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Quand le père de l’Église Basile le Grand (333-379) parle du Saint-Esprit

dimanche 26 octobre 2014 par Phap

1§. Basile de Césarée, dit "Basile le Grand" (333-379), rédige son ‘“Traité sur le Saint Esprit pour Amphiloque, évêque d’Iconium, qui s’inquiète de savoir si l’on peut glorifier le Père avec le Fils et avec le Saint Esprit.
Est-il légitime de coordonner ainsi le Saint Esprit au Père et au Fils par le biais de la particule “avec” ?


1. Les enjeux de la controverse

2§. Basile met en garde Amphiloque sur les enjeux de la controverse. Il s’agit pour les adversaires de Basile d’imposer la doxologie du Père par le Fils dans le Saint Esprit à l’exclusion de toute autre.

3§. Ils se servent en effet de la différence des particules pour en déduire la différence de nature du Père et du Fils. Voyez, disent-ils, “par le Fils” signifie que le Fils est l’instrument du Père, il est donc de nature servile et non pas divine. Dans leur impiété, dit Basile, ils appliquent cette technologie empruntée aux païens pour déduire de la formule “dans le Saint Esprit” que celui-ci est seulement un lieu.

4§. L’enjeu est donc de taille, derrière cette querelle sur la particule “avec” [1] se cache le parti anoméen.
Subordonnant le Fils au Père, les anoméens refusent au Fils l’identité d’honneur avec le Père. En cela, ils méconnaissent l’Ecriture qui dit que le Fils est l’Image du Dieu invisible, et que celui qui voit le Fils voit le Père [2]) : le Père s’est gravé tout entier dans le Fils, la volonté du Père se reflète tout entier et immédiatement dans le Fils comme en un miroir.

5§. A l’encontre des anoméens, l’Eglise utilise et la particule “avec” et la particule “dans”. Elle rend grâce par et dans le Fils pour ses bienfaits envers elle, elle loue le Fils avec le Père quand elle contemple la gloire du Fils, qui lui est commune avec le Père. Basile a fini de montrer l’identité d’honneur (homotimie) du Fils avec le Père.


2. Identité d’honneur pour le Saint Esprit

5§. Basile va maintenant s’attacher à montrer l’identité d’honneur du Saint Esprit avec le Père et le Fils.

5§. Basile s’appuie sur la liturgie baptismale. Celle-ci coordonne le Saint Esprit avec le Père et le Fils, comme le fait l’Ecriture qui demande de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit [3]). Comment alors attribuer une nature servile au Saint Esprit ?
La profession de foi précède le baptême : or seul l’Esprit rend possible la foi en le Fils [4]), seul l’Esprit d’adoption permet de croire en Dieu le Père et c’est lui qui crie : “Père” en nous [5]). Aussi faut-il croire en l’Esprit pour croire au Père et au Fils.

6§. En un deuxième temps, Basile va montrer que le Saint Esprit est inséparable du Père et du Fils dans toutes les opérations divines.

  • L’acte de création divin est unique mais il unit en lui les trois causes, principielle, démiurgique et perfectionnante, chacune étant parfaite en elle-même et inséparable des autres : il n’y a qu’un seul principe, le Père, qui crée par le Fils (le Démiurge), et qui parfait dans l’Esprit. Autrement dit, la Trinité immanente est présente dans tout acte de création.
  • Dans l’économie vétérotestamentaire, c’est par le Saint Esprit que furent réalisées les grâces divines.
  • Dans la nouvelle économie, le Saint Esprit fut le compagnon inséparable du Verbe incarné durant sa vie terrestre et après sa résurrection. Après la résurrection, c’est encore le Saint Esprit qui organise et dote l’Eglise. C’est lui qui perfectionne l’homme spirituel en le rendant conforme à l’Image du Fils à proportion de sa foi (analogia fidei) [6].
  • Lors de la parousie, il sera encore actif : les sauvés le recevront en plénitude car il est le don par excellence. Les autres se le verront retiré et grand sera leur dam : ils ne pourront plus connaître Dieu ni partant, le louer.

7§. En un troisième temps, Basile va répondre à l’accusation de tri-théisme en rappelant que s’il y a bien trois hypostases, il y a une seule nature. Basile dira que dans la nature divine, l’unicité réside dans la communication de la déité.
Basile rappellera la monarchie du Père, dont procèdent le Fils et le Saint Esprit : le Fils sort de Dieu par génération, le Saint Esprit sort du Père comme Souffle de sa bouche [7]).

8§. Basile montre que l’on peut dire les effets ad extra de la Trinité immanente tout en respectant le dogme de la monarchie. Basile distingue les mouvements de communication montants et descendants :

  • la créature rationnelle connaît Dieu à partir du Saint Esprit par le Fils jusqu’au Père
  • inversement, les grâces qui font participer la créature rationnelle à la nature divine s’écoulent du Père par le Fils jusqu’au Saint Esprit

9§. Enfin, Basile démontre que l’on ne doit pas compter le Saint Esprit dans l’ordre créé.

  • La créature a besoin d’être vivifiée, sanctifiée. Le Saint Esprit lui est dit vivifiant et sanctifiant, il n’est pas dit sanctifié ni vivifié. Il n’est donc pas une créature.
  • Les créatures sont compagnes de servitude dès leur naissance car elles sont créés : elles doivent à Dieu la gloire qui revient au Créateur et la crainte envers celui qui est le Maître de la création. Le Saint Esprit, lui, est dit “libre”, il n’est donc pas de nature servile et n’est donc pas créé.
  • Positivement, l’Ecriture montre que le Saint Esprit est plus élevé que les créatures, puisqu’il échappe à l’entendement charnel [8]) tout autant que le Père et le Fils.
  • L’Ecriture dit aussi que le Saint Esprit connaît les choses de Dieu comme l’esprit de l’homme sait ce qu’il y a dans l’homme [9]). Le Saint Esprit connaît donc de l’intérieur de la divinité.

10§. Cette accumulation d’arguments tous décisifs suffit. Le Saint Esprit est divin par nature [10], il jouit de la même communauté de gloire que le Père et le Fils et nous lui devons le même honneur qu’au Père et au Fils.


3. Intérêt de la formulation doxologique "avec"

11§. Basile considère qu’il a suffisamment légitimé la glorification du Père et du Fils “avec” le Saint Esprit. Il va maintenant indiquer l’intérêt d’une telle doxologie.

  • La particule “avec” ruine le modalisme sabellien en affirmant la propriété de chaque hypostase ; elle ruine aussi l’impiété inverse, la doctrine arienne, en affirmant la communion indivisible des hypostases.
  • Cela dit, la particule “dans” ne doit pas être rejetée : elle sert à rendre grâce pour les dons de l’Esprit. Nous glorifions alors Dieu “dans” l’Esprit. La particule “dans” se rapporte ici non au Père et au Fils mais à nous : c’est le Saint Esprit “en” [11] nous qui nous rend capables d’adorer Dieu.
  • Basile reprend la distinction d’usage déjà appliquée plus haut au Fils.

12§. Basile s’appuie sur l’Ecriture et la tradition apostolique non écrite : elles ont coordonné avant lui le Saint Esprit au Père et au Fils. Cela apparaît de manière éclatante dans la liturgie baptismale. Basile se défend donc d’être un novateur, un inventeur de nouveaux mots.


Conclusion. Attention aux logomachies

13§. En conclusion, Basile compare les temps présents à une bataille navale qui se déroulerait en pleine tempête, au milieu de récifs acérés et dans les ténèbres. Temps d’anarchie, où la charité chrétienne s’est refroidie, où tous font profession de théologien et parlent de Dieu sans retenue ni discernement.
Le temps serait plutôt au silence, mais Basile préfère le rompre : il compte sur la sage discrétion d’Amphiloque.
Et puis, mieux vaut pour un lutteur prendre des coups que de ne pas être admis dans le stade


© esperer-isshoni.fr, mai 2007
© esperer-isshoni.info, octobre 2014

[1Basjle signale une subtilité de la langue grecque qu’il est impossible de rendre en français : les anoméens veulent bien glorifier le Fils “meta ton patera » mais pas “meta patros » (“après” mais pas “avec” le Père).

[2Jn 14,9 : Jésus lui dit : « Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu : ‹Montre-nous le Père› ?

[3Mt 28,19 : Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

[41 Cor 12,3 : C’est pourquoi je vous le déclare : personne, parlant sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu, ne dit : « Maudit soit Jésus », et nul ne peut dire : « Jésus est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit Saint.

[5Gal 4,6 : Fils, vous l’êtes bien : Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba - Père !

[6Rom 12,6 : Et nous avons des dons qui diffèrent selon la grâce qui nous a été accordée. Est-ce le don de prophétie ? Qu’on l’exerce en accord avec la foi.

[7Ps 32,6 : Par sa parole, le SEIGNEUR a fait les cieux, et toute leur armée, par le souffle de sa bouche.

[8Jn 14,17 : ’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous.

[91 Cor 2,11 : Qui donc parmi les hommes connaît ce qui est dans l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, ce qui est en Dieu, personne ne le connaît, sinon l’Esprit de Dieu.

[10C’est le seul endroit du Traité où Basile dit explicitement la divinité du Saint Esprit. C’est la fameuse “réserve/économie” de Basile . Plus loin, au chapitre XXV, on trouve encore trace de cette “réserve” quand Basile recommande de glorifier le Père et le Fils “avec” le Saint Esprit plutôt que de glorifier le Père et le Fils “et” le Saint Esprit, même si pour Basile, les deux sont équivalentes.

[11Le même mot grec sert à dire “dans” et “en”.


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