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Paul VI et l’encyclique "Ecclesiam Suam" de 1964 - Une Église en dialogue

jeudi 1er janvier 2015 par Phap

Table des matières
1. Le contexte historique de l’encyclique
2. Une encyclique pastorale sur les rapports de l’Église avec le monde
3. Les trois chemins que l’Église doit emprunter, dont celui du dialogue
4. Le dialogue à partir du mystère constitutif de l’Église
5. Le dialogue selon Paul VI
6. Un fondement théologique du dialogue
7. Une Église dans le monde mais pas du monde, constitutivement missionnaire
8. Une Église qui donne – et qui reçoit ? Entre avoir et être
Bibliographie



1. Le contexte historique

21/06/1963 Le Cardinal Montini est élu comme successeur du Pape Jean XXIII sous le nom de Paul VI.
05/1964 institution du Secrétariat pour les non-chrétiens qui deviendra le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.
06/01/1964 rencontre à Jérusalem entre Paul VI et le patriarche Athénagoras de Constantinople. Prélude à la levée le 7 décembre 1965 des excommunications mutuelles de 1054.
06/08/1964 Paul VI promulgue l’encyclique Ecclesiam Suam
14/09/1964 à 21/11/1964 troisième session du Concile Vatican II.
21/11/1964 promulgation de la constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium.
02 au 05/12/1964 voyage de Paul VI à Bombay (Inde) pour le 38° Congrès eucharistique.
14/09/1965 à 08/12/1965 quatrième session du Concile Vatican II.
07/12/1965 levée des excommunications mutuelles de 1054 par Paul VI et le patriarche Athénagoras de Constantinople.
08/12/1965 Paul VI confirme les décrets du Concile Vatican II.
25/07/1968 encyclique Humanae vitae.
08/12/1975 exhortation apostolique Evangelii nuntiandi.
06/08/1978 Paul VI décède.


2. Une encyclique pastorale sur les rapports de l’Église avec le monde

1. Paul VI publie avec Ecclesiam Suam sa première encyclique. Elle se veut exhortation et non pas enseignement dogmatique [1].
Il ne s’agit pas de traiter de questions doctrinales, que Paul VI entend laisser traiter par les Pères Conciliaires : Paul VI veut s’adresser à ses interlocuteurs, des membres de l’Église jusqu’à « tous les hommes de bonne volonté » (adresse de l’encyclique), pour leur partager son état d’esprit [2]. Il ne s’agit pas tant de traiter les sujets que de « préparer les esprits » [3].

2. Paul VI indique donc un programme, des orientations qu’il entend voir traitées et déclinées par le Concile. Son encyclique ne se veut donc ni solennelle ni doctrinale.
Aussi, quand il abordera la question du « dialogue », il affirmera la traiter comme une « orientation pastorale » [4], et non pas comme un point doctrinal.

3. Le sous-titre même de l’Encyclique indique quelle est la problématique : « Par quels chemins l’Église catholique doit poursuivre aujourd’hui son mandat » pourrait-on traduire en français à partir des versions latine et italienne [5].

L’analyse de Paul VI montre une Église assaillie par les vagues du monde profane, travaillée comme lui par une multitude de courants d’idées [6]. Paul VI reprend l’image de la barque de Pierre ballottée par les vagues.
Paul VI mentionne les dangers que font encourir certains courants de pensée à l’intégrité de la foi (aspect doctrinal) et aux mœurs (aspect pratique) chrétiens.

Parmi ces courants, Paul VI mentionne le « modernisme » [7], ce que nous pourrions appeler le « subjectivisme » [8], le « naturalisme » [9] et le « relativisme » [10].
Paul VI invite à ne pas se laisser prendre par deux attitudes excessives et fausses :

  • soit un excès de pessimisme quant à la condition humaine, considérée comme entièrement soumise à des déterminismes hétéronomiques [11],
  • soit un excès d’optimisme quant aux capacités de l’homme, qui se suffirait à lui-même pour assumer son existence [12].

4. La problématique que dégage Paul VI porte sur l’Église dans son rapport avec ce monde. Ce rapport est un rapport problématique [13] mais cela n’a rien d’étonnant puisque l’Évangile l’avait déjà annoncé : Paul VI s’inspire de la parole de Jésus :

Je ne te demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde comme je ne suis pas du monde [14].

Paul VI la reprendra à deux reprises, quand il écrira que la problématique est de déterminer comment « vivre dans le monde sans être du monde » [15], ou comment « être dans le monde sans être du monde » [16], problématique qu’il applique à l’Église.

5. Loin de l’irénisme, Paul VI rappelle la vision johannique d’un monde « entendu comme l’humanité opposée à la lumière de la foi et au don de la grâce » [17].
Il convient pour l’Église de se préserver de ce monde, dit Paul VI, en citant 2 Cor 6,14.17 [18].
Ailleurs, Paul VI parlera en termes d’immunisation contre la contagion du mal et de l’erreur [19], de se préserver de l’infection qui vient du monde [20].

6. Face à ce monde qui n’accueille pas Dieu et son messager, l’Église doit naviguer entre deux écueils opposés :

  • celui du splendide isolement d’une Église qui se voudrait indifférente et insensible au monde [21], pratiquant l’immobilisme [22] : une Église qui voudrait « se retrancher du commerce de la société » [23] – ou au contraire qui essaierait de réduire le monde (par les « croisades » - sacrum bellum en latin ou par la théocratie) [24], où il s’agirait de tout accueillir, d’adopter les mœurs et les doctrines ambiantes sans discernement [25] en oubliant l’avertissement de Paul « ne vous modelez pas sur le monde présent » [26]

7. Paul VI maintient cependant un regard positif sur le monde, capable de bon et d’honnête. De fait, la doctrine catholique ne verse pas dans le gnosticisme, qui condamne le monde comme radicalement mauvais, comme vicié irrémédiablement. Elle distingue entre le monde qui est condamné et le monde qui, bien que vicié, peut encore être sauvé.
Ainsi l’Église n’oublie pas que ses membres proviennent du monde. Elle sait que le monde peut produire du bon et de l’honnête dans ses coutumes, ses mœurs, et elle sait les recueillir et les transformer, les « transfigurer » :

la vie chrétienne ne doit pas simplement s’accommoder des manières de penser et d’agir présentées et imposées par le milieu temporel, tant qu’elles sont compatibles avec les impératifs essentiels de son programme religieux et moral ; elle doit de plus tâcher de les rejoindre, de les purifier, de les ennoblir, de les animer et de les sanctifier [27]

8. Paul VI propose l’image du médecin [28] pour rendre compte de la façon dont l’Église se tient par rapport au monde : le médecin ne fuit pas le malade, au contraire, il s’intéresse à lui, il veut le guérir. Aussi va-t-il chercher à entrer en relation avec lui, mais en étant vigilant à ne pas se laisser contaminer par lui.
Il faudra revenir sur cette image, car elle dit comment Paul VI perçoit le « dialogue » de l’Église avec le monde.
Nous allons voir quel comportement, quels chemins Paul VI propose pour que l’Église soit ce médecin du monde actuel.


3. Les trois chemins que l’Église doit emprunter, dont celui du dialogue

9. Paul VI se sent appelé, comme successeur de Pierre, à tracer la voie dans ce monde complexe et problématique. Il veut donner les grandes lignes d’action par lesquelles l’Église peut répondre à sa mission reçue du Christ, à tracer les voies dans lesquelles elle doit s’engager.
Il décline trois « chemins » pour l’Église – On peut donc parler ici d’une « méthodologie » [29] proposée par Paul VI :

  1. approfondir la conscience que l’Église a d’elle-même ;
  2. chercher à se renouveler, entreprendre des réformes ;
  3. entrer en « dialogue » avec le monde.

10. Notons que l’encyclique Ecclesiam Suam est fameuse pour le troisième point, le chemin du « dialogue » [30] : pour la première fois, un document pontifical définissait le mot « dialogue ».
Or il faut bien voir que l’encyclique fait dépendre cette troisième voie des deux premières, et qu’il est donc erroné de traiter ce troisième point indépendamment des deux premiers si l’on veut respecter la pensée de Paul VI [31].
Paul VI précise au n°60 comment le « dialogue » naît des deux premiers chemins :

Il y a une troisième attitude que doit prendre l’Église catholique en ce moment de l’histoire du monde. Elle se définit par l’étude des contacts que l’Église doit avoir avec l’humanité.
Si l’Église acquiert toujours plus claire conscience d’elle-même, si elle cherche à se rendre conforme à l’idéal que le Christ lui propose , du même coup se dégage tout ce qui la différencie profondément du milieu humain dans lequel elle vit et qu’elle aborde [32].

Autrement dit, le dialogue que l’Église noue avec le monde est « informé », caractérisé par la différence entre l’Église et le milieu humain dans lequel elle est sans en être. Cette différence naît des deux chemins précédents et elle constitue l’Église dans son identité, « dans le monde mais pas du monde ». Voyons comment.

11. L’Église doit méditer sa réalité : elle est une réalité humano-divine (dans le monde – humaine - et pas du monde - divine) que Paul VI caractérise comme « Corps mystique » du Christ, dont la « structure visible » est la « hiérarchie ecclésiastique » [33] dont le Pape est la tête, comme successeur / continuateur de Pierre, institué par le Christ [34].
Par l’Église, le Christ continue son œuvre de salut, lui qui en est la tête [35]. Elle est le canal par lequel le Christ donne grâce et vérité [36].
C’est le baptême qui incorpore l’homme du monde au Corps mystique du Christ [37].
La justification du croyant commence là, car le baptême est « communion au mystère pascal » : le croyant baptisé entre dans une vie nouvelle, il est régénéré [38].
Dans le baptême, la nature humaine n’est pas abolie, mais rehaussée, et débarrassée des « conséquences malheureuses du péché originel » [39]. Cette vie nouvelle « peut... donner à ce qui est humain son expression la meilleure et lui faire produire les fruits les plus riches et les plus purs » [40].


4. Le dialogue à partir du mystère constitutif de l’Église

12. L’Église doit prendre conscience de son mystère, celui de son origine, de sa nature, de sa propre mission et de son sort final, dit Paul VI [41]. Paul VI reprend Ep 3,9-10 pour dire la place de l’Église dans le plan de salut divin :
Paul VI la situe par rapport au trésor qu’est ce mystère tenu caché en lui et qu’il a réalisé en son Fils Jésus Christ :

  • l’Église est gardienne et héritière du trésor [42], qu’elle a charge de défendre et de protéger [43] (sous-entendu contre le monde hostile, contre les erreurs et le mal) ;
  • elle est aussi la dispensatrice du trésor, par l’enseignement et le ministère [44].

13. Nous retrouvons ce que nous disions précédemment : l’Église ne peut pas se contenter de jouir égoïstement du salut dont elle fait l’expérience, mais elle se doit de le répandre, en annonçant la bonne nouvelle au monde : l’Église est par nature missionnaire, et cela résulte de la nature même du « trésor » qu’elle garde :

« Le devoir lié par la nature au patrimoine reçu du Christ, c’est de répandre ce trésor, c’est de l’offrir, c’est de l’annoncer. Nous le savons bien : « Allez donc, enseignez toutes les nations » (Mt., 28, 19) est l’ultime commandement du Christ à ses apôtres ». [45]

De fait, l’Église garde le trésor des Écritures, lesquelles Écritures lui enjoignent de partir en mission pour proclamer la Bonne Nouvelle, le « message », au monde [46].

14. Ailleurs, Paul VI dira que l’Église fait une expérience de salut qui la comble au point qu’elle en déborde [47] :

il surgit en elle une singulière plénitude et un besoin d’expansion , avec la claire conscience d’une mission qui la dépasse et d’une nouvelle à répandre . C’est l’obligation d’évangéliser. C’est le mandat missionnaire. C’est le devoir d’apostolat [48].

15. Le deuxième chemin, c’est-à-dire le renouvellement (« ascétique, pratique, canonique » [49]) et les réformes sont rendus nécessaires par la nature de l’Église pèlerine, qui doit en permanence se garder du monde dans lequel elle vit (et dont elle tire ses membres).
Positivement, l’exigence du renouvellement provient du fait que l’Église pèlerine est en marche vers l’accomplissement eschatologique, elle n’est pas encore dans la conformité parfaite avec le « concept divin qui constitue son modèle » [50].
Dans sa suite du Christ, l’Église doit en permanence se convertir, par la metanoia : il s’agit donc d’abord d’une démarche intérieure, par laquelle le croyant et l’Église veulent obéir au Christ, sur la « voie étroite » qui demande « fidélité, application, mortification et sacrifice » [51].
Paul VI propose Marie comme modèle plénier de l’ « idéal » de la vie chrétienne, « elle qui eut le privilège de présenter au Verbe de Dieu l’offrande de la réalité humaine et charnelle dans la beauté de son innocence première » [52]

16. L’Église consciente d’elle-même et se dotant d’un régime qui lui permet de se renouveler, de se rajeunir, peut alors assumer sa mission de dispensatrice du salut : rappelons que cette mission naît du plus intime d’elle-même, de l’expérience qu’elle fait du salut en Jésus Christ. C’est parce qu’elle est sauvée, parce qu’elle se sait sauvée, qu’elle éprouve le besoin impérieux de porter l’annonce du salut [53].
Pour poursuivre l’image du trésor dont l’Église est l’héritière et la gardienne, on pourrait dire qu’elle a aussi la mission de monnayer ce trésor [54].


5. Le dialogue selon Paul VI

17. Il s’agit donc pour l’Église d’approcher les hommes et de leur communiquer l’annonce du salut : le « dialogue » est cet « art » de l’approche apostolique, il est cette « technique » par laquelle l’Église prend la parole dans le « concert dissonant, volubile et complexe du monde contemporain » [55].

Le « dialogue » vise à remplir un « objectif pastoral qui revient à insérer le message chrétien dans la circulation de pensée, d’expression , de culture, d’usages, de tendances de l’humanité telle qu’elle vit et s’agite aujourd’hui sur la face de la terre [56]

Nous évoluons ici dans le domaine pastoral, pratique, et non dans le dogmatique ou le théorique. Il s’agit d’approcher ce monde et lui parler, condition nécessaire pour l’amener à se convertir [57] : le « dialogue » en est la manière, la forme, il ressort donc de la tactique et non de la stratégie [58]].

18. Paul VI attribue quatre caractères à l’art du dialogue [59] :

  1. clarté (il s’agit de parler pour se faire comprendre, donc il convient de parler avec des mots simples et accessibles)
  2. douceur [60]
  3. confiance (en la puissance de ma parole et en la capacité d’accueil de l’autre),
  4. prudence pédagogique (pour adapter le dialogue en fonction de l’auditeur).

19. Paul VI précise ensuite les différentes positions des hommes avec lesquels l’Église dialogue. Ces positions sont évaluées à partir du centre que constitue l’Église catholique avec au centre de ce centre le Souverain Pontife de l’Église Catholique, Paul VI [61]. Paul VI parle de cercles concentriques, allant des plus éloignés de la foi aux plus proches.
Il distingue trois cercles, du plus lointain au plus proche :

  • le cercle des hommes qui ne professent aucune religion, ou qui même nient Dieu et combattent toute religion (au nom d’idéologies athées comme le communisme par exemple) ;
  • le cercle des hommes qui professent une religion, « tous ceux qui cherchent et adorent Dieu », avec une gradation qui va des Juifs (affection), aux Musulmans (admiration sous conditions) puis aux « grandes religions afro-asiatiques » [62] ;
  • le cercle des « frères séparés », le « monde chrétien » non-catholique. Le dialogue prend alors un nom spécifique : « dialogue œcuménique [15] » [63].
    Paul VI parle ensuite du dialogue avec les « fils de la maison », c’est-à-dire le dialogue intérieur à l’Église catholique [64]. Il rappelle le devoir d’obéissance du fidèle envers sa hiérarchie.
    Un dialogue qui ne transige pas avec la vérité

20. Paul VI tire les conséquences pour le dialogue du comportement prophylactique du médecin qui connaît les infections et s’en protège, tout en portant secours au malade.

  • Face aux athées, l’apôtre se refusera à dialoguer avec ceux qui persécutent l’Église en abusant de la « dialectique » « de la parole, qui ne vise plus à la recherche et à l’expression de la vérité objective mais se trouve mise au service de fins utilitaires préétablies » [65]
  • Face aux hommes religieux non chrétiens, l’apôtre se doit de refuser tout relativisme et toute indifférence. Les religions ne sont pas équivalentes, et la seule et vraie religion est la religion chrétienne :

    « par devoir de loyauté, nous devons manifester notre conviction que la vraie religion est unique et que c’est la religion chrétienne, et nourrir l’espoir de la voir reconnue comme telle par tous ceux qui cherchent et adorent Dieu » [66]

Cette religion est la seule parfaite car en elle et elle seule, Dieu s’est révélé ; elle est :
la forme exempte d’erreur, parfaite et définitive, sous laquelle il veut être connu, aimé et servi ; [67]

  • Dans le dialogue œcuménique, il s’agira de rappeler que le « primat d’honneur et de juridiction que le Christ a conféré à l’apôtre Pierre et que Nous avons hérité » [68] est institué par le Christ (matière d’intégrité de la foi) et qu’il sert à maintenir l’unité de l’Église (matière des exigences de la charité) [69].

Paul VI parle ici des « prérogatives » de l’Église catholique, voulues et instituées par le Christ afin de préserver « l’unité commune, la liberté commune et la commune plénitude chrétienne ».

21. Fidèle au programme évoqué dans le numéro 44 concernant le monde capable de bon et d’honnête, Paul VI demande à l’apôtre de savoir admirer (et donc d’abord de savoir reconnaître) chez les musulmans « ce qu’il y a de vrai et de bon dans leur culte de Dieu » [70].
Avec les chercheurs et adorateurs de Dieu, il s’agira « de reconnaître avec respect les valeurs spirituelles et morales des différentes confessions non chrétiennes » [71]
Dans la même optique, Paul VI demande que l’Église coopère avec les institutions internationales (on peut penser à l’O.N.U.), mais aussi tous les hommes de bonne volonté au niveau personnel, quand il s’agit de mettre en œuvre les vérités morales : « tout ce qui est humain nous regarde » [72], dit Paul VI.

22. Paul VI reformulera le devoir de reprise, de récapitulation du bon et de l’honnête à propos du dialogue (si l’on accepte que l’attitude dont parle Paul VI est celle du dialogue) :

[notre attitude] vise à assumer, c’est-à-dire à élever au niveau surnaturel et chrétien, toute saine valeur humaine et terrestre . [73]


6. Un fondement théologique du dialogue

23. Alors que Paul VI semblait attribuer une fonction pratique au « dialogue » entendu comme art apostolique d’approche et d’entrée en relation avec le monde, il lui confère une dignité théologale inattendue, si l’on en croit les n° 72 à 79 [74].

En effet, au numéro 72, Paul VI représente la religion comme un dialogue, dans la mesure où « La religion est de sa nature un rapport entre Dieu et l’homme ». L’histoire du salut devient « dialogue du salut » [75] dans lequel Dieu entre en relation avec les hommes :

  • dialogue – que l’on pourrait qualifier de « naturel », celui d’un homme naturellement fait pour échanger avec Dieu - interrompu par la faute d’Adam ;
  • dialogue merveilleusement renoué en Jésus Christ dans l’Incarnation puis dans l’Évangile, dans un échange qu’on pourrait qualifier d’historique (la geste du Christ sur terre) et transhistorique (la geste de l’Esprit saint après la Résurrection, avec le « message » qui court) ;
  • dialogue arrivé à son plus haut degré dans le Verbe de Dieu fait homme, où Dieu se révèle aux hommes comme Dieu trine.

24. Paul VI s’appuie sur l’écrit deutérocanonique de Baruch 3,38 selon la Vulgate, plus précisément la Vetus Latina : post haec in terris visus est et cum hominibus conversatus est.
Le sens du verbe latin conversare signifie que le Christ s’associe, entre en relation avec les hommes : il s’agit plus que d’un simple échange verbal.
Paul VI distingue entre le « dialogue » comme art apostolique qui se noue entre l’apôtre et son interlocuteur, et le « dialogue de salut », la « conversatio  » au sens latin du terme, qui se noue entre Dieu et les hommes.
Il établit entre ces deux « dialogues » un rapport d’analogie.
C’est ce rapport d’analogie qui lui permet de déduire les caractéristiques du dialogue de l’Église avec le monde [76], selon un autre angle que le numéro 83 :

  • l’Église en a l’initiative [77] ;
  • elle est mue par l’amour [78] ;
  • elle est désintéressée [79] ;
  • elle est persuasive et non coercitive [80] ;
  • elle s’adresse à tous sans discrimination [81] ;
  • elle est patiente devant les lenteurs humaines et elle attend de Dieu l’accomplissement de son travail [82].

25. Paul VI proposera un autre rapport d’analogie lorsqu’il mettra en parallèle la venue du Christ qui se fait homme parmi les hommes avec le mouvement par lequel l’Église vient « partager les usages communs, pourvu qu’ils soient humains et honnêtes, spécialement ceux des plus petits ».
‘On ne sauve pas le monde du dehors ; il faut, comme le Verbe de Dieu qui s’est fait homme, assimiler, en une certaine mesure, les formes de vie de ceux à qui on veut porter le message du Christ ; » [83]


7. Une Église dans le monde mais pas du monde, constitutivement missionnaire

26. Paul VI a voulu donner une des grandes lignes de son Pontificat, Pontificat qui hérite de la tâche lancée par son prédécesseur assignée à l’Église : l’aggiornamiento [84], que le Concile doit articuler et fonder. Paul VI reprend l’un et l’autre, et il veut en assurer la continuité.
Ecclesiam Suam est la première encyclique de Paul VI, qui donne de grandes orientations au Pères conciliaires : elle lui permet de proposer sa vision des relations de l’Église au monde.

27. Paul VI s’essaie à préciser l’équilibre délicat de la position des disciples du Christ, qui sont dans le monde mais pas du monde, sachant que l’être-dans-le-monde des disciples est voulu par le Christ lui-même car il fonde et rend possible la réalisation du plan de salut divin pour le cosmos, pour le monde : la mission n’est possible que dans et à l’intérieur du monde.

Je ne te demande pas de les ôter du monde, mais de les garder du Mauvais .
Ils ne sont pas du monde comme je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité.
Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde [85]

28. L’intérêt de la thèse de Paul VI sur le « dialogue » comme « art » apostolique provient de ce qu’elle articule l’activité ad extra d’approche de l’autre (pôle missionnaire) avec une activité ad intra de saisie de soi, de réception de soi (pôle identitaire).

L’Église advient à elle-même en même temps qu’elle est envoyée vers le monde, et plus précisément le dialogue naît d’une impulsion intérieure provoquée par la charité, impulsion qui entraîne l’Église à donner, à transmettre vers l’extérieur cette même charité.
Plus exactement, le dialogue est ce processus par lequel la charité passe dans l’Église (ad intra) puis de l’Église au monde (ad extra)

« A propos de cette impulsion intérieure de charité qui tend à se traduire en un don extérieur [de charité [86] ] , Nous emploierons le nom, devenu aujourd’hui usuel , de dialogue . » [87]

29. Nous conclurons trois choses du n°66 de l’encyclique :

  • la charité constitue l’origine et la fin du dialogue ;
  • le versant intérieur prime ontologiquement et chronologiquement sur le versant extérieur : l’impulsion précède le don, qui procède d’elle ;
  • le dialogue ne se réduit pas ici à l’art apostolique de s’approcher du monde et de « prendre langue » avec lui : il est proprement théologal, comme mouvement de la vertu théologale de la charité.

30. On notera cependant qu’il ne faut pas attendre de Ecclesiam Suam ce qu’elle ne peut ni ne veut fournir, à savoir un programme dogmatique, un enseignement théologique.
Paul VI dit bien qu’il partage là un sentiment, un souci, en même temps que des grandes lignes de travail. Le travail d’étaiement théorique, de déclinaison théologique et pratique, revient au Concile.
Cela explique le manque de précision du vocabulaire (colloque, dialogue, conversation), manque de précision qui affecte le « dialogue », tantôt entendu comme « art » pratique et tantôt dans un sens théologal.

31. La conception du dialogue proposée par Paul VI s’appuie explicitement sur l’analogie avec l’Incarnation, nous l’avons vu plus haut. Paul VI reprend la christologie descendante, telle qu’elle ressort par exemple du Prologue johannique : le Verbe de Dieu descend parmi les hommes et se fait l’un d’eux, afin de dispenser les dons de la grâce aux hommes, par ailleurs incapables d’accéder à ce qu’elle rend possible et qu’elle réalise, savoir la participation à la vie divine, la communion à Dieu – la filiation divine.

32. Paul VI reprend ici ce que Jacques Dupuis a appelé une « théorie de l’accomplissement [88] », qui tient deux éléments en tension : l’homme à la recherche de Dieu et Dieu à la recherche de l’homme.
Dieu est celui qui vient accomplir le « souci ultime » de l’homme : Dieu est cet inconnu pourtant déjà connu, que l’homme ne peut pas ne pas chercher, s’il est homme [89]. Homo capax Dei, "l’homme capable de Dieu" disent les Pères [90].

Cependant, si l’homme est capable de Dieu, il est par contre incapable par lui-même d’atteindre à Dieu – incapacité soit par « nature » (position thomiste), soit par « accident » suite au péché originel (position augustinienne, qui reprend la position paulinienne).
Il faut la grâce de Dieu qui se révèle, qui s’auto-communique à l’homme. Cette auto-communication vient reprendre, en la corrigeant et en la complétant, toute l’entreprise humaine de la quête divine

33.Notons que Paul VI n’exclut pas la thèse de K. Rahner sur le « chrétien anonyme » :

« S’il existe dans l’homme une « âme naturellement chrétienne », nous voulons lui rendre l’hommage de notre estime et de notre conversation [colloquio en italien]. » [91]


8. Une Église qui donne – et qui reçoit ? Entre avoir et être.

34.Le danger est celui d’un « dialogue » univoque » avec le monde. Le chrétien part de ce qu’il est – de ce qu’il a – pour aller vers le monde et lui annoncer ce dont il déborde, ce dont il est plein. Il s’agit de donner au monde – mais s’agit-il de recevoir en retour du monde ?

  • Au n° 80, Paul VI demande à ce que le dialogue ne se fasse pas sur le mode univoque [92], dans le sens où il ne s’agit pas de répéter toujours le même dialogue, mais de l’ « adapter au caractère de l’interlocuteur et aux circonstances de fait ».
    Le feedback ne porte donc pas sur le contenu du dialogue (théorique ou pratique) mais sur sa forme, sa manière : l’apôtre n’est pas changé dans ce qu’il croit et dans ce qu’il aime / veut : seule change sa manière ad extra, le feedback n’a pas d’effet ad intra.
  • Plus loin, au n°86, Paul VI parlera d’une « dialectique de cet exercice de pensée et de patience », au sens où ce que l’interlocuteur dit fait évoluer le dialogue, dans la mesure où la dialectique « nous fera découvrir des éléments de vérité également dans les opinions des autres ».
    Est-ce à dire que ces éléments de vérité ne figurent pas dans la foi (fides quae) chrétienne, et qu’il faut le dialogue pour les y découvrir ? Autrement dit, le dialogue se fait-il dans les deux sens, et le chrétien approfondit-il sa foi dans la pratique du dialogue ?
  • Enfin, au n°90, il s’agit de faire comme le Christ et « assimiler en une certaine mesure, les formes de vie de ceux à qui on veut porter le message du Christ ». Le français « assimiler » peut vouloir dire que ces formes – celles qui sont honnêtes et bonnes, compatibles avec les mœurs et la foi chrétienne - vont devenir la substance de l’Église.
    Le latin parlera de « revêtir » (induat) et l’italien de « s’immerger » (immedesimarsi). Le Christ a revêtu notre condition d’homme, peut-on lire. Mais la condition humaine n’est pas un vêtement surajouté au Verbe de Dieu, la personne du Verbe de Dieu assume entièrement la nature humaine, et cette assomption n’est pas accidentelle, tactique : c’est par elle que Dieu sauve les hommes.
    En va-t-il de même pour l’Église quand elle assimile les formes du monde ? Il nous semble qu’il faut prolonger et préciser cette belle réflexion de Paul VI.

35. Une vision unilatérale, univoque du dialogue me semble provenir de la conception de l’Église comme gardienne et héritière du trésor, trésor décliné « objectivement » comme l’Évangile et les sacrements. Le registre risque d’être celui de l’avoir plutôt que celui de l’être, si on interprète sans précaution la belle image de Paul VI :

Elle [l’Église] se dresse sur les routes de l’histoire, et elle dit aux hommes : « J’ai ce que vous cherchez, ce qui vous manque . » [93]

On aurait ici le portrait d’une Église pleine, qui ne manque de rien, et qui déborde de cette plénitude pour l’apporter aux hommes – et qui n’attend rien pour elle en retour des hommes ?

36. On peut se demander s’il ne conviendrait pas de préciser : l’Église pèlerine doit se réformer en permanence, nous dit Paul VI, si elle veut se conformer au divin modèle. Le monde, par ses questions, ne peut-il pas l’y aider et sur le plan des mœurs et sur le plan de la doctrine ? Le feedback du dialogue aurait alors aussi un effet ad intra  ?

Ne peut on pas se demander s’il ne convient pas de distinguer entre l’Église pèlerine et l’Église en possession plénière du salut, quand Dieu sera tout en tous [94], l’Église réalisée complètement à la fin des temps, l’Église de l’eschaton  ?
L’Église pèlerine ne serait-elle pas aussi en « manque », elle qui doit avoir toujours plus conscience d’elle-même et qui doit veiller à se renouveler en permanence ? Et le monde ne lui fournit-il pas une aide en ce sens ?

37. Peut-on alors dire que les « éléments de vérité » [95] dans les autres religions pourraient manquer à l’Église pèlerine, et que le dialogue serait ce qui lui permettrait de les assumer ?
Si le Christ donne à l’Église la mission de récapituler toutes choses, de les reprendre, les corriger, les purifier et les élever à la vie divine par la grâce qui vient de Dieu, n’est ce pas que, d’une certaine façon, ces choses restent encore à être assumées par rapport au dessein de Dieu pas encore pleinement réalisé ?
Sachant que par ailleurs, ce dessein est bien inchoativement (en germe pour faire simple) accompli dans la personne du Verbe de Dieu fait chair, de Jésus Christ, mort, ressuscité et élevé dans la gloire du Père. En la personne unique de Jésus Christ, Verbe de Dieu fait homme, mort et ressuscité, Dieu a réalisé inchoativement en plénitude, de manière unique et une fois pour toutes, le salut qu’il destine au monde.


© Esperer-isshoni.fr, avril 2007
© Esperer-isshoni.info, janvier 2015


Bibliographie

Textes de l’encyclique Ecclesiam Suam

  • Article Encyclique « Ecclesiam Suam » de S.S. Paul VI « Comment l’Église doit accomplir sa tâche aujourd’hui  » dans Documentation catholique –T. LXI n°1431 - 6 septembre 1964
  • Paul VI – Ecclesiam Suam - Les chemins de l’Église au milieu du monde moderne – Introduction de C. Ehlinger - Editions du Centurion -1964
  • Présentation de l’Encyclique « Ecclesiam suam » par S.S. Paul VI –[conférence de presse lors de l’Audience Générale du mercredi 5 août 1964] Documentation Catholique –T. LXI n°1431 - 6 septembre 1964 p. 1094-1095
  • Sur le site Vatican.va, textes en français, en italien et en latin. [96].

Autres sources

  • Article non signé « Ecclesiam Suam » La première Encyclique de S.S. Paul VI dans Nouvelle Revue Théologique – N°9 - Octobre 1964 – p. 913-932.
  • Jacques DUPUIS : Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux - Cogitatio Fidei – 200 – Cerf -1997
  • Histoire du Concile Vatican II - sous la direction de G. ALBERIGO – Tome III – Cerf Peeters - 2000

Voir aussi sur le site d’information Internet du Vatican zenit.org :

  • Misunderstandings About Interreligious Dialogue (Part 1) - Interview With Ilaria MORALI, Specialist in Theology of Grace - ROME, JAN. 14, 2005 (Zenit.org).
  • Misunderstandings About Interreligious Dialogue (Part 2) - Interview With Ilaria MORALI, Specialist in Theology of Grace - ROME, JAN. 16, 2005 (Zenit.org).

[1cf. la présentation de l’Encyclique « Ecclesiam suam » par S.S. Paul VI –[conférence de presse lors de l’Audience Générale du mercredi 5 août 1964] Documentation catholique –T. LXI n°1431 - 6 septembre 1964 p. 1095

[2n°6,7,35,68,93.

[3Cf. n°93 de l’encyclique Ecclesiam Suam

[4n°70

[5PER QUALI VIE LA CHIESA CATTOLICA DEBBA OGGI ADEMPIRE IL SUO MANDATO
quibus viis Catholicam Ecclesiam in praesenti munus suum exsequi oporteat.
Textes disponibles sur le site du Vatican.
N.B. Les éditions du Centurion ont pris pour sous-titre « les chemins de l’Église au milieu du monde moderne ».
La Documentation Catholique a traduit : « Comment l’Église doit accomplir sa tâche aujourd’hui ».

[6n°28

[7n°28

[8n°28

[9n°51

[10n°51

[11n°63

[12n°63

[13noter l’utilisation du mot « problème » en 15, 40,44

[14Jn 17,15-16

[15n°64

[16n°51

[17n°61

[18n°64

[19n°44, 63, 92

[20n°65

[21n°44

[22n°44, 52

[23n°80

[24n°80)

  • celui du « conformisme » [[n°50

[25n°44, 50

[26Rom 12,2 dans la Bible de Jérusalem (B.J.). ; la Traduction œcuménique biblique (T.O.B.) traduit par « ne vous conformez pas au monde présent »). Passage cité au numéro 61.

[27n°44

[28n°65

[29Présentation de l’Encyclique « Ecclesiam suam » par S.S. Paul VI –[conférence de presse lors de l’Audience Générale du mercredi 5 août 1964] Documentation catholique –T. LXI n°1431 - 6 septembre 1964 p. 1095

[30Le passage le plus fameux étant le suivant au n° 67 :

L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation.

A noter : le texte français fait jouer les termes : dialogue, conversation et colloque, là où l’italien fait jouer les termes respectifs de dialogo, colloquio et converzatione. Le latin parlera de colloquium, colloquium et sermocatione[[Comme le montre le synoptique des trois textes français, italien et latin, il n’y a en fait pas de cohérence entre les textes : cela semble indiquer que ces trois concepts n’ont pas été distingués théoriquement et qu’il faut sans doute les considérer comme équivalents

[31n°13

[32n°60

[33n°4

[34n°48

[35n°32, 37

[36n°39

[37n°41

[38n°62 qui parle de « régénération »

[39n°41

[40n°41

[41n°10

[42Vérité (n°19), sacrements et Ecritures (n°58), « richesse merveilleuse de rédemption et d’espérance »(n°71)

[43n°66

[44n°58

[45n°66

[46cf. la finale matthéenne précitée

[47si l’on veut bien interpréter de cette matière métaphorique le numéro 11

[48n°66

[49cf. Présentation cité plus haut

[50n°11 – voir aussi 49

[51n°53

[5259

[53n°65

[54n°82- voir n°80

[55Présentation de l’Encyclique « Ecclesiam suam » par S.S. Paul VI –[conférence de presse lors de l’Audience Générale du mercredi 5 août 1964] Documentation catholique –T. LXI n°1431 - 6 septembre 1964 p. 1095

[56n°70

[57n°70

[58n°83 : « Le dialogue [colloquio en italien et non pas dialogo] est donc un moyen d’exercer la mission apostolique ; c’est un art de communication spirituelle ».

[59n°83

[60voir aussi n°77 sur l’absence de toute coercition ; l’Église respecte la liberté et la dignité de la personne – n°81 -, aussi ne contraint-elle pas mais elle cherche à entraîner l’adhésion par l’autorité apostolique qui naît de la vérité, de la charité et de l’exemple – n°83-

[61n°100

[62n°111

[63n°113

[64n°117

[65n°106

[66n°111

[67n°111

[68n°114

[69n°113

[70n°111

[71n°112

[72n°106

[73n°102

[74Noter que le latin utilise le terme : « collocutio  », ce qui indique un « colloquium  » plus intime, plus privé.

[75n°74 ;75 ;76 ;77 ;88

[76n°73

[77n°74

[78n°73

[79n°76

[80n°77

[81n°78

[82n°79

[83n°90. Notons que le texte italien parle d’immersion « immedesimarsi  » plutôt que d’assimilation ; le latin parle lui de revêtement : « induat  ».
Au final, il s’agit de servir, comme le Christ, conclura Paul : le dialogue comme service.

[84cité au numéro 52

[85Jn 1715-18

[86Omis par la traduction française

[87n°66

[88Pour reprendre la formule utilisée par J. Dupuis, qui la définit ainsi : théorie « selon laquelle la vérité chrétienne « conduit à la réalisation » — par un processus unilatéral — des vérités fragmentaires qu’elle trouve semées en dehors d’elle ». [Jacques DUPUIS - Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux - Cogitatio Fidei – 200 – 1997 - p.494].
J. Dupuis la définit aussi de la manière suivante :

« Selon cette théorie, le salut en Jésus Christ - parvient aux membres des autres religions comme la réponse divine à l’aspiration religieuse humaine exprimée à travers la tradition de chacun, mais ces traditions religieuses ne jouent elles-mêmes aucun rôle dans le mystère du salut. » [Ibidem, p.199].

Pour résumer J. Dupuis, la théorie de l’accomplissement considère la « religion chrétienne » comme la réponse unique et « surnaturelle » de Dieu au désir « naturel », qui porte tout homme à chercher Dieu. Cette réponse accomplit la quête humaine de Dieu, quête qui de soi ne pouvait aboutir, parce que terrestre alors que Dieu est céleste – pour parler métaphoriquement.

[89« C’est toi qui le pousse à prendre plaisir à te louer parce que tu nous as faits orientés vers toi et que notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi ».
quia fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te - [ Augustin - Confessions – 1,I,1 p. 273].

[90Paul VI redira cela autrement au n°108, à propos de l’absolutisation erronée de réalités sociales

[91n°101

[92« in modo univoco » en italien, que la traduction française n’a pas repris, préférant traduire par « non pas toujours le même »

[93n°99

[941 Cor 15,28, dans une perspective eschatologique. Voir aussi Col 3,11 : « Christ est tout en tous ».

[95n°86

[96Les traducteurs ont travaillé à partir de l’exemplaire italien ou bien à partir de l’exemplaire latin, ou bien des deux – comme cela apparaît sur la traduction anglaise par exemple. Le malaise des éditeurs des traductions françaises se ressent dans leurs avertissements


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