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Bouddhisme populaire au Japon - La fête des défunts (obon) à la maison

vendredi 24 juillet 2015 par Phap

Table des matières

  1. L’origine de l’obon
  2. Le feu d’accueil
  3. L’autel des esprits
  4. La récitation des sutra
  5. Le cas d’un défunt dans l’année
  6. Le feu du départ

L’obon est une fête des défunts dans le bouddhisme au Japon. L’obon se déroule dans plusieurs lieux, nous en signalerons trois :

  • le temple,
  • le champ des urnes funéraires (le cimetière), qui est adjacent au temple - et
  • la maison du défunt - l’espace "privé", sachant que cet espace concerne la famille entendue dans un sens qu’il faudrait préciser : elle se structure - ou se structurait - autour du fils aîné.
    Nous voudrions nous attacher ici à la partie de l’obon dans la maison familiale [1]

Deux précisions avant d’entrer dans la description du rituel privé :

  • il convient de ne pas dresser de frontière étanche entre les lieux privés et les lieux publics : la famille fait venir un bonze représentant l’institution du temple dans l’espace privé de la maison familiale pour la lecture "officielle" des sutra ; de plus, des éléments provenant du temple peuvent intervenir dans la composition de l’autel spécial dédié à l’obon (cf. les lanternes de l’obon par exemple).
  • le rituel varie selon les régions et les écoles bouddhistes : ce qui suit représente une façon parmi d’autres de pratiquer le rituel.


1. L’origine de l’obon お盆

1. Il ne fait aucun doute que ce qu’on appelle «  ura bon e »「盂蘭盆会」 résulte de la translittération du sanskrit “urabanna”. Le sanskrit signifie : “sauver de la torture consistant à être suspendu la tête en bas ».

2. Un disciple éminent de Sakyamuni (釈迦 shaka en jap.), Maudgalyayana (目蓮 Mokuren en jap.), a aperçu, grâce à ses pouvoirs « surnaturels », sa mère souffrant dans la destinée des esprits affamés (gaki dô 餓鬼道).
L’enseignement de Sakyamuni dit que sa mère put être sauvée après qu’on eut régalé un grand nombre de moines et qu’on eut offert de larges aumônes pendant le service commémoratif (供養 kûyô).

3. En s’appuyant sur cette tradition rapportée dans le sutra de l’“urabon”, (盂蘭盆経 urabon kyô [2]) qui dit que ce jour a lieu le 15e jour du 7e mois, on offre le service commémoratif depuis le temps où on a fait entrer les esprits des ancêtres dans sa maison, jusqu’à ce qu’on les renvoie dans la terre pure du (des) Bouddha.

Signalons que l’ancien calendrier (lunaire - 旧暦 kyû reki) et le nouveau (solaire) diffèrent selon les régions, mais en beaucoup d’endroits, on pratique un retard d’un mois en fixant la fête au 15e jour du 8e mois.


2. Le feu d’accueil


4. Au début de l’obon, le soir du 13e jour, on allume le feu d’accueil (迎え火 mukae bi) pour la réception des esprits défunts des ancêtres : on brûle des baguettes empilées à la porte ou dans le couloir d’entrée.


3. L’autel des esprits

Ensuite, on installe cérémonieusement la tablette mortuaire (位牌 ihai) sur l’ « autel des esprits défunts » (精霊棚 shôryô dana) que l’on a fabriqué.

5. L’autel des esprits défunts est aussi appelé “autel des aumônes aux esprits affamés », car il ne sert pas seulement pour les ancêtres, mais il sert aussi de plateforme pour les offrandes aux esprits défunts sans personne pour les honorer.

5.b. On dispose près de l’autel ce qu’on appelle les "lanternes de l’obon" (盆提灯 bon chôchin). Elles signalent aux ancêtres l’emplacement de la maison familiale. [Dans certaines régions, on place des lanternes de couleur blanche pour le premier obon d’un défunt].
Ces "lanternes de l’obon" sont commandées au temple de la famille (菩提寺 bôdaiji  [3].

6. Après avoir posé à l’autel des légumes et des fruits sur des feuilles de lotus, on offre la décoration des sept trésors, et aussi le concombre et l’aubergine qui servent respectivement de cheval et de bœuf (pour les esprits). On exprime ainsi le souhait que l’esprit vienne vite dans ce monde-ci en montant sur le cheval, et qu’il s’en retourne lentement dans l’autre monde, monté sur le bœuf et chargé de cadeaux.

6b. Lors des offices, on offre des fleurs, de l’encens et aussi on allume des lampes. On peut offrir aussi des fruits de saison ou les plats favoris (好物 kôbutsu) du défunt. On dispose aussi un plateau à repas (霊供膳 ryôgu zen), qui est renouvelé trois fois par jour.


4. La récitation des sutra

7. C’est la coutume d’inviter un moine au milieu de l’obon, afin qu’il récite les les sutra. Comme le moine lit les sutra devant l’autel des esprits, ce dernier est encore appelé « autel des sutra » (棚経 tana kyô)


5. Le cas d’un défunt dans l’année

8. Après le 49e jour de fin du deuil (忌明け kihake), on appelle le premier obon d’accueil du nom de « nouveau obon » (新盆 niibon) ou aussi « bon de la première fois » (初盆 hatsubon).
Parce que c’est la première fois que le défunt revient à la maison après être entré dans le nirvana (成仏 jô butsu [4], on pratique cérémonieusement le rite.
Si la phase d’accueil de l’obon a lieu avant la fin du deuil, le niibon « nouveau obon » est reporté à l’année suivante.


6. Le feu du départ

9. En conclusion de l’obon, on allume à la maison le "feu d’envoi" (送り火 okuri bi) le soir du dernier jour de l’obon, afin que les esprits défunts reviennent sans difficulté vers les terres pures (浄土 jôdo) des Bouddha.


Introduction et traduction : esperer-isshoni.fr, septembre 2010 ; esperer-isshoni.info, juillet 2015

[1Nous nous appuierons sur les pages 196 à 198 du livre en japonais suivant :

目からウロコの空海と真言宗
監修 : 福田亮成(大正大学教授)
発売日 2006年1月20日
©Gakken 2006

[3Rappelons que, pendant la période Edo, sous les Tokugawa, chaque famille devait être enregistrée auprès d’un temple bouddhiste. Cette loi avait été édictée dans le cadre de l’interdiction du christianisme sur le sol japonais (référence à fournir)

[4on peut traduire par « être devenu un Bouddha » ou « reposer en paix » : nous retrouvons la tension entre le bouddhisme et le fond religieux pré-bouddhiste.


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