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NMR Aum Shinrikyô - Des critères pour qualifier ce NMR de secte (au sens négatif du terme)

mercredi 16 décembre 2015 par Phap

Voir aussi NMR Aum Shinrikyô - Une chronologie


Aum Shinrikyô est honni par l’opinion publique japonaise qui traite ce nouveau mouvement religieux (NMR) de カルト en japonais, dérivé de « cult  » en anglais, soit « secte » en français, avec la nuance péjorative. Il peut être intéressant de voir en quoi Aum partage les points communs aux mouvements sectaires listés par la commission d’enquête parlementaire sur les sectes de 1995.
Il va de soi que tel ou tel point pourra donner lieu à contestation. L’idée n’est pas ici de dire que la grille d’analyse marche à tout coup ou qu’elle est pertinente, il s’agit plutôt de reprendre l’histoire d’Aum au filtre de cette grille.

Ce faisant, l’image d’ensemble qui se dégage d’Aum est négative. Aum a pu faire du bien ponctuellement à telle ou telle personne, Asahrara a pu montrer de la bonté et de l’empathie à telle ou telle personne dans telle ou telle circonstance, mais cela suffit-il pour réhabiliter un mouvement et un homme au passif lourd ?


1. déstabilisation mentale

Aum a manifestement déstabilisé ses membres : ils ont commis des actions criminelles qu’ils n’auraient sans doute pas voulu exécuter avant d’avoir rencontré Asahara Shôkô. Entretemps, le conditionnement par Aum a déraciné leurs systèmes de valeurs antérieurs pour les remplacer par celui d’Asahara, ce qui leur a permis d’appeler bien ce que le sens commun appelle mal et réciproquement.

De ce que nous savons, les techniques de conditionnement comportaient un volet physique : privation de sommeil, de nourriture, bains chauds (jusqu’à 50°C) ou froids, confinement avec privations sensorielles, techniques d’hyper ventilation, posture assise immobile sans bouger.

Des « initiations » comportaient l’administration de cocktails de drogues (LSD synthétisé sur place) et d’amphétamines. Les adeptes écoutaient en boucle des enregistrements sonores d’Asahara, l’image fixe ou animée d’Asahara était omniprésente dans les locaux d’Aum.
Les disciples étaient censés devenir des « clones » d’Asahara grâce à cette omniprésence visuelle et sonore d’Asahara. Un dispositif appelé « PSI » (Personal Salvation Initiation), constitué d’un casque et d’électrodes, était censé relayer directement dans le cerveau des fidèles les ondes cérébrales d’Asahara, de sorte que leur cerveau se configurait à celui d’Asahara – on peut douter de l’efficacité de ce PSI issu de la pseudo-science Aum.

Au niveau intellectuel, Asahara travestissait les assassinats en actes de bienfaisance. Il parlait de poa - ce terme du bouddhisme tibétain désigne le processus de transfert de l’ « âme » d’un vivant ou d’un mort dans une Terre pure -, pour désigner l’assassinat d’une personne : reprenant une apologétique bouddhiste classique (cf. Mahaparinirvana sutra dans sa version mahayaniste « Grand véhicule »), il présentait le meurtre de la personne comme un bien pour elle (plus elle s’oppose à la vérité – d’Aum – plus elle accumule du mauvais karma qui allongera son séjour dans les enfers bouddhistes ; la tuer l’empêche de produire ce mauvais karma) et pour les autres (la personne risquait de les détourner de la seule et vraie voie de salut). Asahara allait peut-être jusqu’à considérer que la personne qui s’opposait à Aum relevait des icchantika, ces êtres dépourvus de toute racine de bien, de la nature de Bouddha, et par conséquent incapables d’atteindre l’Eveil.

Plus fondamentalement, Asahara devait considérer qu’Aum n’était pas tenu par les lois de la morale ordinaire, comme tous ceux qui ont fait l’expérience de l’Eveil. Ayant franchi le voile de l’illusion, étant passé de ce monde de vérité relative au monde de la vérité absolue, ils pouvaient commettre des actes sans conséquence karmique pour eux-mêmes – négative ou positive -, étant entendu que, par contre, tout ce qu’ils faisaient profitaient nécessairement aux êtres de ce monde ci encore dans l’illusion. Voler, mentir, tuer, devenaient des actes justes quand ils étaient effectués par Asahara ou ses « clones ».


2. Exigences financières exorbitantes.

Asahara reprenait la division bouddhiste des fidèles en deux : les sramana (skt), les « laïcs », qui contribuaient par leurs dons au mouvement, et les shukke (jap.), les « moines », « ceux qui ont quitté la famille ».

  • Ces derniers avaient liquidé tous leurs biens et les avaient donnés à Aum : rejoignant la communauté monastique d’Aum, ils travaillaient gratuitement pour Aum, recevant en échange une alimentation et un logement spartiates.
  • Quant aux laïcs, ils pouvaient acquérir des produits « spirituels » Aum moyennant finance : eau du bain d’Asahara, sang d’Asahara (censé véhiculer un ADN spécial d’après une soi-disant analyse effectuée par l’université de Kyôto).

D’après ce que nous avons entendu, Aum n’hésitait pas à faire pression – y compris par la violence – quand un membre de la famille de l’adepte s’opposait à la vente d’une maison ou d’un terrain.


3. la rupture induite avec l’environnement d’origine,


4. les atteintes à l’intégrité physique,


5. L’embrigadement des enfants

Des shukke (« moines ») emmenaient avec eux leurs enfants dans la communauté. Lors de la dissolution de la communauté monastique, ces enfants ont semble-t-il été placés dans leur grande majorité, ce qui indiquerait que l’entrée dans la communauté Aum entraînait souvent la dislocation des liens familiaux.


6. Discours plus ou moins anti-social – 7. Les troubles à l’ordre public

Aum a provoqué des coupures familiales en recrutant les adeptes. Ses attentats au gaz neurotoxique ont provoqué morts et handicapés à vie.

Plus généralement, la vision apocalyptique d’Asahara, convaincu de représenter les forces du bien – le monde spirituel – affrontant dans la bataille décisive d’Armageddon les forces du mal (le monde matérialiste) l’a amené à diaboliser tout ce qui n’était pas Aum, c’est-à-dire la société entière.
Il a attribué l’échec de sa campagne électorale à un complot de ces mêmes forces mauvaises (identifiées étrangement aux francs-maçons et aux Américains – ou aux juifs ?).
Cette vision négative et antagoniste – "eux" contre "nous" – l’a amené à chercher à fabriquer des armes traditionnelles (fusils mitrailleurs AK47) mais aussi armes ABC (atomiques, bactériologiques et chimiques). Seul son programme d’armement chimique donnera des résultats positifs.

Là encore, Asahara a présenté son programme d’armement comme un programme de défense : selon une logique étrange, il s’agissait de produire du gaz neurotoxique parce que justement on était attaqué avec du gaz neurotoxique.


8. L’importance des démêlés judiciaires

Aum a donné lieu rapidement à des controverses quand des étudiants ont renoncé à des études parfois brillantes pour rejoindre Aum. Des familles ont porté plainte contre Aum et se sont regroupées dans une association des victimes d’Aum Shinrikyô présidée par l’avocat Sakamoto Tsutsumi.
Les extorsions de biens ont aussi donné lieu à des plaintes.
Aum a eu recourt à des prête-noms pour acheter des terrains, ce qui lui a valu des condamnations.
Rappelons que 13 membres d’Aum ont été condamnés à mort dans le cadre de diverses affaires de meurtres : meurtre de la famille Sakamoto (11/1989), meurtres de 8 personnes suite à l’attaque au gaz sarin à Matsumoto (6/1994), meurtre du notaire Kariya (3/1995), meurtres de 11 personnes lors de l’attaque au gaz sarin de Tôkyô (3/1995).


9. Détournement de procédures économiques


10. Tentatives d’infiltration des pouvoirs publics [nous ajoutons aussi des media]

Aum a été prévenu de l’entretien mené par la chaîne de télévision Tokyo Broadcasting System (TBS) auprès de l’avocat Sakamoto, critique envers Aum. Aum a pu pré-visionner l’entretien et a empêché sa diffusion : on peut légitimement s’interroger sur la capacité d’Aum à peser sur la déontologie d’une chaîne de télévision nationale.

Aum a été informé par une source interne du raid imminent de la police dans ses bâtiments, ce qui a entraîné la décision dans l’urgence des attaques sur Tôkyô afin de prévenir le raid en désorganisant le pays.

On peut s’étonner de l’inertie de la police avant 1995 et l’attaque au gaz sarin de la même année. De nombreux indicateurs auraient dû alerter les policiers :

  • badge Aum trouvé dans l’habitation des Sakamoto,
  • accidents de production de gaz ayant entraîner des fuites,
  • attaque à Matsumoto.

La police a regardé ailleurs. Dans l’attaque au gaz sarin de 1994 à Matsumoto, elle a accusé à tort une des victimes, Kôno Yoshiyuki (son épouse, rendue paralysée par le gaz, est décédée en 2008). Circonstance aggravante, le nom de Kôno Yoshiyukia été donné à la presse par d’une fuite, détournant les media sur lui.
On peut aussi s’étonner qu’un mouvement religieux ait pu monter une usine de production de gaz et ensuite la faire fonctionner, sans qu’aucun fonctionnaire ne pose de question sur le matériel livré, sur les produits utilisés, sur leur quantité.

On peut avancer plusieurs réponses : la police évite de se frotter aux mouvements religieux depuis qu’elle s’est discréditée en poursuivant les mouvements religieux jugés « anti-patriotiques » jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Plus fondamentalement, le conformisme japonais (résultant peut-être du carcan du régime shogunal des Tôkugawa imposé à la société japonaise pendant plus de 250 ans) décourage l’initiative individuelle, la base attendant que l’ordre vienne d’en haut, quel qu’il soit. Dans ce contexte, ceux qui ont pressenti les discordances entre l’image officielle d’Aum comme mouvement religieux et ses activités troubles d’autre part n’ont pas tiré la sonnette d’alarme, attendant que quelqu’un d’autre le fasse (un plus gradé sans doute).

Signalons aussi la défaillance des media, déjà signalée à propos de TBS : Aum a été sollicité à plusieurs reprises sur des chaînes nationales, dans des talk shows populaires, que ce soit Asahara ou son porte-parole, le séduisant Jôyû Fumihiro.
Les média y trouvaient leur intérêt mais elles ont aussi servi l’intérêt d’Aum en le présentant comme un mouvement fréquentable et en popularisant l’image du gourou aveugle avec son côté « gros nounours » protecteur et bienveillant.
Les opposants à Aum se trouvaient face à une image médiatisée d’Aum aux antipodes de celle qu’ils dénonçaient, rendant leur tâche encore plus éprouvante.
On peut sans doute parler ici d’infiltration, sinon physique, du moins d’influence.


© esperer-isshoni.info, décembre 2015


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