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Année de la Miséricorde - Mois M+2 - Miséricordieux comme le Père ?

mardi 1er mars 2016 par Phap

Chronique de la Miséricorde mois par mois

M Un événement oublié ?
M+1 Une mère et son adolescente de fille
M+2 Miséricordieux comme le Père ?
M+3 Quand Jésus s’émeut de la misère des hommes
M+4 Entre miséricorde et justice divines, il faudrait choisir ?
M+5 La miséricorde aussi envers soi-même ?
M+6 Enseigner, une œuvre de miséricorde
M+7 Rien (pause estivale)
M+8 Miséricorde aussi pour les animaux ?
M+9 Rien (pèlerinage du Rosaire)
M+10 La fermeture annoncée de la Porte sainte

Le pape François a pris comme devise du Jubilé extraordinaire : Misericordes sicut Pater, « miséricordieux comme le Père ».

L’idée est claire : parce que le Père m’a fait miséricorde (lui en haut, moi en bas - relation verticale), je dois faire miséricorde à mon frère (lui et moi au même niveau au service du même maître – relation horizontale). Cela dit, en quoi le Père se montre-t-il miséricordieux envers nous ? Et pourquoi devrions-nous nous montrer miséricordieux comme lui ?

La parabole du serviteur sans miséricorde de l’Évangile de Matthieu (18, 21-35) peut nous aider à répondre à ces questions.


Alors Pierre s’approcha et lui dit : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.
« Ainsi en va-t-il du Royaume des cieux comme d’un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.

Pour commencer, on lui en amena un qui devait dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi rembourser, le maître donna l’ordre de le vendre ainsi que sa femme, ses enfants et tout ce qu’il avait, en remboursement de sa dette.
Se jetant alors à ses pieds, le serviteur, prosterné, lui disait : ‹Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.›
Pris de pitié, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette.

En sortant, ce serviteur rencontra un de ses compagnons, qui lui devait cent pièces d’argent ; il le prit à la gorge et le serrait à l’étrangler, en lui disant : ‹Rembourse ce que tu dois.›
Son compagnon se jeta donc à ses pieds et il le suppliait en disant : ‹Prends patience envers moi, et je te rembourserai.›
Mais l’autre refusa ; bien plus, il s’en alla le faire jeter en prison, en attendant qu’il eût remboursé ce qu’il devait.

Voyant ce qui venait de se passer, ses compagnons furent profondément attristés et ils allèrent informer leur maître de tout ce qui était arrivé. Alors, le faisant venir, son maître lui dit :
Mauvais serviteur, je t’avais remis toute cette dette, parce que tu m’en avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?›
Et, dans sa colère, son maître le livra aux tortionnaires, en attendant qu’il eût remboursé tout ce qu’il lui devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. ».


Jésus parle d’un royaume avec un roi, des serviteurs, de l’argent. Pour moi, l’argent représente la vie reçue de Dieu qui circule dans la création, vie bonne et sainte. L’homme a contracté une dette énorme envers Dieu lorsqu’il a abîmé la vie par son avidité et sa défiance envers Dieu.
La remise de la dette renvoie au sang du Christ versé sur la croix : en lui, par lui, le Père remet les péchés des hommes et leur donne de pouvoir à nouveau le servir librement en faisant fructifier la création, en contribuant à la vie dans la joie, la paix, la concorde – bref, en faisant advenir le règne de Dieu, règne de justice et de paix.


Or le serviteur sans miséricorde s’oppose à ce règne par son exigence de justice qui va à l’encontre d’une autre justice plus fondamentale.
Certes, le serviteur est dans son droit, mais en le revendiquant – avec quelle férocité –, il manque à un devoir plus fondamental, celui de bien servir son maître, de lui obéir en cherchant à faire ce qui lui plaît et en évitant ce qui lui déplaît.
Au lieu d’imiter la façon de faire de son maître, au lieu de devenir bon comme lui est bon, il laisse l’avidité l’emporter et le transformer en bête féroce.

Là où il y avait occasion de joie, de réconciliation – le serviteur sans miséricorde aurait pu au minimum faire preuve de patience par rapport au remboursement d’une dette de cent pièces d’argent seulement, à comparer aux cinquante millions de pièces d’argent dues au maître -, il y a à la place le spectacle affligeant d’un homme rapace qui se jette sur un autre homme.

Ce spectacle suscite la tristesse et le scandale dans la maison.
La justice de niveau supérieur prend alors le relais, le maître en colère se montre sans miséricorde envers le serviteur sans miséricorde : on pourrait résumer son attitude avec ces mots : « puisque tu n’as pas voulu traité ton prochain comme je t’ai traité, je vais maintenant te traiter comme tu as traité ton prochain ».


« Miséricordieux comme le Père ». Cette devise sonne comme un appel à la conversion du cœur :

  • conversion du cœur du créancier : il s’agit de faire miséricorde en y étant obligé non par la loi mais par le cœur.
  • conversion du cœur du débiteur : il s’agit pour lui de demander la miséricorde d’un cœur contrit et sincèrement décidé à réparer le tort commis.

Par ailleurs, il s’agit de ne pas appliquer la parabole mécaniquement : deux libertés sont en jeu, celle d’abord du débiteur qui reconnaît ou non sa dette et qui implore ou non la miséricorde, celle ensuite du créancier qui fait ou non miséricorde.


A mon avis, il ne faut pas non plus chercher une correspondance parfaite entre la parabole et les situations concrètes.

Ainsi, face à une mère dont l’enfant a été tué dans un accident de voiture provoqué par un chauffard ivre récidiviste, je ne lui dirai pas qu’il s’agit d’un tort minime de 100 pièces d’argent par rapport à tout ce qu’elle doit à Dieu. Je me refuserais à le dire, et je crois que Jésus s’y refuserait aussi.

Ce que je pourrais dire à cette mère, c’est de regarder le Christ sur la croix : « le Christ est le visage de la miséricorde de Dieu » a écrit notre pape. La miséricorde vient d’en haut, du haut de la croix pour se répandre sur la terre : verticalité et horizontalité inséparables de la croix.


(à suivre)


© esperer-isshoni.info, mars 2016.


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