Esperer-isshoni.info

Vatican 2 - des cartographies de l’espace inter-religieux centrées sur l’Église

mardi 12 septembre 2017 par Phap

Table des matières

A – Des cartographies successives

  1. 1962 : le discours d’ouverture du pape Jean XXIII
  2. 1964 : la première encyclique du pape Paul VI
  3. 1964 : La constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II
  4. 1965 : La déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes du Concile Vatican II

B – Deux commentaires personnels

  1. Le positionnement instable de la religion juive.
  2. Ecclésiocentrisme ou christocentrisme ? « Hors de l’Église, point de salut » ?

1. Nous présentons ici la façon dont l’Église catholique représente le monde des religions sous forme spatiale [1].

2. Selon notre thèse, il s’agit d’une représentation en cercles concentriques, centrés sur l’Église catholique.

3. Nous relèverons deux lieux de tension dans cette cartographie concentrique :

  1. Le positionnement de la religion juive : les relations avec elle ressortent-elles du dialogue inter-religieux ou du dialogue inter-confessionnel (appelé aussi dialogue œcuménique) ?
  2. L’écclésiocentrisme de cette cartographie évoque une autre cartographie, politique celle-là, celle des empires coloniaux des XIX et XX e siècles (la métropole au centre, les colonies autour, avec l’idéologie sous-jacente de la supériorité du modèle culturel occidental sur les autres modèles, perçus comme « arriérés » et condamnés par le « progrès »). La cartographie ecclésiocentrée doit alors prendre en compte le soupçon d’ « impérialisme » nourri par cet écho provenant du registre politique [2]

4. Nous procèderons en deux temps :

  • Nous établirons la cartographie dessinée par le Magistère à partir de documents du Magistère romain.
  • Cette cartographie étant établie, nous verrons comment s’exercent les deux tensions mentionnées précédemment.


A – des cartographies successives.


A.1) 1962 : le discours d’ouverture du pape Jean XXIII

5. La première carte rend compte du discours d’ouverture du pape Jean XXIII au Concile Vatican II le 11 octobre 1962 :

« En effet, à bien considérer cette unité que Jésus-Christ a implorée pour son Église, on voit qu’elle resplendit d’une triple lumière céleste et bienfaisante :

  1. l’unité des catholiques entre eux, qui doit rester extrêmement ferme et exemplaire ;
  2. l’unité de prières et de vœux ardents qui traduisent l’aspiration des chrétiens séparés du Siège apostolique à être réunis avec nous ;
  3. l’unité enfin d’estime et de respect à l’égard de l’Église catholique manifestée par ceux qui professent diverses formes de religion encore non chrétiennes. [3] »


6. Il nous semble que la carte est centrée sur l’Église catholique :

  • Le mouvement proposé part de l’Église catholique, puis atteint les « chrétiens séparés » et les adeptes de « formes de religion encore non chrétiennes ».
  • Il s’agit pour les « chrétiens séparés » de se réunir à l’Église catholique.
  • Les diverses formes de religion sont appelées à devenir chrétiennes, si l’on comprend bien le « encore non chrétiennes ».

7. L’idée est ici celle d’une unité qui va advenir en histoire, unité à laquelle participent les « chrétiens séparés » et les non-chrétiens, dans la mesure où ils sont rapportés à l’Église catholique par l’aspiration à se réunir avec elle (« chrétiens séparés ») ou l’estime et le respect envers elle (pour les non- chrétiens).

8. Notons que Jean XXIII exhorte à l’unité à l’intérieur de l’Église catholique : sans doute a-t-il mesuré la réticence d’une partie de l’Église catholique à réunir le concile.
Par ailleurs, Jean XXIII attribue une origine « céleste » à l’unité déclinée sous ses trois aspects : autrement dit,

  • négativement, il ne dit pas que seule l’Église catholique bénéficie de cette lumière, ou qu’elle en serait l’origine.
  • Positivement, il dit que les « chrétiens séparés » et les non-chrétiens professant une religion en bénéficient.


A.2) 1964 : la première encyclique du pape Paul VI

9. Citons l’encyclique du 6 août 1964 de Paul VI.

100 Il pourra sembler, qu’en parlant de la sorte, Nous Nous laissons emporter par l’enthousiasme de notre mission et fermons les yeux sur le point où l’humanité en est réellement par rapport à l’Église catholique. Ce n’est pas le cas ; Nous voyons très bien la situation concrète, et pour donner une idée sommaire des différentes positions, Nous croyons pouvoir les distribuer comme en autant de cercles concentriques autour du centre où la main de Dieu Nous a placé.
101 - Il y a un premier, un immense cercle ; nous n’arrivons pas à en voir les bords qui se confondent avec l’horizon ; son aire couvre l’humanité comme telle, le monde. Nous mesurons la distance qui le tient loin de nous, mais nous ne le sentons pas étranger. Tout ce qui est humain nous regarde. (..).

111 - Puis, autour de nous nous voyons se dessiner un autre cercle immense, lui aussi, mais moins éloigné de nous : c’est avant tout celui des hommes qui adorent le Dieu unique et souverain, celui que nous adorons nous aussi ; Nous faisons allusion aux fils, dignes de Notre affectueux respect, du peuple hébreu, fidèles à la religion que Nous nommons de l’Ancien Testament ;
puis aux adorateurs de Dieu selon la conception de la religion monothéiste - musulmane en particulier - qui méritent admiration pour ce qu’il y a de vrai et de bon dans leur culte de Dieu ; et puis encore aux fidèles des grandes religions afro-asiatiques.
Nous ne pouvons évidemment partager ces différentes expressions religieuses, ni ne pouvons demeurer indifférent, comme si elles s’équivalaient toutes, chacune à sa manière, et comme si elles dispensaient leurs fidèles de chercher si Dieu lui-même n’a pas révélé la forme exempte d’erreur modum ab omni errore immunem, parfaite et définitive, sous laquelle il veut être connu, aimé et servi ; au contraire, par devoir de loyauté, nous devons manifester notre conviction que la vraie religion est unique et que c’est la religion chrétienne, et nourrir l’espoir de la voir reconnue comme telle par tous ceux qui cherchent et adorent Dieu. »

112 - Mais nous ne voulons pas refuser de reconnaître avec respect les valeurs spirituelles et morales des différentes confessions religieuses non chrétiennes ; nous voulons avec elles promouvoir et défendre les idéaux que nous pouvons avoir en commun dans le domaine de la liberté religieuse, de la fraternité humaine, de la sainte culture, de la bienfaisance sociale et de l’ordre civil. Au sujet de ces idéaux communs, un dialogue de notre part est possible et nous ne manquerons pas de l’offrir là où, dans un respect réciproque et loyal, il sera accepté avec bienveillance.

113 Et voici le cercle du monde le plus voisin de Nous, celui qui s’appelle chrétien. Dans ce domaine, le dialogue - qui a pris le nom d’œcuménique, est déjà ouvert ; dans certains secteurs, il est déjà entré dans un développement positif (…)


10. Paul VI dessine explicitement une cartographie concentrique.

  • Il distingue entre les non-croyants et les adeptes d’une religion ;
  • à l’intérieur des adeptes d’une religion, il distingue la religion « que Nous nommons de l’Ancien Testament », - autrement dit il rappelle que cette appellation n’est pas reçue par les juifs –
  • puis il cite la religion monothéiste en distinguant la religion musulmane
  • et enfin il mentionne dans une étiquette commune les « grandes religions afro-asiatiques ».

11. Paul VI fait jouer ici un concept nouveau, celui de « dialogue », qu’il fait jouer dans une dimension horizontale : l’Église catholique qui prend langue avec tous les hommes – mais toujours en maintenant une dimension verticale : l’inspirateur du dialogue s’ente en Dieu [4]


A.3) 1964 : La constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II

12. Citons la constitution dogmatique « Lumen gentium  », promulguée le 21 novembre 1964.

14. Sont pleinement incorporés à la communauté ecclésiale ceux qui, possédant l’Esprit du Christ, acceptent toute son économie et tous les moyens de salut établis en elle et sont, par les liens de la profession de foi, des sacrements, de la direction et de la communion ecclésiastiques, unis dans ce même ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la régit par le souverain Pontife et les évêques. (…)

15. Avec ceux qui, baptisés, s’honorent du nom de chrétiens, mais ne professent pas intégralement la foi ou ne conservent pas l’unité de la communion avec le successeur de Pierre, l’Église se sait unie par de multiples rapports.(…) . Et pour obtenir cette unité la Mère Église ne cesse de prier, d’espérer et d’agir. Elle exhorte ses fils à se purifier et à se renouveler, afin que l’image du Christ resplendisse, plus nette, sur le visage de l’Église.

16. Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu et, en premier lieu, ce peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair [5], peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel [6].
Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour.
Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses [7], et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut [8].
En effet ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Evangile du Christ et son Église et cependant cherchent Dieu d’un coeur sincère et qui, sous l’influence de la grâce, s’efforcent d’accomplir dans leurs actes sa volonté qu’ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel [9].
Et la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires au salut à ceux qui ne sont pas encore parvenus, sans qu’il y ait de leur faute, à la connaissance claire de Dieu et s’efforcent, avec l’aide de la grâce divine, de mener une vie droite. En effet, tout ce que l’on trouve chez eux de bon et de vrai, l’Église le considère comme un terrain propice praeparatio evangelica à l’Évangile [10] et un don de Celui qui éclaire tout homme, pour qu’il obtienne finalement la vie.
Mais bien souvent les hommes, trompés par le Malin, se sont abandonnés à la vanité de leurs pensées et ont échangé la vérité divine pour le mensonge, en servant la créature à la place du Créateur (cf. Rom. 1, 21 et 25). Ou encore, en vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils s’exposent au plus grand désespoir


13. La constitution dogmatique distingue entre chrétiens et non-chrétiens :

  • les premiers font partie de la « communauté ecclésiale », soit pleinement, soit partiellement, selon qu’ils appartiennent ou non à l’Église catholique [ces propositions doivent s’entendre de droit, mais non de fait : l’incorporation au Corps du Christ suppose un assentiment personnel du croyant (de la croyante) pour que la possibilité devienne réalité – se reporter au texte de l’encyclique pour la citation complète]
  • les seconds sont « ordonnés », dans la mesure où ils n’ont pas « encore » reçu l’Évangile. Nous retrouvons la note selon laquelle l’histoire va dans le sens d’une unification de l’humanité dans le régime chrétien.

14. Le cercle des non-chrétiens comprend d’abord le peuple des « alliances » et des « promesses ».
On trouve ici pour la première fois l’idée, tirée de la lettre de Paul aux Romains, que les dons de Dieu sont « sans repentance », autrement dit ce que les chrétiens désignent comme l’Ancienne Alliance reste active et efficace dans la mesure où Dieu est fidèle et qu’il ne reprend pas ce qu’il a donné .
Par ailleurs, la constitution conjugue au présent l’amour de Dieu pour ce peuple : il sape ainsi à la base l’idée d’un peuple qui serait maudit de Dieu.

15. Ce cercle comprend ensuite les musulmans, « professant avoir la foi d’Abraham » : ici, le Concile ne prend pas position par rapport à la question de la filiation à Ismaël, et donc du rapport entre la Bible et le Coran comme écrits révélés, tout en rappelant la commune référence au patriarche Abraham.
La constitution reprend les noms de Dieu chers aux musulmans (« unique, miséricordieux »), ainsi que les attributs de « créateur » et de rétributeur (au « dernier jour »).

16. Enfin, le cercle des non-chrétiens embrasse sans préciser les adeptes des autres religions. On peut se demander si les non-croyants et les athées y figurent ou non, puisque le point commun de ce dernier cercle est la non-(re)connaissance du Dieu créateur.

17. Signalons la note négative en conclusion du n°16 : si la constitution reconnaît que des éléments de « bon » et de « vrai » se trouvent dans les religions, elle ne dit pas que toute religion, de soi, en contiendrait nécessairement.
Au contraire, semble-t-elle-dire, ces éléments de « préparation évangélique » apparaissent comme peu fréquents et exceptionnels, si l’on en croit la constitution qui décrit un homme « souvent » trompé par le démon, et tenté par l’idolâtrie (servir la créature au lieu du créateur) quand il croit, et par le désespoir blasphémateur quand il ne croit pas.


A.4) 1965 : La déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes du Concile Vatican II

18.Citons la déclaration « Nostra Aetate », promulguée le 28/10/1965.

2. Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore du Père. Cette sensibilité et cette connaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux.

Quant aux religions liées au progrès de ta culture, elles s’efforcent de répondre aux mêmes questions par des notions plus affinées et par un langage plus élaboré.
Ainsi, dans l’hindouisme, (…) Dans le bouddhisme, selon ses formes variées, (…)
De même aussi, les autres religions qu’on trouve de par le monde s’efforcent d’aller au-devant, de façons diverses, de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés.
L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions.
Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes.
Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est " la voie, la vérité et la vie " (Jean 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses (..).

3. L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre (5), qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers.
Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.
Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.

4. Scrutant le mystère de l’Église, le Concile rappelle te lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham
L’Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, dans les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude.
C’est pourquoi l’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils.
L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même des deux a fait un seul.
L’Église a toujours devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul sur ceux de sa race "à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ" (Romains, 9, 4-5), le fils de la Vierge Marie. Elle rappelle aussi que les apôtres, fondements et colonnes de l’Église, sont nés du peuple juif, ainsi qu’un grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Evangile du Christ.
Au témoignage de l’Ecriture sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée ; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Evangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion. Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance. Avec les prophètes et le même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et "le serviront sous un même joug" (Sophonie, 3, 9) (12).

.

19. La déclaration Nostra Aetate affine la présentation en cercles concentriques, en précisant deux grandes traditions religieuses, à savoir l’hindouisme et le bouddhisme [11].

20. Plus généralement, il faut noter l’objectivité avec laquelle les traditions religieuses sont présentées : il nous semble qu’un musulman, un bouddhiste pourrait reconnaître et signer la description qui est faite de leur tradition religieuse.

21.Par ailleurs, la valorisation des autres traditions religieuses est plus généreuse que dans Lumen Gentium. La constitution dogmatique insistait sur le fait que l’homme « souvent » était trompé par le démon ; la déclaration va dans l’autre sens, en disant que l’on trouve « souvent » un rayon de la lumière qui illumine tout homme.

22. Ici, la position de la religion juive change radicalement de statut ; certes, elle vient encore une fois juste après les confessions chrétiennes non catholiques, mais ici, elle est présentée comme constitutivement liée à l’Église catholique et chrétienne plus généralement. Ici en effet, c’est en regardant en elle-même que l’Église trouve à dire sa religion avec la religion juive, alors que jusqu’à présent elle tournait ses regards vers l’extérieur pour regarder les religions traditionnelles, l’hindouisme et le bouddhisme et l’Islam.

23. La déclaration qualifie le lien qui unit l’Église à la religion juive de « spirituel » : il ne s’agit pas d’un lien ethnique, culturel, social, mais d’un lien « surnaturel », animé par une force venant d’en haut, l’Esprit. Là encore, il n’est pas question de politique, mais de religion.

24. Par ailleurs, la religion musulmane devient un cercle à part entière. Nous avons rendu compte de ces déplacement dans la cartographie proposée par Nostra Aetate : la religion juive passe de la couleur bleue à la couleur jaune, tandis que la religion musulmane est rendue par un cercle vert à part.
Signalons enfin la disparition du cercle grisé correspondant aux non-croyants ( les agnostiques et les athés). La déclaration Nostra Aetate porte en effet sur les relations avec les religions, dont l’athéisme et l’agnosticisme refusent de relever.


B – Deux remarques personnelles


B.1. Le positionnement instable de la religion juive.

25. La cartographie ainsi née pendant le Concile se traduit dans l’organigramme de la Curie : dans la période autour du Concile Vatican II, Jean XXIII puis Paul VI vont créer les organes curiaux correspondant :

  • le Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens [12], créé en 1960 par le pape Jean XXIII, sous la présidence du Cardinal Augustin Bea, et intégré aux commissions conciliaires de Vatican II par Jean XXIII
  • le Secrétariat pour les non-chrétiens, créé en 1964 [13] ;
  • le Secrétariat pour les non-croyants, créé en 1965 [14]

N.B. : Les deux derniers secrétariats ne seront pas intégrés aux commissions conciliaires de Vatican II.

26. On aurait pu penser que le Secrétariat pour les non-chrétiens aurait eu à gérer les relations avec le judaïsme. Les trois premières cartographies (discours d’ouverture, Ecclesiam Suam, Lumen Gentium) allaient dans ce sens.
Or l’organigramme de la Curie situe le dialogue avec la religion juive à l’intérieur du Secrétariat pour l’unité des chrétiens, comme le montre le rattachement de la Commission pour les Relations religieuses [15] de l’Église catholique avec le judaïsme, à ce dernier, en 1974.

27. Mais alors, pourquoi les relations religieuses avec le judaïsme figurent-elles dans la déclaration Nostra Aetate consacrée aux religions non chrétiennes ? Ne devaient-elles pas plutôt figurer dans le décret sur l’œcuménisme, Unitatis redintegratio ?

28. On peut avancer une raison conjoncturelle : on sait que les deux premières versions de Nostra Aetate devaient figurer dans le décret sur l’œcuménisme, mais que, contre toute attente, les pères conciliaires ont tenu à étendre un texte prévu au départ uniquement pour le judaïsme à l’ensemble des religions [cf. notre cours sur Nostra Aetate].

Rappelons par ailleurs que Jean XXIII avait confié le projet De Judaeis (sur les juifs) au Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens et à son président, le cardinal Bea, qui l’a porté jusqu’au bout, le Conseil pour les non-chrétiens, créé plus tard, n’ayant pas été habilité à participer au Concile.

29. Plus fondamentalement, il s’agissait pour le Magistère de marquer la rupture avec les religions qui ne recevaient pas la révélation biblique articulée à partir de ce que le christianisme appelle l’Ancien Testament.

Selon nous, l’Église entend ainsi valoriser l’événement positif [16] de l’intervention du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob dans l’histoire des hommes à travers, dans et sous l’histoire d’alliance avec un peuple particulier, le peuple juif [17].

Cette valorisation fait sens dans la mesure où le christianisme entend se situer comme l’accomplissement de cette révélation positive : le fondateur du christianisme était né juif, de tradition religieuse juive, et il identifiait celui qu’il appelait son « Père » à celui que le peuple juif appelait « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ».

30.Il nous semble pertinent de citer ici un extrait du discours du pape Jean-Paul II au symposium sur les « racines de l’antijudaïsme en milieu chrétien » du 31/10/1997
 [18].

3. À l’origine de ce petit peuple situé entre de grands empires de religion païenne qui l’emportent sur lui par l’éclat de leur culture, il y a le fait de l’élection divine. Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Son existence n’est donc pas un pur fait de nature ni de culture, au sens où par la culture l’homme déploie les ressources de sa propre nature. Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère envers et contre tout du fait qu’il est le peuple de l’Alliance et que, malgré les infidélités des hommes, le Seigneur est fidèle à son Alliance.

Ignorer cette donnée première, c’est s’engager sur la voie d’un marcionisme contre lequel l’Église avait réagi aussitôt avec vigueur, dans la conscience de son lien vital avec l’Ancien Testament, sans lequel le Nouveau Testament lui-même est vidé de son sens, Les Écritures sont inséparables du peuple et de son histoire, laquelle conduit au Christ, Messie promis et attendu, Fils de Dieu fait homme.
L’Église ne cesse de le confesser quand, dans sa liturgie, elle reprend quotidiennement les psaumes, ainsi que les cantiques de Zacharie, de la Vierge Marie et de Siméon.
C’est pourquoi ceux qui considèrent le fait que Jésus fut Juif et que son milieu était le monde juif comme de simples faits culturels contingents, auxquels il serait possible de substituer une autre tradition religieuse dont la personne du Seigneur pourrait être détachée sans qu’elle perde son identité, non seulement méconnaissent le sens de l’histoire du salut, mais plus radicalement s’en prennent à la vérité elle-même de l’Incarnation et rendent impossible une conception authentique de l’inculturation.

[Est-il besoin de rappeler que tout ce qui se précède traite uniquement de la religion et ne se rapporte en aucune façon à la question politique ? ]

31.Il est bien entendu que nous ne faisons pas jouer ce discours de Jean-Paul II au même niveau d’autorité que la déclaration conciliaire Nostra Aetate, et encore moins au niveau de la constitution dogmatique Lumen Gentium. Nous sommes conscients des différents niveaux d’autorité des documents magistériels.

32. Si nous avons repris ce texte, c’est qu’il nous semble exprimer clairement la position du Magistère catholique (entendu ici comme les Pères du concile Vatican II et l’autorité pontificale) : on ne peut pas mettre sur le même plan

  • les révélations « naturelles », autrement dit les éléments de vérité et de sainteté que l’homme peut concevoir en s’appuyant sur sa raison « naturellement » éclairé par la lumière divine (ou plutôt par un rayon de la lumière divine) – mouvement de la terre vers le ciel, du bas vers le haut, mouvement de l’homme inquiet qui cherche celui qu’il ignore – et
  • la révélation « surnaturelle » par laquelle Dieu veut se faire connaître des hommes – mouvement du ciel vers la terre, du haut vers le bas, par lequel Dieu se communique lui-même, mouvement commencé dans l’ancienne alliance et qui s’accomplit dans la révélation dernière et ultime du Fils, du Verbe fait chair, Jésus le Christ.

33.On peut décliner cette position à partir de l’histoire du salut telle qu’elle est narrée par Irénée dans sa doctrine des quatre alliances, l’alliance adamique, noachique, mosaïque et christique [19].

  • les deux premières alliances sont nouées avec l’ensemble du genre humain (et des créatures vivantes terrestres pour l’alliance avec Noé), elles prennent effet immédiatement pour tous les êtres humains – le mot important est ici « immédiatement » - et elles valent médiatement pour les êtres vivants terrestres (plantes et animaux terrestres), la médiation étant celle de l’être humain ;
  • les deux dernières relèvent d’un autre registre, dans la mesure où Dieu s’engage dans des formes historiques, culturelles, particulières, pour se faire connaître de toute la création en passant par ces formes particulières mêmes ; cet engagement culmine dans son auto-révélation sans reste dans un homme « né d’une femme sous la Loi », Jésus de Nazareth. Le salut se déploie alors médiatement pour les êtres humains et pour la Création toute entière, dans, à travers et sous la geste de ce peuple soumis à la Torah, puis ensuite, lorsque les temps sont accomplis, dans la geste de cet homme, obéissant à partir d’un amour sans faille à la volonté de celui qu’il appelle son Père – volonté de sauver la Création toute entière dans la communion sans reste de ce qu’il, est en son Fils.

34. En ce sens, la cartographie de Nostra Aetate vient conclure le mouvement des trois cartographies précédentes, en déplaçant le cercle du judaïsme de manière radicale par rapport à elles – cf. le changement de couleur de ce cercle, déjà mentionné plus haut.


B.2. Ecclésiocentrisme ou christocentrisme ? « Hors de l’Église, point de salut » ?

35.La représentation monocentrée peut être critiquée pour plusieurs raisons : elle s’inscrit à contre-courant d’une perception post-copernicienne moderne où un centre est toujours relatif à un système de coordonnés particulier. Que le système de coordonnées change, et le centre change aussi.
Ainsi l’habitant de la terre se construit une cosmographie géocentrée spontanément, tandis que le vénusien mettra volontiers Vénus au centre de sa représentation du ciel.
Autrement dit, les centres ne valent que relativement par rapport à un espace neutre et indifférencié, et toute prétention à une centralité absolue, valable quel que soit le système de coordonnés, semble fausse sur le plan du savoir, et mauvaise sur le plan moral.

36. Par ailleurs, la métrique utilisée pour déterminer l’éloignement par rapport à ce centre est tout aussi critiquée : en quoi la « mythologie » dogon d’un peuple sans écriture est-elle plus éloignée de l’Église que l’hindouisme ? L’argument de la culture plus avancée de l’Inde par rapport à la culture dogon n’est plus reçu depuis que l’ethnologue Griaule a montré la complexité et la rationalité de la cosmologie dogon.

37.Cette métrique semble reposer sur une conception historicisante du « progrès » communément développée par l’Occident depuis les Lumières : les peuples seraient évalués par rapport à une progression idéale allant

  • de l’animisme et de la magie (les peuples arriérés)
  • au polythéisme associé à une institutionalisation de la religion (corpus d’écrits, hiérarchie de prêtres et prêtresses, temples en pierre)
  • jusqu’au monothéisme dont la version définitive serait le christianisme.

38. On sait que cette conception du progrès de l’histoire a abondamment servi comme justification idéologique pour l’exploitation économique des peuples : nous retrouvons ici ce qui avait été dit en introduction à propos de l’impérialisme.

39. Il nous semble judicieux de rapprocher cet écclésiocentrisme d’une formule célèbre : « hors de l’Église, point de salut ». On peut entendre par là que Dieu sauve toujours tout homme en l’incorporant à l’Église, par la voie ordinaire du sacrement du baptême, sans exclure que Dieu passe par d’autres voies, extraordinaires celles-là : nous retrouvons la réponse traditionnelle de l’Église catholique à la problématique du salut individuel, réponse qui condamne toute interprétation rigide de la formule [20].
(pour d’autres interprétations de « hors de l’Église, point de salut », voir aussi le concile de Florence, année 1442 [21]).

40. Les cartographies précédentes changent la donne, dans la mesure où toute l’humanité apparaît comme soit ordonnée, soit appartenant à l’Église, à des degrés divers. En ce sens, ce même adage, entendu dans son sens inclusif, ouvre la porte du salut à toute l’humanité.
De plus, le passage au niveau du corps social qu’est la religion donne une portée communautaire et non plus seulement individuelle, au salut : il ne s’agit plus du salut de l’individu par la fidélité à sa propre conscience éclairée plus ou moins consciemment par la lumière divine qui illumine tout homme, mais bien du salut par l’adhésion à une religion, étant bien entendu que cette adhésion, dans la théologie de l’accomplissement qui est celle du concile, demande son parachèvement dans l’incorporation au Christ et à son corps mystique.

41. Nous pouvons maintenant citer Jean-Paul II et ce qu’il dit dans le chapitre « Hors de l’Église, point de salut » du livre d’entretien Entrez dans l’espérance.

« Le Concile dit que si les chrétiens appartiennent nécessairement à l’Église, les non-chrétiens qui croient en Dieu, de même que les hommes de bonne volonté, sont “ordonnés” au peuple de Dieu, c’est-à-dire à l’Église. Pour le salut, ces deux dimensions ont leur importance, et chacune d’elles comporte des degrés différents. Les hommes sont sauvés par l’Église, dans l’Église, mais toujours grâce au Christ.
L’espace du salut peut déborder le cadre des apparences formelles. D’autres lieux et modes dordination” au Corps du Christ peuvent exister. Paul VI le rappelait dans sa première encyclique, Ecclesiam suam, en évoquant la pluralité des « cercles du dialogue du salut ». Le Concile a défini ces “cercles” comme des espaces d’appartenance et d’ordination” à l’Église. Voilà le véritable sens de la formule bien connue : ‘Hors de l ‘Église, point de salut’. » [22]

42. Jean-Paul II ajoute ensuite, dans une phrase qui sonne comme une réponse au soupçon d’ « impérialisme » dont nous parlions précédemment :

Comment peut-on ne pas reconnaître que cette affirmation est en réalité aussi ouverte qu’il est concevable ! On n’a pas le droit d’y voir la marque d’une espèce d’ ‘exclusivisme ecclésiologique’. Ceux qui s’insurgent contre ce qu’ils appellent les prétentions exorbitantes de l’Église catholique ignorent probablement ce que signifie en vérité son enseignement. » [23]

43. Selon nous, l’ecclésiocentrisme des cartographies précédentes est insoutenable si l’Église au centre est entendue seulement comme une organisation humaine. L’écclésiocentrisme ne peut être soutenu que dans un regard de foi qui voit en l’Église un corps humano-divin : le centrage qui apparaissait alors à vue purement horizontale comme un centrage sur une institution, avec ses limites et ses failles, devient alors dans le regard de foi un centrage sur le Christ, entendu comme vrai homme et vrai Dieu, envoyé par le Père avec la puissance de l’Esprit saint pour tous les hommes et pour la Création avec eux.

44. Merci de votre attention.


© esperer-isshoni.fr, juin 2010
© esperer-isshoni.info, janvier 2015
© fr. Franck Guyen op, septembre 2015

[1Cet article fait suite à notre cours sur la déclaration Nostra Aetate « Les relations de l’Église catholique avec les religions non chrétiennes ». Lors de ce cours, nous avions dessiné au tableau une représentation spatiale de la géographie pastorale des documents magistériels. Nous avions été frappés par sa pertinence, et nous avons alors pensé que cela pourrait faire l’objet d’un article spécifique.
Pour le cours, voir en particulier Cartographie de l’espace inter-religieux dans la déclaration Nostra Aetate de Vatican II (1965)

[2Il serait possible de lier cette tension à une autre, que nous ne traiterons pas ici : le souci « pastoral », entendu comme le souci d’un style fraternel, sans autoritarisme ni jugement de condamnation, entre en tension avec le souci de maintenir la position unique de l’Église catholique, gardienne du « dépôt de la foi », position qui, de soi, la place en surplomb de ceux avec qui elle veut dialoguer : par fraternité, il faut alors entendre une position de grand frère, ou même une position maternelle ou paternelle

[3Documentation Catholique - N° 1387. — 4 novembre 1962 col 1384

[4

66 « A propos de cette impulsion intérieure de charité qui tend à se traduire en un don extérieur [de charité , Nous emploierons le nom, devenu aujourd’hui usuel , de dialogue . »
115 Tel est le plan sur lequel veille Notre dialogue colloquium, qui avant même de se dérouler en conversations communicatio fraternelles s’exprime en colloque commercium avec le Père céleste, en effusion de prière et d’espérance
Cette dimension verticale s’exprime aussi dans le fait que le modèle du dialogue de l’Église avec les hommes est un modèle divin :
C’est dans cette conversation du Christ avec les hommes Christi inter homines quasi sermocinatione - Paul VI cite l’écrit deutérocanonique de Baruch 3,38 selon la Vulgate, plus précisément la Vetus Latina : post haec in terris visus est et cum hominibus conversatus est - que Dieu laisse comprendre quelque chose de lui-même, le mystère de sa vie, de suae vitae arcano strictement une dans son essence, trine dans les Personnes.

.

[5cf. Rm 9, 4-5

[6cf. Rm 11, 28-29

[7cf. Ac 17, 25-28

[8cf. 1 Tm 2, 4

[9N.19 : Cf. Epist. S.S.C.S. Officii ad Archiep. Boston. : Denz. 3869-72.

[10N. 20 : Cf. Eusebius Caes., Praeparatio Evangelica, 1, I : PG 21, 28 AB

[11Nous aimons à penser que l’expert Henri de Lubac a inspiré la description du bouddhisme, fine et précise, de Nostra Aetate  : rappelons que ce jésuite a étudié et enseigné la tradition bouddhiste pendant quelques années, et que ses écrits restent d’actualité en bouddhologie francophone.

[12En 1988, Jean-Paul II fera passer ce Secrétariat au statut de Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens

[13En 1988, Jean-Paul II fera passer ce Secrétariat au statut de Conseil Pontifical pour le Dialogue inter-religieux

[14En 1993, Jean-Paul II intégrera ce Secrétariat au sein du Conseil Pontifical pour la Culture (créé par Jean-Paul II en 1982)

[15noter la précision : « relations religieuses » dans le titre de la commission : on pourrait penser qu’elle est redondante dans la mesure où il s’agit des relations avec le judaïsme.

La précision a sans doute été ajoutée pour deux raisons :

  1. le judaïsme désigne non seulement la religion juive, mais aussi la culture juive ;
  2. la précision sert à écarter toute instrumentalisation politique, en particulier dans le contexte tendu entre les nations arabes et l’Etat politique d’Israël.

[16Il est entendu que le concept d’événement positif se rattache à la culture historique « moderne », et qu’il ne fait pas sens dans une société dite « traditionnelle »

[17– a-t-on assez dit que toute histoire d’élection en régime biblique est toujours l’histoire de l’élection d’un choisi parmi tous POUR le salut de tous ?

[18Nous avons trouvé la référence de ce discours dans THEOBALD, Christophe, La réception du concile Vatican II, I. Accéder à la source, coll. Unam sanctam nouvelle série, Cerf, 2009, n.2 p. 624 – 625

[19d’Adam, de Noé, de Moïse et du Christ

[20Voir aussi dans l’affaire du père Léonard Feeney de 1945 : « Or il faut en dire autant, à son propre degré, de l’Église en tant qu’elle est le moyen général du salut. Car pour que quelqu’un obtienne le salut éternel, il n’est pas toujours requis qu’il soit effectivement incorporé à l’Église comme un membre, mais il est au moins requis qu’il lui soit uni par le vœu et le désir. Cependant, il n’est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite, comme il l’est chez les catéchumènes, mais, quand l’homme est victime d’une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite, ainsi appelé parce qu’il est inclus dans la bonne disposition d’âme par laquelle l’homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu. » (n° 3870 dans la « Lettre du Saint Office à l’archevêque de Boston » du 8/8/1949 - Denzinger])

[21Voir Dentzinger 1351 dans : la Bulle sur l’union avec les coptes et les Ethiopiens, " Cantate Domino ", 4 février 1442 au n°1351 : Elle [« La très sainte Église romaine, fondée par la voix de notre Seigneur et Sauveur » au n°1330, ou « l’Église » au n°1332] croit fermement, professe et prêche qu’" aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront " dans le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges" Mt 25,41 à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés ; elle professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que " personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique." ;
histoire de la formule dans le livre de Bernard Sesboué [[Voir l’article dans Esprit & Vie à propos du livre Bernard Sesboüé , Hors de l’Église pas de salut. Histoire d’une formule et problèmes d’interprétation

[22Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, avec la collaboration de Vittorio Messori, Plon / Mame, 1994, p. 214

[23Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, avec la collaboration de Vittorio Messori, Plon / Mame, 1994, p. 214


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 395 / 88166

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Théologie du dialogue interreligieux   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License