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Comparaison entre bouddhisme de la Terre Pure et christianisme - un exemple d’application de méthode comparative

lundi 26 mai 2014 par Phap

Table des matières


Nous exposons ici les résultats de notre Mémoire de Master de 2008 à l’Institut Catholique, intitulé : "La naissance dans la Terre Pure du Bouddha Amida" avec pour sous-titre : "La saisie par un autre ou la sortie du régime de la nécessité" ;

Nous ne justifions pas la méthode utilisée. Le lecteur soucieux de méthodologie aura intérêt à lire ce que nous avons écrit sur le concept d’ "interface".

Le résultat de notre geste comparatiste porte sur quatre comparaisons représentées sous forme de trois colonnes, conformément à la méthode de l’interface anthropologique :

  •  les colonnes de gauche et de droite expriment respectivement l’expérience bouddhiste et l’expérience chrétienne,
  •  ces expressions étant rapprochées entre elles par l’intermédiaire de l’expression anthropologique qui se tient entre (inter) elles, dans la colonne du milieu (l’interface).


1 – L’expérience bouleversante de la saisie par un autre

Tradition bouddhisteTraduction anthropologiqueTradition chrétienne
Hônen et Shinran sont amenés à remettre en cause leur attachement aux pratiques convenues des écoles bouddhistes de l’époque, à la suite d’un évènement traduit en termes de « manifestations » (rêves pour Shinran, vision pour Hônen). L’autre est reconnu comme le Bouddha Amida. L’homme peut faire l’expérience d’une saisie par un autre à l’intime de soi (là où se joue le souci ultime) ; dans cette expérience, l’homme éprouve la présence agissante d’un autre capable de s’imposer à lui de manière inattendue ; Paul est amené à remettre en cause son attachement à la pratique convenue de la Loi mosaïque, à la suite d’un évènement traduit en termes de « manifestations » (apparitions et rêves pour Paul si l’on suit Luc dans les Actes). L’autre est reconnu comme le Christ Jésus
Suite à cette expérience, Hônen et Shinran promeuvent publiquement une doctrine qui articule leur expérience : pour eux, ce qu’ils ont éprouvé concerne tout homme et pas seulement eux. L’histoire montre qu’effectivement la « prédication » de Hônen a rejoint le souci existentiel de leur époque (Shinran semble avoir rencontré la célébrité après sa mort). la saisie par un autre le fait entrer dans une représentation renouvelée de son existence présente, ses convictions fondamentales sont reprises et réorientées, au point qu’il peut être amené à revoir son engagement au sein de sa communauté. Suite à cette expérience, Paul promeut publiquement une doctrine qui articule son expérience : pour lui, ce qu’il a éprouvé concerne tout homme et pas seulement lui-même. L’histoire montre qu’effectivement la « prédication » de Paul a rejoint le souci existentiel de son époque.


2 – Une percée rendue possible par la puissance de l’autre

Tradition bouddhisteTraduction anthropologiqueTradition chrétienne
En bouddhisme, les hommes disposent de la Voie du Milieu que découvrent le(s) Bouddha et qui permet de sortir du cycle des vies et mort. Cependant, d’après nos auteurs, les hommes malgré cela ne peuvent atteindre la visée de la Loi par leur propre pratique : Hônen et Shinran considèrent que dans l’âge de la Décadence de la Loi, aucun être ne peut réaliser l’illumination en s’appuyant sur son propre pouvoir (la doctrine de la Terre Pure maintient cependant qu’à d’autres époques, il est possible d’atteindre l’Illumination sans passer par la naissance dans la Terre Pure d’Amida). La saisie arrache à une situation sans issue où l’homme s’éprouve comme incapable d’atteindre son « idéal » ; dans la saisie par un autre, l’homme fait l’expérience que les résistances qui s’imposaient à lui comme indépassables, et qui s’opposaient à la réalisation de son « idéal », ne sont plus rédhibitoires – pour le dire en termes imagés, l’homme fait l’expérience de la percée du régime de la nécessité. le peuple juif dispose de la Loi révélée au Mont Sinaï par le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui donne une vie heureuse à ceux qui la mettent en pratique. Cependant, d’après nos auteurs, les hommes malgré cela ne peuvent atteindre la visée de la Loi par leur propre pratique : Paul affirme qu’aucun homme ne peut atteindre l’état de juste devant Dieu par sa pratique de la Loi ; pour lui, cette incapacité de l’homme a commencé avec le premier homme, Adam, et, après la Chute, il n’y a pas d’époque où l’homme aurait pu réaliser le salut par lui-même sans passer par la foi de Jésus Christ.
La pensée de la foi d’Amida (génitif objectif : la foi qui provient d’Amida) qui émerge dans la conscience de l’être humain, lui fait éprouver la confiance qu’il n’est plus lié au régime de Vie et Mort chez Shinran. Positivement, l’homme éprouve la confiance qu’il parviendra à l’Illumination lors de sa naissance dans la Terre Pure après la mort (Hônen) ou quasiment instantanément après sa mort, sachant que, dès la première pensée de la foi, il a atteint le stade de la non-régression (Shinran). Il éprouve la confiance que, si les résistances ne sont pas levées maintenant, elles le seront plus tard ; La saisie par le Christ exprimée symboliquement (plus précisément, sacramentairement) de manière inchoative dans le baptême, lui fait éprouver la confiance qu’il n’est plus lié au régime du péché et de la mort chez Paul. Positivement, chez Paul, l’homme s’éprouve comme créature nouvelle, « fils de Dieu » « par adoption », « fils de la lumière », appelée à la vie éternelle en Dieu, par delà la mort vaincue, mort entendue comme mort physique, mais aussi comme séparation radicale d’avec celui qui fait vivre, Dieu.
Selon nous, le principe actif du salut réside dans le Vœu réalisé d’Amida pour Shinran et Hônen. cette confiance s’appuie sur la puissance de la présence agissante d’un autre, qui rend possible la réalisation de l’« idéal ». Émerveillé par l’action de cette puissance en lui, l’homme en vient à considérer que les pratiques d’avant son expérience sont non seulement inefficaces, mais même contre-productives dans la mesure où elles entretiennent l’illusion que le salut peut être atteint sans le secours d’un autre Selon nous, le principe actif du salut réside dans l’Esprit offert après la résurrection du Christ pour Paul. Paul désigne l’Esprit comme celui qui, habitant le croyant, le fait crier « Père » vers Dieu –, le fait fils.
selon l’interprétation de Shinran, celui qui est saisi par Amida dans la première pensée de foi n’a pas d’effort à fournir, pas même celui de se laisser faire (sinon il compterait sur son propre pouvoir (jiriki). La question de la coopération à l’action de l’autre travaille de façon différente : l’interface atteint ses limites. pour Paul, les dons de l’Esprit se déploient dans la mesure où celui qui croit coopère à l’action de l’Esprit, étant bien entendu que l’homme par lui-même, avec ses seuls efforts, ne peut se procurer le salut.


3 – Un autre mû par un souci de sauver tous les êtres

Tradition bouddhisteTraduction anthropologiqueTradition chrétienne
Shinran comme Hônen se sentent l’objet de la « grande compassion » d’Amida, compassion qui embrasse tous les êtres comme sa lumière sans limites atteint tous les êtres ; Shinran sort de la division entre moine et laïc, il se perçoit ni comme moine ni comme laïc. La séparation - fondée sur la pratique des préceptes monastiques pour Shinran - n’a pas de pertinence au regard du salut proposé par un autre, le Bouddha Amida. Dans cette saisie, l’homme s’éprouve comme l’objet de l’attention d’un autre qui veut que tout homme atteigne l’idéal. Cet autre apparaît comme mû par la volonté de sauver tous les hommes, y compris ceux au plus bas de l’échelle ; à la vision d’une humanité divisée succède la conception unifiée d’une humanité embrassée par la même attention bienveillante et conviée à la même fin. S’éprouvant solidaire de tous les êtres humains dans la dépendance d’un autre pour le salut, l’homme éprouve aussi de la gratitude vis-à-vis de cet autre qui le sauve. Paul dit la volonté de salut universelle de Dieu motivée par son « amour », son agape : elle s’adresse aussi bien aux « Nations » qu’aux Juifs. La séparation - fondée, sur la pratique des commandements mosaïques pour Paul - n’a pas de pertinence au regard du salut proposé par un autre, Dieu.
La fin est exprimée négativement comme non-dualité, littéralement « non-deux » 不二 (en régime bouddhiste du Grand Véhicule). La fin se dit aussi positivement comme devenir-comme / le même /le corps de la Nature de Dharma dans le KGSS . La question du maintien des différences à la fin renvoie à la question de la différence entre « l’autre » et les êtres qu’il sauve : l’interface atteint ses limites. La fin est exprimée positivement comme devenir-un (en régime chrétien). Paul dit l’eschaton comme Dieu qui est tout en tous ; ailleurs, il écrit qu’en Jésus Christ, les différences n’existent plus.


4 – Un autre à la geste exceptionnelle sinon unique

Tradition bouddhisteTraduction anthropologiqueTradition chrétienne
Le Vœu du moine Dharmakara lui fait parcourir une carrière de Bodhisattva exceptionnelle : il devient le Bouddha Amida, porteur du Nom qui permet à tout homme qui l’invoque de naître dans sa Terre Pur, dont nous avons vu qu’elle ne participe pas du monde samsarique selon la doctrine de Shandao. L’universalité de la puissance salvifique de l’autre renvoie à sa geste exceptionnelle. La geste obéit à une volonté de salut d’intensité exceptionnelle, et elle déclenche des effets exceptionnels, dans leur portée tant temporelle que spatiale. Cette geste s’inscrit à l’intérieur du régime de la nécessité, dans lequel elle effectue une percée. Cette percée ne vaut pas seulement pour le porteur de la geste, elle fraye le passage pour tous les êtres. la geste de Jésus de Nazareth réalise le plan de salut de Dieu et, dans la participation à sa mort et à sa résurrection, il est donné aux hommes de devenir fils adoptifs de Dieu, à la suite de Jésus, qui est le premier à avoir triomphé de la mort par son relèvement des morts.
Signalons que la pratique de la Terre Pure permet à tout être d’assurer son salut, mais qu’en dehors de la période de la Décadence de la Loi, il est possible d’emprunter d’autres voies, certes plus difficiles. Dans la tradition bouddhiste, l’exception peut être interprétée comme supériorité d’une geste, celle de Dharmakara / Amida, relativement à ses effets salvifiques, par rapport aux gestes d’autres Bodhisattva devenus Bouddha ; l’interface atteint ses limites. Signalons que, dans la pensée de Paul, le plan de salut divin pour sa création est entièrement ordonné à la geste du Christ, qui est le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Dans la tradition chrétienne, l’exception s’interprète comme la singularité absolue de la geste de Jésus Christ, geste qui constitue un apax dans l’histoire universelle, et qui ne peut être comparée à rien d’autre qu’à elle-même dans la mesure où elle se déploie sur la base de coordonnées incomparables, celles du Fils monogène, du Fils unique au sens du « seul » Fils

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