Esperer-isshoni.info

Histoire du christianisme - 1000 à 1500 ap. J.C. - la relation à l’autre

mardi 28 octobre 2014 par Phap

Table des matières

I. La relation entre chrétienté grecque et chrétienté latine.

II. La relation entre chrétienté et musulmans

III. La relation entre chrétienté et juifs

IV. La relation entre chrétienté et dissidence bogomile / cathare

Conclusion
Bibliographie


1 Après avoir étudié la période entre 500 et 1000 après Jésus-Christ, étudions celle entre 1000 et 1500 . Nous reprendrons cette période d’abord dans le cadre de la relation de la chrétienté avec l’autre :

  • l’autre grec pour le chrétien latin, l’autre latin pour le chrétien grec ;
  • l’autre musulman ;
  • l’autre juif ;
  • l’autre dissident cathare

2 Nous verrons que cette relation à l’autre est souvent entachée de contraintes faites à l’autre, quand ce n’est pas l’autre qui contraint par la violence. A notre époque où la liberté de conscience est devenue un droit - heureusement dirons-nous en sortant de notre neutralité méthodologique -, nous avons tendance à regarder de manière critique les sociétés et les personnes de cette époque. Mais en même temps, ne soyons pas naïfs :

  • d’abord évitons de croire que les progrès en matière de respect de l’autre sont acquis et que nous ne répèterons pas les errements de nos ancêtres ;
  • ensuite nous avons nous aussi des angles morts. Nous aussi, nous ne voyons pas – ou ne voulons pas voir - des réalités injustes et, sans doute, nos descendants nous reprocheront nos aveuglements de la même manière que nous le faisons pour nos ancêtres.


I. La relation entre chrétienté grecque et chrétienté latine


I.1 Des relations conflictuelles

3 Les relations sont conflictuelles. Les "Grecs" [1] reprochent surtout aux "Latins" [2] les quatre points suivants :

  • l’addition du Filioque ("et le Fils") dans le symbole de Nicée Constantinople (le credo pour faire court),
  • l’utilisation dans le rite eucharistique du pain azyme et non du pain fermenté,
  • le règlement interdisant l’ordination sacerdotale d’hommes mariés alors que les Grecs l’autorisent,
  • la prétention à la primauté du siège de Rome sur les autres patriarcats.

4 Plusieurs ruptures de communion entre Rome et Constantinople avaient déjà eu lieu avant 1054. Le schisme de 1054 n’a semblé qu’une péripétie de plus.
Mais, de manière imprévisible, il va durer plus longtemps que les schismes précédents : il faudra attendre le 7 décembre 1965 pour que soient levées les excommunications mutuelles par le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras 1er.

5 Signalons que la bulle d’excommunication lancée par le légat du pape, Humbert de Moyenmoutier, contre le patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, accuse entre autres le patriarche de pratiquer un symbole d’où la mention du Filioque a été enlevé, accusation qui dénote une méconnaissance historique.
Par ailleurs, l’accusation de manichéisme à propos de l’utilisation de pain fermenté – autrement dit, les Grecs considèreraient que le pain fermenté comporterait d’un côté de la matière et de l’autre un principe spirituel selon un dualisme manichéen – semble bien artificiel. L’accusation du patriarche Michel Cerrulaire portée contre le pape n’est pas plus juste [3]

6 L’incompréhension a dégénéré en haine. En 1183, la population constantinopolitaine a massacré les habitants latins de la ville. Cette haine deviendra farouche après le pillage de Constantinople lors de la quatrième croisade en 1204.

7 Rappelons que les croisés avaient payé leur embarquement sur les bateaux de Venise en prenant en novembre 1202 le port de Zara sur la côte dalmate, pourtant possession du roi chrétien de Hongrie : le pape Innocent III avait alors excommunié les Vénitiens.
Appelés à la rescousse par le byzantin Isaac II Ange qui avait été détrôné de Constantinople, les croisés latins, inspirés par les Vénitiens, prennent Constantinople et installent Isaac II ainsi que son fils Alexis IV sur le trône le 17 juillet 1203. L’assassinat de leurs protégés provoquera la seconde prise de Constantinople le 12 avril 1204. Cette fois-ci, la ville est mise à sac : en particulier, les croisés pilleront les reliques sacrées, dont la relique de la sainte Couronne d’épines, qui sera donnée au roi Louis IX (le futur roi saint Louis) et pour laquelle il fera construire la Sainte Chapelle à Paris.

8 Les Latins en profiteront pour introniser Baudouin de Flandre comme empereur latin de Constantinople. La haine grecque contre les latins trouvera matière à s’alimenter lorsque le pape Innocent III et ses successeurs tenteront de latiniser de force l’Église grecque.

9 La résistance grecque s’organisera à partir de trois pôles :

  • la principauté de Trébizonde avec les Comnène,
  • l’empire de Nicée dirigé par les Laskarides,
  • et enfin le Despotat d’Épire avec les Ange.

Les Latins seront défaits en 1261 par un empereur de Nicée, Michel VIII Paléologue, après qu’il ait vaincu le Despotat d’Épire. Notons qu’il se sera fait aider par d’autres Latins, les Génois, en rivalité avec les Vénitiens pour les comptoirs de la Mer Noire : comme quoi les colorations religieuses des conflits ne doivent pas faire oublier les raisons souterraines, souvent bien plus déterminantes en même temps que bien moins édifiantes. Nous aurons l’occasion de le redire plus bas.

I.2 Et en même temps, la recherche de l’union

10 Le même empereur Michel VIII cherchera pourtant l’union entre le Patriarcat de Constantinople et la papauté romaine.
Pourquoi cela ? Parce qu’il doit résister à la pression turque, et qu’il cherche l’aide des armées latines contre son ennemi à l’est.

11 Un premier essai d’union sous son règne aura lieu, qui se soldera par un échec en 1274. A la mort de Michel VIII en 1282, son fils, Andronic II (1282-1328) dénoncera le traité.

12 Un second essai est tenté à partir de 1355 par le basileus Jean V. L’année précédente, les Turcs avaient pris Gallipoli, une position stratégique commandant le détroit des Dardanelles, accentuant ainsi leur pression. Jean V renoncera et préfèrera traiter avec les Turcs en 1375.

13 La dernière tentative aura lieu pendant le concile de Ferrare – Florence de 1438 – 1439. Entretemps, les Turcs ont vaincu la ligue à Nicopolis en 1396. L’accord d’union est obtenu le 27 juin 1439 :

  • La question des pains azyme et pain fermenté est levée, chacune des deux parties reconnaissant la légitimité de l’usage faite par l’autre ;
  • quant au Filioque, les Latins acceptent qu’il soit précisé en devenant un per Filium, « par le Fils », tandis que les Grecs acceptent l’ajout dans le symbole (le Credo).

14 Le décret d’union est signé les 5/6 juillet 1439 à l’église Santa-Maria-Novella, sous le nom de Laetentur Coeli - « Que les cieux se réjouissent ! ».

15 Le traité est proclamé à l’église Sainte-Sophie de Constantinople le 12 décembre 1452.
Mais il restera lettre morte : « le turban plutôt que la mitre » disent les Grecs, mieux vaut une domination du Turc qui nous laissera pratiquer notre culte – moyennant le paiement d’un tribut pour financer sa protection – plutôt que la primauté romaine.
Déjà en 1430, les moines du Mont Athos avaient reconnu l’autorité du turc Murad II ; celui-ci avait garanti l’immunité du Mont Athos : pas un soldat ou un administrateur turc n’était autorisé à pénétrer dans la Montagne Sainte.

16 En conclusion de ce chapitre, disons que l’union avait été voulue par l’élite byzantine, élite politique et ecclésiastique, pour des raisons stratégiques. Elle ne pouvait sans doute pas être acceptée par le peuple de Constantinople : trop de haine du côté de la population et des moines de Byzance, trop d’arrogance du côté des Latins ?

17 Il était aussi trop tard sans doute : en 1453, le turc Mehmed II prenait Constantinople. C’en était fini de la « seconde Rome ».
Les idéologues du pouvoir en Russie voudront voir en Moscou la « troisième Rome », comme si le complexe étatico-religieux byzantin y avait été transféré. Quant aux Grecs (les « Roumis » - Romains - des Arabes), ils seront soumis à la « turcocratie » jusqu’au 19e siècle.

1054 Excommunication mutuelle entre le patriarche de Constantinople, Michel Cerrulaire, et le légat pontifical Humbert de Moyenmoutier
1182 Massacre des Latins à Constantinople
novembre 1202 Prise de Zara, possession du roi chrétien de Hongrie, sur la côte dalmate par les Croisés emmenés sur la flotte vénitienne
juillet 1203 Première prise de Constantinople
12 avril 1204 Pillage de Constantinople et de ses reliques saintes
1261 L’Empereur de Nicée, Michel VIII Paléologue, chasse les Latins de Constantinople
1282 Mort de Michel VIII. Son fils dénonce le traité d’union qui était resté lettre morte
1354 Prise de Gallipoli par les Turcs
1355-1375 Essai d’union auquel renonce le basileus Jean V
1438 – 1439 Concile de Ferrare – Florence. Le décret d’union Laetentur Coeli est signé les 5/ 6 juillet 1439. Il restera lettre morte
10 novembre 1444 Défaite de la nouvelle ligue (dont la Pologne et la Hongrie) à Varna contre les Turcs.
Ladislas III Jagellon, roi de Pologne et de Hongrie, y trouve la mort.
29 mai 1453 Le sultan Mehmed II (mort en 1481) emporte Constantinople. L’empereur byzantin Constantin Dragasès meurt dans le combat.
1459 Chute de Smederovo
1461 Chute de Trébizonde
1475 Chute de Caffa
1521 Soliman le Magnifique prend Belgrade
7 octobre 1571 Défaite des Turcs à la bataille navale de Lépante

Tableau de dates concernant les relations entre chrétienté latine et chrétienté grecque


II. La relation entre chrétienté et musulmans

18 Les nations chrétiennes affrontent des nations animées par l’Islam, une religion elle aussi à visée universaliste et adossée elle aussi à des États. La relation sera vécue sur le mode de l’affrontement, justifié en surface par des notions religieuses comme le jihad, théorisé très tôt dans la religion musulmane [4], et la croisade dans la religion chrétienne.
L’empire byzantin sera grignoté par les armées turques avec le point d’orgue de la prise de Constantinople en 1453 [rappelons que Trébizonde ne tombera qu’en 1461, soit huit ans après Constantinople], tandis qu’en Occident, les royaumes d’Espagne mèneront une Reconquista, une reconquête qui aboutira à la prise de Grenade en 1492.


II.1 L’Orient et une nouveauté latine : le concept de « croisade »

19 Rappelons que la profession de soldat constituait un empêchement au baptême chrétien lors des premiers temps de la communauté chrétienne.
Lors de l’alliance de l’Empire et du christianisme promu religion officielle, il est devenu possible de recevoir le baptême en restant soldat, mais tuer l’ennemi continuait de valoir comme péché.
Au second millénaire, on commencera à penser que tuer un ennemi peut être juste dans certains cas (cas d’un "infidèle" occupant un territoire anciennement chrétien, par exemple).
Un autre pas sera franchi quand la guerre, de juste, deviendra sainte – il faudrait plutôt dire « sanctifiante » : le soldat qui meurt pendant ce type de guerre est censé se voir remettre ses péchés.

20 Urbain II partira dans cette direction lorsqu’il lancera la première croisade pour libérer Jérusalem en 1095 : « en vertu de l’autorité qu’il tient de Dieu, il [le pape Urbain II] absolvait tous les pénitents à partir du moment où ils prenaient la croix... » [5].

21 [Nous ouvrons un aparté ici. Il est certain qu’on trouve difficilement mieux que des valeurs sacrales pour mobiliser des populations et des hommes pour tuer et pour se faire tuer : cela s’est constaté aussi bien pour la religion chrétienne que pour la religion musulmane. Pour autant, ce n’est pas parce que des religions et des hommes religieux se laissent instrumentaliser par des discours de violence que pour autant, les religions sont de soi meurtrières.

22 Par ailleurs, il nous semble que les raisons religieuses sont souvent affichées avec d’autant plus d’ostentation qu’elles sont en réalité peu ou pas déterminantes : sinon comment expliquer que Saladin ait pu lancer un Jihad contre d’autres musulmans, lors de son attaque contre les Fatimides chiites ? Voir aussi la croisade lancée par Innocent III contre le Languedoc, pourtant terre chrétienne même si elle comprend aussi une forte présence cathare.

23 Une vision des conflits par blocs civilisationnels ou religieux n’explique pas ces phénomènes :

  • les chrétiens coptes égyptiens ont combattu les croisés, pourtant chrétiens eux aussi, lors de la cinquième croisade ?
  • Cette vision ne permet pas de rendre compte de l’alliance des croisés avec des musulmans contre les musulmans turcs en 1244.
  • Pour ne pas parler de la quatrième croisade menée en réalité par des chrétiens latins contre des chrétiens grecs.
  • Et comment expliquer que la population byzantine, chrétienne, ait protégé les habitants musulmans de Constantinople contre les Latins chrétiens ?

Décidément, l’explication des conflits par une division en blocs culturels ou religieux est incertaine et dangereuse.

24 A bien y réfléchir, l’argument religieux n’est-il pas une sorte de chiffon rouge agité pour faire charger les foules ? Se demander qui a intérêt à provoquer la violence ? Qui a intérêt à ce que le soit-disant « clash des civilisations » devienne une réalité à l’instar de ces fausses prophéties qui se réalisent parce que tout le monde y croit ?

25 Il est heureux que le pape Jean Paul II ait déploré l’histoire des croisades. Pouvoir reconnaître humblement les torts de son clan, de sa famille : cela est l’indice d’une force morale, et cela permet de tourner la page. Pour écrire une nouvelle histoire, avec une autre encre que celle du sang et des larmes. Fin de l’aparté]

1009 ou 1010 Le calife égyptien Al-Hakim (996-1021) fait détruire le Saint Sépulcre. Il persécute les juifs et les chrétiens coptes d’Égypte (1007 à 1012)
1071 Les Turcs sedjoukides défont l’empereur grec Romain Diogène à Mantzikiert
1075 Jérusalem tombe aux mains des Turcs
1095 Le pape Urbain II, suite à la demande d’aide de l’empereur Alexis 1er de Constantinople [6], appelle pour la première fois à la croisade à Clermont.
1099 Les Croisés prennent Jérusalem qui, entretemps, avait été prise par les Fatimides égyptiens (chiites) aux Turcs (sunnites) en 1098. Les territoires reconquis ne sont pas rendus à l’empereur de Constantionople : création de quatre états latins : comté d’Édesse (Baudouin de Boulogne) ; principauté d’Antioche (Bohémond de Tarente), comté de Tripoli (comtes de Toulouse), royaume de Jérusalem (Baudouin)
1146 A Vézelay puis à Spire, le moine cistercien Bernard de Claivaux prêche avec succès la deuxième croisade (1147-1149) lancée par le pape cistercien Eugène III l’année précédente. Les rois Louis VII de France et Conrad III d’Allemagne la dirigent, sans réussite.
1171 Le vizir kurde Saladin, fondateur des Ayyoubides sunnites, défait les califes fatimides (chiites) du Caire
1187 Saladin défait l’armée de Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, à la bataille de Hatin en juillet. En octobre, Jérusalem tombe entre ses mains.
- 29 octobre 1187 Le pape Grégoire VIII appelle à la troisième croisade (1189 – 1192)
- juin 1190 L’empereur Frédéric Barberousse se noie dans le fleuve Selef en Asie Mineure
- juillet 1191 Les rois Richard Coeur de Lion (Angleterre) et Philippe II (France) reprennent Saint-Jean d’Acre
1202 – 1204 Quatrième croisade dont l’Empire de Byzance fera les frais (voir plus haut)
1218 – 1222 Cinquième croisade. Damiette (Egypte) tombe aux mains des croisés en 1219, mais est perdue pour eux en 1221. En 1219, le sultan al-Kamil rencontre le frère François d’Assise
1228 – 1229 Sixième croisade. L’empereur Frédéric II (mort en 1250) négocie avec le sultan al-Kamil le traité de Jaffa en 1229 : Jérusalem est récupérée, à l’exception de la Mosquée d’Omar
- 23 août 1244 Jérusalem tombe pour longtemps aux mains des Turcs, après la bataille de Forbie où les croisés s’étaient alliés avec d’autres musulmans (musulmans égyptiens ou musulmans de Damas ?).
1248 - 1254 Septième croisade emmenée par Louis IX, qui est fait prisonnier en Égypte à la bataille de la Mansourah en 1250.
- 25 août 1270 Louis IX meurt pendant la huitième croisade sous les murs de Tunis (Tunisie).
1464 La mort du pape Pie II arrête une croisade avant même qu’elle ne quitte le port. Pie II semblait avoir été le seul à croire à cette dernière croisade.
Dates concernant les relations avec les musulmans en Orient
II.2 La Reconquista en Espagne
Vers 980 Début des raids d’Al-Mansour au Nord de l’Espagne. Saint-Jacques de Compostelle est pillé en 996 ou 997 par Al-Mansour.
1085 Alfonse VI, roi de Castille et de Léon, reprend Tolède
1147 Lisbonne (Portugal) est reprise aux mains des Arabo-berbères
1212 La coalition des rois de Castille, de Navarre et d’Aragon l’emporte à la bataille de Las Navas de Tolosa
1236 Ferdinand III, roi de Castille, prend Cordoue et transforme la mosquée en cathédrale

Tableau de dates concernant les relations avec les musulmans en Orient


II.2 La Reconquista en Espagne

Vers 980 Début des raids d’Al-Mansour au Nord de l’Espagne. Saint-Jacques de Compostelle est pillé en 996 ou 997 par Al-Mansour.
1085 Alfonse VI, roi de Castille et de Léon, reprend Tolède
1147 Lisbonne (Portugal) est reprise aux mains des Arabo-berbères
1212 La coalition des rois de Castille, de Navarre et d’Aragon l’emporte à la bataille de Las Navas de Tolosa
1236 Ferdinand III, roi de Castille, prend Cordoue et transforme la mosquée en cathédrale

26 La Reconquista s’achève en 1492, avec la reddition de Grenade. Les Capitulaciones de Santa Fe avaient garanti aux Maures la possibilité de garder leur religion, en échange de leur reddition.
Cet accord ne sera pas respecté puisqu’en 1525, Charles Quint obligera les musulmans d’Espagne (les « mudejares  ») à choisir entre la conversion au christianisme ou le départ d’Espagne.

1415 Le Royaume du Portugal prend le port de Ceuta en Afrique
28 novembre 1491 Garanties des Capitulaciones de Santa Fe faites aux Maures de Grenade en échange de leur reddition
1492 La Reconquista s’achève par la reddition de Grenade en Espagne
1501 1502 Les mudejares (musulmans vivant en Espagne) doivent choisir entre le départ ou la conversion au christianisme
1509 1510 Prise de Bougie en Afrique par l’Espagne
1523 Charles Quint impose aux mudejares du royaume de Valence de se convertir ou de partir. Les « morisques » désignent les musulmans qui se sont convertis au christianisme.
25 novembre 1525 Charles Quint impose aux mudejares de l’ensemble de l’Espagne de se convertir ou de partir.

Tableau de dates concernant les relations avec les musulmans en territoire ibérique


III. La relation entre chrétienté et juifs


III.1 généralités

27 A la différence des musulmans, les juifs ne représentent pas une menace militaire pour les chrétientés d’Orient et d’Occident.
L’histoire montre que leur présence est seulement tolérée, et que leur sécurité demeure précaire. Ils sont à la merci d’émeutes populaires et du bon vouloir de leur prince : au prince bienveillant et protecteur peut succéder un prince qui les spoliera, les rançonnera ou les expulsera à discrétion.

28 L’interdiction imposée par l’Église aux chrétiens d’exercer le prêt à intérêt amènera certains juifs à pratiquer l’activité de prêteur et de banquier. Certains deviendront ainsi des personnages influents, tout en nourrissant la rancune et la jalousie de l’aristocratie et de la population.

29 La violence populaire s’exercera pendant les départs en croisade.
Les accusations fantasmatiques de meurtre rituel – les Juifs égorgeraient des jeunes hommes pour la Pâque (confusion entre l’agneau égorgé pour la Pâque juive ?) -, de profanation d’hostie sont aussi de puissants déclencheurs de massacres populaires.
Lors d’épidémies comme la Peste noire de 1347 – 1349, la population sera prompte à faire d’eux des boucs-émissaires (accusation d’avoir empoisonné les puits par exemple).

30 L’Église latine a tenu un rôle ambivalent dans l’histoire des relations entre les juifs et la population chrétienne.

Certes, elle a dénoncé les conversions forcées, en rappelant, avec Thomas d’Aquin, religieux de l’ordre de saint Dominique, que nul ne peut contraindre le sanctuaire de la conscience qui refuse d’adhérer au Christ [6] : il n’est donc pas question de forcer un juif à recevoir le baptême chrétien. Thomas d’Aquin rappellera aussi qu’il n’est pas permis de baptiser les enfants juifs contre la volonté de leurs parents [7].
Mais en même temps, ce sera l’Église qui, en 1267, assimilera à une apostasie passible de la peine de mort, le retour à la foi juive des juifs baptisés, même si ce baptême a été imposé par la contrainte.

31 L’Église a dénoncé les violences faites aux Juifs pendant les croisades, elle a protégé les Juifs sur son territoire pendant la Peste noire de 1347 – 1349.
Mais c’est elle aussi qui, au quatrième Concile de Latran, demandera que les Juifs portent un signe vestimentaire distinctif : ce sera la rutella (la « rouelle »), une petite roue évidée dont on dit qu’elle symbolise les dix deniers versés à Judas l’Iscariote en paiement de sa trahison de Jésus.
Le peuple chrétien ne risque-t-il pas d’en conclure que celui ou celle qui porte cette rutella a lui aussi trahi Jésus ?
L’intention du concile Latran IV était sans doute d’éviter qu’un chrétien s’allie avec un juif sans le savoir, mais le résultat a sans doute était une stigmatisation accrue des juifs.


III.2 En Orient

En 930 Le basileus (l’empereur) Romain Lécapène veut forcer les juifs à se convertir dans l’Empire byzantin.
1254 Politique de baptême forcé par le basileus Jean Vatatzés, empereur de Nicée
1261 L’empereur de Nicée puis de Byzance, Michel VIII Paléologue, annule la mesure de baptême forcée des juifs.

Tableau des dates concernant les relations avec les juifs en Orient


III.3 En Occident

1096 Première croisade, pendant laquelle les juifs sont persécutés, notamment dans la vallée du Rhin
1144 Première accusation de meurtre rituel par des clercs contre les juifs à propos de Guillaume de Norwich
1146 Le moine cistercien Bernard de Clairvaux condamne les persécutions de juifs pendant la seconde croisade
1171 Massacre d’une quarantaine de juifs à Blois, suite à une accusation de profanation d’hostie
1181 Le roi Philippe le Bel de France ordonne l’expulsion des juifs. Il les autorisera à revenir moyennant finances en 1198
1189 Violences contre les juifs en Angleterre, avant le départ de Richard Coeur de Lion pour la croisade
1215 Concile de Latran IV qui imposer aux juifs de porter un signe vestimentaire distinctif
1242 La contribution juive à l’Empire s’élève à 12 %
1246 Le concile de Montpellier interdit aux chrétiens de se faire soigner par des médecins juifs
1267 Bulle Turbato corde (« d’un cœur troublé ») du pape Clément IV assimilant à une apostasie le retour à la foi juive des juifs baptisés, même sous la contrainte
1269 Louis IX impose le port de la rutella, suite à la décision de Latran IV en 1215
1298 massacres de juifs en Franconie (Allemagne) suite à des accusations de profanation d’hosties
1290 Expulsion des juifs d’Angleterre
1299 L’empereur germanique annule les créances juives envers lui de son propre chef
1306 Nouvelle expulsion des juifs de France
1348 Le pape Clément VI défend les juifs transformés en boucs-émissaires pendant la Peste noire (1347 – 1349). Les juifs échappent aux persécutions en Comté-Vénaissin
1366 L’obligation du port de la rutella par les juifs est appliquée en Sicile
1394 Nouvelle expulsion des juifs de France sous Charles VI
1429 Les juifs et les « sarrasins » de Sicile sont contraints d’assister aux prédications du frère Matteo Gommera
- 26 mars 2000 Le pape Jean-Paul II insère une prière dans le Mur des Lamentations de Jérusalem [9]

Tableau de dates concernant les relations avec les juifs en Occident


III.4 Cas particulier de l’Espagne

32 Nous ferons un gros plan sur la situation des juifs en Espagne entre 1000 et 1500 de l’ère chrétienne pour deux raisons :

  • c’est en Espagne qu’a été créée à partir de 1478 une Inquisition royale, à distinguer de l’Inquisition pontificale ;
  • c’est là aussi que l’idéologie de la limpieza de sangre, la « pureté du sang » a pris naissance : cette idéologie distinguait entre les « vieux chrétiens » et les « nouveaux chrétiens », autrement dit les chrétiens qui descendaient d’ancêtres juifs ou maures, ces derniers étant bientôt interdits d’accès aux fonctions civiles et ecclésiastiques.

33 L’inquisition royale espagnole, approuvée à contrecœur par la papauté, avait pour but de poursuivre les mauvais chrétiens, ceux qui « croient mal » consciemment, c’est-à-dire en Espagne surtout les « judaïsants », autrement dit des nouveaux chrétiens convertis du judaïsme (les « conversos  ») qui pratiquent en cachette tout ou partie des rites juifs (rappelons que ces crypto-juifs étaient appelés péjorativement des « marranes  », des « porcs »).
Entre 1481 et 1525, il y aurait eu en Espagne cinq mille autodafés, (« actes de foi ») autrement dit les exécutions capitales par le feu [8]

1391 Massacres et conversions forcées de la juiverie de Séville
1413 Obligation aux conversos (juifs convertis) de quitter les juiveries où ils continuent d’habiter à Valence (Espagne)
31 mars 1492 Expulsion des juifs d’Espagne. 165,000 juifs partiront, la plupart pour Thessalonique sous domination turque
À partir de 1478 Mise en place du Saint Office de l’Inquisition sous l’autorité royale espagnole. Le dominicain (religieux de l’ordre des Prêcheurs fondé par saint Dominique) Tomas de Torquemada en prend les rênes. Le pape Sixte IV lui donne son aval.
De 1481 à 1525 5,000 autodafés (peines capitales par le feu) en Espagne
avril 1506 Pogrom de Lisbonne, provoquant la mort de 2,000 personnes. La couronne punit les meneurs de l’émeute par la peine capitale.
1536 Création d’une Inquisition royale portugaise

Tableau de dates concernant les relations avec les juifs en Espagne


IV. La relation entre chrétienté et dissidence bogomile / cathare

34 Nous employons le mot « dissidence » plutôt qu’ « hérésie » pour parler du mouvement dualiste qualifié de « bogomile » à l’Est, et de « cathare » à l’ouest.
Nous nous dégageons ainsi du point de vue de l’Église chrétienne, tout en soulignant la force de contestation que représente ce mouvement par rapport à la religion officielle.

35 Ce mouvement profère une doctrine dualiste.
Face à l’énigme d’un monde où existe le mal alors que, selon la Bible, il est censé avoir été créé par un Dieu bon, cette doctrine explique l’origine du mal par un principe mauvais, un dieu mauvais, éternel comme le principe bon, au dieu mauvais.
Le principe mauvais aurait créé la matière, périssable, corruptible, dans laquelle les étincelles divines provenant du dieu bon seraient prisonnières.
L’enjeu serait de libérer ces étincelles de lumière embourbées dans la matière en suivant la voie indiquée par un ange, Jésus.

Ce courant dissident va à l’encontre de la Bible, puisque pour lui, la matière est foncièrement mauvaise ; dans ce système de coordonnées, la venue dans la chair du Verbe est impossible, de même que la souffrance et la mort réelles de Jésus sur la croix [9].

36 A la différence de l’islam et du judaïsme, cette dissidence tire ses adeptes du sein du christianisme, et à ce titre, elle représente apparemment une menace pour le corps chrétien, si on veut bien utiliser cette métaphore organique.
Face à ce qui est vu à l’époque comme une gangrène du corps ecclésial, il semble nécessaire de recourir au bistouri.
Une autre image verra dans l’Église la « vigne du Seigneur », menacée de grappillage par des renards : aux chiens de garde de mettre en déroute ces renards malfaisants [10]

37 Dans tous les cas, le souci de l’intégrité de l’Église va se traduire par la mise en place d’une institution spéciale, l’Inquisition pontificale. Cette dernière ne relèvera que du Pape et pourra poursuivre ses enquêtes en tout lieu sans avoir à rendre compte aux autorités ecclésiastiques du lieu.
Elle met en œuvre des procédures d’enquête exceptionnelle, où l’accusé(e) ne sait ni de quoi il est accusé ni par qui ; par ailleurs, l’usage de la torture sera légitimé alors qu’elle avait été condamnée par le pape Nicolas 1er en 866.

38 Violence institutionnalisée faite aux consciences, violence institutionnalisée faite aux corps. Violence efficace, puisque la dissidence cathare a été éradiquée de la chrétienté.
Le même Thomas d’Aquin, qui avait soutenu l’inviolabilité de la conscience, justifiera au nom de la préservation du troupeau la mise à mort de l’hérétique [11].
Violence inacceptable pour notre conscience contemporaine, et à raison.

39 On pourra toujours trouver des circonstances atténuantes, on pourra toujours relever que la plupart des inquisiteurs n’ont pas cherché à privilégier la peine capitale parmi l’ensemble des peines prévues [12]. Il n’empêche, nous ne pouvons pas ne pas nous demander quelle aurait été la réaction de Jésus face aux agissements de ses lointains disciples – nous ne sommes pas bien sûrs qu’il aurait béni ces choses qui ont pourtant été commises en son nom.

IV.1 En Orient

1099 ou 1110 (ou entre 1084 et 1102/1104) Le basileus (empereur byzantin) Alexis 1er envoie au bûcher le bogomile Basile.
Le canoniste Basalmon s’était opposé à cette peine capitale, de même que l’Église byzantine
1143 / 1146 Mention de bûchers de bogomiles
1306 Un synode bulgare mentionne encore la présence de bogomiles

Tableau de dates concernant les relations avec les bogomiles


IV.2 En Occident

1174 / 1176 ou 1167 « concile cathare » de Saint-Félix de Caraman avec le « papas  » Nicetas, qui réorgansie l’Église cathare
1197 L’hérésie est assimilée à un crime de lèse-majesté puni de mort dans le royaume d’Aragon
1199 Le pape Innocent III assimile l’hérésie à un crime de lèse-majesté dans la décrétale Vergentis in senium
1208 Suite à l’assassinat de son légat, Pierre de Castelneau envoyé en mission contre les cathares, le pape lance une croisade contre le comte Raymond VI de Toulouse et les seigneurs du Midi albigeois
1209 Massacre de la population de Béziers réfugiée dans la cathédrale
1226 1229 Seconde croisade albigeoise, menée directement par le roi de France, Louis VIII
1231 1233 Création de l’inquisition papale par Grégoire IX (1145-1241), avec juridiction sur l’ensemble de la chrétienté et ne répondant qu’au pape
11 juin 1233 Le pape Grégoire IX fulmine la bulle Vox in Rama (une voix à Rama ») contre les hérétiques. Il y dénonce les sabbats des sorciers et le culte du diable.
1232 1239 L’inquisiteur Robert le Bougre (le « Bulgare » parce qu’il avait été un ancien cathare / bogomile / « bulgare ») multiplie les condamnations à mort en France septentrionale. Désavoué, il est condamné à la prison à vie.
1233 Assassinat du premier inquisiteur allemand, Conrad de Marbourg, prêtre séculier de l’ordre des Prémontrés.
1244 La citadelle cathare de Montségur tombe.
1252 Le dominicain Pierre de Vérone est assassiné par les « patarins » en Italie
1252 Le pape Innocent IV autorise l’usage de la torture pendant les interrogatoires de l’Inquisition, contrairement à son prédécesseur Nicolas 1er qui avait condamné l’usage de la torture en 866
1312 Au concile de Vienne, sous le pape Clément V , il est demandé aux évêques de veiller à éviter les abus des inquisiteurs
Vers 1323 Le dominicain Bernard Gui (1260 1331) écrit son Manuel de l’inquisiteur

Tableau de dates concernant les relations avec les cathares


Conclusion

40 Parvenus à la fin de ce chapitre de l’histoire de la chrétienté entre 1000 et 1500 ans de l’ère chrétienne, vu à travers le fil conducteur de la relation de la chrétienté à l’autre, nous avons surtout rencontré la violence, la contrainte, le non-respect des corps et des consciences.

41 Quelques rares lumières émergent pendant cette première moitié du second millénaire : pour n’en citer que quelques unes :

  • la rencontre de François d’Assise et du sultan d’Égypte en 1219 ;
  • le catalan Raymond Lull qui recommande la persuasion par la prédication dans la langue juive ou arabe : des chaires d’hébreu et d’arabe seront alors créées dans les universités, mais bien peu seront les frères mendiants qui s’y investiront, et rien ne dit que leurs efforts ont rencontré l’intérêt de leurs condisciples, dominicains ou franciscains [13] ;
  • la défense par l’État pontifical avignonais des juifs persécutés pendant la Peste noire.

42 Globalement, le tableau nous apparaît assez sombre. L’autre tombe dans des catégories négatives, qu’elles soient celles :

  • de l’infidèle (l juif, le musulman),
  • du schismatique (le chrétien grec pour le chrétien latin et réciproquement),
  • ou enfin de l’apostat (le chrétien qui devient musulman ou juif) et de l’hérétique (le cathare latin, le bogomile bulgare).

Dans tous les cas, cet autre se définit négativement comme en dehors de la vraie religion et en dehors de la bonne communauté : il représente un défi pour la prétention universaliste de la religion officielle, sinon une menace qui justifie la violence pour la supprimer :

  • violence populaire, instrumentalisée par l’État (on voit bien qu’il sait protéger" ses juifs" quand il le veut),
  • violence institutionnelle aussi, papale, royale ou impériale, avec les croisades et les procédures inquisitoriales.

43 Avec le recul que nous avons, nous pouvons déplorer ce qui apparaît maintenant comme des dévoiements par rapport à la recherche de promotion de l’humain et du rejet de l’inhumain, et, pour les chrétiens, par rapport à la prédication évangélique de Jésus-Christ.
Il nous semble que, par delà les discours théologico-médicaux de l’époque sur la santé / salut du corps ecclésial, il y avait fondamentalement à l’œuvre la sacralisation d’un ordre dont on redoutait toute transgression par l’un des membres du groupe.
Cette tendance se reflétait déjà dans les lois de pureté de la Bible, avec la crainte des impuretés qui risquaient de contaminer le peuple élu.
Cela se retrouve dans les images organiques des théologiens chrétiens du Moyen-Âge.

Mais cela sonne paradoxalement comme une forme d’idolâtrie, avec l’idole de l’ordre établi pour laquelle on est prêt à tuer. A débattre.

44 Pour autant, ne cédons pas à une condamnation rétrospective facile de nos ancêtres : ils n’étaient pas plus stupides que nous, et nous ne sommes pas plus malins qu’eux.
S’ils se sont laissés aveuglés, ne sommes-nous pas, nous aussi, aveugles sur certains points – je pense aux échanges économiques inégaux entre les nations, je pense à l’indifférence face à l’assimilation du vivant sensible à de la matière brute ?

Les générations futures ne hocheront-elles pas aussi la tête face à certains de nos comportements collectifs actuels, comme nous-mêmes le faisons pour nos ancêtres du Moyen-Âge ?

45 Par ailleurs, sommes-nous assez vigilants par rapport à ces acquis de la conscience humaine actuelle ? Faisons-nous bien attention à ce que l’histoire ne se répète pas ? Avons-nous tiré les leçons de l’histoire ?

46 Par dessus-tout, que croyons-nous fondamentalement ? Que l’homme est un loup pour l’homme ? Ou bien qu’il peut être cela, mais qu’il peut aussi être autre chose ? Et que c’est peut-être cet autre chose qui l’emportera sur l’appétit de domination, de dévoration ?

47 Pour conclure, je remercierai le pape Jean-Paul II pour ses actes de repentance au nom de l’Église catholique. Avec le pardon demandé, donné et reçu, on peut tourner la page à deux, et en écrire une nouvelle, à deux : elle sera plus heureuse.


@ esperer-isshoni.fr, janvier 2011
@ esperer-isshoni.info, octobre 2014


Bibliographie

  • Atlas historique, adaptation de l’allemand sous la direction de Pierre Mougenot, [D.T.V. Atlas zur Weltgeschichte, Deutscher Taschenbuch Verlag, 1964], Stock, 1968, 619 p.
  • Comby, Jean, Pour lire l’histoire de l’Église, des origines au XXIe siècle, nouvelle édition revue et augmentée, [1999] Cerf, 2003, 445 p.
  • Histoire générale du christianisme – des origines au XVe siècle – Jean-Robert Armogathe, Pascal Montaubin, Michel-Yves Perrin (dir.), PUF, 2010
  • Apogée de la papauté et expansion de la chrétienté (1054-1274), André Vauchez (resp.), collection Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome V, Desclée, 1993, 973 p.
    • Patlajean, Evelyne, « Une chrétienté impériale : Byzance », p. 27-56
    • Patlajean, Evelyne, « Les relations entre Constantinople et Rome aux Xie et XIIe siècles », p. 349-363
    • Patlajean, Evelyne, « A Byzance : contestations et dissidences », p.451-458
    • Vauchez, André, « En Occident : de la contestation à l’hérésie », p. 459-472
    • Vauchez, André, « Les chrétiens face aux non-chrétiens », p.701-734
    • Vauchez, André, « En Occident : la répression de l’hérésie et les nouvelles formes de dissidence », p. 819-843
  • Un temps d’épreuves (1274-1449), Michel Mollat du Jourdin et André Vauchez (resp.), collection Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome VI, Desclée-Fayard, 1990, 973 p.
    • Vauchez, André, « Contestations et hérésies dans l’Église latine », p. 320- ??
    • Guiral-Hadziiossif, Jacqueline, « Chrétiens et non chrétiens au sein de la chrétienté latine : Arabes et Juifs », p. 849-869
    • Rapp, Francis, « Les juifs en Allemagne à la fin du Moyen-âge », p. 870-882
    • Richard, Jean, « Chrétiens et non chrétiens hors de la chrétienté : croisades et missions », p. 883-900
  • De la réforme à la Réformation (1450-1530), Marc Vénard (resp.), collection Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome VII, Desclée, 1994, 926 p.
    • Milhou, Alain, « Les caractères nationaux au sein de la chrétienté occidentale - La péninsule ibérique », p. 377- 407
  • Les collections de l’histoire, n°28, trimestriel janvier 2008
    • « La guerre sainte, l’islam et la croisade », entretien avec John Tolan, p. 6-15
    • Martinez-Gros, Gabriel, « L’Islam a inventé le droit de la guerre – L’Islam a été la première civilisation à penser et codifier la guerre », p. 16-17

@ esperer-isshoni.fr, janvier 2011
@ esperer-isshoni.info, octobre 2014

[1nous désignons par là les chrétiens rattachés au patriarcat de Constantinople

[2les chrétiens d’obédience romaine, rattachés au pape

[3Voir Comby, Jean, Pour lire l’histoire de l’Église, des origines au XXIe siècle, nouvelle édition revue et augmentée, [1999] Cerf, 2003, p. 139

[4voir Les collections de l’histoire, n°28, trimestriel janvier 2008

  • « La guerre sainte, l’islam et la croisade », entretien avec John Tolan, p. 6-15
  • Martinez-Gros, Gabriel, « L’Islam a inventé le droit de la guerre – L’Islam a été la première civilisation à penser et codifier la guerre », p. 16-17

[5Orderic Vital écrivant en 1135, cité par Comby, Jean, op. cit., p. 162

[6Voir la Somme Théologique de Thomas d’Aquin, II-II q.10 a.8. Thomas justifie cependant la contrainte pour les apostats et les hérétiques, car, selon lui, ils doivent respecter leur promesse de garder la foi chrétienne.

[7Voir la Somme Théologique de Thomas d’Aquin, II-II q.10 a.2

[8cf. Milhou, Alain, « Les caractères nationaux au sein de la chrétienté occidentale - La péninsule ibérique », p. 389 citant Jean-Pierre Dedieu dans : De la réforme à la Réformation (1450-1530), Marc Vénard (resp.), collection Histoire du christianisme des origines à nos jours, tome VII, Desclée, 1994, 926 p.

[9Notons que nous ne connaissons les bogomiles / cathares qu’à travers les documents de leurs adversaires : il convient donc de rester prudents dans la prise en compte de ces documents

[10les frères prêcheurs, religieux de l’ordre fondé par Dominique (d’où leur nom de frères « dominicains ») seront longtemps fiers du jeu de mot « dominicains » comme Domini canes, les « chiens du Seigneur » en latin.

[11Citons la réponse de l’article 3 : « Doit-on tolérer les hérétiques ? », de la question 11 : « L’hérésie », dans la seconde partie de la seconde partie de la Somme Théologique de Thomas d’Aquin :

« En ce qui concerne les hérétiques, il y a deux choses à considérer, une de leur côté, une autre du côté de l’Église.

De leur côté il y a péché. Celui par lequel ils ont mérité non seulement d’être séparés de l’Église par l’excommunication, mais aussi d’être retranchés du monde par la mort. En effet, il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la vie de l’âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle. Par conséquent, si les faux monnayeurs ou autres malfaiteurs sont immédiatement mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage les hérétiques, aussitôt qu’ils sont convaincus d’hérésie, peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement mis à mort.

Du côté de l’Église, au contraire, il y a une miséricorde en vue de la conversion des égarés. C’est pourquoi elle ne condamne pas tout de suite, mais " après un premier et un second avertissement ", comme l’enseigne l’Apôtre.
Après cela, en revanche, s’il se trouve que l’hérétique s’obstine encore, l’Église n’espérant plus qu’il se convertisse pourvoit au salut des autres en le séparant d’elle par une sentence d’excommunication ; et ultérieurement elle l’abandonne au jugement séculier pour qu’il soit retranché du monde par la mort.
S. Jérôme dit en effet ceci, qu’on trouve dans les Décrétales  : " Il faut couper les chairs pourries et chasser de la bergerie la brebis galeuse, de peur que tout le troupeau ne souffre, ne se corrompe, ne pourrisse et périsse. Arius dans Alexandrie fut une étincelle ; mais, parce qu’il n’a pas été aussitôt étouffé, son incendie a tout ravagé. (Somme Théologique, II-II Qu.11 a.3)

Dans le même ordre, voir II-II q.10 a.8 : faut-il contraindre les infidèles à la foi ?

[12rappelons que la peine capitale est réservée aux « relapses », ceux qui retombent dans leurs « errements » après les avoir répudiés, et qu’elle est appliquée par le bras séculier une fois que l’Inquisition a prononcé le jugement

[13voir en anglais : VOSE, Robin, Dominicans, Muslims and Jews in the Medieval Crown of Aragon, Cambridge University Presse, 2009, 294 p.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 459 / 79093

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Histoire du christianisme   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License