Esperer-isshoni.info

Le fondateur Jésus de Nazareth en Galilée - quelques notes brèves

mardi 28 octobre 2014 par Phap

Table des matières

Introduction : le hiatus

I. Les sources

II. Reconstruction d’une vie de Jésus d’après les synoptiques

Bibliographie


Précisions :

  • L’approche est ici non confessante, il s’agit d’aborder avec les ressources de la science historique un personnage historique, Jésus de Nazareth en Galilée.
  • Cette approche historique n’invalide pas des approches relevant d’autres registres et fonctionnant selon leur propre protocole – dont l’approche confessante.
  • les citations bibliques proviennent de la Traduction Oecuménique de la Bible (T.O.B. en abrégé). Les notes explicatives de la T.O.B. sont précieuses. Cf. bibliographie -


Introduction

1. Le fil conducteur : le hiatus entre la prétention et l’histoire

  • Hiatus du peuple juif : un peuple qui prétend avoir reçu une parole unique venant de celui qu’il appelle « Dieu » - prétention du peuple juif à avoir reçu une parole transcendante qui le constitue comme le peuple élu – et, selon cette prétention, tout ce qui arrive à ce peuple, tout ce que fait ce peuple concerne toutes les nations sur la terre – ET , face à cette prétention, les vicissitudes terribles de l’histoire, avec l’Exil comme point d’orgue en -587 av. J.C.
  • Hiatus maintenant à propos de cet homme, Jésus de Nazareth en Galilée, à l’intérieur du peuple juif : un homme qui prétend avoir reçu une parole unique de celui qu’il appelle « mon Père » et qu’il identifie au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob – prétention de cet homme d’avoir reçu une parole transcendante qui le constitue comme l’élu chargé d’établir le royaume de Dieu sur terre (Messie, Christ) – et, selon cette prétention, tout ce qui lui arrive, tout ce qu’il fait concerne tous les hommes et tous les peuples sur la terre – ET la réalité concrète de sa vie qui s’achève de manière terrible sur la croix, alors qu’il est condamné à mort à la fois par l’autorité politique romaine (comme usurpateur du titre de « Roi des Juifs », offensant ainsi le César) et l’autorité religieuse juive (comme usurpateur du titre de « Fils de Dieu » et/ou de « Messie Christ », offensant ainsi Dieu)

Cet écart entre la prétention de Jésus et l’histoire de sa vie nous semble récapitulé dans la parole suivante de Paul :

les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse, mais nous nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu » [1]

2. Les bornes de la vie de Jésus de Nazareth en Galilée

- 7 ou -6 av. J.C. : naissance de Jésus [2]
+27 automne : activité de Jean le Baptiste [3]

4 dates possibles pour la mort, selon que Jésus a célébré le repas pascal le 15 de Nisan [4] (version de Mt, Mc et Lc [5]) ou le 14 de Nisan (version de Jn [6])
• 14 de Nisan, alors vendredi 7/4/30 ou 3/4/33 ?
• 15 de Nisan alors vendredi 27/4/31 ou 7/4/30 ?


I. Les sources

Préciser à partir de quelles sources on va proposer une reconstruction de la vie de Jésus de Nazareth en Galilée.


Sources non confessantes et confessantes

  • Sources non confessantes, romaines (Tacite et Suétone à propos de Néron, Pline le Jeune à propos des chrétiens de Bythinie) et juives (Flavius Josèphe)
  • Sources confessantes, extracanoniques (évangile de Thomas [7] par exemple)
  • Sources confessantes, canoniques : 27 livres, en grec
    • 4 évangiles (Matthieu Mt, Marc Mc, Luc Lc, Jean Jn)
    • 13 lettres de Paul,
    • 1 Actes des Apôtres,
    • 1 Epître aux Hébreux (Heb)
    • • 7 épitres catholiques (1 Jacques / 1 Pierre 2 p : 1 Jean 2 Jn 3 jn / Jude)
    • 1 Apocalypse Ap

Datation proposée pour les livres canoniques :

  • les lettres de Paul entre 51 et 61 ap. J.C., les plus anciennes étant celles adressées aux Thessaloniciens
  • puis les 4 évangiles à partir de +80 (Mt, Mc et Lc vers 80, Jn entre 80 et 90)
  • Apocalypse vers +95


A propos des évangiles
Dimension « confessante » première par rapport à la dimension « historique » : cela ressort particulièrement dans les passages suivants des évangiles :

Lc 1,1-4 : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole, il m’a paru bon, à moi aussi, après m’être soigneusement informé de tout à partir des origines, d’en écrire pour toi un récit ordonné, très honorable Théophile, afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus. »

Jn 20, 30-31 : « Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. »


Les évangiles synoptiques
Le fait synoptique : cadre narratif commun à Mt, Mc et Lc avec une montée unique pour la Pâque à Jérusalem, à la différence de Jn qui montre Jésus montant au moins deux fois à Jérusalem pendant son ministère public

Le cadre narratif commun des 3 évangiles synoptiques :

1. Ministère de Jean le Baptiste au Jourdain [8]
- Jean baptise le peuple, baptise Jésus (qui part au désert), Jean se fait arrêter
2. Ministère itinérant de Jésus en Galilée et autour
- Jésus enseigne, guérit, institue les Douze, polémique avec les autorités religieuses juives -
3. Montée vers Jérusalem
- Confession décisive de Pierre, 3 annonces de la passion et de la résurrection, transfiguration
4. Événement de Jérusalem
- Entrée triomphale, polémique, événement de Pâque, apparitions de Jésus ressuscité

Les sources des évangiles synoptiques : un modèle explicatif simple
Exemple concret sur le baptême de Jésus par Jean le Baptiste

Matthieu chap. 3 Marc chap.1 Luc chap. 3
13 Alors paraît Jésus, venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour se faire baptiser par lui. 9 Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. 21 Or comme tout le peuple était baptisé,
14 Jean voulut s’y opposer : « C’est moi, disait-il, qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » 15 Mais Jésus lui répliqua : « Laisse faire maintenant : c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. » Alors, il le laisse faire.
16 Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. 10 A l’instant où il remontait de l’eau, Jésus, baptisé lui aussi, priait ;
Voici que les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et voici qu’une voix venant des cieux disait : il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. 11 Et des cieux vint une voix : alors le ciel s’ouvrit ; 22 l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une apparence corporelle, comme une colombe, et une voix vint du ciel :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. » « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

La synopse montre que les trois évangiles proposent le même message fondamental (une théophanie sous deux modes, visuel et auditif, après que Jésus ait été baptisé, au service d’une révélation : Jésus de Nazareth est le fils de celui qui se manifeste), commun aux trois évangiles synoptiques, avec cependant des nuances selon les évangiles :

  • Chez Mt, la manifestation sonore est adressée aux personnes autour de Jésus, alors que chez Mc et Lc, la voix s’adresse à Jésus comme de manière privée
  • Lc présente la manifestation visuelle comme une vision privée propre à Jésus, tandis que Mt et Mc la présentent comme quelque chose qui aurait pu être vue par les personnes autour de Jésus
  • Lc ne mentionne pas Jean le Baptiste comme baptisant Jésus, même si c’est implicite : il marque ainsi une coupure nette entre le temps de Jean le Baptiste, désormais révolu puisque « tout le peuple était baptisé » et le temps de Jésus.
  • Mt montre Jean se refusant d’abord à baptiser Jésus : cela peut refléter l’embarras de l’Eglise devant le fait que Jésus reçoive le baptême des pécheurs et qu’il apparaisse comme subordonné à Jean dans le geste du baptême. La précision de Mt permettrait alors d’expliciter cet embarras et dans le même temps de le lever.

Modèle explicatif en 5 sources

  1. Source triple : la tradition marcienne utilisée par les évangiles de Mc et aussi Mt et Lc
  2. Source double : la source Q (Q pour « Quelle », mot allemand signifiant justement « source »), utilisée par Mt et et Lc, mais pas par Mc
  3. Source simple matthéenne : la tradition matthéenne utilisée uniquement par Mt (le « bien propre » de Mt)
  4. Source simple lucanienne : la tradition lucanienne utilisée uniquement par Lc (le bien propre de Lc)

4 sources donc, avec une source johannique, propre à l’évangile de Jean, soit au final, pour un modèle explicatif simple, 5 traditions à l’origine des évangiles.


II. Reconstruction d’une vie de Jésus d’après les synoptiques


Un titre problématique : Christ (grec) Messie (hébreux)
Jésus confessé comme Christ dés le début des 3 – et même des 4 – évangiles

  • Mt 1,1 livre des origines de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham »
  • Mc 1,1 Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu
  • Lc 2,11 : Il vous est né dans la ville de David un Sauveur, qui est le Christ Seigneur »
  • Jn 1,17 Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

Titre problématique, car il dénote la royauté de Saul puis de David, qui ont reçu l’onction comme rois, et deviennent donc des « oints » (« messie » en hébreux, « christ » en grec) du Seigneur (autre façon de désigner le Dieu d’Israël)

Connotation politique renforcée au temps de Jésus par l’attente d’un « Messie » des derniers temps qui viendrait restaurer Israël politiquement (royauté d’Israël rétablie avec le descendant attendu de la lignée davidique [9], malgré et au dessus des nations, avec la fin de l’humiliation actuelle d’un Israël dépendant de l’Empire Romain) et religieusement (culte purifié, rendu enfin agréable à Dieu).

On trouve des échos de cette attente : voir les propos des pèlerins d’Emmaus [10] ou la tentative d’enlever Jésus pour le faire roi après la multiplication des pains [11].

Le titre politique de « roi » se retrouvera comme motif accroché à la croix sur laquelle Jésus a été attaché [12].
L’intention de Pilate dans les évangiles était-elle ironique ? en tous cas, le titre, royal, ne correspond pas au dénouement d’un Jésus humilié lors de la « Passion » : les évangiles sont conscients du hiatus, comme le montre l’attitude de Jésus qui enjoint aux disciples de taire le titre de Christ : il endossera ce titre lors de son procès, ce qui lui vaudra la condamnation à mort.


Deux notes à propos d’un parcours de la vie de Jésus selon le cadre narratif des évangiles synoptiques

Voir plus haut pour la structure du cadre narratif.

Noter dans l’art paléochrétien les traits de culture romaine : pour représenter les scènes de la vie du Christ, les artistes ont recours à leur culture, aussi les personnages sont-ils habillés à la romaine. Jésus est souvent représenté sous la forme d’un homme glabre, souvent presque adolescent.

Autre exemple de la prégnance de la culture latine : dans le détail de la mosaïque de Ravenne qui représente le baptême de Jésus, remarquer le personnage de gauche : de qui s’agit-il ? Eh bien, de la divinité du fleuve Jourdain.

Note sur les miracles : à la différence des thaumaturges grecs et juifs contemporains de Jésus, d’après les évangiles, Jésus semble rechigner à faire des miracles [13], et il les subordonne à l’exigence de foi, autrement dit à une relation personnelle avec lui.


Bibliographie

Usuels

  • ROWLEY, H.H., Atlas de la Bible – Histoire, géographie, chronologie, traduction de Jacques POTIN, Centurion [Student’sBible Atlas, Lutterworth Press, Londres, 1965], 1988, 61 p
  • PESCE, Giacomo, Atlas Biblique, Géographie – Topographie – Archéologie Aperçus d’histoire biblique, Office général du livre, Paris, 1971, 245 p.
  • La Bible, Traduction œcuménique – édition intégrale TOB – 1988 CERF / Société Biblique Française, 1988, 3095 p.
  • LEON-DUFOUR, Xavier, Dictionnaire du NouveauTestament, deuxième édiiton revue, Seuil, 1978, 569 p.

Histoire du christianisme

  • SCHLOSSER, Jacques, Jésus de Nazareth, Editions Noesis, Paris, 1999, 374 p.
  • Et aussi
  • Ravenne, Leonard von Matt (photographies), Giuseppe Bovini (texte), traduction de l’italien par Armand Monjo, 1971, 211 p.
  • FROSSARD, André, l’évangile selon Ravenne, Robet Laffon & le Centurion, 1984, 115 p.
  • BERTELLI, Carlo, Les Mosaïques, traduit par Raoul de Merleymont, [1988, Il Mosaico, Arnoldo Mondadori Editore, S.p.A., Milan], Bordas, Paris 1989, 360 p.

© Esperer-isshoni.fr, novembre 2010
© Esperer-isshoni.info, octobre 2014

[11 Cor 1,22-24

[2Lc 1,5-25 « Au temps d’Hérode, roi de Judée » [Hérode le Grand, mort en -4 av JC] au Temple » ;
Lc 2,1-2 « en ce temps-là, parut un décret de César Auguste [r. de -29 à +14] pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie [recensement de +6 ap. JC ?].
Mt 2,1 « Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode » (r. -40 -4 av. J.C.)

[3Lc 3,1-19 « L’an quinze du gouvernement de Tibère César [du 1/10/27 au 30/09/28 ?], Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, [de 26 à 36 ap. J.C.] Hérode tétrarque de Galilée [de -4 à +39] , Philippe son frère tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide [de +4 à +34], et Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et Caïphe[ Hanne, grand prêtre de 6 à 15 ;Caiphe, gendre d’Hanne, mis en place par le prédécesseur de Pilate : grand prêtre de 18 à 36], la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert. »

[4mois babylonien correspondant à la première nouvelle lune suivant l’équinoxe de printemps, premier mois de l’année – vers mars avril

[5Mc 14,12 « Le 1e jour des pains sans levain, où l’on immolait la Pâque »[immolation des agneaux au Temple le 14e jour du 1e mois (Nisan), dernier jour avant la pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps ; le soir – 15e jour donc, - consommation de l’agneau en famille // Mt 27,17 et Lc 22,7

[6Jn 19, 14 : C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure : Pilate dit : « voici votre roi ».

Jn 19,31 : Cependant, comme c’était le jour de la Préparation, les Juifs, de crainte que les corps ne restent en croix durant le sabbat….

[7découverte en 1945 1946 d’un codex entier en copte à Nag Hammadi, en Basse Egypte

[8évangiles de l’enfance propres à Mt et Lc, Mc ne connaît pas : dont généalogie, annonciation à Marie ou annonce à Joseph

[9Voir 2 S 7,11-17 : je te susciterai un roi, j’établirai son trône à jamais royal : je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils

[10Lc 24,21 ; voir aussi Ac 1,6

[11Jn 6,15

[12« roi des Juifs » en Mt 27,37 ; Mc 15,26 ; Lc 23,43. Voir aussi en Jn19,19-20 qui précise que l’inscription est écrite dans les trois langues, latin, grec, hébreux

[13références à fournir


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 261 / 79093

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Histoire du christianisme   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License