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Hindouisme - La triade Tri murti Brahma - Vishnou - Shiva

lundi 11 décembre 2017 par Phap

Table des matières


1§ L’Absolu dans l’hindouisme est désigné comme Brahman [1], avec attribut (saguna Brahman) ou sans attribut (nirguna Brahman) selon qu’il est considéré en soi comme absolu, c’est-à-dire au delà de toute détermination, de toute qualification, ou comme relatif, c’est-à-dire qualifiable, nommable.
Cette double détermination de l’Absolu traduit le paradoxe qu’on ne peut dire l’Absolu et que pourtant on le dit.

2§ Une des figures du saguna Brahman est celle de la Tri murti, de la « forme triple ».

Divinité Fonction Parèdre
shakti
Attributs Monture
Brahma Crée Saravasti Rouge – 4 têtes – livre (4 véda) Hamsa, cygne /oie
Vishnou Maintient, préserve Lakshmi, déesse de la fortune Peau bleue –conque, massue, lotus Garuda, l’aigle
Shiva Détruit (pour créer) Parvati Gris de cendre – 3e œil -Lingam (pierre dressée, symbole phallique) – peau de tigre – Gange sortant du chignon – associé au mont Kailash Nandi, le taureau

3§ La Tri murti, outre sa représentation anthropomorphique visuelle, se retrouve incluse dans l’analyse de la syllabe gemme Om [2].
Rappelons que, dans l’hindouisme, la syllabe OM ॐ n’est pas un son conventionnel défini par l’homme, mais bien le son primordial qui préside à la création du monde, première manifestation du Brahman saguna -सगुण-ब्राह्मण, l’Absolu avec attribut :

LettreDivinitéÉtat mentalOrgane du corpsÉlément
A Brahma Conscience de veille Naît de la gorge Terre
U Vishnou Conscience de rêve Roule sur la langue Atmosphère (intermédiaire entre Ciel et Terre)
M Shiva Conscience profonde S’achève sur les lèvres Ciel

4§ La présence de la Trimurti semble faire de l’hindouisme un polythéisme avec trois divinités principales. Cette interprétation ne tient pas si l’on considère que chacune des divinités constitue une modalité particulière de l’Absolu sans attribut, du Nirguna Brahman qui se manifesterait sous trois formes subordonnées et sans existence propre.

5§ Faire de l’hindouisme un monothéisme ne tient pas non plus, dans la mesure où la différence entre l’Absolu sans attribut d’une part, l’Absolu avec attribut et plus généralement l’ensemble des choses avec nom et forme (nama rupa) s’efface dans la non-dualité : il n’y a pas en vérité de différence ontologique entre le Brahman et l’Atman, selon l’adage : « Tat tvam asi  » (« toi aussi tu es cela »). L’Absolu en hindouisme ne joue pas par rapport au relatif comme le Tout autre des régimes monothéistes qui ressort de l’ordre incréé, lui et lui seul (monos) à l’exception de tout le créé.

6§ Plutôt qu’un monothéisme, nous aurions tendance à voir dans l’hindouisme, dans sa grande plasticité, un « monisme » [3], au sens où l’Absolu prend la figure de l’Unique (monos), diffractable par émanation dans le multiple.


1. À propos de Brahma

7§ Brahma fait l’objet d’une dévotion limitée, rares sont les temples qui lui sont dédiés . De fait, les vishnouistes et les shivaïstes le subordonnent à leur divinité de prédilection, comme nous allons le voir.


8§ Dans la cosmologie indienne, l’univers apparaît puis se dissout (pralaya) dans l’océan primordial, la dissolution survenant à chaque fin de kalpa (4, 32 milliards d’années d’après le Vishnou purana [4], soit un jour de Brahma ou mille mahayugas) et à chaque fin de vie de Brahma (100 ans, chaque année étant composée de 360 jours – et nuits - de Brahma soit en tout 2*100*360*4,32 = 311 040 milliards d’années) [5].
Vishnou plongé dans le sommeil profond repose alors sur le serpent Ananta (ou Shesha) pendant un autre kalpa, une « nuit de Brahma ». De son nombril sort un lotus avec à l’intérieur Brahma qui pourra ainsi récréer l’univers.

9§ Dans ce récit à la gloire de Vishnou, Brahma apparaît comme le second de Vishnou : Vishnou qui rend possible la fonction créatrice de Brahma en le préservant de la dissolution.


2. À propos de Vishnou

10§ Les dévots bhakta de Vishnou se reconnaissent au « signe vertical » Urdhva pundra, sous forme de U avec à l’intérieur un ou plusieurs points, ou une barre. Ce signe est généralement porté sur le front. Les variantes correspondent à des écoles sampradaya vishnouistes différentes.

11§ La fonction de préservation de Vishnou l’amène à descendre sur terre pour rétablir l’ordre, le Dharma, menacé par les démons. Le Vishnou Purana dénombre 10 « avatars », dashavata « dix descentes » de Vishnou :

Âge (yuga) [6] Avatars
Satya yuga 1. Matsya : poisson qui sauve Manu du déluge
2. Kurma : tortue qui suporte l’axe à barater
3. Varaha : sanglier qui tire la déesse Terre de l’eau
4. Narasimha : mi-homme, mi-lion qui tue un démon protégé par une bénédiction de Brahma
Treta yuga 5. Vamana le nain : par ruse, il reprend la possession de l’univers
6. Parasurama Rama à la hache rétablit les brahmanes au dessus de la caste des guerriers ksatrya
7. Rama : son histoire est racontée dans l’épopée du Ramayana
Dwapara yuga 8. Krishna :
9. Bouddha :
Kali Yuga 10. Kalki : il détruit l’injustice et le mal à la fin du cycle des quatre yugas. Il est monté sur un cheval blanc.


3. À propos de Shiva

12§ Les dévots bhakta de Shiva se reconnaissent au « triple signe » Tri pundra, sous forme de trois bandes horizontales, plates ou recourbées, ou sous la forme d’un croissant de lune avec un point (le troisième œil) au centre.
Ce signe est généralement porté sur le front. Les variantes correspondent sans doute à des écoles sampradaya shivaistes différentes.

13§ Une représentation fameuse de Shiva est celle de Shiva Nataraja, Shiva « roi de la danse ». Sa danse rythme le cycle cosmique de création et destruction symbolisé par le cercle de flammes qui l’entoure.

  • Il écrase de son pied droit le démon Apasmara (l’ignorance),
  • tandis que la main inférieure gauche désigne son pied gauche, ce qui symboliserait la grâce spirituelle et l’accomplissement obtenus par la méditation et la maîtrise des désirs à l’adoration de ses fidèles.
  • La main supérieure gauche tient le feu agni (de la destruction des choses créées par le son du tambour),
  • la main supérieure droite tient un tambour (damaru) qui bat la mesure du temps de la création,
  • la main inférieure droite, la paume levée vers l’extérieur, fait le signe de la protection (absence de crainte, « abhaya mudra ») [7]

14§ Sous cette forme, Shiva apparaît comme celui qui actionne le cycle de création (tambour) et de destruction (feu) de l’univers.
Cette dimension cosmique est combinée avec une dimension inter-personnelle : Shiva est aussi celui qui maîtrise personnellement l’ignorance (démon nain écrasé) et qui fait bénéficier ses dévots de cette maîtrise indispensable à la libération.

15§ On voit que là encore, Brahma est supplanté dans la mesure où Shiva assume la fonction créatrice assignée à Brahma. Un autre récit va dans le sens de la suprématie de Shiva non seulement sur Brahma, mais aussi sur Vishnou : la légende de « l’émergence du Linga » (Lingodbhava dans le Linga purana) raconte que Brahma et Vishnou se disputaient pour savoir qui était le plus grand.

  • Leur dispute risquant de mal tourner, les autres divinités demandèrent à Shiva d’intervenir : une immense colonne de feu apparut au milieu des protagonistes : Vishnou décida d’atteindre la base de la colonne et se mit à creuser sous la forme d’un sanglier (cf. 3e avatar) ; Brahma quant à lui monta sur son cygne Hamsa et entreprit d’en atteindre le sommet.
  • Aucun des deux ne put atteindre son but, et ils se retrouvèrent au pied de la colonne.
  • Brahma refusa d’avouer son échec, au contraire, il prit à témoin une fleur (Ketaki) qui était tombée du sommet de la colonne et celle-ci mentit en disant que Brahma l’avait cueillie sur le sommet.
  • À ce moment-là, la colonne de feu se fendit en deux, laissant apparaître Shiva qui maudit Brahma et la fleur : Brahma n’aura que peu de dévots, tandis que la fleur Ketaki sera interdite comme offrande à Shiva.

16§ La légende dit la prééminence de Shiva sur Vishnou et Brahma.
Par ailleurs, la colonne cosmique dont ni le fond ni le sommet ne peuvent être atteints dit symboliquement que Shiva est sans commencement ni fin.

17§ Le linga (la colonne) est une représentation non anthropomorphique de Shiva. Une interprétation courante y voit un symbole phallique, la base yoni dans lequel est insérée le linga étant interprétée comme l’organe féminin de la vulve.


© esperer-isshoni.info, mai 2015

[1rappelons la différence entre :

  • Brahma : l’une des trois divinités, tri murti, avec Shiva et Vishnu
  • Brahman  : l’Absolu
  • brahmane : la caste des prêtres, une des quatre castes de l’ordre socio-cosmique

[2Les articles sur Internet attribuent massivement l’inclusion de la Trimurti dans la syllabe OM à la Māṇḍūkya Upaniṣad, rattachée à l’Atharva veda.
Or cela n’a rien d’évident quand on lit cette courte upanishad – voir sur http://www.upanishad.org/mandukya.htm ou http://www.universaltheosophy.com/sacred-texts/mandukya-upanishad/ – effet « boule de neige d’Internet ?

[3Nous aurions préféré le mot « hénothéisme », mais il est déjà utilisé dans un autre sens

[4Pour situer les Purana dans la tradition hindoue, voir Généralités

[5Les dissolutions ne surviennent pas à la fin d’un cycle de 4 yugas car Vishnou survient sous la forme de l’avatar Kalki avec son cheval blanc – voir plus bas, à propos de Vishnou


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