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Hindouisme - La non dualité Advaita selon Adi Shankara et selon Ramanuja

mercredi 4 mai 2016 par Phap

Voir aussi : Hindouisme - La "non dualité" Advaita selon Ramakrishna (1836-1886)


1§. Après le karma yoga, la discipline unitive par les actes – à entendre selon nous plutôt comme la conformation volontaire de l’individu à son svadharma [1] que comme l’action rituelle liée au souci védique de conforter le dharma, l’ordre socio-cosmique, après le bhakti yoga (discipline unitive par la bhatki, la dévotion), nous allons aborder le jnana yoga, la discipline unitive par la connaissance.

2§. Il est bien entendu que la connaissance dont il s’agit ne se limite pas à une simple appréhension intellectuelle, mais une compréhension mobilisant le tout de la personne, y compris la dimension affective et sensitive et provoquant l’union avec la chose ainsi connue.
Si régime discursif il y a, il s’efface devant la saisie directe, intuitive, de la réalité qui est alors aussi évidente qu’un fruit dans la main.

3§. Nous traiterons du jnana yoga à partir de l’advaita, de la "non dualité", développé par Adi [2] Shankara (788-820 ap. J.C.) à l’état "pur" et à l’état "mitigé" (viśiṣṭādvaita) par Ramanuja (1017-1137 ap. J.C.).

Advaita dans les Upanishads


Rappelons que l’advaita fait partie du Vedanta, l’ « aboutissement des Veda », lequel se situe du côté de la Smriti, de la tradition "mémorisée" par opposition à la tradition "révélée", "entendue" Sruti.

4§. La non-dualité trouve sans doute son origine dans les réflexions brahmaniques des Upanishads sur l’identité entre Atman et Brahman, entre "âme" et "Absolu" : Atman et Brahman sont apparemment deux réalités l’une en face de l’autre alors que fondamentalement elles forment une unité.

5§. C’est ce que ne cesse de redire Uddakala à son disciple de fils Svetaku [3] : "Tat tvam asi". Toi aussi, Atman, tu es Brahman, de la même façon que le grain de sel (analogue à l’Atman) hier individualisé et aujourd’hui dissous dans l’eau (analogue au Brahman) se retrouve partout où se trouve l’eau, coextensif à elle, indissociable d’elle et non reconnaissable dans sa forme individualisée.


Shankara (788-820 ap. J.C.)

6§. Adi Shankara soutiendra que l’identité individuelle provient d’une erreur dans l’ordre de la connaissance de l’Atman qui différencie et projette (adhyasa soit « surimpression ») des attributs illusoires sur la réalité sans attributs en réalité. Il en irait ainsi comme des yeux, trompés par la pénombre et obnubilés par la peur, qui voient un serpent menaçant là où il y a une simple corde inoffensive.

7§. L’accès à la vraie connaissance, à l’identité de l’Atman, du Soi, et du Brahman, de l’Absolu, suppose de déchirer le voile de l’illusion, de Maya, qui n’a aucune consistance propre. Il s’agira d’effacer la gangue de concrétions particularisantes du jivatman, de l’Atman qui se croit individualisé, qui dit "je" pour se situer face au monde vécu comme séparé, pour remonter à l’absolu personnifié - Ishvara , l’Absolu avec attributs saguna Brahman.

Cela suppose un geste de dévotion bhakti - en sachant que la bakhti n’est qu’une étape dans le processus de délivrance qui aboutira avec la jnana, la connaissance [4] : cette dernière permettra d’atteindre l’Absolu non personnifié, sans attributs (nirguna Brahman).


Ramanuja (1017-1137 ap. J.C.).

8§. Ramanuja, 200 ans plus tard, mitigera la non-dualité de Adi Shankara en attribuant une consistance au voile de Maya, tissé de noms et de formes nama rupa. La connaissance jnana ne déchire pas le voile, mais elle le relie à la réalité absolue dont il procède et qu’il manifeste.
Oui, Atman et Brahman sont un, mais non, la distinction entre les Atmans particularisés et le Brahman a une densité qui lui vient du Brahman lui-même et qui ne se dissoudra pas dans l’union (yoga) avec l’Absolu que Ramanuja perçoit comme personnalisé.

9§. Pour Ramanuja, l’Absolu prend un visage, il est personnifié avec des attributs qui ne sont pas provisoires et qui rendent possible une bhakti éternelle entre le dévot et sa divinité. Ramanuja fut personnellement un dévot de Vishnou et il présida aux destinées du temple dédié à la forme au repos de Vishnou (Vishnou couché sur le serpent cosmique) de Srirangam (Tamil Nadu).

10§. Si l’on veut prendre une image, on pourrait dire que Adi Shankara privilégie la disparition de la goutte d’eau dans la mer, l’eau différenciée retournant à l’eau indifférenciée dont elle est issue, tandis que Ramanuja souligne la distinction entre la goutte d’eau et la mer, comme si la mer, personnifiée, « voulait » les gouttes d’eau – étant entendu que, pour Adi Shankara comme pour Ramanuja, l’eau de la goutte et l’eau de la mer sont identiques.


© esperer-isshoni.info, juin 2016

[1"devoir d’état", lié à la naissance - homme ou femme, membre d’une des 4 "castes" et des nombreuses jati

[2Adi au sens où il est le premier d’une lignée de maîtres acaryas du même nom

[3dans la Chandogya Upanishad

[4Adi Shankara ne semble pas rejeter la bhakti si l’on en croit l’hymne Bhaja Govindam à Vishnou qui lui est attribué. Notons cependant que la majorité des strophes sont un appel au renoncement plus qu’une louange de Vishnou, autrement dit la composante sapientielle jnana l’emporte sur la composante dévotionnelle bhakti


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