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Hindouisme - Généralités

jeudi 7 mai 2015 par Phap

1§ L’hindouisme est contemporain du bouddhisme. Né sur le même sol que lui, dans un même contexte de recherche de libération du Samsara, du cycle circulaire de vies et mort, il apporte une réponse orthodoxe, au sens où l’hindouisme, à la différence du bouddhisme, se veut en continuité avec :

  • la tradition védique axée sur le sacrifice rituel dont la problématique est surtout le maintien de l’ordre socio-cosmique (le Dharma) et
  • la tradition brahmanique qui réfléchit sur les âmes individualisées (atman) et de leur horizon, le Brahman [1], l’Absolu, tradition dont la problématique, transcrite dans les Upanishads, est celle de la libération (mukti)

2§ L’arbre généalogique proposé est le suivant : le védisme, puis le brahmanisme, puis l’hindouisme.

3§ Orthodoxe à la différence du bouddhisme [2], l’hindouisme est aussi ethno-centré, dans la mesure où il s’appuie sur quatre marqueurs identitaires d’ordre ethnique :

  1. une géographie sacrée, l’Inde, le « pays de Marat », une terre et des fleuves sacrés
  2. une langue sacrée, le sanskrit,
  3. des textes sacrés, les Veda [3]
  4. une organisation sociale sacrée, les quatre varna, les quatre « castes »

L’hindou est normalement celui qui est né sur cette terre sacrée à l’intérieur d’une « caste », fait des ablutions dans les fleuves sacrés et reçoit comme sacrés les Veda et la langue sanskrite.

4§ Le bouddhisme s’est éteint en Inde au point de devenir marginal après 1 500 ans de relative prospérité, mais il a essaimé dans l’Asie indianisée du Sud (Sri Kanka, Myanmar, Thaïlande et Laos, Cambodge, Insulinde qui a été bouddhiste et hindoue avant devenir musulmane) et en Asie sinisée (Chine, Vietnam, Corée, Japon). Il s’est acclimaté dans les cultures qu’il a rencontrées, donnant même naissance à des écoles originales comme le Chan en Chine, Nichiren au Japon, qui n’existaient pas en Inde. À ce titre, il peut être présenté comme une religion universaliste, dégagée d’une appartenance ethnique exclusive.

5§ L’hindouisme distingue deux catégories de textes : les textes révélés de la Sruti, qui résultent de l’audition par les voyants, les rishi des temps mythiques, du message de l’Absolu, et les textes issus de la tradition humaine, Smrti.
À ces deux catégories de textes, écrits en sanskrit sacré, s’ajoutent les textes écrits en langue vernaculaire de bhakti, d’ « adoration », envers les divinités, Vishnu ou Shiva.

6§ il faut mentionner l’ambivalence du texte de la Bhagavad Gita, « le chant du Bienheureux », qui fait partie à la fois de la Smrti en tant que chapitre de l’épopée du Mahabharata et de la Sruti en tant que texte indépendant.

7§ Les Veda comportent 4 grandes collections, chacune étant spécialisée dans un type d’action rituelle. Chaque collection donne lieu à des Brahmans, des Aryanakas et des Upanishads qui lui sont rattachées.

8§ On trouve dans le Rig veda le fondement sacralisé de l’organisation de la société en 4 varna, 4 castes.

  • Précisons que les « hors castes », les intouchables sont par définition en dehors de ces 4 castes.
  • Les shudra, les serviteurs, n’ont pas le droit d’entendre ou de lire les Veda. Les brahmanes doivent les apprendre par cœur et les enseigner.
  • seules les 3 premières castes sont des deux fois nés (djiva), la deuxième naissance ayant lieu lors de l’initiation aux Veda. Le garçon reçoit alors le cordon Yajnopavita

9§ Comme exemple de rattachement, citons l’Upanishad de Shvetashvatata rattachée au Yajur Veda.

En faisant de son corps le bois du dessous et la syllabe Om le bois supérieur, par le perçage de la méditation, on percevra le divin lumineux comme on perçoit l’étincelle cachée dans le bois [4].

Le texte dit une intériorisation d’un rituel d’allumage du feu, le corps devenant le support matériel passif, la syllabe sacrée Om le support matériel actif, l’action de frottement devenant l’exercice de méditation, et le feu extérieur devenant la divinité lumineuse.

10§ Une autre Upanishad, la Chandogya Upanishad, rattachée au Sama Veda, développe la relation entre l’atman et le Brahman à travers le dialogue du fils, Śvetaketu, à son père Uddalaka, dialogue invariablement conclu par « tat tvam asi », « cela – toi – tu es » soit en français : « cela, tu l’es aussi ».

« Mets du sel dans l’eau et reviens me voir demain matin ».
Ainsi fit le fils selon ce qui lui avait été dit.
Le père lui dit : « Mon fils, apporte moi le sel que tu as mis dans l’eau la nuit dernière ».
Le fils y alla, mais il ne put trouver le sel qui s’était complètement dissous dans l’eau.
Le père dit : « Mon fils, prends une gorgée de l’eau à la surface. Comment est-elle ? »
« Elle est salée ».
« Prends en une gorgée au milieu. Comment est-elle ? »
« Elle est salée ».
« Prends en une gorgée au fond. Comment est-elle ? »
« Elle est salée »
« Jette-la et reviens ».
Ainsi fit le fils, en disant : « elle était salée tout le temps ».
Alors le père dit : « Mon cher, il en va de même pour ce corps dans lequel tu ne perçois pas l’être (sat), mais en fait il est là ».
« Donc ceci est l’essence subtile – c’est en elle que tout ce qui existe est doté d’un soi. Tel est le Vrai. Tel est le Soi Atman. Cela, tu l’es, Svetaku ».
« Je vous en prie, vénérable maître, enseignez-moi encore », dit le fils.
« Qu’il en soit ainsi », dit le père.

Chandogya upanishad VI, 13 [5]

11§ Les lois de Manu relèvent du dharmasastra, du traité de la Loi, dans la catégorie des textes de tradition humaine, smrti. On y trouve en particulier la théorie des quatre âges de la vie du brahmane.

12§ L’hindouisme considèrera que la libération s’obtient selon une des trois voies suivantes :

  1. voie de la connaissance, jnana marga, qu’on retrouvera dans les Vedanta où il s’agit d’atteindre une connaissance intuitive de la réalité
  2. voie de l’action, karma marga, qui, selon nous, s’entend comme l’action rituelle mais aussi comme l’action accomplie par fidélité au sva dharma, au « devoir d’état » et dans l’oubli de son intérêt propre
  3. la voie de la dévotion, bhatki marga, qui exprime l’attachement du dévot, du bhakta à sa divinité d’élection, attachement qui amène la divinité à le libérer.

La dernière voie, celle de la dévotion, est la plus populaire, nous semble-t-il.


© esperer-isshoni.info, mai 2015

[1rappelons la différence entre :

  1. Brahma : l’une des trois divinités, tri murti, avec Shiva et Vishnu
  2. Brahman : l’Absolu
  3. brahmane : la caste des prêtres, une des quatre castes de l’ordre socio-cosmique

[2exemples d’hétérodoxie bouddhiste : le bouddhisme nie l’existence en soi des âmes : an atman. Il considère que les deva, les divinités, sont elles aussi soumises au samsara, qu’elles naissent et meurent

[3rappelons qu’ils ont été transmis par oral, l’écriture étant attestée en Inde relativement récemment, environ 3 siècles avant J.C.

[4(1,14). Notre traduction. Il s’agit d’une analogie avec l’allumage du feu en frottant un bois dur contre un bois tendre.
Voir aussi 12 Upansihads p.67


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