Esperer-isshoni.info

Le royaume de Dieu est parmi nous : 08 – Jésus de Nazareth, le Roi des Juifs : le motif de sa crucifixion

vendredi 1er août 2014 par Phap
Lancement–Entretien n°01–02–03–04–05–06–07–08– 09

Exercice spirituel dans le cadre de la retraite avec les instituts séculiers dominicains.

  • Donné le lundi 21 juillet 2014 après-midi à Fanjeaux..
  • La retranscription conserve le style oral de l’entretien (durée : 45 minutes)
  • Le point de vue exprimé ici est celui d’un chrétien s’adressant à des chrétiens de confession catholique. Le ton est celui d’un ami s’adressant à des amies, avec simplicité et respect.
  • Les passages de la Bible sont cités à partir de la Traduction œcuménique biblique (TOB)

Table des matières

Instructions préalables
1. La croix comme lieu de conversion du regard
2. Comprendre l’incompréhensible : la reprise du quatrième chant du Serviteur d’Isaïe
Conclusion. La croix comme événement trinitaire, à partir de la reprise du psaume 22



Instructions préalables

La prière
1§ Comme prière, je vous propose la prière de l’âme du Christ.
Prière

Âme du Christ, sanctifie-moi.
Corps du Christ, sauve-moi.
Sang du Christ, enivre-moi.
Eau du côté du Christ, lave-moi.
Passion du Christ, fortifie-moi.

O bon Jésus, exauce-moi.
Dans tes blessures, cache-moi.
Ne permets pas que je sois séparé de toi.

De l’ennemi pervers défends-moi.
A l’heure de ma mort, appelle-moi
et ordonne-moi de venir vers toi,
pour qu’avec tes saints je te loue,
dans les siècles des siècles.
Amen.

2§ Magnifique prière à connaître par cœur.
On a accès à l’eau et au sang du Christ par sa Passion : son flanc a été transpercé et de ce flanc transpercé ont coulé l’eau et le sang.

3§ On peut avoir une idée douloureuse si ce n’est morbide, de la croix et là, on dit : « sang du Christ, enivre-moi » : c’est joyeux ; « fortifie-moi » : cela dit un chemin à parcourir et la force qu’il requiert. « sanctifie-moi » : rend moi capable de me tenir debout, droit devant Dieu, le Saint par excellence.
La croix n’est donc pas seulement négative, pour me sauver de la mort, pour me laver du péché.

4§ « Ô bon Jésus, dans tes blessures cache moi ». Il s’agit des blessures causées par la méchanceté des hommes, les cinq plaies : aux pieds percés, aux mains percées par les clous, au côté transpercé par la lance.
« Ne permets pas que je sois séparé de toi » : idée d’une amitié, d’un amour entre nous et le Christ.

5§ Se cacher dans les plaies du Christ : rappelons comment Catherine de Sienne a assisté un condamné à la mort par décapitation, le siennois Niccolo Tuldo. Ce jeune homme avait commis la bêtise d’insulter les magistrats florentins qui avaient conquis Sienne. La sentence avait semblé disproportionnée par rapport au crime commis, et le jeune homme s’était d’abord révolté face à ce qui lui semblait une injustice.

6§ Catherine raconte comment elle l’a apaisé ; elle l’a assisté pendant l’exécution ; la tête de Niccolo Tuldo tombe dans les mains de Catherine tandis que son sang gicle sur ses vêtements. Catherine dit qu’elle voit l’âme de Niccolo Tuldo monter puis entrer dans le côté ouvert du Christ. Catherine voit concrètement une âme se cacher dans la plaie au côté du Christ.
7§ Image très forte de Catherine, une visuelle comme nous avons pu déjà le constater ce matin : image émouvant la sensibilité.

8§ Nous allons creuser cette ambivalence de la croix : croix instrument de supplice, où pend un corps douloureux, celui de Jésus, et en même temps croix qui devient un autel où se déroule une liturgie, avec un corps certes, mais un corps glorieux, un corps vivant et vivifiant, un corps donné.

Textes à méditer
Je vous propose de méditer les textes relatifs à la crucifixion et à la mort de Jésus :

  • Mt 27,27 -54 ou bien le parallèle en Mc 15,21-41 ou bien Lc 23,33-49 
  • Jn 19, 17-37

La grâce à demander

9§ Demander la force d’endurer – de soutenir – de pâtir – de souffrir la tension de la croix.

10§ La patience, la passion du Christ : pâtir, qui veut dire souffrir et aussi endurer. Souffrez que je vous dise ce mot. Le Christ endure, il maintient ouverte pendant son agonie sa foi en l’amour de son Père et en la capacité de l’homme à se convertir, c’est-à-dire à se détourner de sa volonté tordue pour se tourner vers la volonté de Dieu.


1. La croix comme lieu de conversion du regard

11§ Nous ne pouvons pas faire l’économie de passer par la croix, de la regarder parce qu’elle est au centre, elle se tient au nœud de toute chose, un lieu de passage, de conversion.
Conversion du regard d’abord. Les Évangiles synoptiques (Mt, Mc et Lc) montrent le centurion confessant Jésus Fils de Dieu après avoir vu comment il avait expiré. Les Évangiles nous disent que la croix est un lieu de révélation de qui est Jésus, de la filiation divine de Jésus.

12§ La croix comme lieu de conversion : on se convertit en regardant la croix. Vous connaissez les représentations de saint Dominique par Fra Angelico. Il se tient au pied de la croix : certaines le montrent debout avec les mains écartées et regardant le Golgotha avec le Christ en croix encadré par les deux larrons.

13§ Dans une cellule de frère, on voit Dominique assis, absorbé dans la lecture d’un livre, un évangile et derrière lui, le Christ aux outrages : giflé, craché, couronné avec des ronces, avec des soldats qui s’agenouillent ironiquement devant lui. Dominique visualise, contemple, médite – mettez le mot que vous voulez – la scène décrite dans l’Évangile.
Je vous rappelle que les Évangiles racontent une histoire, déroulent une histoire et Dominique, par son imagination, participe à ce déroulement.

14§ Autre image du dominicain Fra Angelico : Dominique avec un visage douloureux, levant des yeux implorant ou compatissant vers le Christ en croix. On voit des rigoles de sang qui descendent des pieds du Christ.

15§ Les représentations des neuf manières de prier de Dominique comportent à peu près toutes toutes un crucifix avec le corps du Christ dont jaillit un jet de sang.
Cela renvoie à l’évangile de Jean : les gardes brisent les jambes des condamnés à mort de droite et de gauche pour accélérer l’agonie des condamnés – ceux-ci ne peuvent plus reprendre pied alors sur le petit reposoir et ils meurent par asphyxie. Jésus était alors déjà mort, mais un des soldats lui transperce le flanc et « aussitôt » il en sort de l’eau et sang [1].
Il y a comme une pression dans le corps de Jésus qui fait que dès qu’il y a une ouverture, le sang et l’eau sortent.

16§ Les moyenâgeux étaient très sensibles à cette image. Rappelons-nous le polyptyque superbe de l’Agneau mystique des frères Van Eyck à Gand (Belgique). Au centre, debout sur l’autel, un agneau qui nous regarde frontalement, tandis que de son flanc coule un jet de sang rouge qui se jette dans un calice, lui aussi posé sur l’autel.

17§ Jean nous dit que du Sauveur coulera une source d’eau vive, vivifiante : celui qui en boira n’aura jamais plus soif (cf. l’épisode de la Samaritaine dans Jean).
On peut penser à l’image d’Ézéchiel qui dit que du Temple sortira un fleuve d’eau immense qui irriguera les terres stériles ; sur ses berges pousseront des arbres dont les feuilles guériront les maladies. Eau vivifiante, purifiante, qu’on retrouve aussi dans l’Apocalypse, mais sortant cette fois-ci du trône et de l’autel et non du Temple. Les fruits de vie poussent sur l’arbre de la croix.

18§ Il faut regarder la croix, la visualiser, la contempler, la méditer, même si on est plus auditif que visuel. En effet, l’Évangile de Jean dit la chose suivante :

Jean 3,14-16 Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit ait, en lui, la vie éternelle. Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

Croire que le Père a envoyé le Fils pour sauver le monde, que tout homme qui croit que Jésus vient du Père et qu’il y retourne, celui-là ne périsse pas mais ait la vie éternelle en héritage.

19§ L’élévation fait penser à l’Ascension rapportée par Luc dans les Actes des Apôtres. Pour Jean, l’ascension, l’élévation commence déjà avec la crucifixion, quand les bourreaux dressent la croix avec le corps du Christ cloué dessus.

20§ On retrouve cette ambivalence de la croix, à la fois douloureuse et glorieuse, et c’est pourquoi je vous ai proposé de demander la grâce d’endurer cette tension. On ne peut évacuer ni l’aspect douloureux de la croix ni son aspect glorieux, ce sont deux aspects indissociables bien que contradictoires : c’est à nous d’endurer cela pour arriver à unir ces deux aspects.

21§ Si le Fils de l’homme est élevé, c’est pour qu’on le regarde, comme Moïse a élevé le serpent d’airain pour que tout homme mordu par un serpent dans le désert regarde le serpent dressé et soit guéri (guérison du même par le même). Le peuple a péché contre Dieu et contre Moïse, provoquant comme châtiment l’envoi des serpents brûlants ; suite à l’intercession de Moïse pour le peuple, Dieu lui donne comme remède le serpent d’airain.

22§ Nous aussi, quand nous sommes mordus par les serpents brûlants du péché, nous avons le recours de lever les yeux pour nous tourner vers le Christ dressé en croix et ainsi recouvrer la santé, le salut.
Je dirai qu’il faut le faire physiquement, il faut effectivement lever les yeux pour regarder la croix.

23§ Regarder la croix avec le Christ dessus. On regarde et on voit ce qu’on peut. Mais on est aussi regardé : le Christ du haut de la croix nous regarde. Je vous rappelle la vision de Jean de la Croix, vision du Christ vue d’en haut, dont nous avons une représentation par Jean de la Croix lui-même.

24§ Nous avons cette idée que c’est nous qui allons regarder la croix, que ce qui va se passer sera provoqué par notre regard. Mais le plus important n’est-il pas plutôt que Quelqu’un nous regarde d’en haut, à partir du Christ. Adopter cette attitude, regarder certes, en scrutant, en essayant de comprendre certes, mais surtout et d’abord être disponible à ce qui arrive, à ce regard d’en haut à partir de la croix : le Christ nous juge à partir de la croix.

25§ Situation en hauteur, situation de domination ? Oui, mais cette hauteur est celle de la croix. Cette croix dressée par les hommes sans savoir ce qu’ils faisaient : l’élévation par les hommes de la croix est déjà la glorification du Père et du Fils.

26§ Les premiers chrétiens ont rencontré le même problème que tout le monde a rencontré : sur la croix de Jésus se trouve un panneau indiquant le motif de la condamnation à mort : INRI, «  Iesus Nazarenus, Rex Iudaeorum », « Jésus de Nazareth, Roi des juifs ». [2]
27§ On a un titre, ironique, montrant la cruauté des bourreaux qui veulent ainsi avilir un homme en train de mourir, leur ignominie, la noirceur de leur coeur, et en même temps, ce panneau dit la vérité. Jésus de Nazareth est le roi attendu par les juifs qui vient instaurer le jugement de Dieu sur la terre, le règne de Dieu, règne de justice et de paix définitives.
Deux réalités en tension ici.

28§ Il faut d’abord passer par cette expérience mystique de se tenir sous le regard de la croix, de celui qui se tient élevé sur la croix. Exprimer son désarroi, sa perplexité : Seigneur, je ne vois pas, je ne comprends pas, montre-moi la gloire paradoxale qui se déploie dans la croix.

29§ Ensuite on peut lire les livres, les pères de l’Église et avant eux, les premiers chrétiens qui ont essayé de dire ce qui se jouait dans ce spectacle où l’homme qui meurt sur la croix comme le dernier des derniers est en même temps le plénipotentiaire de Dieu, l’homme chargé par Dieu d’instaurer son royaume avec puissance.


2. Comprendre l’incompréhensible : la reprise du quatrième chant du Serviteur d’Isaïe

30§ Nos pères dans la foi ont compris cet événement comme la réalisation d’une prophétie de l’Ancien testament. Dans l’Ancien testament, il y a une seule prophétie montrant le Christ humilié et mis à mort : c’est le chant du quatrième serviteur dans Isaïe 52,13-53,12 : là, on voit des hommes mettre à mort un homme de peu, un homme défiguré, qu’ils considèrent comme maudit de Dieu.

31§ Pour eux, cette mise à mort est juste car l’homme est maudit de Dieu, il mérite de mourir. Ces hommes racontent cela : « nous pensions qu’il était maudit, mais nous nous sommes trompés : il était l’élu de Dieu, et ses abaissements que nous ne comprenions pas, que nous croyions mérités, ces abaissements nous valaient à nous la rémission de nos péchés, et à lui l’élévation et le fait qu’il siège maintenant en juge de toute la terre au nom de Dieu, en roi des rois. »

32§ C’est le seul endroit dans la Bible où l’on voit le juste souffrir de la part des injustes – cela n’est pas nouveau, ce fait se retrouve dans plein d’endroits dans la Bible, en particulier dans de nombreux psaumes – mais la différence est qu’ici cette endurance de la souffrance, des mauvais traitements de la part des injustes, va valoir pour les injustes qui le persécutent le salut. Çà, c’est unique. Ce lieu de conversion de quelque chose de négatif en quelque chose de positif, à ce seul endroit dans la Bible.

33§ C’est à partir de ce quatrième chant du Serviteur dans Isaïe que les premiers chrétiens vont comprendre l’incompréhensible, le paradoxe total. L’abaissement extrême sera suivi d’un relèvement extrême. Pourquoi ? Parce que le serviteur a fait le don de sa vie, parce que – le mot est lâché – il fait un sacrifice de sa vie pour que cela vaille le salut à ceux qui le persécutent. Il l’a voulu, lui.

[34§ Les premiers chrétiens vont reprendre ce passage unique de l’Ancien testament, mais ils vont faire du nouveau avec de l’ancien lorsqu’ils vont amplifier le mouvement d’abaissement et le mouvement d’élévation pour leur donner une extension insurpassable.
Comment ? en faisant du Serviteur le Fils de Dieu, en le confessant comme Dieu : l’abaissement commence par l’Incarnation et l’élévation va jusqu’à l’exaltation à la droite de Dieu dans le sein du Père, ou, pour le dire de manière imagée, le point de départ et le point d’arrivée sont le ciel.]

35§ Isaïe est apparemment dans la reprise d’une logique sacrificielle : on a commis des bêtises, on a commis des péchés, on a offensé Dieu, alors on égorge un agneau, le sang versé nous vaut purification et on peut à nouveau recommencer une vie avec Dieu. Or ici Isaïe reprend les catégories du sacrifice, mais en les subvertissant, en les inversant, en les intériorisant.

36§ L’agneau n’a rien demandé, il subit le couteau du sacrificateur, il ne sait pas le sens de ce qui se passe, une volonté extérieure plaque un sens extérieur à ce qu’il vit. Dans le chant du serviteur souffrant, le serviteur prend la place de l’agneau volontairement, il sait ce qui se passe, il s’offre volontairement. La matière du sacrifice, c’est lui-même. C’est ainsi que les chrétiens vont comprendre la mort du Christ : l’abaissement comprend en lui-même la dynamique du relèvement de celui qui s’offre pour la multitude, mais aussi du relèvement de la multitude qui le met à mort et pour laquelle il s’offre.

37§ On peut aller plus loin encore, comme le feront nos pères dans la foi, les pères de l’Église primitive. Le Christ est mis à mort entre deux bandits, ce qui fait écho au quatrième chant du Serviteur : parce qu’il a accepté d’être compté parmi les vauriens, sa vie a du prix aux yeux de Dieu et il sera exalté. Nos pères dans la foi ont lu le fait que Jésus soit mis en croix entouré de bandits, qu’il meurt sur le bois de la croix comme un maudit (Nombres).

38§ Le Christ s’est volontairement mis à la dernière place, celle des criminels mis au ban de la société, exclus du monde des vivants par leurs actes infâmes. Pourquoi ? Pour accomplir la volonté de Dieu qui est qu’aucun homme ne soit perdu. Le Christ va se rendre solidaire en particulier des hommes les plus déchus, maudits de Dieu et condamnés par les hommes.

39§ On peut aller encore plus loin. Quand on y pense, le bon larron dit qu’il a mérité finalement de mourir maudit sur le gibet. La présence du Christ qui est en train de souffrir avec lui ce châtiment, qui est solidaire de lui, lui qui est pur de tout crime, lui qui est innocent, le convertit : le spectacle de Jésus mourant à côté de lui sur la croix le convertit, comme ce spectacle plus tard convertira le centurion, ce que nous avons déjà vu plus haut.
40§ Le Christ est capable de susciter une conversion du cœur du bon larron qui se met à espérer : « souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi ». Et Jésus de lui répondre : « aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis » [3].

41§ Cela fait sens que Dieu, voulant qu’aucun homme ne se perdre, envoie son Fils et que son Fils se mette au dernier rang, avec les criminels. Non seulement il mange avec les pécheurs, il se laisse toucher par les impurs, lépreux, prostituées, femme hémoroïsse, mais il va jusqu’à mourir et se laisser compter avec les criminels.

42§ On peut aller encore plus loin. Les orthodoxes aiment à représenter le Christ mort, vraiment mort, qui descend dans le royaume des morts. On peut appuyer cette représentation à partir de la première lettre de Pierre :

1 Pierre 3,18-20 En effet, le Christ lui-même a souffert pour les péchés, une fois pour toutes, lui juste pour les injustes, afin de vous présenter à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit. C’est alors qu’il est allé prêcher même aux esprits en prison, aux rebelles d’autrefois, quand se prolongeait la patience de Dieu aux jours où Noé construisait l’arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau.

Même dans le royaume des morts, la Parole va être proclamée, Dieu se fait solidaire aussi des
morts pour pouvoir leur annoncer la Parole de libération.

43§ Fra Angelico représente dans une des chambres de frères dominicains du couvent San Marco à Florence (Italie) le Christ descendu dans le royaume de l’Hadès, tenant d’une main l’étendard de la croix, il marche sur la porte de prison renversée avec sous elle des démons écrasés, et il tend la main pour prendre les morts tout joyeux d’échapper à la mort.
Il est venu délivrer les hommes captifs du péché, nous les vivants, mais aussi ceux qui sont captifs de la mort, en bas, sous la terre.
44§ On ne voit pas comment cela se fait, nos catégories spatiaux-temporelles frottent quand nous essayons de nous représenter cela, mais nous croyons, je crois, que cela se fait.

45§ L’idée est que cette croix douloureuse et glorieuse est glorieuse parce qu’en reprenant vie du plus bas et qu’il remonte du plus bas vers le Père, il entraîne avec lui tous les hommes qui se sont rendus solidaires de lui d’une façon ou d’une autre.

46§ Ce ne sont que des images, j’en suis d’accord, mais des images parlantes qui peuvent vous donner l’intuition du mystère qui se déploie dans cette croix paradoxale qui met notre intelligence à la torture – notre affectivité, notre imagination, elles, s’y retrouvent je crois.

Amen.


Conclusion. La croix comme événement trinitaire, à partir de la reprise du psaume 22

47§ La croix est un événement trinitaire, elle met en jeu les trois personnes divines, et je conclurai là-dessus. Il y a une parole du Christ sur la croix qui pose des problèmes à beaucoup de personnes.
Vous savez que les Évangiles rapportent différentes dernières paroles du Christ : dans Matthieu et Marc, Jésus dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » ; en Luc : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » ; en Jean : « Tout est achevé ». [4]

48§ Luc et Jean sont paisibles : ils sont du côté de la croix glorieuse qui manifeste déjà la victoire de Dieu et de son Christ sur la mort. Par contre, Matthieu et Marc semblent plus du côté de la croix douloureuse, et le cri angoissé de Jésus chez eux peut poser question : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

49§ Dans tous les cas, Jésus se tait ensuite et rend l’esprit, il expire, il remet l’esprit, son haleine de vie le quitte. Il sait qu’ensuite le Père lui rendra cette haleine de vie.

50§ Évènement trinitaire : le Fils a parlé, il remet l’Esprit. Pour le recevoir à nouveau et le donner à l’Église et à travers elle au monde, à la création.

51§ Comment rendre compte de ce cri ? Jésus reprend le début du psaume 22 et, si vous regardez bien, à mi-parcours il y a une rupture dans le psaume.
Le psalmiste crie, se plaint : « je suis entouré de malfaisants, on me perce, on me transperce, des chiens me dévorent ». Silence. « Tu m’as répondu [– c’est la rupture, le psaume bascule du tout au tout, il passe de la plainte adressée à Dieu à la louange -]. Je vais te louer dans la grande assemblée. »

52§ « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Je suis percé, entouré de chiens », c’est l’agonie, le Vendredi saint. Silence, la mort : le Samedi saint. « Tu m’as répondu » : le Dimanche de la résurrection.
L’Oint de Dieu, le Christ a repris vie, le Père lui a redonné le souffle, - l’Esprit saint redonné et que Jésus redonnera en soufflant sur les disciples dans Jean : l’événement trinitaire – et louange dans la grande assemblée.

53§ Le Père redonne l’Esprit au Christ descendu au plus profond, au plus ténébreux, pour que celui-ci, ressuscité, remonte en entraînant avec lui la création dont il s’est rendu solidaire. L’Esprit saint expiré par le Christ ressuscité, le souffle de re-création cette fois-ci, refait la création à neuf, par delà et malgré l’événement de dé-création, de dé-tissage principiel et originel.


Amen.


© esperer-isshoni.info, août 2014

[1Jean 19,33-34 : Arrivés à Jésus, ils constatèrent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. Mais un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau.

[2Les Évangiles décrivent le panneau de la manière suivante :

Matthieu 27,37 Marc 15,26 Luc 23,38 Jean 19,19-20
Au-dessus de sa tête, ils avaient placé le motif de sa condamnation, ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. » L’inscription portant le motif de sa condamnation était ainsi libellée : « Le roi des Juifs ». Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « C’est le roi des Juifs. » Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix : il portait cette inscription : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs. » Cet écriteau, bien des Juifs le lurent, car l’endroit où Jésus avait été crucifié était proche de la ville, et le texte était écrit en hébreu, en latin et en grec.

.

[3Lc 23,39-43

[4Ci-dessous une synopse des dernières paroles du Christ et de son expiration :

Matthieu 27 ,46-50 Marc 15,34 -37 Luc 23,46 Jean 19,30
Vers trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte : « Eli, Eli, lema sabaqthani », c’est-à-dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et à trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? » ce qui signifie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Jésus poussa un grand cri ; il dit : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » [pneuma en grec] Dès qu’il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est achevé »
Mais Jésus, criant de nouveau d’une voix forte, rendit l’esprit [pneuma en grec]. Mais, poussant un grand cri, Jésus expira.[exepneusen en grec, exspiravit en latin] Et, sur ces mots, il expira.[exepneusen en grec, exspiravit en latin] et, inclinant la tête, il remit l’esprit.[pneuma en grec].

.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 553 / 85514

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quand le chrétien parle l’homme  Suivre la vie du site Art de vivre chrétien   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License