesse des riches provienne d’une augmentation du gâteau suffisante ; ils considèrent plutôt que cette augmentation résulte d’une ponction supplémentaire sur ceux qui ont moins.

82§. Quand je suis allé au Vietnam en 1993, il y avait beaucoup de vélos et quelques motos qui roulaient à Saïgon ; il fallait slalomer entre les trous dans les routes ; les rues sentaient l’odeur de la cuisine au charbon.
Quand je suis retourné à Hô-Chi-Minh Ville en 2009, il y avait beaucoup de motos et quelques voitures, les routes étaient en bon état et l’on ne sentait plus l’odeur de la cuisine au charbon, signe que les citadins étaient passés au gaz pour la plupart.

83§. Sauf que dans les campagnes, la situation semble ne pas s’améliorer ?
Le gouvernement sait-il qu’il ne faut pas cliver la population et essaie-t-il de promouvoir le développement des régions à la traîne, de désenclaver les régions isolées ?

S’il le fait, cela signifie qu’un acteur intervient dans le domaine économique à partir d’une visée politique, qui est ici d’éviter une différence trop grande entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui ont peu. En effet, si la différence est trop grande, elle est interprétée comme une situation injuste par ceux qui se sentent exclus de la prospérité et qui deviennent la majorité dans le cas d’un cercle vicieux : le désordre social est alors plus que probable.

84§. Les élites sauront elles entendre cet appel à porter le souci du moins avantagé, du moins doté ? Ce souci est normalement porté par l’acteur politique chargé de réguler la vie de la société, soit, dans nos sociétés modernes, l’État.
Peut-on s’en remettre à la bonne volonté, au bon cœur, à une prise de conscience des élites ?
En tout cas, on peut remercier les lanceurs d’alerte qui aident à révéler les pratiques excessives d’enrichissement personnel aux dépens de la communauté.

85§. Il s’agit d’aider le cœur malade du riche – dont je fais partie à mon niveau – en l’aidant à sortir de son entretien de soi à soi, de son désir de possession et de son auto justification. L’aider à ouvrir son monde sur le pauvre qu’il ne voit pas, en lui disant que Quelqu’un, lui, voit le pauvre à la porte du riche, et que Lui en a souci et que donc il demandera des comptes.
Oui, ce que nous faisons ou ne faisons pas pour le faible et le pauvre ont des conséquences et en auront plus tard, pour notre bonheur présent et futur.

86§. Le devoir de justice s’exerce envers le pauvre maintenant et envers les générations futures : si j’ai saccagé la planète et détruit des ressources uniques, si j’ai annihilé des espèces vivantes, animales ou végétales, mes enfants ne les verront pas, n’en profiteront pas [41]. Le devoir de justice m’interdit donc de dire : « après moi, le déluge », de même qu’il m’interdit de dire : « je ne suis pas concerné par ce qui arrive au pauvre ».


11. Le droit à la propriété privée en relation avec le bien commun

87§.

88§. Laudato si aborde un sujet sensible au chapitre 6 intitulé : « La destination commune des biens », celui de la propriété privée [42]. Sa position peut inquiéter les tenants de l’économie capitaliste, surtout ceux qui soupçonnent toute pensée sociale d’être teintée de communisme.

L’homo ɶconomicus aurait tendance à penser de la manière suivante :

  • « Ce que j’ai, je l’ai acquis par mon talent, mon travail, et personne n’a le droit de me le prendre. »
  • « Si quelqu’un sait faire fructifier une ressource mieux que quelqu’un d’autre, il est en droit de la posséder. Pourquoi confier la terre à un de moins capable ? Ne doit-on pas privilégier les personnes capables de mieux faire fructifier les ressources ? »

89§. L’encyclique vient tempérer ces clichés économiques en rappelant l’enseignement classique de l’Église :

Avec une grande clarté, il [saint Jean-Paul II] a expliqué que « l’Église défend, certes, le droit à la propriété privée, mais elle enseigne avec non moins de clarté que sur toute propriété pèse toujours une hypothèque sociale, pour que les biens servent à la destination générale que Dieu leur a donnée ».
Par conséquent, il a rappelé qu’«  il n’est [...] pas permis, parce que cela n’est pas conforme au dessein de Dieu, de gérer ce don d’une manière telle que tous ces bienfaits profitent seulement à quelques uns ». Cela remet sérieusement en cause les habitudes injustes d’une partie de l’humanité.

90§. Les papes ne disent pas que la propriété privée est une chose mauvaise. Ils dénoncent une propriété privée exercée au détriment des autres et du bien commun. Il y a une façon de posséder qui exclut les autres de la prospérité. Le phénomène de concentration peut atteindre un niveau où l’on bascule dans l’injustice.

91§. L’homme habile peut accroître son patrimoine, ses terres, tandis que les moins habiles se mettent à son service. L’injustice survient quand les moins habiles se trouvent réduits en esclaves, quand la possession des terres tourne à l’accaparement, à l’appauvrissement et l’expropriation des petits propriétaires terriens.
Il faut alors une régulation externe qui bride une recherche personnelle de profit dangereuse pour la paix et la justice sociales.

92§. La terre, la mer, le ciel font partie du bien commun [43]. Le droit à la propriété privée est reconnu, dans la mesure où il est subordonné au respect du bien commun. Ce droit peut et doit être remis en question quand il est exercé de manière irresponsable, sans tenir compte du bien commun.
L’encyclique critique une pensée économique qui peut amener à dire : « C’est à moi et j’en fais ce que je veux, et je saccage l’environnement et je piétine la dignité humaine ».

93§. Il y a un exercice du droit à la propriété privée qui paradoxalement aboutit au vol, c’est-à-dire justement à violer ce même droit : les évêques de Nouvelle-Zélande [44] parlent d’un vol envers les nations pauvres (le présent) et envers les générations futures (l’avenir).
Il s’agit d’un équilibre à trouver : quand l’exercice du droit à la propriété privée entre en tension avec ce même exercice par d’autres, il faut arbitrer ; l’arbitrage ne peut venir des parties prenantes, et surtout pas de la minorité qui veut exercer son droit à la propriété au détriment de la majorité acculée à une misère indigne.

94§. Notons qu’il s’agit de la seconde occurrence du verbe « voler », la première se trouvant au n°50 :

nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre ». [45].

C’est là aussi un exemple où le droit à la propriété privée doit prendre en compte les droits légitimes des autres, en particulier celui d’avoir de quoi manger.
« C’est à moi, je l’ai acquis honnêtement par mon travail et j’en fais ce que je veux – donc je peux jeter, gaspiller comme je veux ».
Non.

95§. Il est des situations de déséquilibre – d’asymétrie ? – où l’exercice du droit à la propriété privée est illégitime et constitue un délit, nous venons de le voir.
Inversement, il est des cas où le vol peut attenter au droit à la propriété privée tout en étant légitime, comme le soutient l’enseignement classique de l’Église.
Nous citerons en ce sens le frère dominicain Thomas d’Aquin (1225-1274) , un des grands théologiens de l’Église catholique latine. Il répond à la question : est-il permis de voler en cas de nécessité [46] ?
Thomas d’Aquin subordonne à un bien supérieur relevant d’un droit supérieur le bien inférieur de l’exercice du droit (humain) à la propriété privée :

Ce qui est de droit humain ne saurait déroger au droit naturel ou au droit divin.

  • Or, selon l’ordre naturel établi par la providence divine [en régime biblique, l’ordre naturel est institué, voulu par le Dieu créateur – notre commentaire], les êtres inférieurs sont destinés à subvenir aux nécessités de l’homme.
  • C’est pourquoi leur division et leur appropriation, œuvre du droit humain, n’empêchent pas de s’en servir pour subvenir aux nécessités de l’homme [relevant du droit naturel].

Voilà pourquoi les biens que certains possèdent en surabondance [droit de propriété relevant du droit humain – notre commentaire] sont dus, de droit naturel [le droit naturel l’emporte sur le droit humain], à l’alimentation des pauvres ;
ce qui fait dire à S. Ambroise et ses paroles sont reproduites dans les Décrets :
« C’est le pain des affamés que tu détiens ; c’est le vêtement de ceux qui sont nus que tu renfermes ; ton argent, c’est le rachat et la délivrance des miséreux, et tu l’enfouis dans la terre [et nous retrouvons encore une fois l’idée d’une propriété privée qui devient un vol – notre commentaire]. »

96§. Les partisans du libéralisme économique ont du mal avec un discours qui refuse de faire du droit de propriété un droit absolu et qui le relativise face à un bien supérieur, le bien commun.

97§. Les partisans du libéralisme économique entendent aussi difficilement la demande de régulation par une instance politique, nationale ou internationale.
De fait, l’État jour déjà ce rôle de régulation quand il exproprie un propriétaire de sa terre pour construire un trajet de train à grande vitesse ou d’autoroute. L’État justifie cette expropriation par le bien national, par l’intérêt national.
Toujours au nom de l’intérêt commun ici national, l’État peut s’opposer à la vente d’un bien privé qui menace l’intérêt du pays. Ainsi l’État peut empêcher la vente d’une terre, d’une technologie, d’armes à un intérêt étranger.

98§. Il faut certes mettre en place les garde-fous pour éviter l’arbitraire de l’État, pour empêcher les décisions motivées par le « copinage », le clientélisme ou la corruption ; il faut mettre au contraire en place des mesures favorisant la concertation, la visibilité, la justice, y compris envers celui dont le droit à la propriété a été mis en balance par un bien supérieur.
Cela est possible dans un État de droit démocratique à mon avis.


© esperer-isshoni.info, juillet 2016
© fr. Franck Guyen op, juillet 2016
© fr. Franck Guyen op, juillet 2017 (retoilettage)

[1L’encyclique cite aux numéros 7 à 9 le patriarche Bartholomée 1er.
Dans la note n.159, le pape cite un musulman soufi :

Un maître spirituel, Alî al-Khawwâç, à partir de sa propre expérience, soulignait aussi la nécessité de ne pas trop séparer les créatures du monde de l’expérience intérieure de Dieu.

[2La Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (14 juin 1992) est citée trois fois :

  • au n° 141, le principe 4 : « la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément »
  • au n° 126, le principe 1 : « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable »
  • au n°186, le principe 15 : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives »

Voir l’appréciation cette fois-ci négative de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, Rio+20 (Rio de Janeiro 2012) au n°169.

Au n°54, l’encyclique se montre réservée sur les rencontres internationales :

La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. Il y a trop d’intérêts particuliers, et très facilement l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets.

[3n°9 de l’encyclique citant le Discours au 1er Sommet de Halki (Grèce) : « Global Responsibility and Ecological Sustainability : Closing Remarks », Istanboul (Turquie) (20 juin 2012)

[4Comme le rappelle le site de la Charte de la Terre, l’idée de ce document a été lancée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement .
En janvier 1992, le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro (Brésil) a publié la Déclaration de Rio.
En mars 1997, Le Forum de Rio+5 a publié un premier avant-projet de la Charte de la Terre.
En mars 2000, la Commission de la Charte de la Terre publie la Charte.
En 2002, « de nombreux dirigeants et Chefs d’État ont publiquement annoncé leur soutient à la Charte de la Terre » lors du Sommet Mondial pour le Développement Durable de Johannesburg (Afrique du Sud).

[5Voir au n°55 – noter l’utilisation du concept de « nature », au sens de potentialités inscrites dans les êtres et les choses, préexistantes, « pré-données » à celui qui en hérite :

L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne. Benoît XVI affirmait qu’il existe une “écologie de l’homme” parce que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté » [ Discours au Deutscher Bundestag, Berlin (22 septembre 2011].

L’être humain, comme être créé, hérite de potentialités pré-inscrites en lui, à l’instar de tous les êtres. La mission confiée à l’homme, dans la Bible, est de cultiver le jardin, autrement dit de développer ce qui est déjà inscrit en puissance dans les choses créées : cf. n°124

En réalité, l’intervention humaine qui vise le développement prudent du créé est la forme la plus adéquate d’en prendre soin, parce qu’elle implique de se considérer comme instrument de Dieu pour aider à faire apparaître les potentialités qu’il a lui-même mises dans les choses : «  Le Seigneur a créé les plantes médicinales, l’homme avisé ne les méprise pas  » (Si 38, 4)

.

[6Voir n°217, qui signale les réticences de chrétiens à cette ouverture.

nous devons aussi reconnaître que certains chrétiens, engagés et qui prient, ont l’habitude de se moquer des préoccupations pour l’environnement, avec l’excuse du réalisme et du pragmatisme. D’autres sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. Ils ont donc besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne.

[7cf. n°210 à propos de l’éducation environnementale :

elle tend également à s’étendre aux différents niveaux de l’équilibre écologique :

  1. au niveau interne avec soi-même,
  2. au niveau solidaire avec les autres [êtres humains],
  3. au niveau naturel avec tous les êtres vivants,
  4. au niveau spirituel avec Dieu.

L’éducation environnementale devrait nous disposer à faire ce saut vers le Mystère, à partir duquel une éthique écologique acquiert son sens le plus profond. Par ailleurs, des éducateurs sont capables de repenser les itinéraires pédagogiques d’une éthique écologique, de manière à faire grandir effectivement dans la solidarité, dans la responsabilité et dans la protection fondée sur la compassion.

[8l’expression "non-croyants" s’entend ici sans jugement de valeur : nous ne disons pas que les non-croyants ne croient en rien, nous voulons seulement distinguer les personnes ne confessant pas Jésus Christ par rapport à ceux qui le confessent.
Notre position est une position de croyant et nous nous exprimons en tant que tel

[9Cf. n°216 :

Nous devons reconnaître que, nous les chrétiens, nous n’avons pas toujours recueilli et développé les richesses que Dieu a données à l’Église, où la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; la spiritualité se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure.

[quote« […] une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne »[n°217 ]

.
Le pape conclue au n°221 le développement sur la conversion écologique :

J’invite tous les chrétiens à expliciter cette dimension de leur conversion, en permettant que la force et la lumière de la grâce reçue s’étendent aussi à leur relation avec les autres créatures ainsi qu’avec le monde qui les entoure, et suscitent cette fraternité sublime avec toute la création, que saint François d’Assise a vécue d’une manière si lumineuse.

[10n°236

Le Seigneur, au sommet du mystère de l’Incarnation, a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière. Non d’en haut, mais de l’intérieur, pour que nous puissions le rencontrer dans notre propre monde.
Dans l’Eucharistie la plénitude est déjà réalisée ; c’est le centre vital de l’univers, le foyer débordant d’amour et de vie inépuisables. Uni au Fils incarné, présent dans l’Eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu. En effet, l’Eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique.

[11cf. n°224 :

[…] il ne suffit plus de parler seulement de l’intégrité des écosystèmes. Il faut oser parler de l’intégrité de la vie humaine, de la nécessité d’encourager et de conjuguer toutes les grandes valeurs.
La disparition de l’humilité chez un être humain, enthousiasmé malheureusement par la possibilité de tout dominer sans aucune limite, ne peut que finir par porter préjudice à la société et à l’environnement. Il n’est pas facile de développer cette saine humilité ni une sobriété heureuse si nous nous rendons autonomes, si nous excluons Dieu de notre vie et que notre moi prend sa place, si nous croyons que c’est notre propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais.

[12voir :

« […] l’humanité de l’époque post-industrielle sera peut-être considérée comme l’une des plus irresponsables de l’histoire [n°165].

Voir plus loin au n°169 :

La Conférence des Nations Unies sur le développement durable, dénommée Rio+20 (Rio de Janeiro 2012), a émis un long et inefficace document final. Les négociations internationales ne peuvent pas avancer de manière significative en raison de la position des pays qui mettent leurs intérêts nationaux au-dessus du bien commun général. Ceux qui souffriront des conséquences que nous tentons de dissimuler rappelleront ce manque de conscience et de responsabilité.

Voir aussi le n°161 :

Les prévisions catastrophistes ne peuvent plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saletés aux prochaines générations. Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions. L’atténuation des effets de l’actuel déséquilibre dépend de ce que nous ferons dans l’immédiat, surtout si nous pensons à la responsabilité que ceux qui devront supporter les pires conséquences nous attribueront.

[13cf. n°229 :

Depuis trop longtemps déjà, nous sommes dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. L’heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité nous a peu servi. Cette destruction de tout fondement de la vie sociale finit par nous opposer les uns aux autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts ; elle provoque l’émergence de nouvelles formes de violence et de cruauté, et empêche le développement d’une vraie culture de protection de l’environnement.

[14cf. n°189 :

La crise financière de 2007-2008 était une occasion pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques, et pour une nouvelle régulation de l’activité financière spéculative et de la richesse fictive. Mais il n’y a pas eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde.
La production n’est pas toujours rationnelle, et souvent elle est liée à des variables économiques qui fixent pour les produits une valeur qui ne correspond pas à leur valeur réelle. Cela conduit souvent à la surproduction de certaines marchandises, avec un impact inutile sur l’environnement qui, en même temps, porte préjudice à de nombreuses économies régionales.[Cf. Conférence de l’Épiscopat mexicain : Commission de la Pastorale sociale, Jesucristo, vida y esperanza de los indígenas y campesinos (14 janvier 2008).] La bulle financière est aussi, en général, une bulle productive. En définitive, n’est pas affrontée avec énergie la question de l’économie réelle, qui permet par exemple que la production se diversifie et s’améliore, que les entreprises fonctionnent bien, que les petites et moyennes entreprises se développent et créent des emplois.

[15Cf. n°205 qui dit un homme menacé par l’aliénation mais disposant d’une ressource inaliénable, son ouverture à la transcendance qui garantit sa liberté :

Cependant, tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose.
Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté.
Il n’y a pas de systèmes qui annulent complètement l’ouverture au bien, à la vérité et à la beauté, ni la capacité de réaction que Dieu continue d’encourager du plus profond des cœurs humains. Je demande à chaque personne de ce monde de ne pas oublier sa dignité que nul n’a le droit de lui enlever.

Voir aussi n°208 :

Il est toujours possible de développer à nouveau la capacité de sortir de soi vers l’autre. Sans elle, on ne reconnaît pas la valeur propre des autres créatures, on ne se préoccupe pas de protéger quelque chose pour les autres, on n’a pas la capacité de se fixer des limites pour éviter la souffrance ou la détérioration de ce qui nous entoure.
L’attitude fondamentale de se transcender, en rompant avec l’isolement de la conscience et l’autoréférentialité, est la racine qui permet toute attention aux autres et à l’environnement, et qui fait naître la réaction morale de prendre en compte l’impact que chaque action et chaque décision personnelle provoquent hors de soi-même. Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société

[16Le n°193 parle de « retourner en arrière avant qu’il ne soit trop tard.

De toute manière, si dans certains cas le développement durable entraînera de nouvelles formes de croissance, dans d’autres cas, face à l’accroissement vorace et irresponsable produit durant de nombreuses décennies, il faudra penser aussi à marquer une pause en mettant certaines limites raisonnables, voire à retourner en arrière avant qu’il ne soit trop tard. Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties.

[17Lisons le numéro 49.

Je voudrais faire remarquer que souvent on n’a pas une conscience claire des problèmes qui affectent particulièrement les exclus.

Et aussi :

Ils sont la majeure partie de la planète, des milliers de millions de personnes.

Voir aussi :

Aujourd’hui, ils sont présents dans les débats politiques et économiques internationaux, mais il semble souvent que leurs problèmes se posent comme un appendice, comme une question qui s’ajoute presque par obligation ou de manière marginale, quand on ne les considère pas comme un pur dommage collatéral. De fait, au moment de l’action concrète, ils sont relégués fréquemment à la dernière place.

[18le n°191 parle d’une « conception magique du marché » :

Une fois de plus, il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus. Est-il réaliste d’espérer que celui qui a l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser aux effets environnementaux qu’il laissera aux prochaines générations ? Dans le schéma du gain il n’y a pas de place pour penser aux rythmes de la nature, à ses périodes de dégradation et de régénération, ni à la complexité des écosystèmes qui peuvent être gravement altérés par l’intervention humaine.

[19Voir le n°129 dans le domaine agricole, qui recommande l’intervention régulatrice pour limiter l’influence des grandes entreprises : l’argument est intéressant car c’est justement au nom de la liberté que ces grandes entreprises doivent être cadrées. J’y vois une réponse à une critique du pape comme liberticide : les liberticides ne sont pas ceux qu’on croit, pourrait-on dire, quand une idéologie aboutit effectivement à toujours plus de pouvoir (plutôt que de liberté) pour une minorité et toujours moins pour la majorité.

Pour qu’il continue d’être possible de donner du travail, il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale.
Par exemple, il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petites dimensions qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l’eau, et en produisant peu de déchets, que ce soit sur de petites parcelles agricoles, vergers, ou grâce à la chasse, à la cueillette et la pêche artisanale, entre autres.
Les économies d’échelle, spécialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs à vendre leurs terres ou à abandonner leurs cultures traditionnelles. Les tentatives de certains pour développer d’autres formes de production plus diversifiées, finissent par être vaines en raison des difficultés pour entrer sur les marchés régionaux et globaux, ou parce que l’infrastructure de vente et de transport est au service des grandes entreprises.
Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production. Pour qu’il y ait une liberté économique dont tous puissent effectivement bénéficier, il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier.

Le n°203 reprend l’idée d’une liberté en réalité dans les mains d’une minorité :

Ce paradigme [techno-économique] fait croire à tous qu’ils sont libres, tant qu’ils ont une soi-disant liberté pour consommer, alors que ceux qui ont en réalité la liberté, ce sont ceux qui constituent la minorité en possession du pouvoir économique et financier.

[20Il est difficile de ne pas dessiner un parallèle avec ce qu’écrivait Martin Luther King dans sa célèbre lettre de Birmingham (Alabama, USA) écrite en prison le 16 avril 1963 où il écrivait en substance que les noirs américains en avaient assez d’être abreuvés de conseils d’attendre :

Lamentably, it is an historical fact that privileged groups seldom give up their privileges voluntarily. Individuals may see the moral light and voluntarily give up their unjust posture ; but, as Reinhold Niebuhr has reminded us, groups tend to be more immoral than individuals.
[..]. For years now I have heard the word "Wait !" It rings in the ear of every Negro with piercing familiarity. This "Wait" has almost always meant "Never." We must come to see, with one of our distinguished jurists, that "justice too long delayed is justice denied."

C’est un fait historique regrettable, mais les groupes privilégiés renoncent rarement d’eux-mêmes à leurs privilèges : individuellement, ils peuvent voir la lumière de leur sens moral et abandonner leur position injuste ; mais, comme Reinhold Niebuhr nous l’a rappelé, les groupes tendent à devenir plus immoraux que les individus.
[..] J’ai entendu depuis des années maintenant le mot “attendre”. Il est devenu familier aux oreilles des noirs qui en sont transpercées. Ce « attendre » a presque toujours signifié « jamais ». Nous devons comprendre, comme le dit un de nos juristes éminents, qu’une justice trop longtemps attendue est un déni de justice »

[Notre traduction de l’américain sur le site :
http://abacus.bates.edu/
Voir aussi la suite du texte avec la description de l’injustice quotidienne faite aux noirs américains pendant la ségrégation : cela aide à ouvrir les yeux sur ce qu’ont enduré des générations de noirs américains au quotidien.].

Le n°162 de l’encyclique nous semble faire écho à la même idée :

« souvenons-nous déjà des pauvres d’aujourd’hui, qui ont peu d’années de vie sur cette terre et ne peuvent pas continuer d’attendre »

[21voir :

Cela est dû en partie au fait que beaucoup de professionnels, de leaders d’opinion, de moyens de communication et de centres de pouvoir sont situés loin d’eux, dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus.

Et aussi :

Ceux-là vivent et réfléchissent à partir de la commodité d’un niveau de développement et à partir d’une qualité de vie qui ne sont pas à la portée de la majorité de la population mondiale.

[22voir :

Ce manque de contact physique et de rencontre, parfois favorisé par la désintégration de nos villes, aide à tranquilliser la conscience et à occulter une partie de la réalité par des analyses biaisées. Ceci cohabite parfois avec un discours “ vert ”.
Mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu’une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres.

[23Voir n°151 :

Il faut prendre soin des lieux publics, du cadre visuel et des signalisations urbaines qui accroissent notre sens d’appartenance, notre sensation d’enracinement, notre sentiment d’“être à la maison”, dans la ville qui nous héberge et nous unit. Il est important que les différentes parties d’une ville soient bien intégrées et que les habitants puissent avoir une vision d’ensemble, au lieu de s’enfermer dans un quartier en se privant de vivre la ville tout entière comme un espace vraiment partagé avec les autres. Toute intervention dans le paysage urbain ou rural devrait considérer que les différents éléments d’un lieu forment un tout perçu par les habitants comme un cadre cohérent avec sa richesse de sens. Ainsi les autres cessent d’être des étrangers, et peuvent se sentir comme faisant partie d’un “nous” que nous construisons ensemble

[24"Ancien" pour les chrétiens.
Amos écrivait ainsi :

Malheureux ceux qui ont fondé leur tranquillité sur Sion et ceux qui ont mis leur sécurité dans la montagne de Samarie, eux, l’élite de la première des nations, vers qui vient la maison d’Israël :
« Passez par Kalné, disent-ils, et regardez, de là, rendez-vous à Hamath, la grande, puis descendez à Gath des Philistins ; seraient-elles plus prospères que ces royaumes-ci ? et leur territoire serait-il plus grand que votre territoire ? »
En voulant repousser le jour du malheur, vous rapprochez le règne de la violence.
Allongés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils se régalent de jeunes béliers et de veaux choisis dans les étables ; ils improvisent au son de la harpe, chantant comme David leurs propres cadences, buvant du vin dans des coupes, et se parfumant à l’huile des prémices, mais ils ne ressentent aucun tourment pour la ruine de Joseph.
C’est pourquoi, maintenant, ils vont être déportés en tête des déportés, et finie la confrérie des avachis ! [Amos 6,1-7 dans la traduction de la TOB]

[25cf. Genèse 4,8-12 :

8 Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu’ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère Abel et le tua. 9 Le SEIGNEUR dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » - « Je ne sais, répondit-il. Suis-je le gardien de mon frère ? » - 10 « Qu’as-tu fait ? reprit-il. La voix du sang de ton frère crie du sol vers moi. 11 Tu es maintenant maudit du sol qui a ouvert la bouche pour recueillir de ta main le sang de ton frère. 12 Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond sur la terre. ».

[26

Genèse 3, 14-19 14 Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les bestiaux et toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. 15 Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »
16 Il dit à la femme : « Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c’est péniblement que tu enfanteras des fils. Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera. »
17 Il dit à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, 18 il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. 19 À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »

[27voir n°92, 111, 240

[28notre traduction de :

Injustice anywhere is a threat to justice everywhere. We are caught in an inescapable network of mutuality, tied in a single garment of destiny. Whatever affects one directly, affects all indirectly."

[29Voir n° 212 :

Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible. En outre, le développement de ces comportements nous redonne le sentiment de notre propre dignité, il nous porte à une plus grande profondeur de vie, il nous permet de faire l’expérience du fait qu’il vaut la peine de passer en ce monde.

[30cf. n°92 :

Par conséquent, il est vrai aussi que l’indifférence ou la cruauté envers les autres créatures de ce monde finissent toujours par s’étendre, d’une manière ou d’une autre, au traitement que nous réservons aux autres êtres humains. Le cœur est unique, et la même misère qui nous porte à maltraiter un animal ne tarde pas à se manifester dans la relation avec les autres personnes. Toute cruauté sur une quelconque créature « est contraire à la dignité humaine » [n° 2418 du Catéchisme de l’Église Catholique].

[31Voir dans la Bible :

Levitique 18,25-28 25 Le pays est devenu impur, et je l’ai châtié de sa faute ; aussi le pays a-t-il vomi ses habitants. 26 Pour vous, gardez mes lois et mes coutumes et ne pratiquez aucune de ces abominations, ni l’indigène, ni l’émigré installé parmi vous ; 27 - toutes ces abominations, les hommes qui habitaient le pays avant vous les ont pratiquées, et le pays est devenu impur. 28 Ainsi le pays ne vous vomira pas, parce que vous l’auriez rendu impur, comme il a vomi la nation qui vous précédait

Et plus loin :
Levitique 20,22-26

2 Gardez toutes mes lois et toutes mes coutumes, et mettez-les en pratique, afin qu’il ne vous vomisse pas, ce pays où je vais vous faire entrer pour vous y installer. 23 Ne suivez pas les lois de la nation que je vais chasser devant vous ; c’est parce qu’ils ont pratiqué tout cela que je les ai pris en dégoût 24 et que je vous ai dit : ‹C’est vous qui posséderez leur sol, Et c’est moi qui vous le donne en possession, Pays ruisselant de lait et de miel !› C’est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu, qui vous ai distingués du milieu des peuples. 25 Aussi faites la distinction entre bêtes pures et impures, et entre oiseaux impurs et purs, afin de ne pas mettre l’interdit sur vous-mêmes avec ces bêtes, ces oiseaux et tout ce qui grouille sur le sol - ceux que j’ai distingués, afin que vous les teniez pour impurs. 26 Soyez à moi, saints car je suis saint, moi, le SEIGNEUR ; et je vous ai distingués du milieu des peuples pour que vous soyez à moi.

[32Voir aussi le n°204, qui généralise la maladie aux hommes victimes des conditionnements mentaux consuméristes :

Quand les personnes deviennent autoréférentielles et s’isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracité. En effet, plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer. Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu’une personne accepte que la réalité lui fixe des limites. À cet horizon, un vrai bien commun n’existe pas non plus. Si c’est ce genre de sujet qui tend à prédominer dans une société, les normes seront seulement respectées dans la mesure où elles ne contredisent pas des besoins personnels. C’est pourquoi nous ne pensons pas seulement à l’éventualité de terribles phénomènes climatiques ou à de grands désastres naturels, mais aussi aux catastrophes dérivant de crises sociales, parce que l’obsession d’un style de vie consumériste ne pourra que provoquer violence et destruction réciproque, surtout quand seul un petit nombre peut se le permettre.

[33cf. n.240 :

[…] plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité.

[34Voir en ce sens le n°128 qui insiste sur la valeur humaine du travail, à l’encontre de la simple assistance :

Le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail.

[35Voir :

On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. En outre, nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre ».[29 Catéchèse (5 juin 2013).]

[36Voir l’expression de « culture du déchet » au n°21 :

Ces problèmes sont intimement liés à la culture du déchet, qui affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordures. … Il nous coûte de reconnaître que le fonctionnement des écosystèmes naturels est exemplaire : les plantes synthétisent des substances qui alimentent les herbivores ; ceux-ci à leur tour alimentent les carnivores, qui fournissent d’importantes quantités de déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nouvelle génération de végétaux.
Par contre, le système industriel n’a pas développé, en fin de cycle de production et de consommation, la capacité d’absorber et de réutiliser déchets et ordures.

Voir aussi les n°173 et 174 sur l’absence de régulations internationales sur la gestion mondiale des déchets :

Il manque de cadres régulateurs généraux qui imposent des obligations, et qui empêchent des agissements intolérables, comme le fait que certains pays puissants transfèrent dans d’autres pays des déchets et des industries hautement polluants.
Le problème croissant des déchets marins et de la protection des zones marines au-delà des frontières nationales continue de représenter un défi particulier. En définitive, il faut un accord sur les régimes de gestion, pour toute la gamme de ce qu’on appelle les “biens communs globaux”.

[37Voir en ce sens le n°38 qui rappelle par la même occasion l’importance des États :

De fait, il existe « des propositions d’internationalisation de l’Amazonie, qui servent uniquement des intérêts économiques des corporations transnationales ».[24 Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 86.] Elle est louable la tâche des organismes internationaux et des organisations de la société civile qui sensibilisent les populations et coopèrent de façon critique, en utilisant aussi des mécanismes de pression légitimes, pour que chaque gouvernement accomplisse son propre et intransférable devoir de préserver l’environnement ainsi que les ressources naturelles de son pays, sans se vendre à des intérêts illégitimes locaux ou internationaux.

Voir aussi le n°175 qui constate l’affaiblissement de la capacité de régulation au niveau des États et en parallèle l’influence plus grande d’acteurs économiques internationaux subordonnant la politique à la dimension économique : le n°175 demande la création d’institutions politiques internationales capables de faire contrepoids :

Le XXIème siècle, alors qu’il maintient un système de gouvernement propre aux époques passées, est le théâtre d’un affaiblissement du pouvoir des États nationaux, surtout parce que la dimension économique et financière, de caractère transnational, tend à prédominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d’institutions internationales devient indispensable, qui doivent être plus fortes et efficacement organisées, avec des autorités désignées équitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dotées de pouvoir pour sanctionner.

[38n°156 citant Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et Spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 26.
Le bien commun devrait être le souci du politique, il ne se réduit pas à une vision économique technocratique :

N°189 : La politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine.

[39cf. n°144 :

C’est pourquoi prétendre résoudre toutes les difficultés à travers des réglementations uniformes ou des interventions techniques, conduit à négliger la complexité des problématiques locales qui requièrent l’intervention active des citoyens.

[41Voir n°33 :

Mais il ne suffit pas de penser aux différentes espèces seulement comme à d’éventuelles “ressources” exploitables, en oubliant qu’elles ont une valeur en elles-mêmes. Chaque année, disparaissent des milliers d’espèces végétales et animales que nous ne pourrons plus connaître, que nos enfants ne pourront pas voir, perdues pour toujours.
L’immense majorité disparaît pour des raisons qui tiennent à une action humaine. À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit.

Au n°145, l’encyclique dresse un parallèle en l’appauvrissement de l’écosystème naturel et celui de l’écosystème culturel :

Beaucoup de formes hautement concentrées d’exploitation et de dégradation de l’environnement peuvent non seulement épuiser les ressources de subsistance locales, mais épuiser aussi les capacités sociales qui ont permis un mode de vie ayant donné, pendant longtemps, une identité culturelle ainsi qu’un sens de l’existence et de la cohabitation. La disparition d’une culture peut être aussi grave ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale. L’imposition d’un style de vie hégémonique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l’altération des écosystèmes.

[42Voir :

Le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une “règle d’or” du comportement social, et « le premier principe de tout l’ordre éthico-social ».[ Jean-Paul II, Lett. enc. Laborem exercens de 1981]
La tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée, et elle a souligné la fonction sociale de toute forme de propriété privée.
Jean-Paul II a rappelé avec beaucoup de force cette doctrine en affirmant que « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne  ».[ Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus de 1991] Ce sont des paroles denses et fortes.
Il a souligné qu’« un type de développement qui ne respecterait pas et n’encouragerait pas les droits humains, personnels et sociaux, économiques et politiques, y compris les droits des nations et des peuples, ne serait pas non plus digne de l’homme ».[ Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis,1987][ numéro 93]

[43Voir

L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité, sous la responsabilité de tous. Celui qui s’approprie quelque chose, c’est seulement pour l’administrer pour le bien de tous.[n°95]

[44Voir :

Si nous ne le faisons pas, nous chargeons notre conscience du poids de nier l’existence des autres. Pour cette raison, les Évêques de Nouvelle Zélande se sont demandés ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie quand « vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres, et aux futures générations, ce dont elles ont besoin pour survivre ».[ Conférence épiscopale de Nouvelle Zélande, Statement on Environmental Issues, Wellington (1er septembre 2006] [n°95]

[45citation de la Catéchèse du pape François (5 juin 2013)

[46Voir :

Si cependant la nécessité est tellement urgente et évidente que manifestement il faille secourir ce besoin pressant avec les biens que l’on rencontre - par exemple, lorsqu’un péril menace une personne et qu’on ne peut autrement la sauver -, alors quelqu’un peut licitement subvenir à sa propre nécessité avec le bien d’autrui, repris ouvertement ou en secret. Il n’y a là ni vol ni rapine à proprement parler.[ dans la Somme Théologique : IIa, IIae, question 66, article 7 dans http://www.documentacatholicaomnia.eu
]


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 459 / 85348

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Histoire du christianisme   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License