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Le royaume de Dieu est parmi nous : 03 – Le règne de Dieu s’est approché, convertissez-vous

jeudi 31 juillet 2014 par Phap
Lancement–Entretien n°01–02–03–04–05–06–07–08–09

Exercice spirituel dans le cadre d’une retraite avec les instituts séculiers dominicains.
Donné le samedi 19 juillet 2014 au matin à Fanjeaux.

  • La retranscription conserve le style oral de l’entretien (durée : 45 minutes)
  • Le point de vue exprimé ici est celui d’un chrétien s’adressant à des chrétiens de confession catholique. Le ton est celui d’un ami s’adressant à des amies, avec simplicité et respect.
  • Les passages de la Bible sont cités à partir de la Traduction œcuménique biblique (TOB)

Table des matières



Instructions préalables

La prière
Comme prière, je vous propose de partir de la messe en l’honneur de Sainte Marie mère et maîtresse de vie spirituelle. Il est bon de lui demander de nous montrer le chemin alors que nous nous engageons dans la retraite et de nous protéger aussi.

« Que la prière maternelle de la Vierge Marie vienne à notre aide, Seigneur. Accorde nous, par sa protection, de parvenir à la montagne véritable qui est le Christ, notre Seigneur, Lui qui règne avec Toi et le Saint Esprit maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

Nous pouvons ensuite méditer la préface de la messe :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.
En ce jour où nous honorons la bienheureuse Marie toujours vierge, nous voulons te chanter, te bénir et te glorifier.
Étroitement associée au mystère de ton Christ, elle ne cesse, avec l’Église, de te donner des fils et de les stimuler par son amour et son exemple, dans leur marche vers la perfection de l’amour.
Elle est pour nous l’idéal de vie selon l’Évangile : en la regardant et en la priant, nous apprenons d’elle à t’aimer par dessus tout, à contempler ton Verbe, et à aimer nos frères avec son propre cœur.
C’est pourquoi, avec les anges qui proclament ta gloire dans les cieux pleins de joie, nous chantons : Saint ! ...

et terminer par la prière après la communion.

Tu viens de nous réconforter, Seigneur, par le sacrement du corps et du sang de ton Fils.
Que ta grâce et ton amour nous fortifient et nous donnent d’imiter fidèlement la Vierge Marie
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Textes à méditer
Je vous propose de méditer un des textes suivants après l’entretien :

  • Is 40,1-11 : « Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur. Il a reçu double ration pour ses fautes, et maintenant le salut vient vers lui ».
  • ou alors Lc 2,1-20 : La Nativité.

La grâce à demander.

La grâce de la conversion au Royaume qui vient.


1. La conversion, çà veut dire quoi ?

1§ Le mot « conversion » pose le problème du langage abstrait, en particulier dans la langue française qui affectionne les noms communs, le vocabulaire abstrait, plutôt que les verbes et l’action.
« Conversion » est un mot bien abstrait, trop pour un enfant. Dites à un enfant : « La conversion » et il restera perplexe. Alors aidons cet enfant : la conversion, concrètement, cela veut dire se tourner vers quelqu’un. Se convertir à Dieu, c’est se tourner vers Lui. On était en train de regarder quelque chose, on détourne le regard et on se tourne vers Dieu. C’est aussi simple que cela.

2§ Pourquoi on se tourne vers Lui ? Parce qu’il est beau, attirant, parce qu’il y a quelque chose en Lui qui attire. Quand on se tourne vers Lui, ce ne sont pas seulement les yeux mais tout le corps. L’idée de la conversion, c’est que tout ce que je suis affectivité, volonté, intelligence, mémoire, c’est toute ma personne en tant que chair animée chair spirituelle, qui se tourne vers le Seigneur, obéissant ainsi au commandement du Deutéronome :
« ÉCOUTE, Israël ! Le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR UN. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. C’est toute la personne qui se tourne vers Dieu, qui se convertit à Dieu. » [1]

Là, un enfant qui entendra cette explication concrète dira : « Je comprends mieux maintenant ».

3§ Se tourner totalement, entièrement vers Dieu ensuite s’offrir à Lui, faire sa volonté. Geste positif car on est attiré vers quelque chose qui est beau et qui donne envie de se donner entièrement à lui.
Se convertir, cela veut dire aussi se détourner : vous étiez en train de faire quelque chose, de jouer aux billes, au bac-à-sable, vos parents arrivent, vous vous tournez vers eux et donc vous vous détournez de vos billes, de votre bac-à-sable et de vos amis, pour aller vers le Seigneur.

4§ La conversion se présente comme quelque chose de positif, se tourner vers quelque chose qui attire votre attention et en même temps cela veut dire que vous vous détournez d’autre chose : on peut penser à Moïse qui s’occupe du troupeau de son beau-père Jethro. Il passe prêt de la montagne de l’Horeb et il voit quelque chose qui brille. Il va voir ce que c’est : c’est le fameux buisson ardent qui brille sans brûler.
Voilà un exemple de conversion : Moïse a laissé en plan son troupeau pour aller voir le buisson ardent. Dieu a trouvé ce moyen pour faire venir à lui Moïse et lui confier une mission, la mission de sauver son peuple.

5§ On peut donner un exemple actuel en sidérurgie avec les convertisseurs Bessemer. Le minerai de fer est mélangé à une gangue d’oxydes qu’il faut enlever pour que le minerai de fer devienne de l’acier pur. Les convertisseurs Bessemer permettent d’atteindre les très hautes températures nécessaires pour dégager les impuretés, les oxydes et qu’il ne reste plus que l’acier pur.

6§ La conversion est liée à la chaleur, au feu qui purifie des impuretés. On peut penser aussi à l’affinage de l’or au creuset. A suivre ces images tirées de la métallurgie, la conversion serait un affinage, une purification du cœur. Convertissez vos cœurs des déchets, des scories, des oxydations qui le rendent impur.

7§ Il y aurait cette idée liée au feu : une chaleur intense, un feu dévorant. Cela suscite l’ambivalence entre l’intérêt pour devenir un or pur et en même temps la crainte devant la chaleur que cela demande. Ambivalence du feu, sur laquelle nous reviendrons plus bas.


2. Le Règne de Dieu, c’est quoi ?

Matthieu 3,1-12
En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché ! »

8§ Le mercredi des Cendres, le célébrant proclame cette phrase en même temps qu’il dessine une croix sur le front avec de la cendre.
Convertissez vous, le Règne de Dieu s’est approché. Avons-nous envie que le Royaume de Dieu s’approche ? Que mettons-nous sous ces mots ? Dieu qui va régner sur nos cœurs, nos vies, sur nos destinées, sur ce monde ? Est ce joyeux, désirable - ou disons-nous : « attends un peu avant de t’approcher, avant de dominer sur moi ? ». Comment on réagit ?

9§ Convertissez vous. On doit se préparer pour recevoir le Royaume, le Règne. Cette réalité qui arrive demande un changement de cœur, de mentalité, de valeurs. Pourquoi est ce qu’il faut changer pour accueillir le Royaume ?

10§ Revenons il y a deux mille ans quand Jean le Baptiste proclame dans le désert : Jean le Baptiste dit « convertissez vous, le Royaume de Dieu s’est approché » et apparemment il rencontre du succès, les gens viennent à lui. Pourquoi ? Et si on faisait cela maintenant, aurait on du succès ?

11§ Les Juifs du temps de Jean le Baptiste vivent une situation qui ne leur semble pas normale : politiquement, le peuple élu vit sous le joug de païens, l’Empire romain, et les élites – Saducéens, rois de la région - collaborent avec l’occupant romain païen qui mange du cochon, qui ne connait pas la Loi de Dieu. Période pas normale.
Jean le Baptiste semble dire que Dieu va reprendre ses droits et que le peuplé élu va être restauré dans ses droits. Interprétation politique qui va être reprise par les disciples de Jésus quand ils vont voir Jésus ressuscité dans les Actes des Apôtres : quand vas-tu rétablir le royaume d’Israël ?

12§ Certes il y a un lien entre le Royaume de Dieu et le rétablissement du Royaume d’Israël, mais y a t il identité pure et simple entre eux ?
L’Ancien Testament nourrit cette connotation politique de ce Règne de Dieu interprété comme le Règne – la domination – d’Israël sur les nations. Jésus ne dément pas cette interprétation dans les Actes mais il ne la reprend pas non plus : il demande seulement aux apôtres d’attendre l’Esprit saint, - ils verront bien ensuite comment s’établit le Règne de Dieu, ajouterai-je.

13§ Jean le Baptiste proclame la venue du Règne, puis il est arrêté. Jésus va alors pour la première fois prendre la parole publiquement et que va-t-il dire ?
« Le règne de Dieu s’est approché, convertissez-vous ».
Il dit la même chose que Jean le Baptiste.

14§ Cela signifie que cette proclamation de la venue du règne et l’exigence de conversion qu’elle entraîne est centrale chez Matthieu et qu’à la limite, Jean le Baptiste, mais aussi Jésus, apparaissent comme de simples porteurs de ce message.
Cependant, si Jésus a réussi cette mission d’annoncer l’Évangile, c’est parce qu’il n’est pas seulement un simple porte-parole de Dieu qui ne ferait que transmettre le message. À la différence de Jean le Baptiste, Jésus fait advenir le Royaume de Dieu, le règne de Dieu, il le fait advenir sur terre. Jean le Baptiste prépare cette venue, il est le précurseur du Règne mais c’est Jésus qui vient établir le Royaume, le Royaume de Dieu s’établit en la personne de Jésus Christ.

15§ Matthieu parle de l’Évangile du Royaume, alors que Marc ou Paul parlent de l’Évangile du Christ : si on lit les évangiles synoptiques comme un seul grand texte, cela signifie que le Royaume de Dieu et la personne du Christ sont intimement liés. Étayons cela.

16§ Le Royaume de Dieu se déploie à partir du Christ puisque c’est à partir de lui que la mort déjà est vaincue en lui, et le péché avec elle – en lui.

17§ Notre histoire à partir de la résurrection du Christ est une histoire du déploiement de ce salut déjà inauguré en Jésus Christ et qui se déploie dans le cosmos, puisque la fin de l’histoire sera marquée par l’élimination définitive de la mort qui sera chassée, expulsée de la création.
Cette mort, déjà expulsée du corps de Jésus mort et ressuscité pour nous, et avec elle le péché dont elle est la conséquence, et maintenant il y a une transformation du monde en train de se faire et qui n’est pas terminée : déploiement de ce salut, de ce règne déjà inauguré en Jésus Christ. Voilà pourquoi j’accentue l’indissolubilité de l’annonce du règne et de l’annonce du Christ.


3. Aplanissez les chemins de Dieu

18§ Jean le Baptiste est présenté comme celui prophétisé par Isaïe 40,3-5.

Isaie 40,3-5 Une voix proclame : « Dans le désert dégagez un chemin pour le SEIGNEUR, nivelez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu.
Que tout vallon soit relevé, que toute montagne et toute colline soient rabaissées, que l’éperon devienne une plaine et les mamelons, une trouée !
Alors la gloire du SEIGNEUR sera dévoilée et tous les êtres de chair ensemble verront que la bouche du SEIGNEUR a parlé. »

Convertissez vous : enlevez toutes les aspérités qui empêchent la communication, la communion, la rencontre : nivelez aplanissez tout ce qui dépasse en hauteur, les montagnes qu’on rase, en profondeur, les ravins qu’on comble.
Il s’agit de rendre plat le chemin : si le chemin est plat, il peut y avoir la communication, la rencontre.

19§ Chez Isaïe, il s’agissait de la rencontre de Dieu et du peuple d’Israël à Jérusalem et aussi et en même temps le retour des exilés en terre païenne, en terre d’oppression vers Jérusalem : si le terrain est plat, les femmes enceintes, les vieillards, les malades marcheront sur le chemin sans difficulté pour revenir à Jérusalem.

20§ Isaïe appelle les élus à un travail sur le chemin qui permet la rencontre avec la promesse que ce chemin sera emprunté par Dieu : une fois la voie tracée, la gloire de Dieu se manifestera, elle pourra se communiquer sur la terre aux hommes. Cette manifestation se traduit dans le fait que les plus petits, les faibles auront rejoint leur patrie en toute sécurité.

21§ Matthieu reprend Isaïe : cinq cents ans plus tard, Jean le Baptiste est la voix prophétisée par Isaïe, avec une différence : la gloire de Dieu ne se manifestera plus sous la forme du retour des dispersés dans la ville sainte de Jérusalem sur un chemin rendu plat, mais par la venue du Christ.
Préparez vous car le Messie, l’oint du Seigneur qui va établir le Royaume de Dieu sur terre vient.

22§ On peut expliquer cette différence en reprenant la conception patristique selon laquelle le Nouveau Testament accomplit et révèle (latet en latin) ce qui était caché (patet en latin) sous forme de figures dans l’Ancien Testament : in vetere testamento, novus latet, et in novo vetus patet.
Le latent exprime le patent de la figure sans nécessairement être identique à la figure, ce qui rend possible les différences.
Le message reste substantiellement le même de toutes les façons : nous sommes dans les temps qui sont les derniers, la gloire de Dieu va se manifester et cela nous demande de travailler (sur nous mêmes).

[23§ Petit dégagement sur le désert. Dans les Évangiles, Jean le Baptiste exerce son ministère prophétique dans le désert. Pour l’entendre, pour recevoir le baptême qui exprime le désir de purification des péchés, on est obligé d’aller au désert. Aller au desert pour entendre la Parole de Dieu, pour être disponible à la Parole de Dieu, pour se convertir. C’est un peu ce que nous faisons en venant ici à Fanjeaux, sur les lieux saints dominicains.

24§ Parce que je désire entendre la Parole du Seigneur, je fais un pas de côté, je vais à l’écart et là je m’expose à l’inconfort physique, matériel et aussi mental. Dans le nouvel univers dépouillé du désert, je peux laisser monter en moi les questions fondamentales : qu’est ce qui compte pour moi, qu’est ce qui fait mon bonheur, où suis-je vraiment heureux ?
Questions apparemment encore centrées sur soi, mais on peut aussi se demander : est ce que je compte pour quelqu’un ? Est ce qu’il y a quelqu’un qui compte pour moi ?

25§ Au désert, on peut se réjouir d’une vraie joie et rendre grâce à Dieu. On peut aussi pleurer de se trouver peu aimable du fait du péché, personnel et communautaire, on peut pleurer une histoire personnelle et communautaire qui semble condamnée, comme une porte peut être condamnée, c’est-à-dire fermée, close, sans horizon. Il est bon alors de demander l’aide du Seigneur, d’avouer ses manquements à l’amour et d’invoquer son pardon. Et de notre côté, lutter pour se convertir.]

26§ L’appel à la conversion au désert nous demande de travailler à raser les montagnes d’orgueil et de prétentions, à combler les précipices de haine et de peur qui déforment nos cœurs, afin que le Seigneur puisse nous atteindre à l’intime.

27§ Et nous désirons cette conversion parce que nous avons l’intuition de qui est Dieu, nous pressentons déjà quel est le bonheur qui se trouve dans cette direction. Si je travaille sur ces obstacles, je vais rencontrer quelqu’un et ce sera le bonheur.
Ces obstacles qui empêchent la communion, qui nous enferment dans des citadelles hérissées de pointes, ils doivent disparaître si nous voulons recevoir en nous Dieu qui vient.
Et il vient parce qu’il veut nous rejoindre, parce qu’il nous aime. Quand il y a deux volontés, la nôtre qui cherche Dieu et celle de Dieu qui veut nous rejoindre, tout ce qui se met entre les deux doit être aplani, doit s’effacer.


4. Aujourd’hui encore, la puissance de conversion de la Parole

28§ Est-ce que ce qui vient d’être dit peut parler à nos contemporains ? Si on se perche sur une caisse à savon comme à Hyde Park (Londres, Angleterre) et qu’on braille « convertissez vous, le Royaume de Dieu s’est approché », susciterons-nous l’intérêt qu’a suscité Jean le Baptiste en son temps ?

29§ Non, répondrons-nous peut-être : l’homme contemporain n’attend rien, il n’y a pas d’au delà du monde, pas de Dieu.
Personnellement, je ne suis pas d’accord avec cette vision un peu trop réductrice de l’homme (post) moderne. Pour moi, tout être humain attend quelque chose au fond de son cœur : tout homme vraiment homme ne peut pas se satisfaire de ce monde-ci car il est fait pour Dieu, pour voir Dieu et pour vivre avec Lui.
Selon moi, il y a en tout homme cette nostalgie – en faisant référence à la chute du Paradis –, nostalgie de Dieu que l’homme moderne ressent sans pouvoir la formuler. Il sent que quelque chose n’est pas en place.

30§ Augustin dit cela : « tu nous as fait pour toi et notre cœur est sans repos (inquiet) tant qu’il ne t’a pas trouvé ». Et donc on te cherche ; Et pourquoi on te cherche ? Parce qu’on sait que tu es là. Quelque chose nous dit : c’est par là la vie éternelle, c’est par là le vrai bonheur.
C’est inscrit en tout homme fait à l’image et ressemblance de Dieu et qui ne sera pas à la hauteur de lui-même tant qu’il n’aura pas réalisé cette image et ressemblance.
Et l’on ressemble à Dieu en le regardant, en le voyant : Jean dit cela : « nous serons comme lui parce que nous le verrons tel qu’il est » [2].
Certains spectacles peuvent nous changer : quelque chose de beau peut nous changer. Eh bien, quand on voit Dieu, on est changé à la puissance 10. On voit la beauté, non pas la beauté des choses, qui est grande et émouvante, mais la beauté qui fait qu’il y a de la beauté dans le monde, la beauté à l’origine de la beauté.

31§ Je vais vous donner de quelqu’un qui a connu la conversion grâce à cette parole. J’étais ce (post) moderne jusqu’à 25 ans : né dans une famille agnostique et pur produit de l’école laïque à la française, je n’avais aucune idée de la religion, de la transcendance, de l’au-delà du monde. J’avais un ami pratiquant, un pilier d’église – il avait voulu m’entraîner à l’aumônerie quand nous étions à l’école des Mines, sans succès : ce qu’il en disait ne me parlait absolument pas. Mais cet ami jouait de l’orgue à l’église le dimanche et il m’avait demandé de l’accompagner pour tourner les pages de la partition pendant qu’il jouait.
J’accepte et me voilà par amitié pour lui à l’église de Puteaux. Je tourne les pages pendant la messe. Il se trouve que c’est le deuxième dimanche de l’Avent, le prêtre lit notre passage de Jean le Baptiste au désert : rasez les montagnes, comblez les précipices.
Comme mon ami Jean-Michel joue à deux messes, j’entends deux fois cette affaire.

32§ Le sermon ? Je ne m’en souviens absolument pas. Par contre, la lecture de l’Évangile me touche : qu’est ce que c’est que cette histoire ? Tout de suite, je comprends qu’il faut l’interpréter symboliquement : il ne s’agit pas d’une géographie extérieure mais intérieure, celle du cœur.
C’est quoi les précipices, les ravins ? Eh bien oui, l’angoisse, la colère, la peur, la jalousie. Les montagnes, les collines ? L’orgueil. Tout être humain peut comprendre cela, il n’a pas besoin de lire la Bible pour savoir cela.
Si je fais cela, alors il va y avoir une rencontre, je vais rencontrer quelque chose, quelqu’un, il va y avoir une communication avec quelqu’un, quelque chose va circuler – l’amour. Tout être humain sait ce qu’est l’amour.
Alors je me suis dit : je vais le faire, l’amour m’intéresse. Et je le fais. Et çà marche. C’est-à-dire que quelqu’un vient. Dieu.

33§ Il faudrait développer cela, mais sachez que tout être humain peut entendre cette parole : « convertissez vous. Le royaume de Dieu s’est approché » avec sa transcription vétéro-testamentaire : « aplanissez vos chemins car la gloire de Dieu va se manifester ».
Je n’avais aucune idée de ce qu’était la gloire de Dieu, mais qu’une rencontre pouvait se produire, çà oui. Je crois que l’être humain recherche le bonheur et la vie éternelle, car un bonheur qui ne jaillirait pas en vie éternelle, qui ne durerait pas, ne serait pas un bonheur complet – Augustin dit cela. Un bonheur qui s’arrêterait à la mort ? Il y a mieux que cela, l’être humain le pressent. Et cela suppose l’éternité, la vie éternelle.

34§ La création elle aussi aspire à la vision de la gloire de Dieu, gloire qui se manifeste dans les disciples du Christ. Nous avons le devoir de manifester la gloire de Dieu au monde en lui apportant la vie éternelle. (Rom 10)

Amen (je n’ai pas fini).


5. La colère de Dieu

5 Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui ;
6 ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés. 7 Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir à son baptême, il leur dit :
« Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ?

35§ Le royaume de Dieu vient, disait Jean le Baptiste, et maintenant il dit que c’est la colère. Il faut se convertir parce que le royaume de Dieu vient mais, sans la conversion, ce Royaume de Dieu ressemblera à de la colère. Si vous n’êtes pas converti au moment où il est là, au lieu d’éprouver le royaume de Dieu, le bonheur, la vie éternelle, vous éprouverez la colère – de Dieu. Dieu en colère.

36§ On a du mal à entendre cela sur le plan intellectuel : si Dieu est bon, comment peut-il se mettre en colère ? Cela veut dire quoi ?
Regardons dans la vie. Oui, j’ai mes idées là dessus, mais que dit la Bible ? Quand Jésus se met-il en colère ? Au Temple ? Oui, mais le mot « colère » ne s’y trouve pas explicitement.

37§ Il y a un épisode où Jésus est explicitement en colère. Cela se passe à la synagogue le jour du sabbat. Il y a un homme à la main desséchée et aussi des pharisiens aux aguets. Ils ne disent rien, ils attendent : c’est le jour du Sabbat, va-t-il faire le coup de guérir l’homme à la main desséchée ? »
Endurcissement du cœur des Pharisiens si convaincus d’avoir la vérité sur Dieu et sur ce qu’il faut faire pour lui plaire, et ils ont dans leur ligne de mire cet homme, Jésus qui n’a pas l’air de penser la même chose qu’eux. Ils sont aux aguets.

38§ Jésus leur pose une question : « qu’en pensez vous, faut-il faire le bien ou le mal le jour du sabbat ? »
Eux font le mal, ils guettent pour accuser. Est-ce bien de guérir un malade ou de tuer quelqu’un le jour du sabbat – pas forcément physiquement mais déjà mentalement ?

39§ Jésus s’adresse à eux directement, alors qu’eux ne s’étaient pas adressés à lui. Auparavant, il avait fait mettre debout l’homme à la main desséchée. Jésus a vu le piège et il entend régler l’affaire devant tout le monde.
« Lève toi ». Puis : « vous, au fond, tapis dans l’ombre, qu’en pensez-vous ? »

40§ L’Évangile dit qu’ils se taisaient. Devant la vérité, le mensonge ne peut pas tenir. Le serpent travaille dans l’ombre, eux aussi travaillent en sous-main, en coulisses, mais si on enlève leur écran de fumée, ils sont tout nus, ils ne peuvent plus jouer, ils sont paralysés.

41§ Ils ne disent rien, aussi Jésus peut dire au paralysé : « tends la main », et le guérir. Puis l’Évangile continue :
« promenant sur eux un regard de colère » Mc 3,1-61
Jésus est en colère contre eux : la colère de Dieu.

42§ Je viens, je vois des hommes au cœur clos, endurci, insensible à la misère des autres, centrés sur leurs propres convictions, leurs propres intérêts, leurs propres jouissances, repliés dessus, des cœurs de pierre, des cœurs « sclérosés » en grec. Ces cœurs malades empêchent la vie de circuler, empêchent les hommes d’être heureux, ils briment les petits, ils font peser sur les petits un poids intolérable qui les empêchent de redresser la tête.

43§ Dieu voit cela, et il dit que ce n’est pas comme cela que ce devrait être, ces petits devraient gambader dans la prairie. Et ces gens-là qui les emprisonnent. La colère de Dieu vient de là, de cette vie qui est donnée, qui pourrait circuler, qui pourrait être échangée, de cette joie, de ce bonheur qui pourrait régner sur la terre, et à côté de cela des gens qui l’en empêchent parce que leur cœur est sclérosé, un cœur qui résiste à l’amour.
Je conclurai là dessus.


Conclusion : l’ambivalence du feu

44§ Si vous ne vous convertissez pas, vous connaîtrez la colère de Dieu, le feu de Dieu, dit Jean le Baptiste.
Le feu est ambivalent, il purifie et il détruit aussi.
Je prendrai une autre image actuelle, non plus les convertisseurs Bessemer mais celle du courant électrique.

45§ Le courant électrique, ce sont des électrons qui passent dans du métal. Si le métal est pur, les électrons circulent sans aucun problème. Si le métal est impur, les électrons rencontrent les impuretés, les obstacles qui résistent – cf. le mot « résistance » en électricité.
Les électrons veulent passer et font vibrer les obstacles qui, vibrant, se mettent à dégager de la chaleur et ils brûlent.

46§ Dieu comme un courant de vie, d’amour, donc si vous aimez l’amour, si vous voulez le laisser circuler en vous, le courant va vous purifier et vous allez devenir toujours plus lumineux et le feu, au lieu de vous brûler, vous fera toujours plus briller.
Si vous dites au contraire : « je sais ce que je veux – puissance, gloire humaine, possession - et je ne le lâcherai pas, l’amour par contre ne m’intéresse pas », alors l’amour, la vie en circulant va vous faire chauffer et vous allez brûler.

47§ La même réalité, la réalité divine, selon ce que vous êtes, va vous faire brûler ou vous faire briller. Toute la différence résultera de la façon dont nous nous sommes positionnés par rapport à la proposition d’amour et de vie du Dieu qui vient.
J’aime et alors je m’abandonne, j’abandonne ce que j’ai, j’ouvre la main pour que quelqu’un enlève ce qu’il y a dedans mais aussi pour qu’il y mette quelque chose. Ou bien je ferme, je crispe ma main, je ne veux pas lâcher – j’ai des vaches à m’occuper, une maison à visiter, je n’ai pas le temps d’aller au mariage du Fils – moi, mon bonheur – alors vous serez des perdants absolus, vous perdrez tout, y compris ce que vous croyiez avoir.

48§ « Le Royaume de Dieu est proche : convertissez vous ».

49§ Selon moi, on peut comprendre finalement la colère de Dieu comme l’autre face de son amour. Dieu vous apparaîtra comme quelqu’un d’aimant si vous aimez l’amour et si vous êtes prêt à tout donner pour l’amour – car l’amour demande tout. Et si vous dites : non, je ne veux pas tout donner, je ne veux rien lâcher, je veux garder mes possessions, mes pouvoirs, alors vous allez résister – et brûler. Voilà comment je vois les choses de mon côté, à vous de voir du vôtre.

50§ Pour le dire autrement, la venue du royaume de Dieu amène à définir un dedans et un dehors.
Il y aura une frontière : je fais l’option fondamentale du choix de l’amour jusqu’à tout donner, y compris moi-même, et c’est l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi. Ou bien je fais le choix de moi au mépris de Dieu.
En fonction de mon choix fondamental, je serai dedans ou bien dehors.

51§ Notre histoire va consister à nous préparer au Royaume de Dieu, parce que nous voulons être dedans : oui, cela vaut le coup. Convertissez vous, le Royaume de Dieu s’est approché.
Amen.


© esperer-isshoni.info, juillet 2014

[1Deutéronome 6,4-5 dans la traduction de la TOB

[21 Jn 3,2


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