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Le royaume de Dieu est parmi nous : 01 - La bonté divine à l’oeuvre en toute chose

vendredi 18 juillet 2014 par Phap
Lancement–Entretien n°01–02–03–04–05–06–07–08–09

« Je crois en Dieu, le Père tout puissant
créateur du Ciel et de la terre
de l’univers visible et invisible »


Donné le 18 juillet 2014, lors d’une retraite avec les Instituts séculiers dominicains à Fanjeaux..
Exercice spirituel n°1 [1].

  • Le point de vue exprimé ici est celui d’un chrétien s’adressant à des chrétiens de confession catholique. Le ton est celui d’un ami s’adressant à des amies, avec simplicité et respect.
  • Les passages de la Bible sont cités à partir de la Traduction œcuménique biblique (TOB)

Instructions préalables

La prière

Je vous propose de prendre la prière de l’Angelus dans la version suivante :

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie
- Et elle conçut du Saint Esprit.
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

- Voici la Servante du Seigneur
- Qu’il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

- Et le Verbe s’est fait chair
- Et il a habité parmi nous.
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

Priez pour nous, sainte Mère de Dieu
Afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.
Prions
Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs.
Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître, l’incarnation de ton Fils bien-aimé.
Conduis-nous, par sa passion et par sa croix, jusqu’à la gloire de la résurrection.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen

Le texte à méditer : Genèse 1,1-31 ou bien Genèse 2,1-25

La grâce à demander : « Goûter la bonté de Dieu dans Sa Création puis Lui rendre grâce pour elle ».

Célébrer l’eucharistie avec la prière eucharistique n°4 est approprié ici.



Ô Seigneur, Notre Dieu,
qu’il est grand ton nom
par toute la terre
[Psaume 8] [2]

1§ exultation, jubilation. Admiration de ce qui est. C’est, çà tient.

Pour la Bible, cela renvoie à Quelqu’un au delà. La terre manifeste la gloire de Dieu, toute la terre. Chant de louange alors, pas seulement l’admiration devant ce qui est devant nous, visible, sensible.

2§ « Notre Dieu » : nous sommes à toi, nous avons un lien avec toi. Lien d’exultation, de joie, d’avoir ce Dieu-là, d’être au service de ce Dieu là : le psaume est chanté ensemble, au Temple de Jérusalem, à la synagogue. « notre » : un peuple qui célèbre et fait mémoire de génération en génération.



Jusqu’aux cieux ta splendeur est chantée
par la bouche des enfants, des tout-petits,
rempart que tu opposes à l’adversaire,
où l’ennemi se brise en sa révolte
[Ps 8]


3§ gazouillis des enfants, des nourrissons, qui sont heureux de vivre, d’être dans ce monde. Découverte enchantée du monde : mes pieds, il sourit et sa mère lui sourit, ce que cela fait en moi. L’amour, la compréhension, le souvenir de tout ce que l’on a découvert et ce que l’on va découvrir.
Ils ne savent pas dire « Dieu », ils n’ont rien lu dans les livres, rien entendu sur Lui. Mais ils chantent déjà sa louange, où qu’ils soient, juifs ou pas.
Universelle louange des êtres quand ils jubilent d’exister, d’être. Ils ne raisonnent pas encore, mais ils savent au fond d’eux-mêmes : il y a une certitude, une conviction que les choses se tiennent debout, qu’il y a un sens et que ce sens est heureux, jubilatoire.

4§ Communion instinctive, lumière, odeurs, bruits, visions, sensations à ce qui se passe en lui et autour de lui. Accordé spontanément aux choses, à ce qui survient, sans se poser la question du quoi et du pourquoi.
Être là, simplement, avec. Et voir ce qui en résulte à chaque instant qui passe.
En deçà du réflexif, comme une base, un sous-bassement, invisible, mais sans lui la construction ne tient pas. Et nous les adultes, les humains adultes, nous l’oublions.
Retrouver en deçà de nos « quoi » et nos « pourquoi » cette évidence de la communion aux choses et au monde. Se tenir là, et savoir que nous rendons ainsi honneur, gloire et louange à Dieu, sans mots, sans gestes, dans l’admiration qui est une adoration.

5§ Et c’est à mon avis encore plus fort, parce qu’il y a la reprise de ce qui n’existe pas chez l’animal et le bébé, le questionnement existentiel qui trouve sa réponse, le passé d’une vie d’homme de femme, avec ses joies, ses douleurs, ses lumières et ses ombres. Nous accédons à une seconde fraîcheur, plus élevée que la fraîcheur naïve de l’enfant et de l’animal. Louange du croyant adulte.



rempart que tu opposes à l’adversaire,
où l’ennemi se brise en sa révolte
[Ps 8]


6§ L’adversaire, l’ennemi. De qui ? De Dieu d’abord, du genre humain et de la Création ensuite.
Il refuse la grandeur de Dieu. Dieu est grand parce qu’il est bon, et la Création est heureuse de s’agenouiller devant ce Dieu-là, de chanter la louange de ce Dieu-là. Comme un enfant est heureux de chanter la louange de sa mère, de son père : cela rehausse la joie qu’il éprouve d’être avec eux.

7§ Sauf que... Il y a un mystère d’iniquité [3], quelqu’un, quelque chose qui s’oppose à cette bonté, qui ne veut pas s’agenouiller devant la beauté et la bonté.
Un refus incompréhensible, que la Bible n’explique pas. La Genèse ne dit pas d’où vient le serpent, et pourquoi il veut brouiller la relation entre Dieu et l’homme. Tout ce que nous savons, c’est qu’il est « la plus rusée de tous les animaux sauvages que le Seigneur Dieu avait fait.
Peut-être lire ici ce qui arrive quand le raisonnement, le calcul, le « quoi » et le « pourquoi » sont découplés de la reconnaissance amoureuse. On a alors des êtres froids, mécaniques, jaloux des autres, de la chaleur des autres, de la joie et de la jubilation des autres.
Refus de reconnaître la bonté de Dieu, refus de s’agenouiller devant lui en exultant et en chantant sa grandeur. « Qu’il est grand, ton nom, par toute la terre ».

8§ Refus et même volonté de faire obstacle à cette bonté. Le psalmiste parle de révolte, il s’agit bien du refus de se soumettre à Dieu, à son créateur. Refus de la dette de louange et de service qui revient à Dieu, et il s’agit d’une injustice : Dieu ne reçoit pas ce qui est lui dû.
Comme une mère, un père, qui ne recevraient pas ce que leurs enfants leur doivent : non pas en raison d’un contrat signé entre égaux, entre pairs, le devoir ne résulte pas de liens juridiques mais de liens d’affection entre un enfant et ses parents, l’amour entre des parents qui a donné naissance à l’enfant, qui est aimé et accompagné.
Cœur froid du serpent qui voudrait que tout le monde soit froid comme lui : froid envers Dieu, froid envers ce monde. Froid comme la mort. Et hostile à la chaleur, à la vie.

9§ Nous n’avons pas à nous laisser entraîner dans cet abîme de ténèbres et d’injustice, de dé-création que les Grecs appelaient anomie, absence de normes, d’ordre, de loi ; pour nous, croyants, c’est plus que cela, c’est une force de chaos qui vient défaire la création divine, défaire le tissage de la bonté de Dieu.

10§ Car cet abîme est vaincu, franchi, mais à bas par le gazouillis des tout petits. Pas par les savants, pas par les érudits. Mais par les nourrissons, et je dirai, par tout ce qui est simplement : plantes, rochers, animaux, air, ciel. Réponse au défi insensé de l’ennemi qui refuse de reconnaître la grandeur de Dieu, grandeur qui résulte de sa bonté à l’œuvre en toute chose.

11§ Mes sœurs, regardez la bonté du Seigneur à l’œuvre dans le déploiement de la création et surmontez le doute, ne doutez pas de sa bonté.
Soyez comme les serviteurs de la parabole du bon grain et de l’ivraie – Mt 13, 24-30 - qui avaient commencé par douter de la bonté de leur maître : était-il possible qu’il est fait semer des graines de poison et de mort dans son champ ?
Mais non, c’était l’ennemi qui avait agi de nuit – car cet ennemi agit dans l’ombre, il ne supporte pas la lumière parce qu’il ment, il dissimule, il falsifie et que la lumière révèle ses artifices et ses pièges. Heureusement pour les serviteurs, ils avaient assez confiance en leur maître pour lui poser la question qui agitait leur cœur et les faisait douter de lui. Et il leur a répondu, il leur a appris qu’il y avait l’ennemi qui voulait le contrecarrer, qui voulait ruiner ses efforts en sous-main, en traître déloyal. Et il leur a appris que le projet du maître réussira et qu’il l’emportera de manière définitive sur son ennemi.
Alors les serviteurs ont été rassurés, ils ont perdu leur doute par rapport à la bonté de leur maître et leur angoisse par rapport au mal et à la mort : notre maître est le plus grand et rien ne nous détachera de son service.



A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme que tu en prennes souci ?
[Ps 8]


12§ grandeur de Dieu qui accepte d’avoir quelqu’un en face de lui, qui s’adresse à lui, qui lui parle : l’être humain. L’être humain ici questionne Dieu, mais c’est une question rhétorique. La réponse est connue de l’homme, et Dieu sait que l’homme en connaît la réponse. Nous sommes ici encore dans le domaine de la jubilation.

13§ Jubilation de se savoir si petit et pourtant si aimé, si regardé, si désiré. L’homme est bien insignifiant par rapport à la hauteur des astres, par rapport à leur grandeur, leur force. N’est-ce pas eux qui déterminent le cours du temps, et peut-être même nos destinées ? N’ont-ils pas une influence mystérieuse sur le monde, la mer, les plantes, les animaux et nous-mêmes ? Et quand ils se mettent à se comporter de manière extraordinaire, n’est-ce pas qu’il va se passer quelque chose de grave dans la société ou dans la nature ?

14§ Et pourtant, Dieu se soucie de nous, il pense à nous, les êtres humains, si petits et si insignifiants face à la majesté des choses dans le ciel. Pourquoi cela ?



Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
tu l’établis sur les œuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds
[Ps 8]


15§ Dieu a décidé librement, gratuitement – par grâce – de mettre l’homme au sommet de sa création : l’homme n’est pas Dieu, il est créé comme toute chose, mais il a été placé par Dieu au sommet de la hiérarchie des êtres créés.
Il est au dessus de tout ce que Dieu a créé, y compris donc les étoiles et la lune.

16§ Chères soeurs, il y a quelque chose de cela quand nous promenons à la tombée de la nuit aux abords du village de campagne où nous passions l’été, enfants.
Le ciel est sans nuages, la lune épand sa clarté alentours. Blotti au creux, notre village avec le clocher qui se dessine. Un chien aboie au loin, il veille. A regarder la voûte étoilée, il y a comme un vertige, comme si nous tombions.
Personnellement, j’ai le vertige, mais je ne me sens pas écrasé : il y a une beauté qui se dégage du réseau d’étoiles, une force. Et c’est le tout, le ciel étoilé, le village endormi et cette terre sous mes pas, ferme, qui fait sens : parce que je suis là. Et croyant, je rends grâce à Dieu pour cette force, cette consistance, cette beauté des choses.

17§ Et je crois que Dieu se réjouit de la jubilation et de la reconnaissance aimante de l’homme par rapport à la création. Cela doit ressembler à la joie intérieure d’une mère quand la famille la complimente pour le repas du dimanche, pour la belle table, pour les bons plats.



Les troupeaux de boeufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages ;
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.
[Ps 8]


18§ L’homme a le pouvoir sur tout ce qui vit sur la terre, dans le ciel et sous les eaux. Il capture la baleine et le cachalot, il encage le tigre, il asservit l’éléphant, et cela déjà dès les temps bibliques. Maintenant, il vole plus haut que l’aigle, il se déplace sur terre plus vite qu’une gazelle, il descend jusqu’aux profondeurs de la mer. Plus inconcevable encore, il est allé sur la lune, ce qu’aucun être vivant n’a fait.

19§ Je crois que l’homme peut tirer un légitime orgueil de ses réalisations, de la maîtrise qu’il a développé dans l’histoire. Mais le psalmiste nous rappelle que cette domination nous a été confiée par Dieu : c’est lui qui a voulu que nous dominions toutes choses, autrement dit nous lui sommes redevables de la place privilégiée qu’il nous a octroyée par l’effet de sa bonté et de sa grâce.
L’orgueil ne sera légitime que s’il s’accompagne de la reconnaissance que Quelqu’un nous a confié cette tâche de dominer toutes choses : en exerçant toujours plus son emprise sur les choses, l’être humain finalement ne fait qu’obéir à une mission qu’il a reçue. Il est le gérant de Dieu sur terre, et il doit rendre compte de sa gestion.

20§ Cela signifie concrètement qu’il doit donner à Dieu la part qui lui revient des fruits de la terre, du ciel et de l’eau. Cela signifie aussi qu’il ne peut saccager la terre, le ciel et l’eau dont il est le gérant, mais pas le propriétaire.
Je crois que nous avons reçu de Dieu la mission de continuer sa création. Il nous revient de cultiver la terre, dans le sens littéral du terme, en faisant pousser les plantes et en élevant les animaux, mais aussi dans le sens figuré, en la disant, en la chantant, en la racontant. Nous tenons lieu de Dieu sur terre, nous sommes ses représentants par rapport à tout ce qui marche, rampe, vole, nage, par rapport à tout le monde inanimé, nous sommes ses lieutenants, mais nous ne sommes pas Dieu.

21§ Nous sommes comme la clé de voûté d’une arche, au centre et qui fait tout tenir. Mais ce qui fait l’arche, c’est l’ajustement de toutes les pierres, ce n’est pas seulement la clé de voûte. La bonté de Dieu s’exprime dans le dessin total de la création, et c’est ce dessin total qui donne le sens de la position unique de l’homme dans ce dessin. C’est dans sa relation indissoluble aux animaux, aux choses de la terre et du ciel, que l’homme s’accomplit et trouve le sens de son existence, relation qui est une relation de compagnonnage sous le regard aimant du Dieu de toute la création.

22§ Nous avons reçu la mission de faire de la terre et du cosmos un beau jardin – nous n’avons donc pas le droit d’en faire une poubelle.
Nous avons reçu la mission de faire un beau jardin qui exprime la bonté de Dieu, qui exprime la bénédiction de la vie qu’il a accordée à tout être vivant.
C’est dans ce jardin que Dieu vient se promener à la brise du soir, et c’est là que nous l’attendons pour lui présenter les fruits de notre culture, en le remerciant de nous faire confiance, de nous avoir confié le jardin pour qu’il croisse et fructifie et embellisse.

23§ Puissions-nous l’entendre nous dire : « bon serviteur, tu as fait la volonté de ton maître. Entre dans la joie de ton maître ». « bon serviteur, tu as été fidèle en peu de choses. Reçois le bien véritable, l’eau qui désaltère, la nourriture qui rassasie, le contentement du corps et du cœur qui ne déçoit pas et qui dure – entre dans la joie de ton maître et jubile avec lui dans une création devenue louange à son Créateur ».


© esperer-isshoni.info, juillet 2014

[1Une séance introductive a été donnée la veille pour expliquer la méthode et le but de la retraite.
Voir Un exercice spirituel d’Ignace de Loyola (1491-1556) : lire la Bible

[2Texte disponible sur le site de l’AELF(Association épiscopale liturgique pour les pays francophone http://www.aelf.org
Voir l’édition en format de poche : Le Psautier, version œcuménique, texte liturgique, © AELF 1977, Cerf 1984, 1986, 381 p.

[32 Thessaloniens 2,7


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