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La mission du jésuite François-Xavier (1506-1552) au Japon - 4 - Le dialogue inter-religieux depuis Vatican II

vendredi 16 mai 2014 par Phap

La mission du jésuite François-Xavier (1506-1552) au Japon - 1 - Le contexte
La mission du jésuite François-Xavier (1506-1552) au Japon - 2 - Sa vision des "bonzes"
La mission du jésuite François-Xavier (1506-1552) au Japon - 3 - Ce que François-Xavier ne savait pas
La mission du jésuite François-Xavier (1506-1552) au Japon - 4 - Le dialogue inter-religieux depuis Vatican II
La mission du jésuite François-Xavier (1506-1552) au Japon - 5 - Conclusion sur l’art de la rencontre


Table des matières

1. La vérité des religions non chrétiennes dans la conception catholique du temps de François-Xavier - Le dialogue impossible

2. La vérité des religions non chrétiennes dans la conception catholique de notre temps - Le dialogue nécessaire


1. La vérité des religions non chrétiennes dans la conception catholique du temps de François-Xavier - Le dialogue impossible

[1.] Nous l’avons vu plus haut, François-Xavier conçoit la vérité de manière exclusive : la vérité se trouve entièrement de son côté, tandis que la fausseté, sinon le mensonge, se trouvent du côté des bonzes :
« les lois des saints [Shaka et Amida], ... sont fausses et ... la Loi de Dieu est vraie » [1]

Nous avons montré comment François-Xavier diabolise Shaka et Amida. Il nous semble que cette diabolisation résulte de la conviction commune des évangélisateurs de l’époque : ils considèrent la maxime de saint Cyprien «  extra ecclesiam, nullus salus » dans son sens étroit [2] : en dehors de l’Église catholique et son point d’entrée unique, le baptême dans la confession catholique, il n’est point de salut.

Cette position, communément appelée « ecclésiocentrisme » en théologie des religions, amène nécessairement à refuser à toute autre tradition religieuse la capacité à procurer le salut à ses adeptes, et, en passant à l’extrême, à lui attribuer des qualités démoniaques dans la mesure où cette tradition empêche ses adeptes d’entrer dans l’Église catholique et donc d’être sauvés.

[2.] Nous voudrions développer un deuxième point de vue, qui complète le premier et le renforce dans son exclusivisme et sa polarisation (toute la vérité d’un côté, aucune vérité de l’autre). Il nous semble que François-Xavier part d’une certaine conception de la vérité, comme le montrerait l’histoire des mentalités. A cette époque de la Renaissance, où l’homme occidental développe une connaissance scientifique qui lui permet d’avoir de plus en plus d’emprise sur le monde, la vérité peut renvoyer non pas à un état, mais à une activité, et plus précisément à un combat, celui de la raison, dont la lumière dissipe les ténèbres de la mentalité superstitieuse et magique [3]. Vérité donc que l’on s’approprie, qui se décline dans des discours démonstratifs dont la rationalité impose à l’auditeur la justesse du propos – du moins tant que cet auditeur est rationnel.

[3.] François-Xavier relève de cette mentalité. Ainsi, avant son départ, il semble compter sur la capacité de raison des japonais pour le succès de sa mission :

J’ai demandé à Anjirô si, au cas où j’irais dans son pays avec lui, les gens du Japon se feraient chrétiens.
Il m’a répondu que les gens de son pays ne se feraient pas chrétiens tout de suite.
Il m’a dit :
qu’ils me poseraient d’abord beaucoup de questions,
qu’ils verraient ce que je leur répondrais et ce que moi, j’en comprendrais
et surtout si je vis conformément à ce que je dis.
Si je faisais bien ces deux choses, parler bien et répondre de façon satisfaisante à leurs questions, ainsi que vivre en sorte qu’ils ne trouvent pas matière à reproche, il ne faudrait que la moitié d’une année après avoir eu cette expérience de moi pour que le roi, les gens nobles et toutes les autres personnes capables de discernement se fassent chrétiens.
Il m’a dit en effet que ce sont des gens qui ne sont gouvernés que par la raison [4].

[4.] A en croire Anjirô, l’homme japonais se caractérise par l’empire de la raison [5].
Les élites (et aussi « les autres personnes capables de discernement », rationnelles donc) adhèreront en moins d’un an, dit Anjirô – et avec elles les masses qu’elles entraînent [6]. Pour se « faire chrétien », selon l’expression de François-Xavier , le japonais attend une conformité des actes aux paroles (et donc il s’agit d’un discours, sinon moral, du moins avec une composante morale) ; quant aux paroles, elles viendront en réponse aux questions des japonais.
En tout cela, il peut n’être question que de conformité aux exigences de la raison :
conformité des réponses de François-Xavier aux questions des japonais ;
conformité du comportement de François-Xavier à ce qu’il dit.

[5.] On retrouve ici le topos des deux caractéristiques de la prédication, qui vont de pair : praedicatio verbo et exemplo. Le prédicateur doit montrer une vie conforme à sa propre parole (verbum), au sens où sa vie devient un exemple, une illustration, de ce qu’il dit (exemplum), exemple qui précède, accompagne et continue la prédication.
La vérité des paroles du prédicateur – de l’évangélisateur – reçoit confirmation de sa façon personnelle de vivre. La vérité apparaît donc ici comme existentielle, elle est ce qui s’adresse au souci ultime de l’homme [7]. Or cette vérité existentielle semble s’imposer à la raison, elle semble affaire de raison, si l’on en croit Anjirô, et à travers lui François-Xavier [8]. Tout se passe comme si la proposition chrétienne s’apparentait à une question d’intelligence – et non de foi ; ne serait requis que l’assentiment intellectuel, rationnel – ce qui implique que le donné proposé à l’adhésion serait du domaine du notionnel, du conceptuel, du rationnel [9].

[6.] Il nous semble que telle est la position de François-Xavier , qui met en avant dans sa doctrine les aspects « explicatifs » : explication des origines du monde, du jugement des âmes. François-Xavier en a tiré parti pour revendiquer la supériorité de sa doctrine sur celles des écoles bouddhistes, incapables selon lui de répondre sur ce plan.
Pour lui, la doctrine chrétienne porte aussi bien sur la marche du ciel que sur la façon dont on y va, pour reprendre la formule de Galilée dans une lettre à Christine de Lorraine datée de 1615 : aussi François-Xavier n’hésite-t-il pas à conforter sa prétention à la vérité de sa doctrine par les vérités d’ordre scientifique :

Ils ne savaient pas que le monde est rond et ils ne connaissaient point le cours du soleil ils ont posé des questions sur ces choses et sur d’autres, telles que comètes, éclairs, pluie, neige, et d’autres semblables. Nous leur répondîmes et nous leur donnâmes des explications, ce dont ils furent très contents et très satisfaits, nous considérant comme des hommes doctes, ce qui ne les aida pas peu à accorder un grand crédit à nos paroles [10].

Pour François-Xavier , tout se passe comme si l’ignorance que la terre était ronde relevait du même registre que l’ignorance de l’existence du Dieu créateur. Ce qui explique que, pour lui, l’adhésion à la foi chrétienne soit une affaire de raison : la créature rationnelle ne peut qu’adhérer à la doctrine chrétienne, dans la mesure où effectivement la raison domine en elle.

[7.] Notons que le discours sur les astres permettait à François-Xavier de contredire les croyances magiques sur les phénomènes célestes : les astres cessent d’être des divinités, des entités personnelles, pour devenir des « choses » - dixit François-Xavier – soumises à des lois communes.
Le discours « scientifique » de François-Xavier , soutenu par les mathématiques et la physique occidentales de l’époque, permet donc à François-Xavier de s’attaquer aux conceptions que nous appellerions shintoïstes : le discours scientifique n’est pas neutre. François-Xavier l’instrumentalise pour appuyer sa force de conviction ; l’histoire moderne montrera que ce discours ne se laisse pas instrumentaliser car il a sa cohérence propre, qui n’est pas celle du discours de foi. Nous avons mentionné Galilée, il faudrait en reparler ici.

[8.] Au bout de la moitié de l’année, contrairement aux prévisions de la lettre de 1548 précitée, les conversions massives promises n’ont pas eu lieu. Serait-ce que les japonais ne sont pas si gouvernés par la raison que cela ? Non, dit François-Xavier dans sa lettre, ce sont les chefs et les bonzes qui empêchent par la force les japonais de se convertir [11]. Et François-Xavier de rebondir : allons porter la contradiction en Chine, puisque c’est de là que viennent les sources qui font autorité chez les bonzes.

[9.] Il convient cependant de relativiser ce que François-Xavier rapporte lui-même de sa méthode d’évangélisation. Les japonais chrétiens paieront chèrement leur attachement à la foi chrétienne (François-Xavier aurait dit à la « Loi de Dieu »). Cela montre que l’évangélisation qu’il a mise en place a suscité une adhésion qui n’était pas seulement intellectuelle.


2. La vérité des religions non chrétiennes dans la conception catholique de notre temps - Le dialogue nécessaire


2.a) Le dialogue, comme composante nécessaire de la mission

[10.] Depuis le Concile Vatican II, l’Église catholique a entrepris de repenser la question du rapport des religions « non chrétiennes » à la vérité. Paul VI dans la première encyclique de son pontificat, Ecclesiam suam, a affirmé la possibilité de la présence d’éléments de vérité dans des « religions non chrétiennes » [12].
Pour la première fois dans un document magistériel, la rencontre sous la forme du « dialogue » y fait l’objet d’une théorisation [13], sachant que ce dialogue est situé comme une composante de la mission, mais non comme son tout [14] : le dialogue s’oppose la confrontation, à l’affrontement, il signifie l’échange dans une relation interpersonnelle de respect mutuel.

[11.] Plus tard, la terminologie magistérielle s’est renouvelée, et l’on a préféré parler des « autres religions » plutôt que des « religions non chrétiennes » : en rapportant une religion à la religion chrétienne, il s’agit de porter l’accent sur son altérité, plutôt que sur sa caractérisation négative. Ainsi, le « Secrétariat pour les non chrétiens », fondé en 1964, s’appelle depuis 1988 « Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux ».
Ces changements de terminologie recouvrent une expression renouvelée de la question de la vérité des autres religions, renouvellement qui a commencé de manière nette dans la déclaration conciliaire Nostra aetate de Vatican II datée du 28 octobre 1965 [15] : cette encyclique affirme la présence d’éléments de vérité dans les autres religions, tout en rappelant que la « plénitude » de la vérité se trouve en Jésus Christ.

[12.] Le Concile Vatican II a réaffirmé avec force une anthropologie fondée sur la dignité unique de l’homme en tant que personne faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette anthropologie interdit à l’évangéliste de se satisfaire des conversions forcées des sujets du lieu, suite au baptême du prince, du daimyô.
Citons la déclaration conciliaire Dignitatis Humanae de décembre 1965 :

« La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche , par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité , qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la quête de la vérité ; la vérité une fois connue, c’est par un assentiment personnel qu’il faut y adhérer fermement » (n° 3)

[13.] Notons qu’ici le chrétien apparaît en situation de recherche de la vérité : celle-ci n’apparaît pas comme une vérité objectivée (dans les Écritures et les sacrements, dans l’organisation hiérarchique de l’Église « visible »), vérité qu’on possèderait, dont on disposerait comme d’un capital qu’on aurait sous la main ; la vérité apparaît dans ce passage comme en avant de l’humanité, comme restant à établir dans le temps, comme un projet commun où le chrétien non seulement donne, mais aussi reçoit : il y a ici un échange, une mutualité qui sont sous-entendus.

[14.] En 1984, soit vingt ans après Nostra aetate, le Secrétariat pour les non chrétiens reprend en particulier ce développement dans un document intitulé :
« ATTITUDE DE L’EGLISE CATHOLIQUE DEVANT LES CROYANTS DES AUTRES RELIGIONS -Réflexions et orientations concernant le dialogue et la mission » [16]
La vérité y apparaît comme une réalité eschatologique, en avant de soi, devant laquelle le chrétien se trouvait ensemble avec son « frère » d’une autre religion. Elle s’apparente à une tâche commune, dont le chrétien n’a pas le monopole exclusif et qu’il entreprend avec l’aide de son frère d’une autre religion. Nous appuyons nos dires sur le passage suivant du document, qui définit le « dialogue » avec les autres religions comme un des éléments de la mission :
« Il y a, aussi, le dialogue grâce auquel les chrétiens rencontrent les croyants d’autres traditions religieuses pour marcher ensemble à la recherche de la vérité et pour collaborer en des oeuvres d’intérêt commun ». (n°13)


b) Le dialogue mené sans concession au « relativisme »

[15.] La spécificité chrétienne était cependant maintenue, contre toute dérive relativiste qui aboutit à affirmer que les prétentions à la vérité de chaque religion se valent toutes et que ce qui est vrai chez l’une ne l’est pas chez l’autre. En effet, les théories relativistes reposent sur le postulat de base qu’il n’existe pas de vérité absolue, ou, si elle existe, qu’elle n’est pas accessible à l’homme du fait de sa condition d’être constitué dans le temps et dans l’espace. A ce titre, la position relativiste refuse en particulier la prétention du christianisme à la vérité absolue, lui qui fait dépendre le salut de tout homme du mystère de Jésus Christ.

[16.] Le Magistère rejette ces théories relativistes. Il soutient que la vérité absolue existe, qu’elle est disponible et accessible aux hommes, et qu’elle a été donnée de manière entière, complète et définitive une fois pour toutes : en effet, dit le Magistère, elle s’est manifestée de manière pleine et entière en Jésus Christ. La vérité a déjà été donnée comme entièrement réalisée et accomplie dans l’évènement de Jésus Christ, mort sur la croix et ressuscité : la vérité eschatologique est la vérité « historique » du Christ, réalisée à un moment du temps en sa personne et se déployant dans le temps jusqu’à sa fin pour tout homme et pour tous les hommes.

[17.] Le Magistère rappelle que cette vérité qu’est le Christ anime la religion chrétienne, qui se trouve dans une position unique par rapport aux autres religions.
Paul VI, s’il admettait des éléments de vérité dans les autres religions, affirmait cependant que seule la religion chrétienne gardait l’entièreté, la plénitude de la vérité :
« par devoir de loyauté, nous devons manifester notre conviction que la vraie religion est unique et que c’est la religion chrétienne, et nourrir l’espoir de la voir reconnue comme telle par tous ceux qui cherchent et adorent Dieu » (Ecclesiam suam, § 111)
La religion chrétienne est unique, et c’est la seule vraie religion en ce sens qu’elle est
« la forme exempte d’erreur, parfaite et définitive, sous laquelle il veut être connu, aimé et servi ». (ibid.)

[18.] Le document Dominus Iesus de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi viendra redire cela en 2000, 36 ans après Ecclesiam suam de Paul VI :
La parité , condition du dialogue, signifie égale dignité personnelle des parties , non pas égalité des doctrines et encore moins égalité entre Jésus-Christ — Dieu lui-même fait homme — et les fondateurs des autres religions .( Dominus Iesus, §22)

Les avancées de Dignitatis humanae se font sentir ici, puisque la parité dans le dialogue résulte de la dignité de la personne. Dominus Iesus réagit en même temps aux dérives relativistes qu’il diagnostique à l’intérieur même de la théologie catholique, en réaffirmant que le statut des religions par rapport à la vérité n’est pas le même - il n’y a pas parité entre les doctrines – mais qu’il est différencié et hiérarchisé ; ce qui vaut pour les doctrines vaut encore plus et a fortiori au niveau des fondateurs :

  • il n’y a pas égalité entre Jésus et « Shaka », pourrions-nous dire en reprenant la problématique de François-Xavier.

En effet, d’après la déclaration de Dominus Iesus, le fondateur de la doctrine chrétienne est Jésus Christ, « Dieu lui-même fait homme ». Dans la foi chrétienne, l’incarnation est un évènement qui s’est produit une fois et une seule dans l’histoire des hommes : Shaka est un homme, il n’est pas Dieu, à la différence de Jésus. On réentend ici François-Xavier qui se demandait quel type d’homme était Shaka. Cependant, à la différence de François-Xavier, le missionnaire moderne ne devrait plus dire que Shaka est un démon.


© esperer-isshoni.fr, avril 2007
© esperer-isshoni.info, mai 2014

[1Didier, Ép. 96 du 29.I.1552, p 368 § 16.

[2Pour l’histoire de cette maxime, voir Bernard Sesboüé, Hors de l’Église pas de salut. Histoire d’une formule et problèmes d’interprétation, Paris, Éd. Desclée de Brouwer, 2004.
La maxime de Cyprien, avec son interprétation exclusive, a été réaffirmée au Concile de Florence de 1442 :

« Elle [La très sainte Église catholique romaine] croit fermement, professe et prêche qu’" aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront " dans le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges" Mt 25,41 à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés ; elle professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que " personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique." ( Denzinger - Décret pour les jacobites.1351) »

[3le 16° siècle est aussi marqué par une attitude que les modernes qualifieraient d’irrationnelle, avec l’engouement des Renaissants pour l’alchimie par exemple, ou la croyance aux sorcières

[4Didier, Ep. 59 du 20.I.1548 p.207-208 §17

[5François-Xavier n’a sans doute pas de mal à le croire, dans une époque où la crédulité commune est prête à admettre l’existence de créatures merveilleuses sur des terres que l’on vient juste de découvrir. A son époque, l’anthropologie n’avait pas encore cartographié l’ensemble du peuplement humain.

[6Le délai semble bien cours pour un résultat aussi massif. Faut-il voir ici une exagération d’Anjirô (et de François-Xavier) dans leurs prévisions de conversion, pour « vendre » la mission du Japon aux décideurs jésuites ? Le genre épistolaire de la lettre du missionnaire a pu prêter à ce type d’exagération : il s’agit de montrer aux lecteurs européens que la mission est en bonne voie, afin de justifier l’utilisation des fonds passés... et en demander d’autres pour l’avenir.

[7Exemple de formulation commune possible : le sens de la vie, la question de l’origine et de la fin. Kant le dira autrement, au travers de ses trois questions existentielles : « Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ? »

[8Nous pensons que François-Xavier a fait sienne la position d’Anjirô. Nous en voulons pour preuve la lettre où François-Xavier reprend à son compte des thèmes que nous venons de voir dans la bouche d’Anjirô. Cette lettre a été écrite après que François-Xavier ait débarqué au Japon :
« Par la grâce de Dieu notre Seigneur, nous apportâmes des réponses satisfaisantes à toutes ces questions, qui furent les plus importantes, si bien qu’ils en étaient satisfaits. Pour la plus grande manifestation de la miséricorde de Dieu, les Japonais obéissent plus à la raison qu’aucun autre peuple de la Gentilité jamais vu par moi ». Didier, Ép. 96 du 29.I.1552, p 370 § 21.
Il s’agit de s’adresser à la raison des Japonais, supposés excessivement rationnels.

[9Cette conception de l’évangélisation entre en tension avec une autre qui est plus sensible à la rupture qu’induit la proclamation évangélique avec les cultures humaines et leur sagesse (cf. le topos d’origine paulinienne sur le « scandale de la croix »).

[10Didier, Ép. 96 du 29.I.1552, p 370 § 21.

[11Didier, Ép. 96 du 29.I.1552, p 365 § 13

[12"La dialectique de cet exercice de pensée et de patience [le dialogue] nous fera découvrir des éléments de vérité également dans les opinions des autres". (Ecclesiam suam, §86)

[13Paul VI écrira la phrase fameuse :
"L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit et duquel elle est faite. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation. "(Ecclesiam suam, §67)

[14Le dialogue [colloquio en italien et non pas dialogo] est donc un moyen d’exercer la mission apostolique ; c’est un art de communication spirituelle. (Ecclesiam suam, §83)

[15Citons plus largement le passage :

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions [dont le bouddhisme, explicitement cité]. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes ». Nostra Aetate, 3.

Il faut cependant lire la suite du passage pour avoir une idée complète de ce que le Concile a voulu dire :

« Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est " la voie, la vérité et la vie " (Jean 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. » » Nostra Aetate, 3.

[16Cf. n°18, qui reprend le n°3 précité de Dignitatis humanae.


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