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Le shintô 神道 - des origines à la fin de l’ère Heian (1185)

samedi 1er février 2014 par Phap
  1. Le shintô 神道 - des origines à la fin de l’ère Heian (1185)
  2. Le shintô 神道 - pendant la période des guerriers (1185-1867)
  3. Le shintô 神道 - de la restauration impériale de 1868 à nos jours

Découpage de la période

jusqu’à 710 Avant Nara
710-794 période de Nara 奈良
794-1185 période Heian 平安

Des origines à l’acclimatation de la culture continentale de Chine

-5000 -4000 ans av Jésus-Christ - +400 +500 ans ap.JC Jômon 縄文 : statuettes en argile dogû 土偶
-660 accession au trône de l’empereur « légendaire » Jimmu 神武天皇 (date du Nihonshoki) qui aurait régné de -660 à -585 avant J.C. Conquête de l’est à partir du sud du Kyûshû racontée dans le kojiki qui nomme l’empereur Majesté-Prince-Iware-du-Yamato-Sacré 神倭伊波禮毘古命. Sa geste débute la deuxième partie du kojiki.
-300 av JC - +300 ap JC époque Yayoi 弥生. cloches en bronze dôtaku 銅鐸. La riziculture est importée du continent
 ? sous le règne de Majesté-Prince-Yamato 倭日子命, sacrifices humains à la mort des personnages princiers sur leur tumulus / mausolée 陵 misasagi (cf. kojiki : 此王之時、始而於陵立人垣。). Ces sacrifices sont présentés comme des "actes de fidélité jusqu’à la mort" junshi 殉死
-97 à -30 av. J.C. règne de l’empereur Sûjin 崇神天皇 , 10e empereur, appelé Mimakiiri 御眞木入日天皇 dans le kojiki, peut-être le premier empereur du Japon attesté historiquement
+3 ap. JC l’empereur Suinin 垂仁天皇 (règne situé traditionnellement de -29 à +70), 11e empereur (Ikume 伊玖米天皇dans le kojiki) met fin aux sacrifices humains à l’occasion de la mort de l’impératrice Hibasu 日葉酢. Des figurines en terre, les haniwa 埴輪, remplacent les êtres humains sacrifiés (cf. Nihonshoki chap 6). Son conseiller, Nomino Sukune 野見宿禰, aurait aussi inventé le sumo ( ?)
D’après le Nihon shoki, sa fille 倭姫命 Yamato hime no mikoto fixe à Ise 伊勢 le lieu de résidence du kami Amaterasu et nomme une « grande prêtresse » d’Ise. Le sanctuaire est appelé Isejingu 伊勢神宮 ou simplement jingu 神宮. Le sanctuaire intérieur naiku 内宮 abrite Amaterasu Ômikami 天照大神 tandis que le sanctuaire extérieur geku 外宮 abrite Toyôke Ômikami 豊受大神
92 Mention des Japonais dans l’Histoire des Han de Pan Kou. Les chroniques chinoises désignent les habitants du Japon par le nom de wa 倭, qui peut se traduire péjorativement par "nains". La nomenclature chinoise les situe parmi les "barbares de l’Est" 東夷 [2]
deuxième siècle L’Histoire des trois royaumes de Tch’en Cheou mentionne une nation yamatai dirigée par la reine Himiko 姫尊. Elle est décrite comme une shamane.
240 première ambassade chinoise au Yamatai, après les ambassades japonaises en Chine
201-269 règne de l’impératrice Jingû 神功皇后 (Majesté - Princesse – Okinagatarashi 大后息長帶日賣命, « habitée par un kami » d’après le kojiki). Elle aurait lancé une attaque contre le royaume de Silla (kojiki). Le roi coréen du Paikche Kudara百濟國 lui envoie, entre autres, les « Entretiens »論語 de Confucius. Elle ne figure plus dans la liste des empereurs depuis Meiji.
283 Le royaume coréen de Kudara aurait envoyé un lettré versé dans la culture chinoise, Achiki, au 15e empereur du Japon, Ôjin 応神天皇 (règne de 270 à 310). L’empereur Ôjin sera identifié ultérieurement au kami de la guerre, Hachiman
300 culture du riz, utilisation du fer
fin III début du VI e s. « Grandes sépultures » ou période des tumulus kofun 古墳 : cylindres de terre cuite surmontés de statuettes haniwa 埴輪
427 mort de l’empereur Nintoku , 16e, (appelé Majesté-Osazaki 大雀命 dans le kojiki – son règne ouvre la troisième partie du kojiki)-, exemple de l’empereur « vertueux ». Sa « grande sépulture » dépasse en taille toutes les autres.
539 - 571 d’après le Nihonshoki, début du règne de l’empereur Kimmei 欽明天皇, 29e empereur (l’empereur Amekuni oshiharukihironiwa 天國押波流岐廣庭天皇 dans le kojiki).
538 le royaume de Paikche (Corée) envoie à l’empereur Kimmei une statue et des écrits bouddhistes (cf. Nihonshoki). Cela entraîne une lutte entre le clan Soga, pro-bouddhiste, et les clans Monobe opposés aux « divinités étrangères »
552 Soga no Iname transforme sa résidence en temple bouddhiste. Il y abrite une statue du Bouddha offerte par le roi coréen Song. Suite à des épidémies attribuées par les opposants à la colère des kamis du Japon face à l’introduction du bouddhisme, le temple est brûlé et la statue jetée dans le canal
562 le royaume coréen de Silla reprend les territoires du Mimana contrôlé par le Japon
587 Soga no Umako, fils d’Iname, défait dans une bataille les clans Monobe et Nakatomi hostiles au bouddhisme mais aussi aux réformes inspirées par l’introduction de la culture chinoise.
594 le prince régent Shôtoku Taishi 聖徳太子 (574-627 – régent à partir de 593 pour l’impératrice Suiko 推古天皇, 33e dans la liste des empereurs) publie un édit impérial promouvant le bouddhisme
604 le prince régent Shôtoku Taishi 聖徳太子 édicte la « constitution en 17 articles » jû shichi jô kempô 十七条憲法 憲法 [1]. Le prince régent entreprend la réforme politique du Japon. Il fait adopter entre autres le calendrier lunaire ainsi que le système de rang de cour chinois.
607 Ono no Imoko dirige une ambassade 遣唐使 kentôshi du Japon dans la Chine des Sui (589-618). Il délivre à l’empereur de Chine une lettre attribuée au prince régent Shôtoku adressée par "le Fils du Ciel qui habite la terre où le soleil se lève" au "Fils du Ciel où le soleil se couche" [2].
645 Deuxième grande réforme dite de Taika 大化, inspirée des Tang (618-907). Nakatomi no Kamatari 中臣鎌足, qui a oeuvré à la réforme, reçoit le nom honorifique de Fujiwara 藤原. Son clan exercera une grande influence sur la lignée impériale.
Les émissaires revenus de Chine ont certainement joué un rôle dans cette réforme. Adoption des institutions administratives (令) et pénales (律) chinoises 律令 ritsuryô, division du pays en provinces, institution d’un système d’attribution des terres 班田収受制 Handen shûju sei, régime de taxes.
L’Empereur est entouré d’une administration sur le modèle chinois, avec deux départements, le jingi-kan 神祇官chargé des affaires religieuses, et le daijō-kan 太政官 chargé des affaires d’État non directement liées aux religions.
Les arts sont inspirés par la Chine. La chronologie en ères successives, 元号 gengô ou 年号 nengô, est adoptée. [3]
645-654 Le 36e empereur Kôtoku 孝徳天皇 est réputé honorer le Bouddha et mépriser la voie des Dieux shintô
673-686 règne du 40e empereur, Temmu 天武天皇 . Première source épigraphique avec l’appellation Tennô 天皇 [4]

Nara

710-794 période de Nara 奈良
fondation de la capitale Heijô Kyô 平城京 (future Nara) sur le modèle chinois.
712 le kojiki « Chroniques anciennes » est offert à la 43e impératrice Gemmyô 元明天皇 (règne de 707 à 715) par O-no-Yasumaro.
717-718 Ambassade en Chine avec Kibi no Makibi 吉備 真備, parti en 718 et resté 17 ans en Chine (représenté triomphant des lettrés chinois dans un rouleau de Kamakura appelé Kibi-daijin nittô emaki 吉備大臣入唐絵巻
720 Parution du Nihonshoki 日本書紀 , « Chroniques du Japon » appelé aussi Nihongi 日本紀, sous la direction de O no Yasumaro. Le mot shintô apparaît pour la première fois, en lien avec le bouddhisme. L’ouvrage présente les empereurs selon l’idéal confucéen, tout en conservant les mythes indigènes du Japon.
724-749 règne du 45e empereur du Japon, Shômu 聖武天皇. A partir de 745, il fait construire une statue colossale du Bouddha Vairocana (sanskrit), Dainichi nyorai 大日如来 (japonais). La déesse Amaterasu aurait confirmé dans un rêve son accord pour la construction de ce grand Bouddha. L’empereur Shômu est le premier empereur à entrer dans les ordres monastiques bouddhistes à sa retraite.
737 Il existe officiellement 3 000 sanctuaires shintô officiellement reconnus, dont un quart subventionné par le gouvernement.
749 le kami 神 de Usahachimangu 宇佐八幡官 est invoqué pour protéger le grand Buddha daibutsu 大仏 du temple Tôdaiji 東大寺de Nara (école bouddhiste Kegon)
759 (environ) compilation du 万葉集 man’yôshû, « recueil de 1 000 feuilles », le plus ancien recueil de poésie japonais connu. Un des compilateurs serait Ôtomo no Yakamochi 大伴 家持 (env. 718 - 785), auteur du poème "Si je pars en mer" 海行かば Umi Yukaba chanté au moment du départ en mission des pilotes kamikazes pendant la Seconde guerre mondiale [5]
764-770 règne de l’empereur Shôtoku 称徳天皇, 48e empereur : il s’agit d’une impératrice qui avait déjà régné de 749 à 758. Sous son règne, le moine Dôkyô 道鏡, son favori, aurait brigué en vain le titre d’empereur.
En 768, elle fait construire un temple syncrétiste Ise daijingu ji 伊勢大神宮寺 près du sanctuaire exclusif Ise Jngu 伊勢神宮 [6]
788 fondation du temple bouddhiste Enryakuji 延暦寺 sur le mont Hiei 比叡山, sous la protection du kami du lieu, par Saichô 最澄 (nom posthume : Dengyô daishi 伝教大師), fondateur de l’école bouddhiste tendai shû 天台宗 au Japon.
794 déplacement de la capitale de Nara à Heian kyô 平安京 (l’actuelle Kyôto 京都) par l’empereur Kammu 桓武天皇 50e empereur qui règne de 773 à 781. Il s’agit d’échapper à l’emprise des monastères bouddhistes de Nara. Sous son règne, les ezo 蝦夷 (péjoratif pour les Aïnous, le caractère 夷 renvoie au "barbare" ) sont subjugués.

Heian 平安

794-1185 période Heian 平安
804 Départ pour la Chine des Tang d’une ambassade comprenant les futurs fondateurs des écoles bouddhistes Tendaï et Shingon au Japon (Saichô 最澄 pour le Tendai, Kûkai 空海 pour le Shingon)
816 le temple bouddhiste kongûbuji 金剛峰寺 du mont Koya 高野山 est placé sous la protection du kami du lieu. Le moine bouddhiste Kûkai 空海 (nom posthume : 弘法大師), fondateur de l’école bouddhiste shingon shû 真言 宗 au Japon, en est l’initiateur.
863 premier rituel goryoe 御霊会 à Kyôto, avec participation des bonzes
894 Sugawara no Michizane 菅原道真 refuse de partir en ambassade pour la Chine, prétextant des troubles dynastiques chinois. Les échanges officiels avec la Chine sont interrompus
901 exil à Kyûshû de Sugawara no Michizane 菅原道真
937 première trace du syncrétisme shintô-bouddhiste du honji suijaku 本地垂迹 selon lequel les kami du shintô sont des manifestations (suijaku, l’empreinte) de Bouddhas (honji, le terreau fondamental littéralement). [Voir la notion de gongen 権現, "avatar" (d’un Bouddha sous la forme d’un Kami au Japon).]
978 - 1015 ou 1025 Murasaki Shikibu 紫式部 écrit en langue vernaculaire en se servant des kana le Genji no Monogatari 源氏物語, "le Dit des Genji". La Cour continue de priser la littérature et la culture chinoises.
fin de l’ère Heian pèlerinage aux trois sanctuaires de Kumano 熊野の三社, plus fréquentés que le sanctuaire d’Ise.
1086 Le 72e empereur Shirakawa 白河天皇 inaugure le système politique de l’Empereur retiré insei 院政 en devenant un empereur retiré dans un monastère bouddhiste hôô 法皇 tout en continuant d’exercer le pouvoir. L’insei s’achèvera en 1185
1156 Guerre de Hôgen (保元の乱) déclenchée par l’ex empereur Sutoku contre le nouvel empereur Go Shirakawa 後白河天皇, 77e empereur (1127-1192). Sutoku mourra en exil à Sanuki 讃岐 en 1164
1159 Révolte de Heiji (平治の乱) avec la défaite du guerrier buke 武家 Minamoto no Yoshitomo 源 義朝 (1123-1160) et du noble Fujiwara no Nobuyori 藤原 信頼 (1133-1160) par les Taira de Kiyomori 平 清盛 (1118-1181). Kiyomori épargne 4 des fils de Minamoto Yoshitomo, dont Yoritomo, exilé à Izu, et Yoshitsune, envoyé dans un monastère. Ces deux Minamoto vengeront leur père en défaisant les Taira en 1185
1167 Taira Kiyomori 平 清盛 (1118-1181) est élevé au rang de Chancelier Daijō-daijin 太政大臣, première pour un militaire. c’est le début de la montée en puissance des militaires face aux nobles.
1185 Défaite du clan Taira (平氏 heishi) face au clan Minamoto (源氏 genji). Lors de la bataille navale, le 81e empereur Antoku 安徳天皇 meurt. Avec lui est perdu l’un des trois regalia, l’épée.

© esperer-isshoni.fr, septembre 2013

[1L’article 1 reprend la morale confucéenne :

« L’harmonie doit être estimée au dessus de tout, et il faut éviter les querelles. Tous peuvent former des factions, peu comprennent comment vont les choses. Aussi certains se rebellent contre leur seigneur et leur père, et ils se disputent avec leurs voisins. Mais quand les officiers travaillent en harmonie, et quand les gens du peuple s’entendent, les affaires sont menées dans un souci d’entente mutuelle, et chacun se comporte spontanément de manière juste. Alors tout devient possible ».
一曰、以和爲貴、無忤爲宗。人皆有黨。亦少達者。以是、或不順君父。乍違于隣里。然上和下睦、諧於論事、則事理自通。何事不成。

L’article 2 appelle au respect du bouddhisme :

« Respecte les Trois Trésors de tout ton cœur. Les trois trésors, le Buddha, le Dharma et la Sangha constituent le refuge ultime de tous les peuples, ils constituent la doctrine accomplie pour toutes les nations ? Quel univers, quelle personne pourrait manquer de respect envers cet enseignement. Mais si les trois trésors ne leur sont pas enseignés, comment pourraient-ils être corrigés ? ».
二曰、篤敬三寶。々々者佛法僧也。則四生之終歸、萬國之禁宗。何世何人、非貴是法。人鮮尤惡。能敎従之。其不歸三寶、何以直枉。

L’article 3 est consacré aux commandements impériaux :

« Il faut obéir à l’ordre de l’Empereur. L’empeur est comme le ciel, le vassal comme la terre. Le ciel domine sur la terre, la terre soutient le ciel. Alors les quatre saisons se succèdent avec justesse, et les dix mille êtres prospèrent. Mais si la terre domine le ciel, l’ordre naturel tombe en ruine. Aussi le vassal doit obéir à son seigneur. Si les supérieurs font ainsi, les subordonnés les suivront. Voilà pourquoi vous devez obéir aux ordres de l’Empereur, sinon, vous ruinez l’ordre du pays ».
第三条
 三曰、承詔必謹。君則天之。臣則地之。天覆臣載。四時順行、萬気得通。地欲天覆、則至懐耳。是以、君言臣承。上行下靡。故承詔必愼。不謹自敗。

Notre traduction de l’anglais (version anglaise et japonaise )

[2「日出づる処の天子、書を日没する処の天子にいたす。恙なきや。」 dans l’article Wikipedia imperial-envoys-to-tang-china

[4pour les empereurs des autres nations, le japonais utilise le mot kôtei 皇帝

[5Voir article Umi yakaba dans Wikipedia. La traduction française est de notre fait. Autre traduction française dans : Ohnuki-Tierney, Emiko, Kamikazes Fleurs de cerisiers et nationalismes, - La militarisation de l’esthétique dans l’histoire du Japon, traduit de l’anglais par Livane Pinet Thélot – revue par Xavier Marie, Herman, 2013, 580 p.

Si je pars en mer,
je serai un corps imbibé d’eau.
Si je pars dans la montagne,
je deviendrai un cadavre recouvert d’herbe.
Si je meurs pour sa Majesté l’Empereur,
je ne me retournerai pas (en partant)
If I go away to the sea,
I shall be a corpse washed up.
If I go away to the mountain,
I shall be a corpse in the grass
But if I die for the Emperor,
It will not be a regret.
海行かば
水漬く屍
山行かば
草生す屍
大君の辺にこそ死なめ
かえりみはせじ
海行水漬屍
山行草生屍
大君身边死
無悔無返顾

.

[6ce temple est déplacé (puis détruit ?) sous le 49e empereur (770-781). Rappelons que les moines bouddhistes n’étaient pas autorisés à franchir le seuil du sanctuaire d’Ise.


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